‹ Les Mirabeau (volume 4)Chapitre 4 sur 40 · ORIGINE DES RIQUETI, RIQUETY OU RIQUET · texte numérisé non relu

ORIGINE DES RIQUETI, RIQUETY OU RIQUET

C'est une opinion généralement admise de nos jours que Mirabeau descend d'une famille de patriciens gibelins bannis de Florence au milieu du treizième siècle et qui, depuis cette époque, auraient pris rang parmi la haute noblesse provençale. Il a suffi de la célébrité révolutionnaire conquise par l'éloquent tribun de la Conslituante

il Kfi atloplnnt pour oc nom de Hi(iueti Furlhographc la plus ii«»it«»c. nous devons constater que presque tous ceux qui le p irtairnt, non-seulement au xvi" siècle, mfli>« au xvii*et au xviii«, Iccrivaii'nt avec un / grec flnal. Le marquis de Mirabeau, le pôrc de l'orateur, écrit presque toujours Hiquotly. Nous df^vons ajouter pourtant que dans son testament, daté de 1787 rt écrit tout entier de sa main, il a signé : Victor dcRiqueti. I/omteur, dans les quelques signatures que nous av4ms de lui ptirttUit son nom primitif, n'adopte pas le doulilc /, mais il » loplc r/ grec et il écrit IVujuHy. Nou* verrons aussi que les Riqueti sont nommés Hiquet dans un grand nombre de docu- UK*nts du xv,« siei'lc.

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pour faiie triompher au profit de sou nom des prétentions de notabilité très-ancienne, qui furent cependant, on le verra tout à Theure, assez vivement contestées à ses ancêtres. L'idée de retrouver dans le yrand agitateur de 1789 le sang d'un de ces poétiques factieux du moyen âge immorlalisés par Dante, le sang de quelque compagnon de Farinala degli Uberti, une telle idée est si séduisante pour l'imagination qu'on a pres(iue mauvaise grâce à la discuter. Si pourtant l'on est affligé de la maladie de l'exactitude, en ua siéjle qui aime toutes les hypothèses curieuses, on éprouve un bosoin d'autant plus impérieux de vérilier celle-ci qu'elle est, par elle-même, plus romanesque.

tlette origine des Hiqueti ayant été principale^ ment accréditée par un document intéressant, publié pour la première fois en UMl en tète des Mémoires de Mirubcm (1), nous devons d'aboixl rectifier une erreur assez grave commise au sujet de ce document. En le trouvant dans les papiers de Mirabeau avec ce titre écrit de sa main : t Vie de Jean-Antoine de Riqueti, marquis de Mirabeau, et nolice sur sa maison, rédigées p.\r l'aîné de ses

PETITS-FILS d'après LES NOTES DE SON FILS, »

M. Lucas de Monligny en avait naturellement conclu que le fils de Jean-Antoine n'avait fourni

1) Nous a ons d» jà parlé, dans noire préface, du travail con* éidùrdblo que M. Lucas dj Monligny a consarré au plus célèbre des Mirabeau.

que des notes, et que la rédaction appartenait au petit-fils, c'est-à-dire à Mirabeau. Ce raisonnement, trés-juste en tout autre cas, n'avait qu'un défaut, c'était de ne pas tenir compte d'un penchant très-prononcé chez le futur tribun à s'approprier le travail d'autrui. Voici d'abord une note, jusqu'ici inconnue du public, écrite par M. Lucas de Montigny lui-même, et annexée par lui au véritable manuscrit de la vie de Jean-Antoine, de laquelle il résulte qu'il s'est trompé en faisant honneur de ce travail à Mirabeau : « J'avais, dit-il, depuis longtemps en ma possession la vie de Jean-Antoine écrite par son petit-fils, quand, dans mes fréquentes acquisilions de tout ce qui concerne Mirabeau, s'est trouvé, par hasard, le manuscrit qui suit(l). Il prouve que le fond de cette biographie, et presque tous ses (lélnils appartiennent réellement au marquis de Mirabeau, et non au comte, qui s'est contenté de copier, d'éclaircir et surtout de simplifier. » Nous devons dire, à notre tour, après avoir comparé avec soin les deux manuscrits, que cette note rectificative fait encore la part trop grande à Mirabeau dans le travail ea queslion, et qu'il s'agit ici d'un plagiat à p3u prés complet commis par le fils aux dépens du pére. Le manuscrit du marquis de Mirabeau, que le comte, dans sa copie, qualifie de notes, est plus volumineux que la

^tl C'es^l celui du marquU de Mirabeau.

