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PETITS-FILS D'APRÈS LES NOTES DE SON FILS

M. Lucas de Montigny en avait naturellement conclu que le fils de Jean-Antoine n'avait fourni

(1) Nous avons déjà parlé, dans notre préface, du travail considérable que M. Lucas de Montigny a consacré au plus célèbre des Mirabeau.

que des notes, et que la rédaction appartenait au petit-fils, c'est-à-dire à Mirabeau. Ce raisonnement, très-juste en tout autre cas, n'avait qu'un défaut, c'était de ne pas tenir compte d'un penchant très-prononcé chez le futur tribun à s'approprier le travail d'autrui. Voici d'abord une note, jusqu'ici inconnue du public, écrite par M. Lucas de Montigny lui-même, et annexée par lui au véritable manuscrit de la vie de Jean-Antoine, de laquelle il résulte qu'il s'est trompé en faisant honneur de ce travail à Mirabeau : « J'avais, dit-il, depuis longtemps en ma possession la vie de Jean-Antoine écrite par son petit-fils, quand, dans mes fréquentes acquisitions de tout ce qui concerne Mirabeau, s'est trouvé, par hasard, le manuscrit qui suit(l). Il prouve que le fond de cette biographie, et presque tous ses détails appartiennent réellement au marquis de Mirabeau, et non au comte, qui s'est contenté de copier, d'éclaircir et surtout de simplifier. » Nous devons dire, à notre tour, après avoir comparé avec soin les deux manuscrits, que cette note rectificative fait encore la part trop grande Mirabeau dans le travail en question, et qu'il s'agit ici d'un plagiat à peu près complet commis par le fils aux dépens du père. Le manuscrit du marquis de Mirabeau, que le comte, dans sa copie, qualifie de notes, est plus volumineux que la

(1) C'est celui du marquis de Mirabeau,

copie; il forme un cahier in-folio de 177 pages, avec ce titre : Éloge historique de Jean-Antoine de Riqueti, marquis de Mirabeau, adressé à mon frère. Il est précédé, en effet, d'une dédicace du marquis à son frère le bailli, dédicace que le comte a naturellement fait disparaître. Pour tout le reste, la copie de ce dernier se borne à reproduire le manuscrit paternel, avec des suppressions et des modifications de détail dont quelques-unes, caractéristiques et curieuses, nous arrêteront tout à l'heure; mais dans les 189 pages in-8° dont elle se compose, il n'y a pas en tout plus de deux pages appartenant en propre au copiste.

Il semble, d'ailleurs, qu'un examen attentif eût dû faire soupçonner que ce travail, publié sous le nom de Mirabeau, ne pouvait pas être de lui. Quoiqu'il remplace de temps en temps par des mots plus modernes les archaïsmes du style paternel, ou qu'il en éclaircisse parfois les constructions un peu embrouillées, ce style, si différent du sien, par l'irrégularité, mais aussi par l'originalité des tournures et la vivacité colorée des expressions, sans parler encore de la différence des idées, donnait à la biographie de Jean-Antoine une physionomie qui ne se retrouve dans aucun ouvrage de Mirabeau, sauf clans un autre qu'on lui attribue, également à tort, et qui est aussi, nous le verrons, de son père (1).

(1) Nous ne connaissons qu'un seul critique, doué, il est vrai,

Il était également assez difficile de comprendre que Mirabeau, rédigeant cette notice à vingt-cinq ans, comme le croyait à tort M. Lucas de Montigny, et la rédigeant au château d'If, c'est-à-dire au moment où il subissait la rigueur d'une lettre de cachet obtenue par son père, eût pu trouver, dans les dispositions de son esprit, la tirade enthousiaste en faveur de l'autorité paternelle par laquelle commence la biographie de Jean-Antoine. Il est déjà singulier qu'il l'ait conservée en se l'appropriant ; mais, à coup sûr, elle ne serait pas sortie spontanément de sa plume (1).

Il nous reste maintenant à prouver que ce n'est

d'une sagacité rare quand elle n'était aveuglée par aucun parti pris, qui ait été frappé de cette différence entre le style habituel de Mirabeau et le style de la biographie de Jean-Antoine : c'est M. Sainte-Beuve. Ne pouvant pas deviner, en 1834, combien était faible la part de Mirabeau dans ce travail qu'on lui attribuait par erreur, il remarque du moins que la notice sur Jean-Antoine « est d'un style qui diffère des autres ouvrages de Mirabeau, d'un style plus ancien, plus pareil à celui de son père, plus abondant et d'une plus riche étoffe que dans la suite.» (Sainte-Beuve, Critiques et Portraits, édition de 1834.)

(1) Nous devons dire que ce morceau du début en l'honneur de l'autorité paternelle, tel que Mirabeau l'avait intrépidement copié sur le manuscrit de son père, a été assez notablement modifié par l'éditeur. Il y avait là une discordance qui aura choqué le fils adoptif de Mirabeau et qui l'a, sans doute, décidé à réduire beaucoup ce début, à supprimer, par exemple, cette phrase, assez bizarre de la part d'un fils prisonnier de son père au château d'If : « Les pères ne sont plus les maîtres d'enfants peu dignes d'être pères. » Elle était pourtant de Mirabeau, en ce sens que tout en la copiant sur le manuscrit paternel, il la renforçait encore pour l'arrondir, car son père s'était contenté d'écrire : « Les pères ne sont plus les maîtres de leurs enfants, et ne sont aucunement dignes de l'être. »

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pas à vingt-cinq ans et au château d'If, comme le répètent depuis 1834 tous les biographes de Mirabeau, que celui-ci a, non pas rédigé, mais copié la notice sur son grand-père écrite par son père, c'est beaucoup plus tard ; et, pour mettre hors de doute ce point qui a son importance, il nous suffira de citer un fragment d'une lettre inédite du marquis de Mirabeau à son frère, auquel il avait envoyé cette biographie manuscrite. Le bailli ayant fait remarquer à l'auteur qu'il y avait dans son travail des indiscrétions qui pourraient nuire à la famille, si elles étaient connues du public , le marquis, dont l'intention n'était pas de publier cet ouvrage, répondait, le 20 décembre 1782, en ces termes :

Il y a un article de ta lettre qui serait à répondre de ma part. C'est celui qui concerne le manuscrit sur mon père. Celui de ma main ne sort point de dessous ma clef, j'en fis faire une copie de la main de Garçon (un de ses secrétaires), qui fut à toi envoyée sur-le-champ ; j'en fis faire une de celle de Poiré (autre secrétaire) : Je la prêtai à mon fils dans le temps qu'il était chez Boucher et que je croyais devoir l'instruire. Je me la suis fait rendre, ainsi que toutes mes lettres d'alors, et le tout est sous ma clef; mais comme il copie tout et emploie à cela tout le monde, s'il en a quelque copie, elle ne peut venir que de lui. Compte à cet égard sur ma parole très-exacte.

