‹ Les Mirabeau (volume 3)Chapitre 32 sur 37 · LE PROCES EN SÉPARATION DU G" ET DE LA C · texte numérisé non relu

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d'ailleurs toujours un obstacle insurmontable à tout projet de réunion. « Je puis me flatter peut-être, continue- 1 elle, d'avoir contribué à la liberté de M. de Mirabeau. Il en jouit. Il serait bien extraordinaire qu'il en fit usage pour attenter à la mienne. Dans ce cas, mon cher oncle, j'ose me flatter que vous ne trouveriez pas mauvais que mon père et moi la défendions par les moyens qne nous offre la justice de ma cause. »

Mirabeau revient à la charge, avant môme la réception de celte lettre, par une seconde lettre de lui où il glisse ces deux phrases galantes et insinuantes : « Je sentirais bien peu ce que vous valez, Madame, si j'oubliais que vous m'êtes unie par des liens indissolubles, et j'ignore quel secret pressentiment me persuade que vous me saurez gré de ne pas l'oublier. J'avoue donc, et môme je m'en fais gloire, que vous êtes à mes yeux la propriété la plus précieuse et la seule qui puisse désormais embellir ma vie empoisonnée par trop d'erreurs et de revers. » La comtesse lui renouvelle alors presque dans les mêmes termes la déclaration qu'elle a adressée au bailli, et se fait soutenir, celte fois, par M. de Marignane. Le beaupère, auquel Mirabeau s'esl aussi adressé, prend à son tour la parole. « Il connaît, ainsi que toute la France, dit-il à son gendre, les raisons qui donnent a sa fille juste lion <le croire fondée à être soustraite par tous les tribunaux de France à ce droit do propriété qu'il semble réclamer aujour-

d'hui, après avoir paru si solennellement el si publiquement y Renoncer. • Réplique de Mirabeau à son beau-pére el à sa femme; réplique du bailli à la comtesse. Le mari s'efforce de démontrer que son procès de Pontarlier, d'où seulemenl on peut tirer des griefs contre lui, semble-t-il croire, « proc vraiment insensé et ridicule, s'il n'eûi été atroce », et qui portait, dit-il, sur « un prétendu enlèvement de femme », est « fini, parfaitement fini », qu'il en est sorti « complètement absous ». « Que dis-je absous, s'écrie-t-il avec fierté; mes parties ont imploré un accommodement, j'ai diclé la loi à mes juges! » — « J'oserai vous demander, écrit-il toujours à son beau-père avec un peu plus de vérité, si la théorie des devoirs du mariage se réduirait donc à ceci, qu'il serait annulé de droit sitôt qu'on n'y trouve pas en perspective un grand bonheur?. . . Vousajoutcrai-jo, c'est ici le trait de la fin, que le ton de la menace, si pou convenable d'une femme à son mari, ne peul que redoubler la fermeté de mes résolutions, en intéressant mon honneur à la poursuite de mes droits. Ali! Monsieur le marquis, dos menaces, que la décence réprouve et dont le bon sens sourit, ne doivent pas être les armes de Madame votre fille; elle en a de bien plus puissantes, ses qualités aimables, ses litres à l'estime publique el à la mienne, ses droits d'épouse et de mère. »

Le mari se croit encore obligé, on le voit, d'envelopper ses sommations impératives de compli-

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ments. Le bailli, de son côté, cherche à prouver que la parole qu'il a donnée et qu'on lui oppose ne peut, dans la circonstance, lier son neveu, et voici comment il s'y prend : « Vous me rappelez, dit-il à sa nièce, la parole que je vous donnai, ainsi qu'à Monsieur votre père, que mon neveu ne se présenterait à lui, chez lui, que de son aveu. Votre mari, car enfin vous ne pouvez lui refuser ce titre, acquittera ma parole; mais vous êtes sa femme, et nulle autorité sous le ciel ne saurait dissoudre le lien qui l'attache à vous, et vous à lui. Le souverain lui-même ne le pourrait que par un acte de tyrannie inouïe. En d'autres termes, ma parole ne s'appliquait qu'à voire réunion avec votre mari chez votre père (cette réserve, fût-elle exacte, serait encore singulièrement casuistique), et si ma parole avait eu une portée plus étendue, elle ne saurait prévaloir contre les droits d'un mari. » Le bon bailli va ensuite jusqu'à cher complaisamment un passage d'un des mémoires judiciaires de Mirabeau à Pontarlier, lequel marque, suivant lui, la tendresse du mari pour sa femme (l). La correspondance ne s'arrête pas encore là. M. do Marignane et sa fille se croient obligés de

