‹ Les Mirabeau (volume 4)Chapitre 1 sur 40 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

S . Nous ne pouvons nous défendre d'une pro- 1^ fonde émotion en présentant au lecteur ces deux volumes depuis si longtemps annonces. Leur auteur n'avait songé d'abord qu'à réunir et à réimprimer une série d'articles publiés dans le Correspondant, de mars 1870 à septembre 1874, de môme qu'autrefois il avait réuni en volumes, sous le titre de Beaumarchais et son temps les articles parus dans la Revue des Dêux-Mondes ; mais insensiblement et sous Tinfluence du sentiment le plus vif de conscience littéraire, les articles publiés dans le Correspondant se sont transformés et étendus, et l'ouvrage que nous imprimons aujourd'hui est pour un tiers environ complètement inédit.

Personne plus que M. de Loménie n'a été possédé de la passion de Texactitude, personne ne s'est sacrifié davantage à la poursuite ardente de la perfection. Il lui eût été facile d'éviter quelques-uns des problèmes délicats et ardus qu'il s'est attaché à résoudre ; mais la difficulté à vaincre avait pour lui un véritable attrait. Sans consulter ses forces il s'est ajypliqué à retoucher, à refaire les parties de son ouvrage qui lui paraissaient insuffisamment approfondies ou encore sujettes à contestation, et les progrès d'un mal implacable l'ont seuls arrêté dans la tâche qu'il s'était imposée, alors qu'elle touchait à sa fin. Mais il était trop tard , sa vie était usée par l'effort, et le succès de son livre, ce succès si chèrement acheté, il n'était pas destiné à en jouir.

Nous n'essaierons pas de riconter les vingt années d'investigations et d'études consacrées par M. de Loménie à réunir et à grouper les matériaux de son œuvre, à liver de documents authentiques dont l'abondance même était devenue pour lui ua, obstacle,, un récit complet et concluant, varié et suivi. Mais nous devons au lecteur de le renseigner sur Ton-

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giao de la plus grande partie de ces documents dont Tintérét égale Tautorité. Au début de sa carrière, M. de Loméaie eut la bonne fortune de rencontrer le iils adoptif de Mirabeau, M. Lucas de Montigny. Trèsvite attiré vers cet homme si distingué par l'esprit, si excellent par le cœur, à la mémoire duquel il a toujours gardé le plus re« connaissant souvenir, il sut, de son coté, lui plaire autant par ses qualités personnelles que par sa curiosité vive et son intérêt intelligent pour tout ce qui touchait Mirabeau et sa famille. Aussi, dès 1848, M. Lucas de Montigny prétait-il au jeune auteur de la Ga-^ lerie de§ Contemporains illustres, un certainnombrededocuments ; ils lui servirent à rédiger huit articles sur Mirabeau, qui parurent dans le journal Ls Pays, en 1849, et y furent remarqués. Après la mort de M. Lucas de Montigny, son fils remit à M. de Loménie la totalité des précieux manuscrits rassemblés avec un soin pieux par lauteur des Mémoires de Mirabeau. Cette marque de confiance u*ôtait rien à Tindépendance de Técrivain qui en était lobjet. Ga n'était ni une réfutation, ni une répétition des Mémoires de Mira-

beau^ que M. de Loménie devait se proposer d'écrire, mais une œuvre toute différente par sa conception. Sous l'empire du sentiment le plus légitime, dans un but arrêté d'avance et loyalement avoué, celui de justifier le grand orateur des accusations portées contre lui, sou fils adoptif a composé un livre qu'il avait pu qualifier de Mémoires^ quoiqu'il ne soit pas exactement l'œuvre de Mirabeau . Dégagé au contraire de toute prévention personnelle, libre de contrôler lea documents les uns par les autres et de faire rentrer le récit de lia vie de ses personnages dans le cadre des événements de leur siè^e, M. de Loménie pouvait aspirer non plus seulement à préparer la voie aux historiens à venir, mais à écrire un livre d'histoire définitive. D'ailleurs, il n'entendait pas se borner à l'étude exclusive d'un seul homme, quoique la vie du célèbre orateur paraisse présenter à elle seule une matière suffisamment vaste et suffisamment intéressante. C'est la famille tout entière de Mirabeau qu'il voulait peindre, comme la personnification la plus originale de cette époque pleine de contrastes qu'on nomme le dixhuitième siècle.

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