LEURS GÉNÉALOGISTES
Il a été traité mariage par parole de futur entre Mons/eur Thomas de Hiqueti, écuyer, de Mirabeau, fils légitime et naturel de Monsieur Honoré Biqueti, écuyer, delà ville de Marseille, seigneur dudit Mirabonn , les Duranco, et de hfadame Jehanne de lynche, d'une pari, et Damoiselle Anne de Pontevés, fille légitime et naturelle de feu magnifique seigneur Messire Pompée de Pontevés, vivant seigneur de Buoulx, capitaine de cinquante hommes d'armes, et magnifique Dame madame Marguerite de Suze, dame dudit Buoulx, d'autre part.
Allié à une maison venteuse^ comme dit le marquis, son bisaïeul Thomas voulut faire franchir à sa race le degré qui séparait la noblesse obscure, et plus ou moins contestée, de la noblesse ancienne et reconnue. En 1639, aidé apparemment de ses alliances, il fit recevoir son fils cadet chevalier de Malte, au moyen de ce qu'on appelait 7.7 preuve secrète, c'est-à-dire, Tattestation plus ou moins complaisante de quatre gentilshommes de vieille souche qui déclarèrent que la famille de Riqueti était une famille de la première distinction. Le marquis de Mirabeau, en parlant de ces preuves de 1639, n'en spécifie pas la nature ; il se contente de dire qu'elles dépassaient de bemicoup le prétendu marchand de Marseille^ et c'est par une note confidentielle du bnilli, annexée au manuscrit, que nous apprenons qu'il y eut preuve secrète. Le marquis, toujours plus scrupuleux que son fils, écrit : t Ce fut un nouvel ordre de choses : du moins nous n'avons pas dans nos pa-
piers de preuves faites dans Tordré avant celles de François de Riqueti. > Mirabeau, le futur tribun, supprime ces mots : nouvel ordre de choses^ et, après avoir copié le reste de la phrase, il ajoute de son chef; « Cela n'est pas étonnant, puisque c'est le chapitre général de 1583 qui le premier ordonna aux prieurs de Malle de faire des archives, et que ce règlement n'eut son exécution qu'au chnpilre général de 1631. »
Ce subterfuge de Tamour-propre n'a aucune valeur comme argument; car en admettant — ce que nous croyons inexact — que l'ordre de Malte n ait eu d'archives générales qu'à partir de 1631, il suffit d'ouvrir seulement le dernier volume de l'ouvrage de Vertot pour constater que chaque lanfjuc de France et chaque grand prieuré dans les diverses langues avaient des registres [)arfaitomenl en règle, où figurent tous les chevaliers admis dans l'ordre depuis le commencement du XVI* siècle. On y voit même des Mirabeau bien avant 1639 ; on en voit dès 1536, mais ceux-là n'ont rien de commun avec les Riqueti: ce sont des Barras-Mirabeau. Si les Riqueti-Mirabeau n'y apparaissent qu'en 1639, c'est tout simplement parce qu'ils n'ont obtenu l'admission qu'à cette époque (1).
(1) Mirabe.'ui parle à celle occasion d'un prétendu chevalier de Riqueti du xiv« siècle , auquel on aurait atlribué l'inveniion originale d'une chaîne do fer élablie, à la suite d'un vœu, près Moustiers, enlrc deux montagnes . et qu'on voyait encore au
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Après avoir procuré à sa famille l'utile précédent d'une admission dans l'ordre de Malte, Thomas de Riqtieii s*0ccupa de la faire figurer avec éclat dan&les nobiliaires (1). Il ne s'adressa point au généalogiste officiel d'alors, Charles-René d'Hozier. Celui-ci, fils d'un Provençal, était, nous le. verrons tout à l'heure, très-opposé aux prétentions aristocratiques des Riqueti. Il eut recours à un de ces généalogistes oflicieux qui fournissaient alors des origines illustres, moyennant finance, comme aujourd'hui; car cette industrie, aussi vieille que le monde (Juvénal s'en moque déjà dans une de ses satires), n'a point disparu avec la Révolution; elle n'a jamais été, au contraire, plus florissante qu'à notre époque démocratique ; seulement elle est tombée à un taux qui rend la marchandise accessible à tous. En effet, d'après les nombreux prospectus qui circulent, chacun peut, pour le prix de dix ou au plus de vingt francs la page, faire établir doctement, dans un livre imprimé avec luxe et destiné à devenir plus tard une autorité, qu'il descend en droite ligne de Godefroy de Bouillon. Le généalogiste du
xvni» siècle ; mais cette bizarrerie est bien plus généralement attribuée à un Blacas, et le marquis, en citant le fait, déchire avec candeur que l'existence de ce chevalier de Riqueti ne lui est garantie que par une simple note sans authenticité. Il va sans dire que Mirabeau supprime la réflexion paternelle et pré- •enie comme positive l'existence de ce Riqueti.
(1) Nous avons vainement cherché le nom des Rtqneti dans les Nobiliaires antérieurs à celui qne nous allons citer.
XVII* siècle dont il s'agit ici, et que Charles d'Hozier qualifie d'impudent faussaire, devait se faire payer assez cher, car il arborait en léte de ses nobiliaires des qualifications qui donnaient du prix aux certificats d'antique noblesse délivrés par lui : ce n'était rien moins que t messire Jean- Baptiste L'Hermite de Soliers, dit Tristan , chevalier de Tordre du roi, et Tun des gentilshommes servants de Sa Majesté. » Il paraît que ces belles qualifications , d'ailleurs exactes en ce sens que L'Hermite de Soliers était chevalier de Tordre de Saint-Michel, se pouvaient concilier avec une industrie peu honorable ; ce n'est pas seulement Charles d'Hozier qui dénonce corrme faussaire le généalogiste en question : plusieurs contemporains, notamment Le Laboureur et Guichenon, parlent de lui avec la même sévérité (1).
