‹ Les Mirabeau (volume 4)Chapitre 25 sur 40 · LE BAILLI AU COMDAT DE SAINT-CAST · texte numérisé non relu

LE BAILLI AU COMDAT DE SAINT-CAST

un sixième de ce qu'il en a coûté nux Anglais pour la raser, ils ne la raseront plus jamais.

On s'explique difficilement que les Anglais, avec de si grandes forces, n'aient rien tenté de plus sérieux en cette circonstance. Leur inaction fut causée, dit-on, par les dissentiments de Tamiral Hawke, chef de la flolte, et du général Mordaunt qui commandait les troupes de débarquement.

L'année d'après, le chevalier de Mirabeau est en Bretagne ; les Anglais ont débaixjué à Cancale et menacent Saint-Malo. Apprenant que le duc d'Aiguillon marche ^ur eux avec des troupes, ils se rembarquent le i l juin et reparaissent le 8 août devant Cherbourg, dont ils s'emparent. Ils démolissent les fortifications, incendient les navires marchands qui se trouvent dans le port, ravagent les campagnes environnantes et retournent vers les côtes de Bretagne. Le chevalier do Mirabeau, qui les a attendus à Brest et (jui apprend qu'ils se dirigent de nouveau sur S:iinl-Malo, suit leurs mouvements avec une sorlc de rage : « Je pars demain, cher frère, écrit-il de Brest le G septembre ITôS, pour Saint-Malo, où il a plu aux Anglais de venir nous faire une seconde visite. Boirons-nous assez de ce c.ilice d'humilialion et pouvons-nous espérer une (in aux insultes et aux injures? »

Le calice parait d'autant plus amer à ce digne

patriote qu'il vient d'apprendre que Louisbourg et File Royale, la clef du Canada, sont de nouveau tombées entre les mains des Anglais : c Notre marine est perdue, écrit-il le 1" septembre 1758, nous n'aurons bientôt plus de vaisseaux : ils pourrissent, mal soignés, dans les ports ; on nous en a pris douze ; nous en avons perdu en tout vingt de ligne et une multitude de frégates. Il est assez plaisant qu'on commence à me demander : Eh! que diable faites-vous ici? Je réponds que j'y suis trés-bien, on me rit au nez et voilà tout. » On le croirait découragé. C'est à ce moment, au contraire, qu'il voudrait que la France fit un grand effort :

Plût à Dieu, s'ccrio-t-il, quo je pusse parler à gens qui pensassent comme moi. Uien n'est perdu ; jo rennais l'énorme perte que nous faisons, m/iis je connais nos ressources, et ne crains que Versailles. Un bon pion d'administration réveillerait tous les cœur^ engourdis... J ui vu avec un sentiment que je pourrais oppoler tendresse, la crinière de notre jeunesse se hérisser à cette terrible nouvelle, et tout son sang prêt à 83 verser avec joie pour réparer ce qu'ils appellent un affront et Topprobre éternel de noire nation ! Deux chemins se présentent. L'un plus doux (la paix) qui ramènera tout le monde à Paris, qui ne nous laissera de mouvement que le ferment intérieur dos longues jaquctli's (les parlements) ; l'autre. Apre, dur et difficile, qui nous ramènerail au point de splendeur qui nous est dù. Il faut opter. Pour le premier, je n'ai rien à dire, et nulle puissance sous le ciel ne saurait m'y faire prêter ma signature. Je préférerais qu'on m'abattit le poignet cl môme la tèle*

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