‹ Les Mirabeau (volume 4)Chapitre 5 sur 40 · ORIGINE DES RIQUETI · texte numérisé non relu

ORIGINE DES RIQUETI

gine? Parmi tous ces témoins qui parlent des Riquet comme étant Français; deux seulement déclarent qu ils ont oui dire qu'ils venaient d'Italie. Faul-il voir dans la demi-fleur de lis , qui est la pièce principale de leur écusson, la preuve d'une origine florentine , à cause de la fleur de lis qui jDonstitue les armes de Florence ? Nous ne le pen* sons pas , car la Provence elle-même et beaucoup de villes de Provence, notamment Digne, portaient également dans leurs armes des fleurs de lis, et celles-ci ont pu donner naissance à la demi-fleur de lis des Hiquet. Il est évident que Jean Hiqueti, à cette époque, se disait ou se croyait d'origine italienne; mais il ne nous parait pas moins évident qu'il n'était flxé ni sur la ville ni sur la famille d'Italie à laquelle il voulait se rattacher; car, s'il l'eût été, choisissant lui-même ses témoins, ne les aurait-il pas induits à s*exprimer sur ces deux points avec plus de précision ? N'est-il pas permis de croire aussi que, s'il se disait Italien d'origine , c'était peut-être pour se distinguer des innombrables Riquet de la Pro« vence et de la France, où ce diminutif d'Henri est aussi commun que celui d'Arrigo en Italie?

L'idée de se donner , pour se grandir , une extraction italienne , était alors fort à la mode parmi les Provençaux, et surtout parmi les Marseillais, qui faisaient le commerce en gardant des prétentions nobiliaires, parce qu'une origine génoise, florentine ou napolitaine était considérée comme

une sorte de garantie morale contre la dérogeance. Ce fait, que nous verrons plus loin constaté par Tun des d'Hozier àToccasion des Riqueli, Test déjà par un historien provençal contemporain du Riqueti qui nous occupe en ce moment. « Parce que, dit Nostradamus, selon le dire de la vérité même, aucun n*est prophète en son pays ; de là est venu que tout le monde s'est voulu mêler de se faire issu de pays étranger et lointain et de tii'er origine des branches dont la plupart de ceux qui s*en vantent indiscrètement ne sortirent jamais. » Et il cite quelques familles provençales qui passent pour être d'origine italienne, mais il ne cite point les Riqueti , qu'il appelle toujours Riquet. Ce n'est pas qu'il soit nialveillanl pour Jean Riquet ; au contraire , voici comment il le qualifie : « Le sieur de Mirabeau, de la famille des RiquetSy très-honorable à Marseille, l'un des plus riches trafiquants de Marseille, i Dans le même passage, racontant une avanie faite à la femme de Jean Riquet parle viguier Casaulx, ce chef des ligueurs marseillais , qui s'imposait par la terreur aux catholiques modérés , il dit t que ses satellites emprisonnèrent d'une par trop vilaine audace la femme de cet homme noble, damoiselle d'honneur et d'âge. » En citant celte phrase, dans sa Vie de JeaU'Antoinc , le marquis de Mirabeau se livrait à une de ces indiscrétions que lui reproche le bailli ; il disait avoir appris de son frère que des sols cherchaient dans la phrase de Nostradamus

ORIGINE DES RiQUETi

une preuve que celui-ci considérait Jean Riqueti comme un roturier enrichi ayant épousé une noble damoiselle; il réfutait cette opinion en faisant valoir que, dans Touvrage du chroniqueur provençal, la virgule est placée après le mot noble, et non pas après le mot hoinme, et elle est, en effet, ainsi placée dans Texemplaire que nous avons consulté. Il ajoutait que Nostradamus aurait fait un pléonasme ridicule en disant noble damoiselle. Ce dernier argument n'était pas trèsadroit, car si la position de la virgule ne venait pas en aide au marquis de Mirabeau, on pourrait très-bien soutenir que Tauteur de YHistoire et chronique de Provence avait voulu noter la différence entre un Riquet et une Glandevès. En somme , cette discussion manquait de prudence ; aussi , Mirabeau , plus habile que son père , s'abstienl-il de la reproduire dans sa copie.

Ce qui est certain, c'est que Nostradamus, auquel Tabbé Papon reproche de n'avoir écrit son histoire que pour faire connaître les familles nobles de Provence , et qui intercale en effet dans cet ouvrage près de cent blasons, ne parait pas connaître celui des Riqueti; et, s'il les tient pour nobles, ne les juge pas d'une noblesse assez distinguée pour admettre leurs armoiries, car on ne les trouve pas dans son livre. Un généalogiste provençal de la même époque, Nicolas Bonferel, qui a écrit en 1615 un armoriai des principales familles de Provence, dont un exemplaire manus-

crit est à la bibliothèque Mazarine, oonnait si peu, à cette date, les Riqueti, et leur origine italienne, qu'il les confond encore avec les Barras, et qu'au nom de Mirabeau il donne Técusson de ceux-ci , lequel n'a rien de commun avec celui des Riqueti, en disant que « les sieurs de Mirabeau sont issus de la maison de Barras. » La notabilité des Riqueti ne commence donc qu'à la fin du xvi* siècle , et dans la personne de Jean Riqueti , qui lui-même est encore si loin de figurer parmi >a haute noblesse de Provence, que sa qualité de noble lui a été contestée. Mais à partir de l'enquête, cette qualijté reste acquise à ses successeurs ; il leur laisse de plus une fortune considérable, le précédent d'une alliance avec une très-ancienne famille, et ce nom sonore de Mirabeau, qui remplace avantageusement leur nom primitif. — Ceux-ci vont continuer le mouvement ascendant de la race vers les régions de la haute aristocratie; ils s'occuperont de construire, de régulariser et de vulgariser cette généalogie italienne que le consul de Marseille a laissée dans le vague. Cependant, les assertions de chacun d'eux, souvent variables et parfois contradictoires, seront l'objet de plus d'une contestation.

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