LKS Mm.VDE AU

copie; il forme un cahier in-folio de 177 pages, avec ce litre : Élogo historique do Jonn-AiHoino de Hiqueti, marquis de Mirabeau , adressé à won frère. Il est précédé, en effet, d'une dédicace du marquis à son frère le bailli, dédicace que le comte a naturellement fait disparaître. Pour tout le reste, la copie de ce dernier se borne à reproduire le manuscrit paternel, avec des suppressions et des inodi/ications de détail dont quelques-unes, caractéristiques et curieuses, nous arrêteront tout à rheure; mais dans les 189 pages in-S"* dont elle se compose, il n'y a pas en tout plus de deux pages appartenant en propre au copiste.

Il semble, d'ailleurs, qu'un examen attentif eût dû faire soupçonner que ce travail, publié sous le nom de Mirabeau, ne pouvait pas être de lui. Quoiqu'il remplace de temps en temps par des mots plus modernes les archaïsmes du style paternel, ou qu'il en éclaircisse parfois les constructions un peu embrouillées, ce style, si différent du sien, par l'irrégularité, mais aussi par l'originalité des tournures et la vivacité colorée des expressions, sans parler encore do la différence des idées, donnait à la biographie de Jean-.\nloine une physionomie qui ne se retrouve dans aucun ouvrage de Mirabeau, sauf dans un autre qu'on lui attribue, également à tort, ot (pii est aussi, nous le verrons, de son père (I).

1" Noms n»^ <'niinai<»eon> «ju'un seul rrilîqno, flom**, il e«l vrai,

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Il était également assez (lifncile de comprenrirè que Mirabeau, rédigeant cette notice à vingt-cinq ans, comme le croyait à tort M. Lucas de Monligny, et la rédigeant au château d'If, c/est à-dire £fu moment où il subissait la rigueur d'une lettre de cachet obtenue par son père, eût pu trouver, dans les dispositions de son esprit, la tirade enlhousiaste en faveur de Tautorité paternelle par la-quelle commence la biographie de Jean-Antoine. Il est dôjt'i singulier qu'il Tait conservée en se l'appropriant ; mais, à coup sûr, elle ne serait pas sortie spontanément de sa plume (1).

n nous reste maintenant à prouver que ce n'est

d'une sagacité rare qaaxkd elle n'était aveuglée par aucun porCi pri«, qui ait été frappé do cette différence entre le style habituel de Mirabeau et le style de la biographie de Jean-Antoine : c>sl M. Sainte-Beuve. Nè pouvant pas deviner, en i83i, combien èimH ftiblo !• part de Mirabeau dans ce travail (}u*on Uh attribuait par erreur, U remarque du moins que la uoiice sur Jeao-Anloioe « est d'un j'tyle qui diffère des autres ouvrages de Mirabeau, d*un style plus ancien, plus pareil à relui (h son père, phà» abondait ei d*uno plus riche étoffe que dans la MÛto. » (Sainte-Beuve, CrUiqucs et Portraiis^ édition de 18iH.)

<l) Noua darons dire que ce morceau du début en l'honneur de l'aaiorilé palemeUe, tel que Mirabeau Pavait intrépidement copié sur le manuscrit de son pore, a été assez notablement modifié par l'éditeur. Il y avait là une discordonce qui aura choqué le fils adoptif de Mirabeau et qui l'a, snns doute, décidé à réduire beaucoup ce débul, à supprimer, par exemple, celie phrase, as»ex bizarre de la part d'un Uls prisonnier de^n père au château d'If : « Les pères ne sont plus les maîtres d'enfants peu dignes d'être pères. > Elle était pourtant de Mirabeau, en ce sens que tout en la copiant sur le manuscrit paternel, il la renforçait encore pour l'arrondir, car son père s'était contenté d'écrire : « Les pères ne sont plus les maîtres de leurs enfants, et ne sont aucunement dignes de Tétre. »

