LE BAILLI AU COMBAT DE SAINT-CAST
Une vie dure comme je Toi menée, et dans laquelle j'ai vu lever le soleil de tous les côtes, ne dresse itas aux humiliations et n'est pas bien prérieiiso! Quant à l'autre, reprenons en sous-œuvre. Ce n'est pas connaître nutre nation, (pie de ne pas savoir de (pioi elle est capable, quand elle verra à son roi des entrailles de père, quand elle sentira son honneur et celui de son roi compromis! Tu me diras que tout cela est bon, mais qu'il faut de Targenl, et c'est ce qui manquerait le moins, si Ton voyait quel piî^s ttMes qui m«''ritn?son! do In confiance i
El il rédijço alors deux mémoires destinés nu Ctnrdiual do Heruis pour proposer une attaque sur Halifax ou sur fa Nouvelle- York, combinée avec une Icnlalivc de débarquement en Anjçleterre, ou du moins une grande démonstration destinée à inquiéter et à occuper la plus grande partie de la flotte anglaise. Un passage do ce mémoire nous a paru digne d'être ci lé :
Je respecte trop les personnes qui ont décidé do nos opérations pour hlAmer notre conduite dans la présente guerre ; mais je ne puis trop déplorer que nous ayons laissé cesser les craintes que nos troupes répandues lur nos côtes et prêtes à débarquer en Anj^leterre inspiraient au gouvernement anglais. J'attribue à l'inquiétude qu'elles lui causaient, les différends entre M. Pitl e M, Fox. Mais la preuve 1 1 plus décisive de l'effroi que nous leur inspirons, c'est que leurs fonds publics, dont les papiers étaient montés de iOO à 128, descendirent presque subitement à 88, preuve certaine de la diminution du crédit de la Banque et; la création si souvent agitée d'une milice nationale, l'introduction des troupes étrangères
L\L^ MllUDEAU
chez une nnlion qui craint d'armer les souverains, sont encore des preuves bien fortes. D'après tout cela, je crois qu'il faut nous mettre dans le cas de nous faire craindre chez eux. lis n'ignorent pas le peu de distance do nos côles aux leurs, le formidable appareil «le leur nombreuse marine no les rassurerait pas aussi efficacement qu'on le pourrait croire, contre des tentatives qui n'ont trait à la mer fjue pendant un très-court trajet. I^s veufs du sud qui les relicnnent dans leurs ports de la Manche, peuvent nous faire traverser le petit bras de mer qui nous sépare, les vents d'est peuvent nous y mener et s'ils veulent nous empêcher de le tenter, nous l^s obligerons à avoir un grand nombre de vaisseaux destines à cela, surtout si à nos préparatifs nous ajoutons une escadre considérable armée à Ihesl el qui les menace de toute part.
Au milieu de ces angoii^ses patrioliquos, le chevaliop de Mirabeau eut enfin une consolation : « Je n'ai, cher frcMx^ érrit-il de Lamballe, le 12 septembre 1758, ([ue le temps de te marquer que nous avons enfin peigne les Anglais, proche du village de Saint-Casl, à quatre ou cinq lieues de Snint-Malo; ils avaient trop légèrement compté que des troupes ne pouvaient pas faire quatorze, onze et dix lieues par jour. Somme totale, nous les joignîmes à leur rembarcpiement, et là, pour nOO hommes envii'on blessés ou tués, nous leur en avons fait laisser à Tengrais de la plage de Saint-Cast environ 1,000 ou 1,500, et de plus, autour de 8 à 700 prisonniers. Je m'en porte iresbien, La manoeuvre a été belle de la part de