La généalogie qu il a consacrée aux Riqueti figure dans un beau volume in-4**, publié en 1661, orné d'un grand nombre d'armoiries superbement gravées on taille douce et intitulé La Toscane française: ce qui veut dire que l'ouvrage a pour objet de donner satisfaction à tous les Français qui revendiquent une illustre origine toscane (2).
(1) L'Hermilc dit Tristan était lo fpèro d'un poctc dramatique contemporain de Corneille, connu par sa Iraj^édic do Marinnnc^ et qui avait aussi la répulnlion de tendre aisément la main.
(â) I/industrieux généalogiste a composé plusieurs autres ouvrages sur lo même plan : par exemple, pour les Français qui a>iipiraient à une noble origine, génoise, napolitaine ou muuie
LEURS GENEALOGISTES
On voit par T article des Riqueli que celui qui les représente à cette époque, c'est-à-dire Thomas, ne sait pas encore bien au juste la qualité, et laisse estropier le nom de ses ancêtres florentins, soit qu'il ignore ce nom, soit qu'il désire le rendre plus semblable au sien. Voici le début de celte généalogie : « L'ambition tyrannique du parti gibelin et les partialités que causa cette guerre intestine, obligèrent Pierre Ariqucti (sic) de déserter sa patrie pour perpétuer sa famille dans l'empire des fleurs de lys. »
Ici, Pierre A riqueli, et non Arviijhelti, au lieu d'être, comme le dira plus tard Y Armoriai, un gibelin, est, au contraire, un guelfe banni par les gibelins. L'Hermite de Soliers, en effet, le qualifie partout de noble guelfe, et pour faire valoir la famille de c^ noble guelfe, le généalogiste n'hésite pas à falsifier , avec une rare impudence, les textes italiens imprimés qu'il cite à l'appui de ses assertions. Il prétend par exemple que Zazzera, dans son ouvrage sur la noblesse d'Italie, a constaté qu'Éverard de Médicis , deuxième du nom, épousa Mandina Ariqueti; que le même Zazzera rapporte qu'en l'an H97, Compagnio
corse. Il travaillait auss^i sur les provinces françaises, nolamment sur la Toiiraine , on encore pour les familles particulières. 11 ne dédaijrnait même pas de spéculer sur la vanité bourgeoise. C'est ainsi qu'il a composé un in-folio intitulé /es Forces de l.yon, qu'il vendait à chaque officier de la milice bourgeoise de cette ville dont il publiait la généalogie et le? îirmcs-
Ariqueti était consul de Florence. Or, quand on prend la peine de vérider dans Zazsera, on trouve
ceci :
€ Averardo seconde dello dei Medici, nel mairimonio cho conchiuse con Mandina degli Ahri- Gucci faraiglia anlichissima Fiesolana. »
Le même Zazzera dit: « Nel 1197 Compagnie AiTiguccio era console délia città di Firenze (1). »
D'où il suit que cette phrase si insolente , attribuée dans une foule d'ouvrages au marquis de Mirabeau : « Il n y a jamais eu qu'une mésalliance dans notre famille, c'est celle des Médicis, • reposerait tout simplement sur un faux matériel commis par un marchand de généalogies, puiscjue c'est la fille, non d'un Ariqueti, ou même d'un Arighelti , mais d'un Avviguccio qui fut épousée par Éverard de Médicis. C'est l'orateur qui a rais en circulation, dans les Lettres de Vincennes^ la phrase orgueilleuse qu'il prête à son père. Il va
(1) Uella nobiltà dcll' Italia, dol i«ignor Franccsco Zazxeni, 78; 201. L'Hcrmite de Soliers ful^'itle égalciiiciit les cila-
lîoiis qu'il cMipruntc ou diricours sur \ù ^\ob/o?<so de Flotenrr, de Voolo Mini. Ces fulîiill(!iitiuni^ efTronti'es «pie chacun aunil |»u vrrillur dans l'ouvrujro do Zîiziicrfl, |Mildi«î vn IGl.*», cl dont un exeiiiphiirc se trouve à la lUbliolhèqu»- initionale, n'ont ét«* jusqu'ici con^tatécs par perï^onne, et l'on voit des généalogistes de nos jour?, «nème purnii ceux qui jouist«ent, à tort il est vrai, d'une cerlnino réputation d'exactitude, re(;roduirc encore, tu sujet des Miraheau, et probablement pour bien d'autres nom<i dont nous n'avons pas eu à nous occuper, les assertions lïicn- ^ong^•e3 de ce L'Herniite de Solicrs ou des autres industriels de ^on e«pccc qui obondenl sous l'ancien rcgimc.
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sans dire qu*il n'y voit pour sa part qu'un excès de présomption, et qu'il ne paraît pas révoquer un instant en doute là réalité de l'alliance dont il s'agit. Quant au marquis, il n'était pas homme à s'abstenir de vérifier dans Zazzera, et nous verrons même 'qu'il a vérifié. Il savait donc très-bien que celle alliance était uii mensonge, aussi n'en dit-il mol d:ins tout ce qu'il a écrit sur sa famille, cl certes ce n'est point par orgueil, car il n'ignore pas qu'avant le consul de Marseille les alliances des Riqucti en France n'étaient pas brillantes.
Le seul détail intéressant que nous apprenne cette rapsodie mensongère de L'Hermite, c'est que Thomas de Riqueti a trouvé le moyen de raccorder sa famille avec celle d'un noble italien du nom d'Ariqueti. Celui-ci, passant à Marseille, où il fut, dit le généalogiste, félicité de ses parents, et probablement très-bien accueilli par eux, reconnut les Riqueti en celte qualité. Le généalogiste estropie encore, on le voit, le nom d'un Italien contemporain, afin de le rapprocher du nom provençal. Toutefois le fait qu il mentionne est exact. On trouve à la Bibliothèque nationale, au cabinet des litres, une déclaration du comte Giulio d'Arrighelli, colonel et capitaine de la compagnie de gendarmes de S. A. S. le grand-duc de Toscane, lequel dit avoir envoyé sa généalogie au sieur de Mirabeau et au sieur de Negreaux, son frère, qu'il reconnut pour parents. Mais le plus scrupuleux des trois d'Hozier fait remarquer à ce sujet,
dans une note, que les armes de ces Ârrighelli, existant en Toscane au xvn* siècle, n'ont rien de commun avec celles des Riqueti de Provence (1).