MinAftr.Ai'

pas ii vingt-cinq ans et au château cl If, comme le répètent depuis 1834 tous les biographes de Mirabeau, que celui-ci a, non pas rédigé, mais copié la notice sur son grand-pére écrite par son père, c'est beaucoup plus lard ; et, pour mettre hors de doute ce point qui a son importance, il nous suOîra de citer un fragment d'une lettre inédite du marquis de Mirabeau à son frère, auquel il avait envoyé celte J)iograplue manuscrite. Le bailli ayant fait remarquer à l'auteur qu'il y avait dans son travail des indiscrétions qui pourraient nuire à la famille, si elles étaient connues du public , le marquis, dont l'intention n'était pas de publier cet ouvrage, répondait, le 20 décembre 1782, en ces termes :

Il y a un arlicle de ta lettre qui serait à répondre de ma part. C'est celui qui concerne le manuscrit sur mon père. Ctflui de ma main ne sort point de dessous ma ctef, j'en fis faire une copie de la main de Garçon (un de ses secrétaires), qui fut à toi envoyée sur-le-champ; j'en fis faire une de celle de Poiré (autre secrétaire) : Jo la prêtai à mon ftJs dans le temps qu'il était chez Doucher et que je croyais devoir l'instruire. Je me la suis fait réndre, ainsi que toutes mes lettres d'alors, et le tout est sous ma clef; mais comme il copie tout et emploie à cela tout le monde, s'il en a quelque copie^ elle ne peut venir que de lui. Coifipte à cet égaixl sur ma parole très-exa«te.

Ce n'est donc pas en 1774, mais dans les premiers mois de 1781, après sa sortie du donjon de Vincennes, lorj^que son père, avant de le recevoir de

nouveau chez lui, le mit en pension chez Boucher, ce premier commis de la police qui s élail intéressé au prisonnier et dont il est si souvent question dans les lettres à M""* de Monnier sous le nom du bon ange, que Mirabeau, alors âgé de trente-deux ans et momentanément réconcilié avec son père, s'appropria ce manuscrit que le marquis lui avait prêté « pour Tinstruire. > Quel fut son but en le copiant à Tinsu de son pére qui, cependant, on vient de le voir, soupçonnait le fait? Rpurquoi se substituait-il partout à Tauteur, en changeant toutes les phrases où celui-ci parlait en son nom ? Il nous parait probable que Tintenlion de Mirabeau, très-pressé d'argent à celle époque, comme il le fut, d'ailleurs, durant toute sa vie, était d'abord de comprendre ce travail dans la vente de divers manuscrits qu'il fit alors, et dont quelques-uns n'étaient aussi que des copies textuelles ou arrangées. Cette intention, à laquelle il renonça, sans doute, de peur d'irriter son père, ressort de l'habileté même avec laquelle il supprime presque toutes les indiscrétions <iue le bailli reprochait à son frère, et qui consistaient surtout en des détails d'une sincérité maladroite, propres à- contrarier l'effet général que l'auteur voulait produire, mais d'autant plus précieux pour ceux qui cherchent la vérité. Mirabeau a déjà sur son père une incontestable supériorité dans l'art de choisir entre ce qu'il faut dire exactement et ce qu'il faut exagérer , dimi-

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nuer, passer sous silence ou inventer pour atteindre un but délerniiné. L'intention de publier semble également ressortir de la multiplicité des copies que Mirabeau fait faire du travail paternel. Indépendamment de celle qui flgure dans les papiers provenant de M. Lucas de Montigny, nous en avons retrouvé ailleurs deux autres d'une écriture différente, toutes deux corrigées de sa main (1).

La comparaison du manuscrit du pôre ayec celui du fils nous offre déjà, pour la question de généalogie qui nous occupe en ce moment, des données qu'il s agira ensuite de discuter.