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M. le duc d'Aiguillon, à ce que dit tout ce qui y entend quelq-ue chose, et il me semble que cela se voit. Je te le détaillerai par le premier ou le deuxième courrier. Les officiers avaient tous le plus grand zèle et les troupes n'ont jamais eu plus de gaieté et de volonté. Parmi nos prisonniers^ il y a un nombre considérable de gens de la plus haute distinction (1). »
Je m en porte très-bien paraîtra peut-être un peu féroce, mais nous ne pouvons dissimuler que Toncle de Mirabeau, en sa qualité de marin et de marin souvent vaincu, ne connaît pour la France
il) Dans une ûuIpc lettre, où il poconlo !o combat avec plus do détails, le chcvalirr de Mirabeau, quoiiiue aimant peu le duc «l'Aiguillon, insiste sur l'activité et la bravoure déployées par c«'Iui-ci: « Je ne le quittai jamais d'un ]>:is, écril-il, et je fus témoin très-f atisfait do ce que je vis. » Ceci répond aux plaifonl^rirs Iris-coimues dont on poursuivit plus tanl le duc d'Aiguillon ù propos de ce combat de Saint-Cast, à répocjuo des démêlés du gouverneur do Bretagne avec le procureur général La Chalotais.QuL'bjues historiens de nos jours, s'appuyanl sur Duclos, ont reproduit h»s accusations que réfute la lettre du chevalier de Mirabeau. Duclos accuse le duc d'Aiguillon d'avoir rendu la victoire incomplète, mais ce n'est pas lui qu'il -faut on a'.'cuser, c'est la marine, et c'est ce qu'établit le bailli dans une lettre du 17 septembre 1758: «Quand je songe, dit-il, qu«> deux vaisseaux qu'on eiU armés et qui, un peu bien conduits, pouvaient échapper à In vue de la grande escadre anplaî>f, s'ils fussent arrivés à ?aint-Cast h' 7, 8,0, !0. 1!, 12 ou ^'^ d«' ce mois, auraient détruit absolument toute la flotte détachée de la grand»» escadre, de maniér* qu'il n'eu aurait pas pu échapper un seul homme, que nous aurions pris le prince Kdouard et une petite armée : je t'avoue que je suis enragé cl que je ne puis cesser de déplorer notre triste état. Nous n'avons de guerre que par mer et nous n'avons pas un seul vaisseau ormé dans nos rades. »
qu'un seul ennemi, c'est TAnglais. Il n'en est pas à dire, comme le dira plus tard son neveu l'orateur, mieux inspiré que lui: c Jeter les bases d'une éternelle fraternité entre cette nation et la nôtre, serait un acte profond d'une politique vertueuse et rare. » Il écrit, au contraire, sans remords, le 27 décembre 1754 ; « Je me suis accoutumé à regarder les Anglais comme les ennemis du genre humain et particulièrement de la France. » Il reconnaît pourtant les qualités sérieuses de l'esprit anglais, car il dit ailleurs: t Lorsquen 1747, je revins d'Angleterre, où j'avais passé mon temps ii rnliocinci\ je trouvai tout Paris occupé des pantins (1). » Il semble aussi que l'organisation aristocratique de l'Angleterre devrait se concilier avec les opinions féodales du bnilli, opinions dont nous reparlerons plus tard, mais l'Angleterre n'est pas encoré assez aristocratique à son gré. Le patriciat y dépend trop, suivant lui, de la plèbe, on n'y fait pas assez de cas des vertus militaires, et on y estime trop l'argent ; toutes ces causes réunies lui font prédire hardiment, dès 175 i, que l'Amérique du Nord échappera complètement à l'Angleterre d'ici à très-peu d'années.