Toujours est-il que Thomas, accusé par son arrièrepetit-fils, le marquis de Mirabeau, d'avoir trop donné dans la gloire, d'avoir introduit le premier à Marseille des domestiques à livrée rouge, que le peuple appelait les Suisses de M. de Mirabeau, et d'avoir écorné le riche patrimoine amassé par Jean, son grand-père,Thomas, disons-nous, n'en futpas moins celui de tous les Uiqueti ses devanciers qui se préoccupa le plus des moyens propres à donner à sa famille le prestige aristocratique. C'est de son vivant qu'eut lieu à Marseille, en 1668, la vérification des titres de noblesse ordonnée par Louis XIV. Les commissaires le reconnurent pour noble, non pas en vertu de son illustre origine italienne, ou de la noblesse problématique de Pierre Riquet, consul de Seyne en 1346, mais en vertu de deux titres, dont l'un, de 1398, qualifie Antoine Riqueti vir nobilis juris péri tus de Regio (de Riez), et l'autre,
(1 } Il faut amsi noler ({ue les armes de ces Arrigbelii du xvn« siècle, lellcs que les décrit Charles d'Hozier, sont Ircsdifrérentcs de celles des Arriglictti plus anciens dont nous arriverons tout a l'heure à constater Texistenco à Florence, niai:^ à une épo.jue encore bien postérieure à celle où le marquis de Mirabeau place leur bannii^somenl. Peut-être ce fait expliquet-il que le marquis et son llls ne parlent point de ces Arrighetti (lorentins du xvii* siècle qui avaient eu des rapports personnels avec Thomas de Riqueti et l'avaient reconnu pour parent. Ils semblent n'attacher aucune importance à cette déclaration de paren'.é.
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(le 1440, par lequel il consle qu'Antoine Riqueti était judex carias regiœ civitatis Dignsa (Digne).
Lorsque Louis XIV vint à Marseille en 1660, Thomas qui, durant les troubles produits en Provence par. la Fronde, s était distingué dans le parti royaliste, et qui, d'ailleurs, possédait la plus belle maison de la ville, eut l'honneur de recevoir chez lui le jeune roi. Son arrière-petit-fils assure que dés cette année 1660, Thomas, qui ne portait d'autre titre que celui d'écuyer, avait obtenu de Louis XIV des lettres d'érection de la terre de Mirabeau en marquisat; mais il ajoute que les formalités de l'enregistrement n'ayant point été remplies (on se demande naturellement pourquoi), ce ne fut que vingt-cinq ans plus tard, et dans la personne d'Honoré, fils de Thomas, que le titre de marquis fut accordé aux Riqueti. Le fait est que les lettres patentes sont datées non de 1660, mais de juillet 1685, et enregistrées au parlement de Provence le 30 mai 168G. Il nous semble probable que le marquis de Mirabeau, trouvant son marquisat de fraîche dale, cherche à le vieillir de vingt-cinq ans. C'est donc à partir de 1685 que les Riqueti échangèrent le titre modeste d'écuyer contre celui de marquis et entrèrent enfin dans la haute noblesse.
Ici nous voyons apparaître un nouveau généalogiste encore plus utile aux Riqueti que le précédent, car son travail a été copié par le plus grand nombre des généalogistes postérieurs. C'est
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l'auteur du Nobiliaire de Provence , publié en 1693, Tabbé Robert (de Briançon). Son livre est dédié au second marquis de Mirabeau, Jean- Antoine, alors fort jeune, le pére de Y Ami des hommes. La dédicace est rédigée en termes qui permettent aisément de supposer que les frais d'impression de ce Nobiliaire n'ont pas été faits par l'auteur : t Quoique cet état de la Provence que je vous présente, dit-il à Jean-Antoine, soit attendu du public avec beaucoup d'empressement depuis plusieurs années, il n'aurait peut-être jamais vu le jour si je ne m'étais déterminé à le faire paraître sous les auspices de votre nom. > Le généalogiste parle ensuite des marques singulières d'estime et d amitié qu'il a reçues du pore de Jean-Antoine, auquel il avait d'abord le projet de dédier son livre.
En un mol, il met une candeur rare à laisser le lecteur en garde contre rindé])endance et la sincérité de ses affirmations relativement aux Riqueti. Ceux-ci tiennent encore à celte époque à déliguror le nom italien qu'ils revendiquent. En effet, l'abbé Robert nous parle comme L'Hermile de Soliors, d'une famille Ariqueii , illustre en Toscane, et de Pierre Ariqueli. 11 n'oso pas reproduire la promiôi'o falsification do Soliers concernant le mariage d'un Médicis avec la lille d'un Arriguccio, mais il répète la seconde sur Compéh gnio Arrignrcio, consul à Florence, on HU7, qu'il transforme, d'ajU'ès Soliers, en Compagnio
LErns GÊNÉALOGISTI^ .V.