Voyons d'abord ce que dit le marquis de Mira* beau de Forigine des Riqueli. t En Van 1267 et 1268, écrit-il, et dans Fune de ces révolutions ordinaires dans ces temps ténébreux, toute la famille des Arrighotti fut chassée de Florence. L'acte de prascription porte le nom de neuf» al entre (JiuiveîiyAxzu/r*cijLsArrjghetU,SJius Gherardi^

(1) Il va Aaiis (lire «(ue dans aucune des trois copies que nons avons sous les yeux on ne trouve celte phrase imprimée à la lia de la page 7 et au coiamonccment de la page 8 du tome l^** des Mémoires de Mirabeau : « Placé dans l'impossibilité d'essayer de suivre la tro^e de mes pères, je veux la moolrer cftt moins à mon ÛJs. » Mirabeau ne pouvait écrire cela eo ITSi, car f^on flis unique était mort le 8 octobre 1778 ; aussi ne le numme-t-il pas dans le tableau généaIoi;ique de la page 9, tableau qui est bien réellement de lui et qu'il a ajouté aux ÔQOnciationft volontairement plus vagues de son père. La mention du flls provient évidemment cîe l'éditeur, persuadé d'abord que ce travail datait de 1774.

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et omnas mâscuH descendîtes ex eis; Ass^ueius se relira en Provence avec son fils Pierre. » On verra tout à Theure que le marquis do Mirabeau est le premier de sa famille qui ait assigné unç date précise à ce bannissement des Arrighetli, en se fondant sur un document dont nous aurons à apprécier la valeur quand nous le retrouverons communiqué par lui à Louis d'Hozier, et publié par celui-ci, en 1764, dans V Armoriai de France. Les ancêtres du marquis ne connaissaient pas document , car tous présentent les noms et même les faits autrement que lui. La phraso que nous venons de citer est copiée par Mirabeau, avec quelques légères modifications, entre autres, celle qui (goûte à la simple désignation des Arrighetli leur qualité de Gibelins. CeUe qualificaiioa se justifie, d'ailleurs, par la date même du bannissement ; car, si cette date est exacte, c'est celle du triomphe du parti guelfe sur le parti gibelin. Mais, d'un autce çjtc, nous verrons que les ancêtres du marquis de Mirabeau foisaient qu.ilifier les Arrighetli de Guelfes par les généalogistes , afin de motiver certaines assertions avantageuses qui ne pouvaient s'appliquer qu'à des Guelfes. C'est probablement pour ne pas contredire ces assertions que le marquis de Mirabenu s abstient de se prononcer sur ce point.

Voiçi mainten<ant une modification plus carac^ téristic{ue, faite par le fils aux affirmations do SQU père, ma^rquis s'était contenté de dire :

LKS MinABK.vr

€ Il est démontré que les Arrighelti arrivèrent en Provence avôc le titre et Tesprit de la noblesse de ce temps-là. i Le comte, transcrivant la phrase, trouve que ce mot t la noblesse i ne suflît pas; il écrit t la haute noblesse i et, à la findu paragraphe, il ajoute, de son chef, une assertion, qui serait importante si elle était exacte, mais elle ne Test point. Aussi le marquis, plus scrupuleux que son fds, — comme nous le prouverons, — sur ce genre d'affirmations, a passé sous silence celle-ci, que le comte emprunte en Tornant beaucoup à des généalogistes officieux : € Pierre, dit Mirabeau, en parlant du premier des Hiqueti , établi et marie en France, avait épousé celle Sibylle de Fos, de la maison des comtes de Provence, dont tant de troubadours ont chanté les talents et la beauté. Celte alliance prouve assez de quelle considération jouissait la maison du proscrit, qui trouvait un tel établissement en abordant la contrée où il cherchait un asile (1). 1

[\) Mômoiro!^ Minihcnu, l. I"", p. H. I)«n« nuciin Hes documents génruioj?iqiics fournis par les Hiqucli , on ne voit flgurcr celle Sibylle de Fos. Il y a ou Cobinel des lilres de la Bibliothèque nutionule. un commencement de généalogie, où la femme du premier Riqueli établi en Franci' est appelée Catherine de Fossi<s, et ce nom n'a rien de commun avec la maison des comtes do Provence. L'existence même de Catherine de Fofsis, comme femme de Pierre Hiqueti , n'ayant pu être constatée, d'Ilozier, dans son Armoriai, ne la nonvne pas; le mar- (|ui9 de Mirabeau ne se contente pas de la supprimer aussi, il pas<>e également sous «ileiice le nom des femmes de tout les