Ce n'est donc pas en 1774, mais dans les premiers mois de 1781, après sa sortie du donjon de Vincennes, lorsque son père, avant de le recevoir de

nouveau chez lui, le mit en pension chez Boucher, ce premier commis de la police qui s'était intéressé au prisonnier et dont il est si souvent question dans les lettres à Mme de Monnier sous le nom du bon ange, que Mirabeau, alors âgé de trente-deux ans et momentanément réconcilié avec son père, s'appropria ce manuscrit que le marquis lui avait prêté « pour l'instruire. » Quel fut son but en le copiant à l'insu de son père qui, cependant, on vient de le voir, soupçonnait le fait? Pourquoi se subslituait-il partout à Fauteur, en changeant toutes les phrases où celui-ci parlait en son nom ? Il nous paraît probable que l'intention de Mirabeau, très-pressé d'argent à cette époque, comme il le fut, d'ailleurs, durant toute sa vie, était d'abord de comprendre ce travail dans la vente de divers manuscrits qu'il fit alors, et dont quelques-uns n'étaient aussi que des copies textuelles ou arrangées. Cette intention, à laquelle il renonça, sans doute, de peur d'irriter son père, ressort de l'habileté même avec laquelle il supprime presque toutes les indiscrétions que le bailli reprochait à son frère, et qui consistaient surtout en des détails d'une sincérité maladroite, propres à contrarier l'effet général que l'auteur voulait produire, mais d'autant plus précieux pour ceux qui cherchent la vérité. Mirabeau a déjà sur son père une incontestable supériorité dans l'art de choisir entre ce qu'il faut dire exactement et ce qu'il faut exagérer , dimi-

nuer, passer sous silence ou inventer pour atteindre un but déterminé» L'intention de publier semble également ressortir de la multiplicité des copies que Mirabeau fait faire du travail paternel. Indépendamment de celle qui figure dans les papiers provenant de M. Lucas de Montigny, nous en avons retrouvé ailleurs deux autres d'une écriture différente, toutes deux corrigées de sa main (1).

La comparaison du manuscrit du père avec celui du fils nous offre déjà, pour la question de généalogie qui nous occupe en ce moment, des données qu'il s'agira ensuite de discuter.

Voyons d'abord ce que dit le marquis de Mirabeau de l'origine des Riqueti. « En l'an 1267 et 1268, écrit-il, et dans l'une de ces révolutions ordinaires dans ces temps ténébreux, toute la famille des Àrrighetti fut chassée de Florence. L'acte de proscription porte le nom de neuf, et entre autres, Azzuccius Arrighetti, filius Gherardi,

(1) Il va sans dire que dans aucune des trois copies que nous avons sous les yeux on ne trouve celte phrase imprimée à la fin de la page 7 et au commencement de la page 8 du tome Ier des Mémoires de Mirabeau : « Placé dans l'impossibilité d'essayer de suivre la trace de mes pères, je veux la montrer du moins à mon fils. » Mirabeau ne pouvait écrire cela en 1781, car son fils unique était mort le 8 octobre 1778 ; aussi ne le nomme-t-il pas dans le tableau généalogique de la page 9, tableau qui est bien réellement de lui et qu'il a ajouté aux énonciations volontairement plus vagues de son père, La mention du fils provient évidemment de l'éditeur, persuadé d'abord que ce travail datait de 1774.

et omnes mascnli descendentes ex eis; Azzucms se retira en Provence avec son fils Pierre. » On verra tout à l'heure que le marquis de Mirabeau est le premier de sa famille qui ait assigné une date précise à ce bannissement des Arrighetti, en se fondant sur un document dont nous aurons a apprécier la valeur quand nous le retrouverons communiqué par lui à Louis d'Hozier, et publié par celui-ci, en 176 i, dans Y Armoriai de France. Les ancêtres du marquis ne connaissaient pas ce document , car tous présentent les noms et même les faits autrement que lui. La phrase que nous venons de citer est copiée par Mirabeau, avec quelques légères modifications, entre autres, celle qui ajoute à la simple désignation des Arrighetti leur qualité de Gibelins. Cette qualification se justifie, d'ailleurs, par la date même du bannissement ; car, si cette date est exacte, c'est celle du triomphe du parti guelfe sur le parti gibelin. Mais, d'un autre côté, nous verrons que les ancêtres du marquis de Mirabeau faisaient qualifier les Arrighetti de Guelfes par les généalogistes , afin de motiver certaines assertions avantageuses qui ne pouvaient s'appliquer qu'à des Guelfes. C'est probablement pour ne pas contredire ces assertions que le marquis de Mirabeau s'abstient de se prononcer sur ce point. Voici maintenant une modification plus caractéristique , faite par le fils aux affirmations de son père. Le marquis s'était contenté de dire :

« Il est démontré que les Arrighetti arrivèrent en Provence avec le titre et l'esprit de la noblesse de ce temps-là. » Le comte, transcrivant la phrase, trouve que ce mot « la noblesse » ne suffit pas; il écrit « la haute noblesse » et, à la fin du paragraphe, il ajoute, de son chef, une assertion, qui serait importante si elle était exacte, mais elle ne l'est point. Aussi le marquis, plus scrupuleux que son fils, — comme nous le prouverons, — sur ce genre d'affirmations, a passé sous silence celle-ci, que le comte emprunte en l'ornant beaucoup à des généalogistes officieux : « Pierre , dit Mirabeau , en parlant du premier des Piiqueti , établi et marié en France, avait épousé cette Sibylle de Fos, de la maison des comtes de Provence, dont tant de troubadours ont chanté les talents et la beauté. Cette alliance prouve assez de quelle considération jouissait la maison du proscrit, qui trouvait un tel établissement en abordant la contrée où il cherchait un asile (1). i>

(1) Mémoires de Mirabeau, t. Ier, p. H. Dans aucun des documents généalogiques fournis par les Riqueti , on ne voit figurer cette Sibylle de Fos. Il y a au Cabinet des titres de la Bibliothèque nationale, un commencement de généalogie, où la femme du premier Riqueti établi en France est appelée Catherine de Fossis, et ce nom n'a rien de commun avec la maison des comtes de Provence. L'existence même de Catherine de Fossis, comme femme de Pierre Riqueti , n'ayant pu être con statée, d'Hozier, dans son Armoriai, ne la nomme pas; le marquis de Mirabeau ne se contente pas de la supprimer aussi, il passe également sous silence le nom des femmes de tous les

Si ce proscrit florentin , vrai ou prétendu, s'était établi vers la fin du xuie siècle, en Provence, sur un pied assez grandiose pour épouser une fille de maison princière, cela prouverait, en effet, qu'il était un personnage considérable; mais, dans ce cas, on aurait bien de la peine à s'expliquer que les descendants de ce Pierre Riqueti fussent restés pendant deux siècles et demi, c'est-à-dire jusqu'à la moitié du xvie siècle, tellement inconnus que leur nom ne figure pas une seule fois, avant cette époque, non-seulement dans l'Histoire générale de la France, mais dans aucune des nombreuses histoires particulières de la Provence (1). Il serait encore plus inexplicable que le premier notable du nom, qui signe Jehan Riquetyet que Nostradamus appelle Riquet, eût été obligé, en 1584, pour se soustraire au payement d'un droit de francs-fiefs qu'on n'exigeait que des roturiers, de prouver qu'il était noble, et de le prouver par une enquête à défaut de documents authentiques.

Ce Jean Riqueti était fils d'Honoré Riqueti ou

Riqueti établis en France jusqu'à celle du premier notable d'entre eux. Les autres femmes sont, en effet, indiquées sous des noms incertains et différents, ou avec des qualifications différentes. Mirabeau choisit naturellement les plus brillants de ces noms.

(1) On ne trouve, en effet, aucune mention des Riqueti avant le milieu du xvie siècle, ni dans Y Histoire de Provence de Noslradamus, ni dans celles de Gaufridy, de Bouche, de Louvet, de Papon, ni dans Y Histoire de Marseille, de Ruffi.