Aviqueii. Il fait égalemenl bannir Pierre Ariquoli comme guelfe. Il le fait accueillir par Robert d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence, et allié des guelfes, qui le nomme capitaine et châtelain du château de la ville de Seyno, nouvelle assertion qui ne se trouve pas dans la Toscane fi^ançaise. C'est aussi Tabbé Itobert qui parle le premier do Sibylle de Fos, comme femme de Pierre Uiqueti, mais sans aller jusquâ nous dire, ainsi que le fera Mirabeau, qu'elle était de la famille des comtes de Provence. Toute la partie obscure de la généalogie des Riqueli, depuis Pierre jusqu'à Jean , le consul de Marseille, est ornée, par Tabbé Robert, de détails et de personnages assez imaginaires pour que Tauleur de ï Armoriai de France, malgré sa complai- «îance extrême pour le mar([uis de Mirabeau, ait cru devoir en supprimer un certain nombre, notamment ce prétendu chevalier de Riqueti, fils de Pierre, auquel Tabbé Robert faisriit épouser une d'Esparron. Du reste, les assertions de Tauleur du Nobiliaire de Provence, pour ce qui touche les Riqueti, rencontrèrent un rude adversaire en la personne d'un abbé provençal et généalogiste aussi, l'abbé Barcilon de Mauvans. Celui-ci rédigea, sous le titre de Critique du Nobiliaire de Provence^ un ouvrage qui fit grand bruit parmi les Provençaux, auxviii* siècle, car il choquait les prétentions de beaucoup de familles que Tabbé Robert avait illustrées avec une libéralité sans bornes.
Nous ne tiôus faisons pas juge entre cés deuK abbés, dont Tun nous paraît suspect de platitude, plus ou moins vénale, et l'autre do malignité plus ou moins envieuse. Le savant oratorien, Jaccfues Lelong, dans sa Bibliothèque liistoriquo, tout en déclarant qu'il y a dans l'ouvrage de Barcilon de Mauvans des recherche^ curieuses et utiles, nous met en garde contre la partialité, les médisances et même les calomnies de Fauteur. C'est donc sous le bénéfice de l'observation du P. Lelong que nous citerons le morceau trés-pcu connu aujourd'hui que l'abbé de Mauvans a écrit contre les prétentions des Riqueti, et contre l'article du Nobiliaire de Provonce où ces prétentions sont soutenues et développées.
I/nuteur du Sohiliuire ^ dit Mauvans, n'a pu mieux commencer son clal de la noblesse de Provence , pour fonder la jusiice de ma critique, qu'en dédiant son ouvrage au marquis de Mirabeau, du nom do Hiquely, de MarseiUe, comme au plus ancien gentilhomme de ce pays. 11 fait sa lige de Pierre de Hiquety, qu'il va chercher au delà des monts; il l'établit en Provence sous le nom équivôque de Hiquety, considérable dans l'État de Toscane, le fait gouverneur et chAlclain de la ville de Seync; il établit sa descendance dans la ville de liiez, l'en fait coseigneur. C'est de cette tige qu'il fait descendre Honoré de Hiquety, qu'il place ù Marseille en l'année 1529, avec la qualité de seigneur (le Sieyés; il le marie avec Jeanne Le Tcllicr, qu'il qualifie fille d'un noble Le Tellier, seigneur de Lagarde. Cette généalogie de Pierre de Hiquety, jusqu'à Honoré du môme nom, n'a jamais
LEURS GÊNKALOfilBTKf;
élè quune idée; on n'en trouve rien dans les Archives, ni dans les Chartes, ni dans l'histoire du pays.
La vérité est qu'on trouve divers actes à Marseille, depuis l'an 1512 jusqu'en l'an 1530, où cet Honoré Riquety est qualifié maître d'écriture; on trouve ensuite que ce Hiquety se mit dans le négoce, où il fit une fortune si prompte, que Jean, son fils, ayant acrjuis la terre de Mirabeau, se maria avec Marguerite de Glandcvès. Par Tappui de cette alliance et de ses richesses, il fut fait pi*emicr consul à Marseille, prit la qualilé de noble et d'écuyer. Ses descendants l'ont continuée jusqu'à Honoré de Riquety, dernier mort, qui fit ériger sa terre en marquisat. Il se qualifia depuis messire, chevalier et marquis. I^s besoins de l'Etat ont fait, depuis vingt ans, un grand nombre de marquis. La plupart de ces marquis ne sont nés ni nobles, ni écuyers; ils sont encore moins chevaliers (I).
A r«ippui de ses assertions , Barcilon cite un assez grand nombre de pièces extraites des éludes de notaires de Marseille, où Ton voit figurer des Riquety laboureurs, marchands, artisans; mais toutes ces citations, la plupart en latin, peuvent s'appliquer aux nombreux Riquet dont les Riqueti
{{] Critique du Xobiliairc de Provence, pnrDaPcilon de Mau- V8ns, vol. I, f*» 115. — L'ouvrage de Darcilon de Mouvans n'a, je crois, jamais été imprimé, mais il en existe un très-grand nombre de copies manuscrites. Le manuscrit qui était à la Hibliothèqaedu Lou\tc ofTrait quelques légères différences de détail avec celui auquel nous empruntons cotte citation et qui appartient à la Bibliothèque de la ville de Marseill»*. Nous avons préféré celui-là comme plus authentique, et c'est un des savants conservateurs de la Bibliothèque nationale, M. Rathery, qui a eu la bonté de copier pour nous, à Marseille, le passage qui nous inléres- Mir.