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Si ce pi'oscrit tlorentin , vrai ou prétendu, s'était établi vers la fin du xui* siècle, en Provence, sur un pied assez grandiose pour épouser une lille de mai.son princière, cela prouverait, en effet, qu'il était un personnage considérable; mais, dans ce cas, on aurait bien de la peine à s'expliquer que les descendants de ce Pierre Riqueli fussent restés pendant deux siècles et demi, c'est-à-dire jusqu'à la moitié du xvf siècle, tellement incx)nnus que leur nom ne figure pas une seule fois, avant cette époque, non- seulement dans l'Histoire générale de la France, mais dans aucune des nombreuses histoires particulières de la Provence (1). Il serait encore plus inexplicable que le premier notable du nom, qui signe Jehan Riquety et que Nostradamus appelle Riquel, eut été obligé, en i58i, pour se soustraire au payement d'un droit de francs-fiefs qu'on n'exigeait que des roturiers, de prouver qu'il était noble, et de le prouver par une enquête à défaut de documents authentiques.

Ce Jean Hiqueti était fils d'Honoré Hùiueti ou

ni4|neli élabii:« en Frunce jusjqu'à celle du |irriiiifi* iiuluMc d'cnirc eux. Les antres femme» sont, en effet, indiquées sous des noms incertains et différents, ou avec des qualilicHtions différentes. Mirabeau cli<»isit naturellement les plus brillanls de ces noms.

J) On ne trouve, en effet, aucune mention des Riqueli avant le milieu du xvr >ièclo, ni dans VHiatoire de Provence do Nostradamus, ni dan? celles de Gaufridy, du Uuuclic, de Lourd, de i'apon, ni dans Y Histoire de Mërscilie, de Hufll.

LKS MiUADËAU

Riquet, originaire de Digne, qui était venu s établir à Marseille au commencement du xvi* siècle. Le marquis de Mirabeau et son fils sont également trés-sobres de détails sur Honoré, ou plutôt ils ne disent absolument rien de lui, sinon qu*il transplanta la famille à Marseille. On s*expli((uera ce silence quand nous mettrons en présence les assertions contradictoires des généalogistes sur l'état de cet Honoré lliqueli. Quelle qu'ait élé d*abord sa profession à Marseille, ce qui paraît démontré, c'est qu'il fut le premier de sa famille qui se livra à des entreprises de commerce ; son fils Jean, homme actif et habile, continua, en les développant, les opérations paternelles, el devint puissamment riche. Le marquis de Mirabeau ne donne qu'un détail sur le genre de commerce fait par Jean Biqueti. « Je crois, dit-il, qu'il y avait alors à Marseille une compagnie de corail qui fit des affaires fort avantageuses, i Indépendamment de la pèche et du commerce du corail, Jean Riqueli fonda aussi des manufactures, car nous avons sous les yeux un document intitulé : Lettres patentes du 25 novembre 1Ô75, par lesquelles il est permis à Pierre Alberlas, Jean Uiquoty et autres associés d'établir à Marseille une manufacture d'étoffes d'éc^rlate.

Élu premier consul de Marseille, en 1562, Jean liiqueti soutint, de son mieux, l'autorité royale fontre les premières eniroprises des huguenots.

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Il épousa, en 1564, une personne appartenant à une famille provençale de noblesse ancienne, la famille de GlandëVès, et c'est par suite de celte alliance qu*il fut conduit à acheter le château et la terre de Mirabeau, dont il prit le nom. Cette terre était, depuis le commencement du xiv* siècle, la propriété des Barras, dont la notabilité remonte. iSeaucoup plus haut que celle des Hiqueti, car, à côté de l'adage cité par Nostradamus sur cette famille, il y en a un autre en provençal qui dit : Li Barras viei coumo li roucas (Les Barras vieux comme les rochers).