Riquet, originaire de Digne, qui était venu s'établir à Marseille au commencement du xvie siècle. Le marquis de Mirabeau et son fils sont également très-sobres de détails sur Honoré, ou plutôt ils ne disent absolument rien de lui, sinon qu'il transplanta la famille à Marseille. On s'expliquera ce silence quand nous mettrons en présence les assertions contradictoires des généalogistes sur l'état de cet Honoré Riqueti. Quelle qu'ait été d'abord sa profession à Marseille , ce qui paraît démontré, c'est qu'il fut le premier de sa famille qui se livra à des entreprises de commerce ; son fils Jean, homme actif et habile, continua, en les développant, les opérations paternelles, el devint puissamment riche. Le marquis de Mirabeau ne donne qu'un délail sur le genre de commerce fait par Jean Riqueli. « Je crois, dit-il, qu'il y avait alors à Marseille une compagnie de corail qui fit des affaires fort avantageuses. » Indépendamment de la pèche et du commerce du corail, Jean Riqueti fonda aussi des manufactures, car nous avons sous les yeux un document intitulé : Lettres patentes du 25 novembre i575, par lesquelles il est permis à Pierre Albertas, Jean Riquety et autres associés d'établir à Marseille une manufacture d'étoffes d'écarlate.

Élu premier consul de Marseille, en 1562, Jean Riqueti soutint, de son mieux, l'autorité royale contre les premières entreprises des huguenots.

11 épousa, en 1564-, une personne appartenant à une famille provençale de noblesse ancienne, la famille de Glandevès, et c'est par suite de cette alliance qu'il fut conduit à acheter le château et la terre de Mirabeau, dont il prit le nom. Cette terre était, depuis le commencement du xive siècle, la propriété des Barras, dont la notabilité remonte beaucoup plus haut que celle des Riqueti, car, à côté de l'adage cité par Nostradamus sur cette famille, il y en a un autre en provençal qui dit : Li Barras viei coumo li roucas (Les Barras vieux comme les rochers).

Ce sont les Barras qui, jusqu'en 1570, portaient le titre de seigneurs de Mirabeau (4). La veuve de Pompée de Barras, Anne de Savournin, ayant obtenu cette terre pour ses droits, et ayant épousé en secondes noces un Glandevès, fit passer le domaine dans la famille de son mari, et c'est à Gaspard de Glandevès, seigneur de Faucon, parent de sa femme, que Jean Riqueti l'acheta

(1) C'est donc à tort que dans une fête donnée à Marseille, en 48G8, au profit des pauvres , et représentant l'entrée de François IeP en 1533, on a' fait figurer dans le cortège royal le seigneur cle Mirabeau et le seigneur de Barras. Ces deux seigneurs, sous François Ier, n'en faisant qu'un, et même sous Henri IV, quand la terre de ce nom ne leur appartient plus, on voit encore des Barras qualifiés barons de Mirabeau. Nous devons dire cependant qu'il résulte de documents appartenant aux archives de la commune de Mirabeau, qu'entre les Barras et les Glandevès se place une famille Tarques dont le chef est qualifié écuyer et qui avait possédé, pendant quelque temps, la seigneurie dudit lieu.

par contrat du 25 avril 1570, moyennant la somme de vingt et un mille écus de 48 sols pièce. Il est à noter que ce château, que nous avons montré à moitié détruit par la Révolution, était précisément r]ans le même état à l'époque où il fut acquis par ' ean Riqueti , ou du moins peu d'années après. Jn acte de dénombrement, fait en 1597, constate, en effet, que « le château et forteresse est disrupt et ruiné depuis les troubles, et par ce moyen inhabitable. » La forte position qu'il occupait sur la Durance en- avait fait le théâtre de divers combats entre les catholiques et les protestants.

En raison de sa nouvelle acquisition, Jean Riqueti eut à subir devant la Chambre des comptes deux procès ; le premier portait sur un droit de mutation dû au roi, sous le nom de Lods et Ventes. Le payement de ce droit, également exigé de tout acquéreur, n'impliquant pas la question de noblesse, nous n'en parlons ici que pour constater la diversité des noms et qualifications donnés à Jean Piiqueti dans les actes occasionnés par ce procès, et aussi pour contrôler quelques-unes des assertions du marquis de Mirabeau. Par lettres patentes datées du 9 juin 1570, Charles IX déclare faire remise du payement du droit en question « à notre cher et bien amé Jehan Riquet (sic), ci-devant premier consul de notre ville de Marseille. » La remise est motivée sur les services par lui rendus durant son administration consulaire. Mais il paraît que si le roi était libre de

faire remise de ce droit de mutation à celui qui devait le payer, il était libre également d'en faire don à un tiers, et que dans cette circonstance le produit de ces lods et ventes avait été promis à d'autres, notamment à l'évèque de Digne, qui réclama.

De nouvelles lettres patentes du 30 septembre 1571 retirèrent la faveur accordée à l'acquéreur de la seigneurie de Mirabeau, comme étant l'effet d'une surprise et d'une erreur sur la quotité du droit à percevoir. Cette fois, l'intéressé n'est plus appelé Riquet, mais Jehan Riqueti, marchand de Marseille. Le marquis de Mirabeau, dans le travail généalogique copié par son fils, dit que c'est l'évèque de Digne qui qualifiait ainsi Jean Riqueti, pour le rabaisser. En tout cas, on voit, par les lettres patentes, que , si la qualification venait de l'évèque, elle avait été adoptée par le roi (1).

(1) Le marquis de Mirabeau soutient aussi que de tout temps la noblesse de Marseille était investie du privilège de pouvoir faire le commerce sans déroger. Cette assertion n'est exacte qu'à partir de 1566, puisque l'édit de Charles IX du 10 janvier de cette année a précisément pour objet d'accorder ce privilège à la noblesse de Marseille, afin de favoriser le comuierce de cette ville, ce qui prouve qu'avant l'édit le privilège n'existait pas. Et en effet, dans son petit Traité de la Noblesse, écrit pour les Provençaux et publié en 1669 à l'occasion de la vérification de noblesse de 1668, Belleguise , l'un des vérificateurs, soutient que le privilège ne date que de 1566, et il nous apprend cette circonstance assez curieuse que plusieurs nobles marseillais qui avaient caché leur qualité d'écuyer dans des contrats de commerce et qui la revendiquaient dans d'autres contrats, donnaient pour T. I. 3

La nouvelle décision de Charles IX ordonnait aux officiers de la Chambre des comptes de saisir la seigneurie de Mirabeau. Elle fut saisie, en effet, et mise sous le séquestre, mais Jean Riqueti savait se défendre, et il se défendit assez bien pour obtenir une troisième et dernière décision en sa faveur. Celle-ci, rendue par Charles IX en conseil, à la date du 9 juillet 1572, déclare confirmer le don fait en juin 1570, et ordonne la mainlevée de la saisie de la terre de Mirabeau. Dans ce dernier acte royal , le réclamant est nommé Jehan Riquety, sieur de Mirabeau, mais sans aucun titre nobiliaire, pas même celui d'Écuyer.

