‹ Les mirabeauChapitre 70 sur 131 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

HENRIETTK.

C'est-à-dire qu'il vous est presque indiflférent que la pupille de votre oncle paraisse ou disparaisse de votre existence.

Ce n'est pas cela que je voulais dire, mademoiselle! Au contraire, je n'ai pas autour" de moi des sympathies comme la vôtre ! Vous aviez raison ! Tenez, voilà mes deux amitiés.

VALRAS, à part.

L'autre est l'amour!

HENRIETTE, à part.

De l'amitié ! (Haut.) Oh ! ce n'est pas l'admiration d'une petite pensionnaire.

Eh bien! si, mademoiselle, c'est cette admiration qui me console. C'est une goulie de rosée tombée sur ma vie brûlée!... Mais comment mademoiselle de >iehra a-t-elle osé venir chez Mirabeau ?

HENRIETTE

Parce que M. de Mirabeau est son ami, et qu'elle savait qu'il souffrait.

Qui vous l'a dit ?

Le bailli, que j'ai vu après la visite qu'il vous a faite, et Valras que je vois tous les jours. — Oui, vous sachant triste et sombre, sachant tout, je voulais vous dire, si vous le permettez à une petite flUe qui n'entend rien aux graves questions que vous agitez, que votre heure est venue, que c'est à Aix qu'il faut être et que votre oncle s'écriait tout à l'heure devant moi, ne voulant pas le dire devant vous : (( Mon neveu est un de ceux qui doivent entrer » aux Etats, et vrai Dieu, s'il y met le pied, il saura s'j- » faire une place digne de notre nom ! »

VALRAS.

Ecoutez-la ! C'est le bon ange ! Votre œuvre à faire n'est pas ici, dans ces feuillets noircis, dans ces brochures, dans l'éparpillement de votre esprit ! Votre place est dans le plein jour, dans l'air libre, parlant au peuple et pour le peuple !

N'est-ce pas? Ah! pouvoir!... mais dans quatre ans !

VALRAS.

Dès aujourd'hui 1

MIRABEAT.

Aujourd'hui ?

VALRAS.

Le règlement du roi est signé. Les Etats Généraux sont convoqués.

Depuis quand ?

Depuis ce matin ; lisez !

Il Ini tend nn papier.

Ah ! vive Dieu ! L'heure sonne donc ! La France va parler! Tout ce qui travaille, tout ce qui vit, tout ce qui espère, va donc crier liberté!... Oui, ah! oui, vous avez raison. Ah ! Valras, être la voix de cette patrie qui nait ! l'Ame de la nation qui s'éveille !

VALRAS.

Oui, soyez la voix des opprimés, l'avocat d'un peuple !... Partez! partez aujourd'hui... ce soir...

Partir!... Mais cette voix que je voudrais faire tonner pour la justice, la dette l'étrangle et létoiiffe... Devant moi une muraille... Pars ! va ! On t'attend là-bas ! C'est la

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