prétendent précisément se dislinguer. La plus curieuse, si elle est exacte, est la pièce énonçant l'acte de mariage d'Honoré Riqueli, le père de Jean, consul de Marseille. Cet Honoré, que le Nobiliaire (h Provence qualilie seigneur de Sieyès et fait marier avec la fiUo d'un Le Tellier, seigneur de La Garde, est qualifié beaucoup plus modestement dans le document lalin produit par 15arcilon de Mauvans et dont voici le texte : € Ma- Irimonium inler providiim virum magistrnm llonoralam ' Riquety mugistrum scholarum civitalis Dignœ et honcstam nnilierem Joannam Tillidre filiam inagistri Pclri Tillière sartoria Massiliio 1515. — Notaire, Olivier Rampai, i
Dans le cas où ce maître d*école originaire da Digne, qui épouse en |ol5 la fille d'un tailleur de Marseille, serait bien le père de Jean, c'est-à-dire du premier Riqueti qui prit le nom de Mirabeau, il faudrait reconnaître que les Riqueti auraient singulièrement dérogé dans sa personne depuis le lemps où, suivant Mirabeau, le plus ancien (l'enlre eux épousait une fille de la maison des comles de Provence. Ce qui est incontestable, c'est que la femme d'Honoré Riqueti n'était |)as plus authentique comme fille d'un seigneur que la femme de Pierre conune princesse, car le marquis de Mirabeau, qui renonce à la princesse, n*a pu faire accepter la femme d'Honoré par le plus complaisant des d'Hozier ni avec le nom ni avec la (jualité que lui donne le Nobiliaire de Pro-
voiloo. V Armoriai la qualifie en effel ainsi : € Jeanne Tilhére, veuve de discret homme Bertrand Perrel, et fille de messire Pierre Tilhére, docteur et citoyen de la ville de Digné, > Le titre de messire semble ici étrangement accolé à ceu^ç de docteur et de ciloyen.
Si la généalogie des Riqueti présentée par l'abbé Robert n'avait contre ellp que le lémoignage de Tnbbé de Mauvans, on pourrait hésiter d'autant plus que ce dernier se trompe incontestablement dans le détail des faits relatifs à Jean de Riqueti, qui fut premier consul à Marseille et se maria avec une Glandevés ayant d'avoir acquis la terre de Mirabeau ; mais l'ouvrage do l'abbé Robert a été l'objet d'une protestation trés-vive de la part du plus savant et du phis intègre des généalogistes officiels qui ont porté le nom ded'Hozier. Il existe à la Bibliothèque nationale un exemplaire du Nobiliaire de Provence^ annoté de la main de Charles-René d'Hozier. L'abbé Robert est qualifié par lui (ï auteur vénal d'un mauvius ouvrage. Outre la dédicace au marquis Jean-Antoine, l'ouvrage en question contenait une seconde dédicace aux c^insuls et assesseurs de la ville d'Aix. Charles d'Hozier dit à ce svyel : t L'auteur a voulu faire d'un sac deux moutures en tirant encore quelque gratification des consuls et assesseurs; > et comme dans la dédicace au second maniais de Mirabeau Tabbé Robert disait : c Un autre élèverait bien haut la noblesse de votre
famille, » Charles d'Hozier écrit en marge : « Sur quels fondements élever cette ancienneté? » Enfin, le généalogiste officieux terminant sa dédicace au marquis Jean -Antoine par ces mots : « Le parfait attachement que j'ai pour votre maison, i Charles d*Hozier s'emporte et écrit en marge : € Le terme de maison est trop audessus du nom de Riqueti pour l'avoir, avili si indignement. » C'est pourtant le neveu de ce même d'Hozier qui, trente-deux ans après la mort de son oncle, devenu à son tour juge d'armes, donnera aux prétentions des Riqueti une sorte de consécration officielle, en insérant dans le volume de VArnwrifil de France publié en 1764 un long article sur eux, préparé par le marquis de Mirabeau.
Dans cet article Louis d'Hozier se rencontre d'abord avec Noslradamus, en avertissant le lecteur € qu'on adopte d'ordinaire trop légèrement des origines étrangères pour donner plus de lustre aux familles qui n'en ont que do très-communes dans leur propre berceau; c'est, dit-il, ce qui a déterminé le juge d'armes à faire faire des recherches à Florence pour vérifier l'origine italienne des Ri((ueti. > En parlant ainsi, le juge d'armes ne dit pas la vérité ; ce n'est pas lui qui a fait faire des recherches à Florence, c'est le marquis de Mirabeau, ainsi que cela résulte d'une lettre inédite de celui-ci à son frère, datée du 2 décembre 1780, à laquelle nous empruntons le passage
LEUHS GÉNÉALOGISTES
suivant : t J'ai tiré de Florence dans le temps tous les livres cités (1) et des extraits des documents publics, et quoique le travail que fai fait faire à cet égard ne présente rien de bien lié, cependant j'ai retiré le décret de bannissement de nos pères et autres rescrits qui forment de valables présomptions et des mémoires plus clairs que n'en ont la plupart des maisons sur leurs commencements. »
C'est donc le marquis de Mirabeau qui a fait rédiger le travail que Louis d'Hozier nous présente comme le résultat de ses recherches personnelles ; les documents produits à l'appui de l'origine italienne des Riqueti, et que Y Armoriai déclare extraits des archives du palais de la ville de Florence, se composent, d'abord, d'un traité, à la date du 4 avril 1252, entre Hubert de Bandello, podestat, et Bonavie de Passignano, syndic, dans lequel, parmi ceux qui cautionnent, est nommé, dit d'Hozier, Ugolinus filius domini Azzi, Ce premier document ne signifie évidemment rien, attendu que le nom d'Azzo comme celui |d'Ugolin est ici un prénom qui ne s'applique pas plus çux Amghetli (ju'à n'importe quelle autre famille de Florence. Les deux, autres pièces citées par Louis
<I) Ce sonl ces mots, loiis les livres cités, qui nous paraissent &*oppliquer aux auteurs ilallens cilés par L'Hermile de So- Jier», c'esl-à-dire à Zazzera cl à Paolo Mini, cl qui nous donnent ridée que le marquis de Mirabeau a dû vérifler les Tulsillcations commises par ce généalogiste et en partie reproduites pair l'abbé Robert.
LES MIRAUKAU
d'Hoxier ont plus dMtnporfance ; rtussi reproduisons-nous textuellement le passage de V Armoriai qui les rapporte.