Le second procès soutenu par Jean Riqueti eut précisément pour cause l'incertitude de sa noblesse: on lui réclamait le payement de ce droit de francs fiefs dont nous venons de parler, qui n'était exigible que des roturiers devenus acquéreurs de biens nobles (1). En parlant de l'enquête qui fut la conséquence de ce procès, le marquis de Mirabeau et son fils se gardent bien de nous dire à quelle occasion elle eut lieu ; ce fut, il est vrai, sur la demande de Jean Riqueti; mais s'il se trouva, comme le dit vaguement aussi Louis d'Hozier, dans la nécessité de justifier de son

qu'en « trafiquant avec l'étranger il était nécessaire de ne pas se dire noble, pour inspirer plus do confiance. » Belleguise déclare non sans raison qu'une telle argumentation est injurieuse pour les véritables gentilshommes.

(1) Boutaric, Traité des droits seigneuriaux, 1751, p. 431.

ancienne noblesse, c'est parce qu'elle lui était contestée; et ce fait paraît bien difficile à concilier avec l'assertion du marquis de Mirabeau, soutenant que les fonctions de premier consul de Marseille, exercées par Jean Riqueti en 1562, n'étaient dès lors accordées qu'à des nobles d'extraction et d'armes.

L'enquête eut lieu d'abord dans la petite ville de Seyne, comme étant le plus ancien séjour des Riqueti ou Riquet, car, dans ce document, ils sont constamment appelés Riquet, ensuite dans la ville de Digne, où ils s'élaient établis avant d'habiter Marseille. Cette enquête ne nous intéresse pas seulement pour la question de la noblesse des Riqueti. Elle nous intéresse plus encore comme étant le premier document où il soit fait mention de leur origine italienne. Deux témoins de Seyne seulement, sur dix produits par Jean Riquet, s'expriment sur ce point en termes d'ailleurs très-vagues. Ambroise Laugier, docteur en médecine et premier consul de la ville de Seyne, déclare qu'il a oui dire souvent aux anciens que des personnes appelées Riquets venues d'Italie, ont habité en cette ville de Seyne. Un autre témoin, Jean Barle, propriétaire, dit à peu près la même chose, et sans préciser davantage. Les autres témoins ne déposent que sur la question de noblesse. Ils déclarent qu'ils ont entendu dire qu'un certain Pierre Riquet, qui passait pour noble, a fondé l'hôpital de la ville de Seyne ;

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qu'ils ont vu au-dessus de la porte de cet hôpital des armoiries en plâtre que tous décrivent de la même manière : un écusson traversé obliquement par une barre au-dessus de laquelle était une demi-fleur de lis, et au-dessous de ladite barre trois petites bosses qui leur ont paru figurer trois roses, et qu'on disait être les armoiries du fondateur de l'hôpital. Ils ajoutent que, durant les troubles de l'année 1574, ceux de la religion détruisirent les armoiries et brûlèrent quelques vieux actes tant en parchemin qu'en papier, contenus dans un vieux coffre qui était dans ledit hôpital. Trois d'entre eux, et nous devons noter que ce sont les plus pauvres (car, dans ces enquêtes de noblesse, on indiquait, non sans raison, la fortune de chaque déposant comme un élément utile pour apprécier la valeur morale de sa déposition), trois des témoins déposent qu'ils ont vu au-dessus de cette même porte un pourctrait du fondateur de l'hôpital tenant une épée nue en sa main. L'un des trois dit que Y homme était habille magnifiquement de couleur oranger. Ils ajoutent qu'ils ont vu un sépulcre de pierre de taille près de la porte de l'hôpital, et qu'on leur a raconté que le fondateur dudit hôpital était enseveli illec. Il va sans dire que le pourctrait couleur oranger et le sépulcre ont été également détruits par ceux de la religion. Tels sont les détails que Mirabeau embellit un peu, on en conviendra, quand il dit, en forçant la rédaction de son père, «que le capitaine

Mouvans, célèbre officier des huguenots, détruisit à Seyne le tombeau sur lequel on voyait encore la statue de Pierre Arrighetli revêtue dune cotte d'armes. » Le marquis, plus modeste, se contentait dédire: le tombeau sur lequel était son effigie. En réalité, d'après les déposants eux-mêmes, il n'y avait point d'effigie sur le tombeau (s'il y avait un tombeau), et il y avait encore moins une cotte (Tannes.

En définitive, Tunique document écrit et authentique produit dans l'enquête de Seyne est un acte passé le 26 janvier 1346, par lequel « il appert Pierre Riquet, Pierre Pélissier et Bertrand Bernard, avoir été créés et élus consuls dudit Seyne.» Ces modestes fonctions municipales, dans une très-petite ville, partagées en 1346 avec Pélissier et Bernard, ne donnent pas précisément l'idée d'un patricien de la plus haute noblesse, allié par mariage à la maison des comtes de Provence.

Dans l'enquête faite à Digne, il n'est plus question de l'origine italienne des Riqueti; les témoins parlent de ceux-ci comme s'ils étaient originaires de Digne; plusieurs même le disent expressément. Bernardin Pioustan, par exemple, affirme que les ancêtres dudit Riquet, sieur de Mirabeau, ont toujours été tenus et réputés nobles et originaires de la présente ville de Digne, Un autre déclare avoir oui dire publiquement que lesdits Riquet, originaires de la présente ville, s intitulaient nobles. Parmi les déposants figure un Barras, qui

habitait Digne et portait encore le titre de seigneur du fief acheté depuis quatorze ans par Jean Riqueti ou Riquet; c'est messire Antoine de Barras, seigneur de Mirabeau, chevalier de l'ordre du roi, lequel déclare avoir ouï dire par feu Baldouin de Barras, son père, que lesdits Paquets étaient estimés issus de noble race; et, pour expliquer l'insuffisance de documents à l'appui cle cette allégation en faveur des Riqueti, il ajoute « que ceux de la* religion ont volé et égaré beaucoup de papiers, titres et documents.» C'est à la suite de cette enquête de 1584 que les commissaires délégués pour le payement des droits de francs fiefs en déchargèrent Jean Riqueti et le reconnurent noble; il prit alors le titre d'écuyer, qu'il avait revendiqué dans le cours cle l'enquête.

Si cette enquête ne s'accorde guère avec la prétention de Mirabeau de nous faire accepter sa famille comme appartenant à la haute noblesse de Provence dès la fin du xine siècle , elle peut trèsbien paraître probante pour le fait pur et simple de noblesse , d'autant que ce n'est pas toujours la haute noblesse qui est la plus ancienne , et que , comme l'a dit très-ingénieusement un historien de la Provence : « il y a peut-être plus de faux roturiers que de faux nobles (1). » Mais l'enquête est-elle aussi concluante sur la question d'ori-

(1) Histoire générale de Provence, par l'abbé Papon, t. II, p. 353.