Ce sont les Barras qui, jusqu'en 1570, portaient le titre de seigneurs de Mirabeau (1). La veuve de Pompée de Barras, Anne de Savournin, ayant obtenu cette terre |K)ur ses droits, et ayant épousé en secondes noces un Glandevés, lit passer le domaine dans la famille de son mari, et c'est à Gaspard de Glandevés, seigneur de F'aucou, parent de sa femme, que Jean Uiquoti Tacheta

<!) C'est donc à torl que duiis uuu fête duiiiice il Marseille, en 1^68, au proflt des pauvres, et représoniaiil l'enirée de Fniii<2oi« I'"" en 1533, on a fait llgurer dans le cortège royal le seigneur de Mirabeau et le seigneur de Barras, (-es deux rjeiirneur», !«ous François I*^**, n'en fuisant qu'un, et même sous Henri |V. quand la terre .de ce nom ne leur appartient pluï-, on voit cnore des Barras qualifiés barons de Mirabeau. Nous devons dire cependant qu'il résulte de documents appartenant «ux «rcljives do la commune de Mirrbcau, qu'entre les Barras ei les Glandevés se place une famill'-- Tarques dont le chef est qualifié ccuycr et qui avait possédé, pendant quelque temps, la •eigneuric dudit lieu.

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par contrai du 25 avril 1570, moyennant la somme de vingt et un mille écus de 48 sols pièce. Il est à noter que ce château, que nous avons montré à moitié détruit par la Révolution, était précisément dans le même état à l'époque où il fut acquis par JeanRiqueli, ou du moins peu d'années après. Un acte de dénombrement, fait ej^l597, constate, en effet, que « le château et forleressè est disrupt et ruiné depuis les troubles, et par ce moyen inhabitable. » La forte position qu'il occupait sur la Durance en avait fait le théâtre de divers combats entre les cathoMcjucs et les protestants.

Kn raison de s:i nouvelle acquisition, Jean Riqucti eut à subir devant la Chambre des comptes deux procès ; le premier portait sur un droit do mutation dû au roi, sous le nom do Lotis et Ventes. Le payement de ce (h'oit, éf^nlement exigé de tout acquéreur, n'implii|uanl pas la question de noblesse, nous n'en parlons ici que pour constater la diversité des noms et ((ualilications doiniés à Jean Ri(iueli dans les actes occasionnés par ce procès, et aussi |)our contrôler quel(|ues-unes des assertions du mai^quis de Mirabeau. Par lettres patentes datées du 1) juin 1570, ('liarles IX dedans faire remise» du pnyoment du droit on question € â noirochor et bien nnié Jrhnn Hiqnrt (sic), ci-devant premier consul de notre ville de Marseille. » La remise est motivée sur les services par lui rendus durant son administration consulaire. Mais il parait que si le roi était libre de

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as

faire reottse de ce droit de mutation à celui qui devait le payer, il était libre également d'en faire don à un tiers, et que dans cette circonstance le produit de ces lods et ventes avait été promis à d'autres, notamment à Tévéque de Digne, qui réclama.

De nouvelles lettres patentés du 30 septembre 1571 retirèrent la faveur accordée à l'acquéreur de la seigneurie de Mirabeau, comme étant TeiTet d'une surprise et d'une erreur sur la quotité du droit à percevoir. Cette fois, l'intéressé n'est plus appelé Riquet, mais Jehan Riqueti, marchand de Marseille. Le marquis de Mirabeau, dans le travail généalogique copié par son fils, dit que c'est l'évéque de Digne qui qualifiait ainsi Jean Riqueti, pour le rabaisser. En tout cas, on voit, par les lettres patentes, que , si la qualification venait de l'évéque, elle avait été adoptée par le roi (1).