(1) C'est le passage suivanl du second mémoire de Mirabeau à Pontarlier : « Le voilà ce procès qui m'a ôti cinq années entières de mon existence < • ï x ï l * - , qui m'a séparé d'une épouse indulgente et tendre autant que chérie, qui m'a prn é (tes derniers embrassements de mon lils, donl je n'ai pas pressé les lèvres agonisantes, et qui peut-être respirerai! encore si je l'eusse gardé. »

témoigner de nouveau, avec une raideur de plus en plus marquée de l'inflexibilité de leur détermination, et Mirabeau, qui semble encore se méprendre sur les véritables dispositions de sa femme, attribuant le caractère de ses réponses à des influences étrangères qu'elle subit sans entrain, essaye, dans une dernière lettre plus simple, plus pathétique, plus sincère que les précédentes, de parler à sa mémoire cl à son cœur, el d'éveiller ses scrupules.

Emilie, écoutez-moi, lui écrit-il le 13 novembre, il y va de votre bonheur et du mien, et, quand il s'agit de la vie entière, il ne faut rien donner au hasard ni à la précipitation.

Vous m'avez aimé, ma chère Emilie, vous m'avez beaucoup aimé, et le premier homme qu'une femme a aimé n'est jamais indifférent à son cœur. Vous me haïriez plutôt que de ne rien sentir pour moi.

Mais pourquoi me haùiez-vous? J'ai été fongueux, j'ai été dérangé, j'ai été jaloux. J'ai été fougueux? Celte fougue vous la connaissiez étant fille, et, souvenez-vous en, jamais votre mari n'a été aussi impérieux avec vous que lorsqu'il était votre amant. J'ai été dérangé? Mais, mon amie, n'en ai-je pas été plus puni que vous? et une très grande partie de mon dérangement ne vous a-t-il pas eue, quoique malgré vous, pour objet? J'ai été jaloux/... L'aurais-je été si je ne vous eusse pas aimée.

Dites, Emilie, dites, après avoir interroge votre cœur, avez-vous connu un homme plus sensible que moi? En avez-vous connu un plus capable d'une action noble et généreuse, plus essentiel dans les procèdes majeurs? Je sais bien que ce ne sont pas les éléphants qui tournicn-

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tent, que ce sont les mouches, et qu'un homme capable de grands procédés peut être insupportable dans le courant de la vie. Mais, d'abord,- n'avez-vous pas, de votre propre aveu, trouvé ma société aimable? Ensuite, devezvous vous étonner que, dans une situation contre nature, telle qu'était celle où des créanciers et des besoins sans cesse renaissants m'obsédaient, me suppliciaient, je fusse violemment agité? Croyez-vous enfin qu'un homme de 33 ans soit ce qu'il était à 24 ans, surtout quand la végétation physique, et par conséquent morale, a été si lente en lui que, depuis l'âge de 26 ans, il a grandi de plus d'un pouce (nous avons déjà parlé de ce phénomène curieux).

Il n'est pas possible, ma bonne amie, à quelque point que l'on vous ait exagéré à vos propres yeux vos griefs, que vous ne vous soyez pas dit tout cela. Vous ne me haïssez donc pas, vous ne sauriez me haïr, car je ne compterai pas davantage au nombre des motifs de votre haine le prétendu enlèvement de Mme de Monnier, dont les juges m'ont lavé. Je suis de bonne foi. Cette justification légale n'est pas suffisante pour vous avoir convaincue que je n'ai pas eu de liaisons avec celte dame. Mais elle est suffisante pour satisfaire votre amour-propre', pour vous permettre de m'avouer aux yeux du public, qui, au reste, n'est jamais qu'édifié de voir une femme pardonner à son mari. . .

Pauvre Emilie, écoute un homme qui t'aime, dont les intérêts sont les liens, et le seul dans l'univers dont les intérêts soient les tiens. Le divorce! (1) Eh! quels moyens as-tu de l'obtenir?

Mirabeau réfute ensuite d'avance, à l'aide d'arguments dont il se servira plus lard en justice,

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