gine? Parmi tous ces témoins qui parlent des Riquet comme étant Français, deux seulement déclarent qu'ils ont ouï dire qu'ils venaient d'Italie. Faut-il voir dans la demi-fleur de lis , qui est la pièce principale de leur écusson, la preuve d'une origine florentine , à cause de la fleur de lis qui constitue les armes de Florence ? Nous ne le pensons pas , car la Provence elle-même et beaucoup de villes de Provence, notamment Digne, portaient également dans leurs armes des fleurs de lis , et celles-ci ont pu donner naissance à la demi-fleur de lis des Riquet. Il est évident que Jean Riqueti , à cette époque , se disait ou se croyait d'origine italienne; mais il ne nous paraît pas moins évident qu'il n'était fixé ni sur la ville ni sur la famille d'Italie à laquelle il voulait se rattacher; car, s'il l'eût été, choisissant lui-même ses témoins, ne les aurait-il pas induits à s'exprimer sur ces deux points avec plus de précision ? N'est-il pas permis de croire aussi que, s'il se disait Italien d'origine , c'était peut-être pour se distinguer des innombrables Paquet de la Provence et de la France , où ce diminutif d'Henri est aussi commun que celui d'Arrigo en Italie? L'idée de se donner, pour se grandir, une extraction italienne, était alors fort à la mode parmi les Provençaux, et surtout parmi les Marseillais, qui faisaient le commerce en gardant des prétentions nobiliaires , parce qu'une origine génoise , florentine ou napolitaine était considérée comme

une sorte de garantie morale contre la dérogeance. Ce fait, que nous verrons plus loin constaté par l'un des d'Hozier à l'occasion des Riqueti, l'est déjà par un historien provençal contemporain du Riqueti qui nous occupe en ce moment. « Parce que, dit Nostradamus, selon le dire de la vérité même, aucun n'est prophète en son pays ; de là est venu que tout le monde s'est voulu mêler de se faire issu de pays étranger et lointain et de tirer origine des branches dont la plupart de ceux qui s'en vantent indiscrètement ne sortirent jamais. » Et il cite quelques familles provençales qui passent pour être d'origine italienne, mais il ne cite point les Puqueti , qu'il appelle toujours Riquet. Ce n'est pas qu'il soit malveillant pour Jean Paquet ; au contraire , voici comment il le qualifie : « Le sieur de Mirabeau, de la famille des Riquets, très-honorable à Marseille, l'un des plus riches trafiquants de Marseille. » Dans le même passage, racontant une avanie faite à la femme de Jean Riquet parle viguier Casaulx, ce chef des ligueurs marseillais , qui s'imposait par la terreur aux catholiques modérés , il dit « que ses satellites emprisonnèrent d'une par trop vilaine audace la femme de cet homme noble, damoiselle d'honneur et d'âge. » En citant cette phrase, dans sa Vie de Jean-Antoine , le marquis de Mirabeau se livrait à une de ces indiscrétions que lui reproche le bailli ; il disait avoir appris de son frère que des sots cherchaient dans la phrase de Nostradamus

une preuve que celui-ci considérait Jean Riqueti comme un roturier enrichi ayant épousé une noble damoiselle; il réfutait cette opinion en faisant valoir que, dans l'ouvrage du chroniqueur provençal, la virgule est placée après le mot noble, et non pas après le mot homme, et elle est, en effet, ainsi placée clans l'exemplaire que nous avons consulté. Rajoutait que Nostradamus aurait fait un pléonasme ridicule en disant noble damoiselle. Ce dernier argument n'était pas trèsadroit, car si la position de la virgule ne venait pas en aide au marquis de Mirabeau, on pourrait très-bien soutenir que l'auteur de Y Histoire et chronique de Provence avait voulu noter la différence entre un Riquet et une Glandevès. En somme, cette discussion manquait de prudence; aussi, Mirabeau, plus habile que son père, s'abstient-il de la reproduire dans sa copie.

Ce qui est certain, c'est que Nostradamus, auquel l'abbé Papon reproche de n'avoir écrit son histoire que pour faire connaître les familles nobles de Provence , et qui intercale en effet clans cet ouvrage près de cent blasons, ne paraît pas connaître celui des Riqueti; et, s'il les tient pour nobles, ne les juge pas d'une noblesse assez distinguée pour admettre leurs armoiries, car on ne les trouve pas dans son livre. Un généalogiste provençal de la même époque, Nicolas Bonferel, qui a écrit en 1615 un armoriai des principales familles de Provence, dont un exemplaire manus-

crit est à la bibliothèque Mazarine, connaît si peu, à cette date, les Riqueti, et leur origine italienne, qu'il les confond encore avec les Barras, et qu'au nom de Mirabeau il donne l'écusson de ceux-ci, lequel n'a rien de commun avec celui des Riqueti, en disant que « les sieurs de Mirabeau sont issus delà maison de Barras. » La notabilité des Pûqueti ne commence donc qu'à la fin du xvie siècle , et dans la personne de Jean Riqueti, qui lui-même est encore si loin de figurer parmi la haute noblesse de Provence, que sa qualité de noble lui a été contestée. Mais à partir de l'enquête, cette qualité reste acquise à ses successeurs ; il leur laisse de plus une fortune considérable, le précédent d'une alliance avec une très-ancienne fanille, et ce nom sonore de Mirabeau, qui remplace avantageusement leur nom primitif. — Ceux-ci vont continuer le mouvement ascendant de la race vers les régions de la haute aristocratie ; ils s'occuperont de construire, de régulariser et de vulgariser cette généalogie italienne que le consul de Marseille a laissée dans le vague. Cependant, les assertions de chacun d'eux, souvent variables et parfois contradictoires, seront l'objet de plus d'une contestation.

FORMATION DE LA GENEALOGIE DES RIQUET1, LES NOBILIAIRES SOUS L' ANCIEN REGIME.

C'est Thomas de Riqueti, le petit-fils de Jean, qui nous paraît s'être attaché le premier, et avec ardeur, à rehausser sa famille. Son mariage donne lieu, de la part du marquis de Mirabeau, à une curieuse observation copiée par le comte son fils, sans que celui-ci ait cherché à s'en expliquer le motif secret; car s'il l'eût deviné, il est probable qu'il aurait supprimé une réflexion qui jure passablement avec sa prétention, à lui, de descendre d'une famille appartenant à la haute noblesse provençale depuis la fin du xme siècle. Thomas de Riqueti avait fait un mariage encore plus brillant que celui de son grand-père : il avait

4i LES MIRABEAU

épousé une fille cle la maison de Pontevès, famille dont le nom figure avec distinction, et dès les temps les plus anciens, dans l'histoire de Provence. Or, voici le mouvement d'humeur que cette alliance inspire à l'arrière- petit-fils de Thomas, c'est-à-dire au marquis de Mirabeau : « Il fut, dit-il, marié de bonne heure à une demoiselle hautaine, et de maison fort venteuse, à ce qu'il paraît, par magnifique seigneur Pompée de Pontevès cle Buous, et magnifique dnme Marguerite de Suze, beau-père et belle-mère de Thomas. » Mirabeau répète la phrase, en remplaçant le vieux mot venteuse par orgueilleuse ; mais il ne songe évidemment pas à se demander pourquoi son père, qui ne passe point le plus petit contrat sans s'intituler très-haut et très-puissant seigneur, messire, etc., avec trois ou quatre lignes de titres, paraît scandalisé que le beau-père cle son bisaïeul ait été qualifié magnifique seigneur. La raison en est bien simple, suivant nous : c'est qu'en écrivant sa phrase, le marquis a sous les yeux le contrat cle mariage de Thomas de Puqueti, et les pompeuses qualifications dont se pare la famille de la future le choquent d'autant plus qu'elles jurent avec les modestes désignations du futur et de ses parents.