(!) Lo marquis de Mirabeau soutient aussi que de tout temps U noblesse de Marseille était investie du privilège de pouvoir faire le commerce nans déroger. Cette assertion n'est exacte qu'à partir de 1 560, puisque Téditde Charles IX du 10 janvier de celte année a précisément pour objet d'accorder ce privilège à la nobleese de Marseille, afin do favoriser le commerce de cette ville, ce qui prouve qu'avant l'cilil le privil<' pe n'existait pns.Kt on effet, dans son pelit Traité de In \ohlosso, écrit pour les Proven«;aux et public en HMK) à ri)C<!Ui^ion de la vérilicallon de notilesse do 1GG8, I{cllcgui>e , l'un des vérificateurs, soutient que le privilège ne date que de lot'iO, et il nous apprend cette circonstance assez curieuse que plusieurs nobles marseillais qui avaient caché leur qualité d'écuyer dans des contrats de commerce et qui la reTeodiquaicnt dans d'autres contrais, donnaient pour motif T. I. 3

La nouvelle décision de Gharics IX ordonnait aux officiers de la Chambre des comptes de saisir la seigneurie de Mirabeau. Elle fut saisie, en effet, et mise sous le séquestre, mais Jean Riqueti savait se défendre, et il se défendit assez bien pour obtenir une troisième et dernière décision en sa faveur. Celle-ci, rendue par Charles IX en conseil, à la date du 9 juillet 1572, déclare confirmer le don fait en juin 1570, et ordonne la mainlevée de la saisie de la terre de Mirabeau. Dans ce dernier acte royal , le réclamant est nommé Jehan Riquety, sieur de Mirabeau, mais sans aucun titre nobiUaire^ pas même celui d'Êcuyer.

Le second procès soutenu par Jean Riqueti eut précisément pour cause Tincerlitude de sa noblesse ; on lui réclamait le payement de ce droit de francs fiefs dont nous venons de parler, qui n'était exigible que des roturiers devenus acquéreurs de biens nobles (1). En parlant de Tenquéte qui fut la conséquence de ce procès, le marquis de Mirabeau et son iUs se gardent bien de nous dire à quelle occasion elle eut lieu ; ce fut, il est vrai, sur la demande de Jean Riqueti ; mais s'il se trouva, comme le dit vaguement aussi I^uis d'Hozier, dans la nécessité de justifier de son

qu'en « trafl'iuant avec l'élranger il était nécessaire do ne pas 8e dire noblo, pour inspirer plus do contianco » Ik-Uejiçuise déclare non sans ra'son qu'une telle argumoutation e^l injurieuse pour les vérita!»les genlilsho.r.nics.

(1) noutaric, Tmitt' drs droits soigncariaux, 17r>1, p. 431.

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ancienne noblesse, c'est parce qu'elle lui était contestée; et ce fait parait bien difBcile à concilier avec l'assertion du marquis de Mirabeau, soutenant que les fonctions de premier consul de Marseille, exercées par Jean Riqueti en 1562, n'étaient dès lors accordées qu'à des nobles d'extraction et d'armes.

L'enquête eut lieu d'abord dans la petite ville de Seyne, comme étant le plus ancien séjour des Riqueti ou Riquet, car, dans ce document, ils sont constamment appelés Riquet, ensuite dans là ville de Digne, où ils s'étaient établis avant d'habiter Marseille. Cette enquête ne nous intéresse pas seulement pour la question de la noblesse des Riqueti. Elle nous intéresse plus encore comme étant le premier document où il soit fait mention de leur origine italienne. Deux témoins de Seyne seulement, sur dix produits par Jean Riquet, s'expriment sur ce point en termes d'ailleurs très-vagues. Ambroise Laugier, docteur en médecine et premier consul de la ville de Seyne, déclare qu'il a ouï dire souvent aux anciens que des personnes /appelées Biquets \enues d'Italie, ont habité en cette ville de Seyne. Un autre témoin, Jean Barle, propriétaire, dit à peu près la même chose, et sans préciser davantage. Les autres témoins ne déposent que sur la question de noblesse. Ils déclarent qu'ils ont entendu dire qu'un certain Pierre Riquet, qui passait pour noble, a fondé l'hôpital de la ville de Seyne;