L'an lâG'î et le iâ décembre 1268, il fut prononcé, dit d*Hbzier, des décrets pour expulser et bannir des États de Florence ceux qui étaient soupçonnés de tenir encore de la faction des gibelins contre celles des guelfes, et dans rélnt qui en fut dressé sont compris le Seigneur /l?ifo Ar» rifj/wtty, Lapus (sic), Ghetty, Gianni et Ugolinn-; frères, enfants d*Arrighetty, Azzuccias, Hlius GheranU Arrighetly. Bariolas nepos donnui Azzi, et tous ceux qui en étaient procréés, omues masculi descendentes ex ois. De ces trois actes, communiqués et vérifiés en outre sur les lieux l'ar Tabbé Ootavien de Buonaccorsi et par le P. Soldant, bénédictin, ces deux snvants hommes conclaont qu*il n'y a aucin doute qu'Azzuccius Arrighetty, mort sur la lin du jiuV siècle, expulsé de sa patrie, ne soit le père do Pierre Arrighetty, dit depuis Hiquety, mort vers le milieu (lu XIV** siècle dans la ville dcSeyne, en Provence, où il s'était réfugié.
Il est facile de reconnaître que ce document a l'n air d'authenticité sans être cependant authentique. Il est tout à la fois plus complet et en même ten\ps plus emhrouillé que le passage déjà cité par nous, dans lequel le marquis de Mirabeau résumait et arrangeait celte pièce en rédigeant sa biographie de Jean-Antoine. On doit remarquer d'abord avec quelle réserve prudente le juge d'armes s'abstient de donner son opinion sur le rapport de paternité et de fiHation, qu'on pnétend olablir ici, entre un des personnages désignén
LEURS GÉNÉALOGISTES i5
dans le document, c'est-à-dire Azzuccius, et un autre qui n'y est pas nommé, c'est-à-dire Pierre Riquet, ou Riqueti, le seul que nous connaissions positivement, d'après l'enquête de 1584, comme ayant été consul de la ville de. Seyne en 1^6. Ce n'est pas d'Hozier qui pense qu' Azzuccius doit être le père de Pierre, c'est l'abbé Buonaccorsi et le P . Soldaniqui, consultés apparemment par le marquis de Mirabeau, et ayant vérifié le document en question sur les lieux, ont conclu qu* il avait aucun doute qu' Azzuccius n'ait élé le père de Pierre. Comment d'Hozier n'a-t-il pas demandé au marquis de Mirabeau de lui fournir au moins les motifs de cette conclusion de Tabbé Buonaccorsi et du P. Soldani? La conclusion valait, en effet, la peine d être motivée, puisqu'elle ne ressort en rien des documents allégués. Cette assertion renverse, il est vrai, tout le système adopté par les ancêtres du marcjuis de Mirabeau, qui lous; on l'a vu, prétendent que c'est Pierre Ariqueli qui fut banni de Florence, et qui fut banni comme guelfe. Il s'agit aujourd'hui d un Azzuccius Arrighetti qui aurait été banni comme gibelin, et, en effet, la date du bannissement étant celle fin triomphe du parti guelfe, ce bannissement ne peut porter que sur un gibelin; mais où est la preuve que cet Azzuccius, exilé en 1267 ou 1268, était le père de Pierre Riquet, consul à Seyne? Le marquis de Mirabeau, dans sa biographie de Jean-Antoine, ne voulant pas renoncer à faire
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venir de Florence Pierre Riquet lui-même, prend le parti de dire qu'Azzuccius se relira en Provence avec son fils. Or, si Pierre avait seulement cinq ans, en 1267, quand il partit de Florence avec son père Azzuccius, il semble qu'il aurait été bien mûr, même pour des fonctions municipales, lorsqu'il fut élu consul à Seyne, le 26 janvier 1346, ainsi que cela est établi par le seul document positif qui témoigne de son existence, car il aurait eu quatrevingt-trois ou quatre-vingt-quatre ans.
Dans notre extrême désir d'arriver à une solution sur ce point, comme pour toutes les autres difficultés du sujet que nous avons entrepris de traiter, et convaincu par Texemple même des falsifications, précédemment signalées, que la fraude est très-commune, surtout en matière généalogique, nous avons cherché à faire vérifier à Florence ce décret de bannissement que Louis d'Hozier, parlant d'après le marquis de Mirabeau, nous affirme, en 1761, être déposé aux archives du Palais. Nos efforts ayant été infructueux, nousi devons au moins constater que l'assertion même de ce bannissement est en contradiction formelle avec le témoignage des deux historiens les plus autorisés, surtout pour cette période, des annales de Florence, Machiavel et Villani s'accordent tous deux pour affirmer qu'à celte date de 1267, qui fut cefie du triomphe des guelfes, il n'y eut point de décret de br-wnissemenl porté contre les yibe^ Uns; que ceux-ci, apprenant l'approche d'un corps
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de troupes envoyé par Charles d'Anjou, allié des guelfes, quittèrent d'eux-mêmes Florence, et qu'ils y rentrèrent en 1280 (1). Nous devons constater également que le nom des Arriglietli ne figure dans aucune des listes assez nombreuses que donnent ces deux historiens des principales familles des deux partis, précisément à Tépoque où, suivant Y Armoriai y les Arrighelti auraient été signalés dans le parti gibelin. On rencontre dans ces listes des Arrigucci et des Arrighi, mais point d'Arrighetti ; ce nom ne se trouve pas davantage ni dans le Nobiliaire florentin de Scipione Ammirato, ni dans le Nobiliaire italien déjà cité de Zazzera, ni dans l'ouvrage de Paolo Mini, ni dans celui de Litla. Le seul document où des Arrighetti soient indiqués comme assez notables à Florence est un Priorisla, manuscrit de la Bibliothèque nationale, où Ton voit figurer onze Arrighetti qui ont été successivement prieurs dans la corporation des charpentiers (2). Mais le premier d'entre eux, Giovanni Arrighetti, n'apparaît qu'en 1367, c'est-à-dire cent ans après l'époque où le document présenté par le marquis de Mirabeau fait bannir de Florence toute la famille. Les armes de ces Arrighetti du
|l> Voir Xllistoiro ih Floroncc, de Mochiavfl, Iroducliun Periès, l. I, p. 118. La même afllrmalion se retrouve dans Villoni.