Voici sur ce point le libellé exact du contrat de mariage de Thomas de Riqueti. L'acte est du 27 septembre 1620:

LEURS GENEALOGISTES /,5

Il a été traité mariage par parole de futur entre Monsieur Thomas de Riqueti, écuyer, de Mirabeau, fils légitime et naturel de Monsieur Honoré Riqueti, écuyer, delà ville de Marseille , seigneur dudit Mirabeau , lès Durance, et de Madame Jehanne de Lenche, d'une part, et Damoiselle Anne de Pontevès, fille légitime et naturelle de feu magnifique seigneur Mcssire Pompée de Pontevès, vivant seigneur de Buoulx, capitaine de cinquante hommes d'armes, et magnifique Dame madame Marguerite de Suze, dame dudit Buoulx, d'autre part.

Allié à une maison venteuse, comme dit le marquis, son bisaïeul Thomas voulut faire franchir sa race le degré qui séparait la noblesse obscure, et plus ou moins contestée, de la noblesse ancienne et reconnue. En 1639, aidé apparemment de ses alliances, il fit recevoir son fils cadet chevalier de Malte, au moyen de ce qu'on appelait la preuve secrète, c'est-à-dire, l'attestation plus ou moins complaisante de quatre gentilshommes de vieille souche qui déclarèrent que la famille de Riqueti était une famille de la première distinction. Le marquis de Mirabeau, en parlant de ces preuves de 1639, n'en spécifie pas la nature ; il se contente de dire qu'elles dépassaient de beaucoup le prétendu marchand de Marseille, et c'est par une note confidentielle du bailli, annexée au manuscrit, que nous apprenons qu'il y eut preuve secrète. Le marquis, toujours plus scrupuleux que son fils, écrit : « Ce fut un nouvel ordre de choses : du moins nous n'avons pas dans nos pa-

piers de preuves faites dans l'ordre avant celles de François de Riqueti. » Mirabeau, le fulur tribun, supprime ces mots : nouvel ordre de choses, et, après avoir copié le reste de la phrase, il ajoute de son chef: « Gela n'est pas étonnant, puisque c'est le chapitre général de 1583 qui le premier ordonna aux prieurs de Malte de faire des archives , et que ce règlement n'eut son exécution qu'au chapitre général de 1631. »

Ce subterfuge de l'amour-propre n'a aucune valeur comme argument; car en admettant — ce que nous croyons inexact — que l'ordre de Malte n'ait eu d'archives générales qu'à partir de 1631, il suffit d'ouvrir seulement le dernier volume de l'ouvrage de Vertot pour constater que chaque langue de France et chaque grand prieuré dans les diverses langues avaient des registres parfaitement en règle, où figurent tous les chevaliers admis dans l'ordre depuis le commencement du xvie siècle. On y voit même des Mirabeau bien avant 1639 ; on en voit dès 1536, mais ceux-là n'ont rien de commun avec les Riqueti: ce sont des Barras-Mirabeau. Si les Riqueti-Mirabeau n'y apparaissent qu'en 1639, c'est tout simplement parce qu'ils n'ont obtenu l'admission qu'à cette époque (1).

(1) Mirabeau parle à cette occasion d'un prétendu chevalier de Riqueti du xivc siècle, auquel on aurait attribué l'invention originale d'une chaîne de fer établie, à la suite d'un vœu, près Moustiers, entre deux montagnes , et qu'on voyait encore au

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Après avoir procuré à sa famille l'utile précédent d'une admission dans l'ordre de Malte, Thomas de Riqueli s'occupa de la faire figurer avec éclat dans les nobiliaires (1). Il ne s'adressa point au généalogiste officiel d'alors, Charles-René d'IIozier. Celui-ci, fils d'un Provençal, était, nous le verrons tout à l'heure, très-opposé aux prétentions aristocratiques des Riqueti. Il eut recours à un de ces généalogistes officieux qui fournissaient alors des origines illustres, moyennant finance, comme aujourd'hui ; car cette industrie , aussi vieille que le monde (Juvénal s'en moque déjà dans une de ses satires), n'a point disparu avec la Révolution; elle n'a jamais été, au contraire, plus florissante qu'à notre époque démocratique ; seulement elle est tombée à un taux qui rend la marchandise accessible à tous. En effet, d'après les nombreux prospectus qui circulent, chacun peut, pour le prix de dix ou au plus de vingt francs la page, faire établir doctement, dans un livre imprimé avec luxe et destiné à devenir plus tard une autorité, qu'il descend en droite ligne de Godefroy de Bouillon. Le généalogiste du

xvme siècle; mais cette bizarrerie est bien plus généralement attribuée à un Blacas, et le marquis, en citant le fait, déclare avec candeur que l'existence de ce chevalier de Riqaeti ne lui est garantie que par une simple note sans authenticité. Il va sans dire que Mirabeau supprime la réflexion paternelle et présente comme positive l'existence de ce Riqueti.

(1) Nous avons vainement cherché le nom des Riqueti dans les Nobiliaires antérieurs à celui que nous allons citer.

xvnc siècle dont il s'agit ici, et que Charles d'Hozier qualifie d'impudent faussaire, devait se faire payer assez cher, car il arborait en tète de ses nobiliaires des qualifications qui donnaient du prix aux certificats d'antique noblesse délivrés par lui : ce n'était rien moins que « messire Jean- Baptiste L'Hermite de Soliers, dit Tristan, chevalier de l'ordre du roi, et l'un des gentilshommes servants de Sa Majesté. » Il paraît que ces belles qualifications, d'ailleurs exectes en ce sens que L'Hermite de Soliers était chevalier de l'ordre de Saint-Michel , se pouvaient concilier avec une industrie peu honorable ; ce n'est pas seulement Charles d'Hozier qui dénonce coir.me faussaire le généalogiste en question : plusieurs contemporains, notamment Le Laboureur et Guichenon, parlent de lui avec la même sévérité (1). La généalogie qu'il a consacrée aux Riqueti figure dans un beau volume in-4°, publié en 1661, orné d'un grand nombre d'armoiries superbement gravées en taille douce et intitulé La Toscane française: ce qui veut dire que l'ouvrage a pour objet de donner satisfaction à tous les Français qui revendiquent une illustre origine toscane (2).

(1) L'Hermite dit Tristan était le frère d'un poëte dramatique contemporain de Corneille, connu par sa tragédie do Marianne, et qui avait aussi la réputation de tendre aisément la main.

(2) L'industrieux généalogiste a composé plusieurs autres ouvrages sur le même plan : par exemple, pour les Français qui aspiraient à une noble origine, génoise, napolitaine ou meni

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On voit par l'article des Riqueti que celui qui les représente à cette époque, c'est-à-dire Thomas, ne sait pas encore bien au juste la qualité, et laisse estropier le nom de ses ancêtres florentins, soit qu'il ignore ce nom, soit qu'il désire le rendre plus semblable au sien. Voici le début de cette généalogie : « L'ambition tyrannique du parti gibelin et les partialités que causa cette guerre intestine, obligèrent Pierre Ariqueti (sic) de déserter sa patrie pour perpétuer sa famille dans l'empire des fleurs de lys. »

Ici, Pierre Ariqueti, et non Arrighetti, au lieu d'être, comme le dira plus tard Y Armoriai, un gibelin, est, au contraire, un guelfe banni par les gibelins. L'Hermite de Soliers, en effet, le qualifie partout de noble guelfe, et pour faire valoir la famille de ce noble guelfe, le généalogiste n'hésite pas à falsifier , avec une rare impudence, les textes italiens imprimés qu'il cite à l'appui de ses assertions. Il prétend par exemple que Zazzera, dans son ouvrage sur la noblesse d'Italie, a constaté qu'Éverard de Médicis, deuxième du nom, épousa Mandina Ariqueti; que le même Zazzera rapporte qu'en l'an 1197, Compagnio

corse. Il travaillait aussi sur les provinces françaises, notamment sur la Touraine , ou encore pour les familles particulières. Il ne dédaignait même pas de spéculer sur la vanilé bourgeoise. C'est ainsi qu'il a composé un in-folio intitulé les Forces de Lyon, qu'il vendait à chaque officier de la milice bourgeoise de cette viHô dont il publiait la généalogie et les armes.