qu ils ont vu au-dessus de la porte de cet hôpital des armoiries en plâtre que tous décrivent de la môme manière : un écusson traversé obliquement par une barre au-dessus de laquelle était une demi-fleur de lis, et au-dessous de ladite barre trois petites bosses qui leur ont paru figurer trois roses, et qu'on disait être les armoiries du fondateur de rhôpital. Ils ajoutent que, durant les troubles de Tannée 1574, ceux de la religion détruisirent les armoiries et brûlèrent quelques vieux actes tant en parchemin qu'en papier, contenus dans un vieux coffre qui était dans ledit hôpital. Trois d'entre eux, cl nous devons noter que ce sont les plus pauvres (car, dans ces enqué* tes do noblesse, on indiquait, non sans raison, la fortune de chaque déposant comme un élément utile pour apprécier la valeur morale de sa déposition), trois des témoins déposent qu'ils ont vu au-dessus de cette même porte un pourctrait du fondateur de l'hôpital tenant une épée nue en sa main. L'un des trois dit que Y homme était habillé magniûquemcnt de couleur oranger. Ils ajoutent qu'ils ont vu un sépulcre de pierre de taille prés de la porte de l'hôpilal, etcju'on leur a raconté que le fondateur dudit hôpital était enseveh 77/ec. Il va sans dire que le pourctrait couleur oranger et le sépulcre ont été égale:nent détruits par ceux de la religion. Tels sont les détails que Mirabeau embellit un peu, on en conviendra, quand il dit, en forçant la rédaction de son père, « que le capitaine

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Mouvans, célèbre officier des huguenots, déTuisit à Seyne le tombeau sur lequel on voyait encore la statue de Pierre Arrighet i révolue dune colle d armes. » Le marquis, plus modeste, se conleiilait de dire : le tombeau sur lequel eUnl son efligie. En réalité, d'après les déposants eux-mêmes, il n'y avait point d'effigie sur le tombeau (s'il y avait un tombeau), et il y avait encore moins une colle darmes.

En définitive, l'unique document écrit et authentique produit dans l'enquête de Seyne est un acte passé le 26 janvier 1346, par lequel t il appert Pierre Riquet, Pierre Pélissier et Bertrand Bernard, avoir été créés et élus consuls dudit Seyne. i Ces modestes fonctions municipales, dans une Irés-petite ville, partagées en 1346 avec Pélissier et Bernard, ne donnent pas précisément l'idée d'un patricien de la plus haute noblesse, allié par mariage à la maison des comtes de Provence.

Dans l'enquête faite à Digne, il n'est plus question de l'origine italienne des Riqueti ; les témoins parlent de ceux-ci comme s'ils étaient originaires de Digne; plusieurs même le disent expressément. Bernardin Houstan, par exemple, affirme que les ancêtres dudit Riquet, sieur de Mirabeau, ont toujours été tenus et réputés nobles et originaires de la présente ville de Digne, Un autre déclare avoir oui dire publiquement que lesdits Riquet, originaires de la présente ville, s inlilulaienl nobles. Parmi les déposante H'iwvQ un Barras, qui

habitait Digne et portait encore le titre de seigneur du fief acheté depuis quatorze ans par Jean Riqueti ou Riquel ; c'est messire Antoine de Barras, seigneur de Mirabeau, chevalier de Tordre du roi, lequel déclare avoir oui dire par feu Baldouin de Barras, son père, que lesdiis Riqueta étaient estimés issus de noble race; et, pour expliquer rinsuffisance de documents à Tappui de cette allégation en faveur des Riqueti, il ajoute c que ceux de la religion ont volé et égaré beaucoup de papiers, titres et documents.» C*é8t à la suite de cette enquête de 1584 que les commissaires délégués pour le payement des droits de francs fiefs en déchargèrent Jean Riqueti et le reconnurent noble ; il prit alors le titre d'écuyer, qu'il avait revendiqué dans le cours de Tenquéte.

Si cette enquête ne s'accorde guère avec la prétention de Mirabeau de nous faire accepter sa famille comme appartenant à la haute noblesse de Provence dès la fin du xin* siècle, elle peut trèsbien paraître probante pour le fait pur et simple de noblesse , d'autant que ce n'est pas toujours la haute noblesse qui est la plus ancienne , et que, comme Ta dit très-ingénieusement un historien de la Provence : t il y a peut-être plus de faux roturiers que de faux nobles (1). » Mais l'enquête est-elle aussi concluante sur la question d'ori-

(1) Histoire générale de Provence ^ par l'abbé Papon, t. II, p. %1

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