(1) C'élai*, en effet, répoque où ce genre de joiiel fair^ait fii* rcur. « La postérité, écrit d'AIeiubcrt, aura peine à croire qu'en France des personnes d'un âge unir aient pu, dans un accès de vertige assez long, s'occuper de ces jouets et les rechereher avec un empressement que dans d'autres pays on pardonnerait à peine à l'âge le plus tendre. >»
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t)an8 tout ce qu*il écrit sur la politique do eon temps, on voit le chevalier de Mirabeau animé du même esprit, faire entrer en première ligne riioslililé naturelle, suivant lui, do la France et de la Grande-Bretagne. Un de ses mémoires daté de décembre 1757, destiné à prouver que nul danger ne peut menacer la France si ce n'est de ce ccté-là, offre un contraste si marqué avec la situation qui nous est faite à la suite de notre désastreuse guerre contre TAllemagne que nous en citerons seulement le début : « La politique nous dit que nous ne saurions avoir désormais d'ennemis que les Anglais ; eux seuls peuvent quelque chose contre nos fronliéres maritimes; notre frontière d'Espagne est désormais n couvert; le roi de Sardaigne ne pourra rien' contre nous, si les Anglais ne lui fournissent de rarponl pour avoir des troupes, ou si les Impéliaux ne lui envoient des troupes, qui ne sauraient arriver de si loin sansTargent des Anglais. Les Suisses ne demandent qu'à vivre en repos. Loliff/irf'liic f/nrinnuiquo nn smirait schr/mlor roniro imiis s'ins le secours dos Anf/L'iis, et tous les puissants princes du nord do l'Europe sont trop éloignés pour que nous puissions craindre leurs athiques, qui, sans argent, ne sont (pie des irruptions. Les Hollandais ne sont plus qu'une province marchande de l'Angleterre, dont elle bride le commerce avec plus de soin cjicore que celui de ses colonies. En cet état, nous n'avons
rien à craindre que des Anglais, de leur ambition et de leur argent. >
Le danger est ailleurs à Theure où nous sommes, et ce n'est plus l'Anglais qu'il nous faut considérer comme l'ennemi naturel de la France. Cinquante-huit ans de paix ininterrompue avec la seule nation qui jusqu'ici ait été en mesure de menacer la sûreté de nos ports et de nos rivages ont fait abandonner l'ancienne organisation défensive adoptée dans un temps où la guerre contre l'Angleterre semblait presque l'étal normal de noire pays. Le bailli de Mirabeau étant un des hommes qui ont travaillé avec le plus de zèle à la perfectionner, nous fournira une occasion toute naturelle d'en dire un mot, sans perdre de vue le personnage actif et original dont nous racontons la vie.
LE DAILLI ET LES MILICES GARDE-COTES. — NOS PROVINCES MARITIMES PENDANT LA GUERRE DE SEPT ANS. — LE BAILLI ET LA DAME DE CAEN.
Ccst en mai 1750, au plus fort de la guerre de Sept ans, que Toncle de Mirabeau fut nommé inspecteur général des milices garde-côles. Le maréchal de Helle-Isle, alors minisire de la guerre, s'étant fait altribuer la partie de la défense des côtes (jui , avant lui, relevait du ministre de la marine, et ayant la plus grande confiance dans les lumières et le zèle du futur bailli, le chargea de sur\eiller et de réorganiser ce service sur tout le littoral de l'Océan^ depuis Dunkerque jusqu'à Rochefort. L'ancien système de défense de nos côtes, adopté par suite de nos guerres fréquentes
avec TAngleterre, ayant été abandonné depuis longtemps, et n'ayant pas été remplacé, il nous paraît utile de Texposer très-sommairement avant de suivre le chevalier de Mirabeau dans ses voyages à travers nos provinces maritimes.
En dehors des milices ordinaires, il y avait sous Tancien régime des corps sédentaires, composés do tous les hommes mariés ou non mariés qui habitaient les paroisses les plus rapprochées du littoral, et n'étaient point inscrits pour le service de la flolte. Ces riverains, exemptés do tirer à la milice, étaient spécialefhent chargés de signaler et de repousser les débarquements de l'ejmemi. Ils étaient organisés en compagnies d'observation, mélangées de fusiliers et de *canonniers, et en compagnies du guet. L'ensemble des compagnies dans chaque province maritime formait des capitaineries commandées par des gentilshommes de la province, anciens militaires, ou même en activité de service, qui portaient le titre de capitaines généraux de la garde-côtes.
Un travail do M. de Tressan, publié en 1785 dans V Encyclopédie méthodique^ présente ce système de défense du littoral comme très-utile pour épargner, dit-il, le service aux troupes du roi. Parmi les capitaineries les mieux organisées , il ciie celle de la province du Boulonnais, où en douze heures, suivant lui, le commandant de la province peut mettre sept à huit mille hommes sous les armes, c L'ordre établi en Boulonnais,