Ariqueti était consul de Florence. Or, quand on prend la peine de vérifier dans Zazzera, on trouve ceci :

« Averardo secondo detto dei Medici, nel matrimonio che conchiuse con Mandina deçli Arrigugci famiglia antichissima Fiesolana. »

Le même Zazzera dit: « Nel 1197 Compagnio Arriguccio era console délia città di Firenze(l). »

D'où il suit que cette phrase si insolente , attribuée dans une foule d'ouvrages au marquis de Mirabeau : « Il n'y a jamais eu qu'une mésalliance dans notre famille, c'est celle des Médicis, » reposerait tout simplement sur un faux matériel commis par un marchand de généalogies, puisque c'est la fille, non d'un Ariqueti, ou même d'un Arighetti , mais d'un Arriguccio qui fut épousée par Éverard de Médicis. C'est l'orateur qui a mis en circulation, dans les Lettres de Vincennes, la phrase orgueilleuse qu'il prête à son père. Il va

(1) Délia nobiltà dell' Italia, del signor Francesco Zazzera, 78; id., p. 204. L'Hermite de Soliers falsifie également les citations qu'il emprunte au discours sur la Noblesse de Florence, de Paolo Mini. Ces falsifications effrontées que chacun aurait pu vérifier dans l'ouvrage de Zazzera, publié en 1615, et dont un exemplaire se trouve à la Bibliothèque nationale, n'ont été jusqu'ici constatées par personne, et l'on voit des généalogistes de nos jours, même parmi ceux qui jouissent, à tort il est vrai, d'une certaine réputation d'exactitude, reproduire encore, au sujet des Mirabeau, et probablement pour bien d'autres noms dont nous n'ayons pas eu à nous occuper, les assertions mensongères de ce L'Hermite de Soliers ou dos autres industriels de son espèce qui abondent sous l'ancien régime.

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sans dire qu'il n'y voit pour sa part qu'un excès de présomption, et qu'il ne paraît pas révoquer un instant en doute la réalité de l'alliance dont il s'agit. Quant au marquis, il n'était pas homme à s'abstenir de vérifier dans Zazzera, et nous verrons même qu'il a vérifié. Il savait donc très-bien que cette alliance était un mensonge, aussi n'en dit-il mot dans tout ce qu'il a écrit sur sa famille, et .certes ce n'est point par orgueil, car il n'ignore pas qu'avant le consul de Marseille les alliances des Riqueti en France n'étaient pas brillantes.

Le seul détail intéressant que nous apprenne cette rapsodie mensongère de L'Hermite, c'est que Thomas de Riqueti a trouvé le moyen de raccorder sa famille avec celle d'un noble italien du nom d'Ariqueti. Celui-ci, passant à Marseille, où il fut, dit le généalogiste, félicité de ses parents, et probablement très-bien accueilli par eux, reconnut les Riqueti en cette qualité. Le généalogiste estropie encore, on le voit, le nom d'un Italien contemporain, afin de le rapprocher du nom provençal. Toutefois le fait qu'il mentionne est exact. On trouve à la Bibliothèque nationale, au cabinet des titres, une déclaration du comte Giulio d'Arrighetti, colonel et capitaine de la compagnie de gendarmes de S. A. S. le grand-duc de Toscane, lequel dit avoir envoyé sa généalogie au sieur de Mirabeau et au sieur de Negreaux, son frère, qu'il reconnut pour parents. Mais le plus scrupuleux des trois d'Hozier fait remarquer à ce sujet,

dans une note, que les armes de ces Arrighetti, exislant en Toscane au xvne siècle, n'ont rien de commun avec celles des Riqueti de Provence (1). Toujours est-il que Thomas, accusé par son arrièrepetit-fils, le marquis de Mirabeau, d'avoir trop donné dans la gloire, d'avoir introduit le premier à Marseille des domestiques à livrée rouge, que le peuple appelait les Suisses de M. de Mirabeau, et d'avoir écorné le riche patrimoine amassé par Jean, son grand-père, Thomas, disons-nous, n'en futpas moins celui de tous les Riqueti ses devanciers qui se préoccupa le plus des moyens propres à donner à sa famillele prestige aristocratique. C'est de son vivant qu'eut lieu à Marseille, en 1668, la vérification des titres de noblesse ordonnée par Louis XIV. Les commissaires le reconnurent pour noble, non pas en vertu de son illustre origine italienne, ou de la noblesse problématique de Pierre Riquet, consul de Seyne en 1346, mais en vertu de deux titres, dont l'un, de 1398, qualifie Antoine Riqueti vir nobilis juris peritus de Regio (de Riez), et l'autre,

(1) Il faut aussi noter que les armes de ces Arrighetti du xvne siècle, telles que les décrit Charles d'IIozier, sont trèsdifférentes de celles des Arrighetti plus anciens dont nous arriverons tout a l'heure à constater l'existence à Florence, mais à une époque encore bien postérieure à celle où le marquis de Mirabeau place leur bannissement. Peut-être ce fait expliquet-il que le marquis et son fils ne parlent point de ces ArrL ghetti florentins du xvne siècle qui avaient eu des rapports personnels avec Thomas de Riqueti et l'avaient reconnu pour parent. Ils semblent n'attacher aucune importance à cette déclaration de parenté.

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de 1410, par lequel il conste qu'Antoine Riqueti était judex curiœ regise civitatis Dignœ (Digne).

Lorsque Louis XIV vint à Marseille en 1660, Thomas qui, durant les troubles produits en Provence par la Fronde, s'était distingué dans le parti royaliste, et qui, d'ailleurs, possédait la plus belle maison de la ville, eut l'honneur de recevoir chez lui le jeune roi. Son arrière-petit-fils assure que dès cette année 1660, Thomas, qui ne portait d'autre titre que celui d'écuyer, avait obtenu de Louis XIV des lettres d'érection de la terre de Mirabeau en marquisat; mais il ajoute que les formalités de l'enregistrement n'ayant point été remplies (on se demande naturellement pourquoi), ce ne fut que vingt-cinq ans plus tard, et dans la personne d'Honoré, fils de Thomas, que le titre de marquis fut accordé aux Pûqueti. Le fait est que les lettres patentes sont datées non de 1660, mais de juillet 1685, et enregistrées au parlement de Provence le 30 mai 1686. Il nous semble probable que le marquis de Mirabeau, trouvant son marquisat de fraîche date, cherche à le vieillir de vingt-cinq ans. C'est donc à partir de 1685 que les Riqueti échangèrent le titre modeste d'écuyer contre celui de marquis et entrèrent enfin dans la haute noblesse.

