L.V JEUNESSE DU BAILLI ET SES CAMPAGNES
ment de ma mort, que depuis certain jour, qui n est pas ti-op proche, car alors j'étais plus fort que toi, jour où je te battis bien, non sans égratignure ripostée, depuis ce jour et tous autres je n'ai, de ma vie, rien eu envers toi dont je t'aie célé la moindre parcelle. » Ailleurs Tainé écrit encore au cadet : t Je Ta! dit souvent qu'étant venu après moi et avant mes enfants, tu devais me survivre et les précéder dans mon cœur. » Le cadet, de son côté, écrit à Tainé : t Si je n'avais pas été ton frère, et que je t'eusse connu par hasard, j'aurais été ton ami. J'ai plus de confiance en toi qu'en moi-même, ce qui ne veut pas dire que je sois toujours de ton avis. »
DEUX FRÈRES SOUS LE RÉGIME DU DROIT d'aiNESSE
Celle inlimilé absolue et constante entre deux hommes également fiei% et morne impérieux dont le caractère, les idées et les goiits diffèrent, comme nous le verrons, sur plusieurs points, trouve surtout son explication dans un sentiment qui n'est plus guère de notre temps et qui mérite d'être analysé. Il s'agit de l'esprit de famille à sa jilus haute puissance, représenté surtout par le cadet. Le droit d'aînesse accepté par celui-ci, non pas seulement avec résignation, mais avec une sorte de fanatisme raisonné, fait de lui un type d'abnégation et de dévouement très rare même alors, et qui ne se retrouverait
LES MiriABEAU
certainement plus aujourd'hui. Nous disons que ce lype élail déjà très-rare, car à ceux qui invoqueraient Texemple du bailli de Mirabeau pour regretter la conslitulion de la famille sous l'ancien régime, nous pourrions opposer, dans la famille même que nous étudions, celui du troisième frère, de ce comte Louis-Alexandi*e, dont nous avons parlé, et qui fut en ce point Topposé du second, car non-seulement il ne reconnut jamais la suprématie morale do son ainé, mais il le vit avec une amertume jalouse entrer en possession de la prescpio totalité des biens paternels, et il le forra, en le menaçant d'un procès, de lui livi-er le capital de la pension qui constituait sa légitime (1). L'inconvénient du droit d'aînesse et des substitutions apparaîtra bien plus sensible encore (fuand nous en observerons les effets sur la seconde génération des Mirabeau du xvin* siècle, c'est-àdire sur les rapports des* enfants du marquis de Mirabeau, soit avec leurs parents, soit entre eux.
*1| I.o iiian|uis y con«ientil, pour éviter un début judiciaire Hvcc son fviw, et la portion de Louis -Akxundre dans la succession paternelle fui réj^Iée pur des arbitres à la somme d** ciinfiiiinto mille livres, niais cet urrunjremenl fut évidemment une concession de la part do l amé, attendu que le testament de «lean-Antoine iw donnait à chacun de ses deux fils puînés qu'une pension annuelh» et viajçère de l.oOO livres, plus 10,000 Ihw en arpent, laquelle «oiunie ne devait leur être pryée qu'à l'àgc de vingl-cin<j ans. a J'ai lieu de croire, ojoutait le teslaicur, que nies deux fils puînés seront contents de ce legs s'ils font attention aux dépenses que j'ai faites pour les faire recevoir n Mult.* en minorité. »
Il n en est pas moins cerlain que, pour ce qui. concerne F Ami des hommes et son frère le bailli, Tancienne constitution de la famille, pleinement acceptée des deux parts , a produit entre eux un genre d'intimité fraternelle très-particulier, trèstouchant, plus intéressant encore chez le cadet que chez Taîné, mais qui Test aussi chez ce dernier, et qui, en définitive, leur fait le plus grand honneur à tous les deux. Puisqu'il nous a été donné de pouvoir suivre en quelque sorte jour par jour et pendant près de quarante ans ce rapport de deux frères sous l'ancien régime, nous essayerons d'abord de résumer les principaux caractères de leur affection avant de continuer,^ d'après leur correspondance, notre biographie du bailli de Mirabeau.
Quoiqu'il n'y ait entre les deux frères qu'une différence d'âge de deux ans, l'autorité de celui qui représente la famille est si puissante sur l'autre, que le cadet se considère à toutes les époques de sa vie comme absolument tenu de ne prendre jamais aucun parti dans les affaires qui lui sont le plus personnelles sans avoir l'assenti-. ment formel de son ainé.
Cela va si loin qu'ayant été longtemps chevalier de Malte non profès, c'est-à-dire n'ayant fait ses vœux que très-tard et pouvant par conséciuent se marier, il laisse constamment cette question à la décision exclusive de son frère ; c'est une affaire qui regarde la famille et qui, par conséquent, doit