ACTE QUATRIÈME il
Ah! mon cher André! j'avais hâte de te voir!
On ne le dirait pas. Tuas quitté Paris si brusquement... Peut-être était-ce bien, autant que la politique, cette jolie Henriette de Nehra qui t'attirait en Provence !
Je te prie, mon cher André, de ne pas mêler le nom de mademoiselle de Nehra...
LE VICOMTE
Rien de plus juste. Tu l'aimes.
Moi?
LE VICOMTE
Tu l'aimes, ou tu crois l'aimer comme tu as aimé les autres... Je l'ai bien vu, là, tout à l'heure, et^Mirabeau l'ouragan va l'arracher à son cloître !
Je crois l'aimer!... comme les autres! Non pas comme les autres, André !... Eh bien, oui, je l'aime, et d'un amour inconnu, doux et cruel à la fois! Tant de chasteté et de candeur! Mais je n'ai pas le droit d'aimer cette enfant, j'étouffe en moi cette affection, et j'entends que mademoiselle de Nehra soit respectée par tous comme par moimême!
LE VICOMTE
Ce n'est donc pas respecter une femme que de trouver qu'elle a les plus jolis yeux du monde? Le respect, mais c'est le frère Gain de l'amour!
André, cesse tes plaisanteries habituelles.
Oh! la plaie est sensible! Quel dommage! Je l'aurais
volontiers disputé cette conquête. Rivaux en politique, rivaux en amour!
Rivaux? Toi l'ami qui m'a sauvé plus que la vie, et qui, si je suis élu demain. ,.
LE VICOMTE
Sauvé la vie! Qu'est-ce que tu veux dire?
A quoi bon tant de mystères entre nous. Cet argent, ce don anonyme, cette dette qui fera de moi ton obligé éternel...
LE VICOMTE
Quelle dette?... Quel argent?
Celui que j'ai reçu de toi !
LE VICOMTE
De moi !... Ah ! vive Dieu! voilà uKiintcnant que je prête de l'argent sans le savoir, et sans en avoir. Mais, mon pauvre ami, je n'ai rien prêté, rien donné!
Tu n'as pas payé mes dettes?
Ah! mon Dieu! mais pour qui mo prends-tu? Pour une tonne d'or?
Voyons, voyons... cet envoi, ce partage fraternel!
LE VICOMTE
Quel partage?... Vraiment je le regrette, mais il n'était pas de moi, malheureusement !
Ah! mort de ma vie! A qui dois-je donc?...
LE VICOMTE
Au diable en personne, peut-être!... Mais h moi, non!