(2) C'cîjt du moins} ce «|ui nous semble résulter du mot legnaïuolo ajotitc k leur nom. Cela ne veut pas dire qu'iU ne fussent pas nobles, cela signifie seulement qu'ils ctaicnt à la iClo d'un dos douze corps de métiers.
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xiY* siècle sont très-différentes des armes décrites dans renquèle do Scyne, en 1584, comme étant celles de Pierre Iliqueti et adoptées par ses descendants. L'ccu des Arrighetli florentins du xiv* siècle est semé de fleurs de lis sans nombre, traversé par une bande d'argent chargée de trois croix ou croiselles, tandis que les Riqueli-Mirabeau portent d'azur à la bande d'or surmontée d'une demi-fleur de lis et accompagnée en pointe de trois roses. Nous avons déjà constaté, d'après Charles d'IIozier, que les Arrighetli du xvu* siècle, qui reconnurent les Hiqueti-Mirabeau pour parents, portent à leur tour des armes qui ne sont ni celles des Mirabeau, ni celles des Arrighetli florentins du xiv'' siècle.
En serrant de près celte queslion généalogique, on aboutit donc, comme dans presque toutes les discussions de ce genre, à l'incerlitude. Il y avait en Provence beaucoup de Riqucl, il y avait même, notamment à Aix, dos Iliqueti ou Hiquety, anoblis par l'acliat d'une charge do secrétaire du roi, qui, tout en prenant Yi ou Yi grec, ne se prétendaient point Italiens, et que les Hiqueti-Mirabeau ne recjnnaissaiont point pour parents. En revanche, ils avaient reconnu, à la date de !()(»(), en celte qualité, une l'aniille Riqucl, originaire du Languedoc, jusqu'alors obscure, mais dont un membre venait de s'illustrer par la fameuse entreprise du Canal des deux mers. D'après la cori'espondance du manpiis de Mirabeau avec son frère, celte rccon-
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naissance aurait été' un acte de pure complaisance de la part des Riqueti de Provence; cependant, comme les Riquet du Languedoc, bientôt titrés, comtes et puis marquis de Caraman, avaient dépassé très-promptement les Mirabeau en opulence et en crédit à la cour, et comme ils se montraient obligeants pour ces derniers, ceux-ci se prêtent gracieusement à tous les certiûcals de parenté que leur demande , au xvni* siècle, le comte de Caraman, et il en demande assez souvent, car malgré son crédit et sa fortune, il éprouve, pour faire recevoir ses fils cadets à Malte, des difficultés qu'il ne peut lever qu'en se prévalant des admissions dans Tordre, obtenues habilement dès 1639 par Thomas de Riqueti. Il parait même que la notabilité éclatante, mais trèsrécente, des Caraman dans la personne du célèbre ingénieur du canal de Languedoc rendait certains chevaliers de Malte trés-rétifs à les accepter comme confrères, si Ton en juge par le passage suivant d'une lettre du bailli de Mirabeau au niarquis, en date du 15 mai 1778 : € J'ai plaidé la cause de Caraman dans notre dernier chapitre, où j'admirais que tous nos anciens chevaliers, c'est-à-dire ceux dont les races sont anciennes, étaient de mon avis, tandis que d'autres osèrent objecter entre autres que Pierre-Paul avait été entrepreneur du canal de Languedoc, à quoi je répondis que je voudrais bien m' voir appelé iislus et être un entrepreneur de cette espèce. »
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Ceci n'empêche pas le marquis de Mirabeau, quand il n'est pas content des Caraman, d'écrire de temps en temps : t Je découvrirai le pot aux roses, > c'est-à-dii'e rarlifice au moyen duquel on avait soudé ces Riquet aux Riqueti de Provence. Ce mot explique aussi Tinsistance assez prélentieuse de Mirabeau, dans ses Lettres de Vincennes, à déclarer que « les Hiquet de Caraman ne sont pas plus Hiquely ([ue le Grand-Mogol (1). » Quoi qu'il en soit, les Caraman ayant été acceptés comme Uiqueli par tous les généalogistes, peutêtre est-il permis do croire que les Riqueti à leur tour sont tout simplement des Riquet do France, qui se sont procuré des ancêtres à Florence en se rattachant aux Arrighelti de la même façon que les Riquet de Languedoc s'étaient rattachés à ceux de Provence. Il est certain que le marquis de Mirabeau, quoiqu'il tinta son origine italienne, se laisse surprendre pai-fois en flagrant délit d'oubli absolu de ses illustres aïeux de Toscane. C'est ainsi que, dans sa biographie de Jean-Antoine, après avoir soutenu (jue le premier notable de sa race, le consul de Mai'seille au xvr siècle, n'avait point dérogé en faisant le conunerce, il concluait par ces paroles : * Au reste, dans tout ceci, je ne
(Il Lettres rfritos 'lu tlitiijnn de Viiifonifs. cdilion, L IV, p. — Duiis un uulie puî;?aj:c, Mtrobuau propose, «liUil, do faire un i>roc«s à M. do Curuiimn, pour lui foire quillcr M grec, de peur (pic, dan» cent ans, le public ne prenne Iti branche entée pour la bonne, et réciproquement.
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prétends point faire une apologie d'antique dérogeance ; bien loin de là, j'ajouterai que le plus illustre de nos pères fut ce Jean de Riqueti, dont je parle ^ ici, » L'assertion était parfaitement exacte, puisque Jean de Riqueti a sa place dans riiistoire des troubles de Marseille pendant les guerres de religion : on peut le dire plus notable que le marquis Jean- Antoine lui-même, car si nous connaissons ce dernier, c'est seulement par le récit, d'ailleurs très-curieux, que ÏAmi des hommes, copié par son lils, a laissé de sa vie. Il n'en est pas moins vrai qu'en écrivant la phrase que nous venons de citer, le marquis de Mirabeau faisait bon marché des Arrighetti de Florence. Il avait, on s'en souvient, envoyé une copie de son manuscrit à son frère le bailli ; c'est celui-ci qui est choqué de l'omission, et qui, parmi les notes rectificatives adressées par lui au -marquis, écrit celle-ci : t Après ces mois, Jean de Riqueti dont je parle ici, j'ajouterais : en P>ancc, et sauf peutêtre quelques-uns de ceux qui eurent les premières dignités de la Républi(jue dont ils étaient originaires. » Le peut-être du bailli indi(iuait encore un reste d'incertitude. Le marquis de Mirabeau accepte la correction de son frère et la reproduit textuellement ; mais le lils n'aime pas ce peut-être ; et, dans sa copie, la double rédaction de son père et de son oncle est modifiée ainsi : c Jean de Riqueti fut le plus illustre de nos pères en France, et l'un des plus illustres de
notre race, dont quelques-uns possédèrent cependant les premières dignités do leur république. »
Tout en altérant le texte paternel dang le sens le plus favorable à ses ambitions aristocratiques, Mirabeau, à l'âge où il copie ce manuscrit, c'està-dire à trente-deux ans, professe déjà un certain dédain philosophique pour Taristocratie considérée comme institution, et ce dédain se traduit quelquefois par des phrases qui jurent étrangement avec les phrases de son père et avec ses propres prétentions à lui. Le père, par exemple, après avoir parlé de Tincertitude de son origine en termes assez maladroits pour être atténués ou supprimés par son fils, après avoir dit : t De là jusqu'à Noé, d'où nous venons tous, il y aurait encore quelques mauvais pas à passer, > ajoutait : € En tout, nous fûmes nobles et voulûmes nous maintenir tels dans tous les temps, et, quoique la vanité soit bien commune, tous, à beaucoup près, n'eurent pas celle-là, surtout dans les temps où il n'était pas question d'acquérir la noblesse à prix d'argent. > Mirabeau intervient et rédige la iin de la phrase de la manière suivante : € Surtout aux siècles où la mode d'acquérir la noblesse à prix d'argent n'avait pas confondu toutes les nuances de la hiérarchie sociale et remplacé les inconvénients sans nombre de Ut noblesse hérédil/iirey invention bizarre et vrai-' ment anti^sociale, par l'abjection dé la noblesse
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iichelée, vendue, commôrcée (1). % C'est Id un dos rares endroits où le copiste disparaît pour faire place au tribun, car le passage n'aurait pas été écrit par son pére; mais la correction est d'autant plus curieuse que partout ailleurs le comte, en copiant son père, force continuellement le texte au point de vue des préoccupations nobiliaires et remplace tous les termes de doute ou de modestie par des affirmations ou des superlatifs.
lorsque le marquis, par exemple, exarçère peutêtre un peu la situation des premiers ot obscurs légistes qui se présentent dans ses papiers de famille sous le nom de Riqueli ou de Riquet — les documents à cette époque, surtout en latin, so prêtent aisément à la confusion — lorsqu'il écrit qu'Antoine Riqueli, fils de Pierre, fut juge du palais des villes de Digne, de Marseille et de Tarascon, ol juge en dernier ressort, Mirabeau, qui ne connaît ses ancêtres que d'après son père, n'hésite pas a amplifier encore en nous disant qu'Antoine fut juge-mage de la Provinee, que celle chnrye revenait ù celle de grandsénéchal y et que le juge-mage était un officier militaire, ce qui devient complètement fantastique. Le marquis de * Mirabeau sait beaucoup mieux à quoi s'en tenir, et c'est lui, en dèlinilive,
(I) Mémoires de Mirûheâu, t. l*"', p. 24. L'ôilileur place co paj^fîafTc en dehors du texte et sous ce litre : Noie de Mirabeau. Dans la copie de celui-ci, ce passage fait partie du texte.
qui, dans Toccasion, rappelle à la modestie tous les siens, même son frère, quand celui-ci, avec beaucoup plus de candeur que son neveu, s'exagère aussi Tanlique splendeur de sa maison. Un jour que le bailli se flattait d'oblenir enfin, entre autres papiers illustrant les premiers Riqueli, la preuve écrite de cette fondation de Thopilal de Seyne attribuée à Pierre, et qui n avait jamais été établie que sur des ouï-dire, le marquis lui répond le 1 juillet 17G7 : t Prends garde aux fripons et aux menteurs. Nous avions à cet égard dans nos vieux papiers des portefeuilles de notaires qui, au fait et au prendre, étaient falsifiés. On me Ta fait voir et toucher, et cela m'a rebuté. Quant à l'homme envoyé par Caraman(l) dans le pays (Seyne), il trouva des Riquet, Ranquet, etc., qui avaient bien des dérogcances. Le fait est que nous étions de pauvres expatriés dont plusieurs faisaient comme ils pouvaient, mais toujours conservant notice de leur origine, i
On voit donc que, même quand il se préoccupe de sa noble extraction toscane, le maiT[uis no se dissimule pas la modeste situation des anciens Riqueti ou Riquet de Seyne et de Digne. Il dit pourtant dans la même leltre : t Nos actes sont bons depuis Antoine, dont nous avons des juge-
(1) Une fois sotidéî* aux Hiquoli, K'? ni(]iiet de Carnmon s'înlért'ssaieiil naUircllemenl à ees rechiTohes (;rnéiilo|{iqiies. Au«5i voil-un ici que le comte <ie Caruiuuii eiivoyall à Seyne un homme pour cela.