Ici nous voyons apparaître un nouveau généalogiste encore plus utile aux Riqueti que le précédent, car son travail a été copié par le plus grand nombre des généalogistes postérieurs. C'est

l'auteur du Nobiliaire de Provence , publié en 1693, l'abbé Robert (de Briançon). Son livre est dédié au second marquis de Mirabeau, Jean- Antoine, alors fort jeune, le père de Y Ami des hommes. La dédicace est rédigée en termes qui permettent aisément de supposer que les frais d'impression de ce Nobiliaire n'ont pas été faits par l'auteur : « Quoique cet état de la Provence que je vous présente, dit-il à Jean-Antoine, soit attendu du public avec beaucoup d'empressement depuis plusieurs années, il n'aurait peut-être jamais vu le jour si je ne m'étais déterminé à le faire paraître sous les auspices de votre nom. » Le généalogiste parle ensuite des marques singulières d'estime et d'amitié qu'il a reçues du père de Jean-Antoine, auquel il avait d'abord le projet de dédier son livre.

En un mot, il met une candeur rare à laisser le lecteur en garde contre l'indépendance et la sincérité de ses affirmations relativement aux Riqueti. Ceux-ci tiennent encore à cette époque à défigurer le nom italien qu'ils revendiquent. En effet, l'abbé Robert nous parle comme L'Hermite de Soliers, d'une famille Ariqueti , illustre en Toscane, et de Pierre Ariqueti. Il n'ose pas reproduire la première falsification de Soliers concernant le mariage d'un Médicis avec la fille d'un Arriguccio, mais il répète la seconde sur Compagnio Arriguccio, consul à Florence, en 1197, qu'il transforme, d'après Soliers, en Gompagnio

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Ariqueti. Il fait également bannir Pierre Ariqueti comme guelfe. Il le fait accueillir par Robert d'Anjou, roi de Naples et de Sicile, comte de Provence, et allié des guelfes, qui le nomme capitaine et châtelain du château de la ville de Seyne, nouvelle assertion qui ne se trouve pas dans la Toscane française. C'est aussi l'abbé Robert qui parle le premier de Sibylle de Fos, comme femme de Pierre Riqueti, mais sans aller jusqu'à nous dire, ainsi que le fera Mirabeau, qu'elle était de la famille des comtes de Provence. Toute la partie obscure de la généalogie des Riqueti, depuis Pierre jusqu'à Jean, le consul de Marseille, est ornée, par l'abbé Robert, de détails et de personnages assez imaginaires pour que l'auteur de Y Armoriai de France , malgré sa complaisance extrême pour le marquis de Mirabeau, ait cru devoir en supprimer un certain nombre, notamment ce prétendu chevalier de Riqueti, fils de Pierre, auquel l'abbé Piobert faisait épouser une d'Esparron. Du reste, les assertions de l'auteur du Nobiliaire de Provence , pour ce qui touche les Riqueti, rencontrèrent un rude adversaire en la personne d'un abbé provençal et généalogiste aussi, l'abbé Barcilon de Mauvans. Celui-ci rédigea, sous le titre de Critique du Nobiliaire de Provence, un ouvrage qui fit grand bruit parmi les Provençaux, auxvme siècle, car il choquait les prétentions de beaucoup de familles que l'abbé Robert avait illustrées avec une libéralité sans bornes.

Nous ne nous faisons pas juge entre ces deux abbés, dont l'un nous paraît suspect de platitude, plus ou moins vénale, et l'autre de malignité plus ou moins envieuse. Le savant oratorien, Jacques Lelong, dans sa Bibliothèque historique, tout en déclarant qu'il y a dans l'ouvrage de Barcilon de Mauvans des recherches curieuses et utiles, nous met en garde contre la partialité, les médisances et même les calomnies de l'auteur. C'est donc sous le bénéfice de l'observation du P. Lelong que nous citerons le morceau très-peu connu aujourd'hui que l'abbé de Mauvans a écrit contre les prétentions des Riqueti, et contre l'article du Nobiliaire de Provence où ces prétentions sont soutenues et développées.

L'auteur du Nobiliaire , dit Mauvans , n'a pu mieux commencer son état de la noblesse de Provence , pour fonder la justice de ma critique, qu'en dédiant son ouvrage au marquis de Mirabeau, du nom de Riquety, de Marseille, comme au plus ancien gentilhomme de ce pays. 11 fait sa tige de Pierre de Riquety, qu'il va chercher au delà des monts; il l'établit en Provence soua le non équivoque de Riquety, considérable dans l'Etat de To s cane, le fait gouverneur et châtelain de la ville de Seync ; il établit sa descendance dans la ville de Riez, l'en fait coseigneur. C'est de cette tige qu'il fait descendre Honoré de Riquety, qu'il place à Marseille en l'année 1529, avec la qualité de seigneur de Sieycs; il le marie avec Jeanne Le Tellier, qu'il qualifie fille d'un noble Le Tcllier, seigneur de Lagarde. Cette généalogie de Pierre de Riquety, jusqu'à Honoré du môme nom, n'a jamais

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été qu'une idée; on n'en trouve rien dans les Archives, ni dans les Chartes, ni dans l'histoire du pays.

La vérité est qu'on trouve divers actes à Marseille, depuis l'an 1512 jusqu'en l'an 1530, où cet Honoré Riquety est qualifié maître d'écriture; on trouve ensuite que ce Riquety se mit dans le négoce, où il fit une fortune si prompte, que Jean, son fils, ayant acquis la terre de Mirabeau, se maria avec Marguerite de Glandevès. Par l'appui de cette alliance et de ses richesses, il fut fait premier consul à Marseille, prit la qualité de noble et d'écuyer. Ses descendants l'ont continuée jusqu'à Honoré de Riquety, dernier mort, qui fit ériger sa terre en marquisat. Il se qualifia depuis messire, chevalier et marquis. Les besoins de l'Etat ont fait, depuis vingt ans, un grand nombre de marquis. La plupart de ces marquis ne sont nés ni nobles, ni écuyers; ils sont encore moins chevaliers (1).

A l'appui de ses assertions, Barcilon cite un assez grand nombre de pièces extraites des études de notaires de Marseille, où l'on voit figurer des Riquety laboureurs, marchands, artisans; mais toutes ces citations, la plupart en latin, peuvent s'appliquer aux nombreux Riquet dont les Riqueti

(1) Critique du Nobiliaire de Provence, par Barcilon de Mauvans, vol. I, f° 115. — L'ouvrage de Barcilon de Mauvans n'a, je crois, jamais été imprimé, mais il en existe un très-grand nombre de copies manuscrites. Le manuscrit qui était à la Bibliothèque du Louvre offrait quelques légères différences de détail avec celui auquel nous empruntons cette citation et qui appartient à la Bibliothèque de la ville de Marseille. Nous avons préféré celui-là comme plus authentique, et c'est un des savants conservateurs de la Bibliothèque nationale, M. Rathery, qui a eu la bonté de copier pour nous, à Marseille, le passage qui nous intéressait.

prétendent précisément se distinguer. La plus curieuse, si elle est exacte, est la pièce énonçant l'acte de mariage d'Honoré Riqueti, le père de Jean, consul de Marseille. Cet Honoré, que le Nobiliaire de Provence qualifie seigneur de Sieyès et fait marier avec la fille d'un Le Tellier, seigneur de La Garde, est qualifié beaucoup plus modestement dans le document latin produit par Barcilon de Mauvans et dont voici le texte : « Ma tvimonium in ter providum virum magistrum Honoratum Riquety magistrum scholarum civitatis Dignœ et honestam millier em Joannam TU Hère filiam magistri Pétri Tillière sartoris Massilke 1515. — Notaire, Olivier Rampai. »

Dans le cas où ce maître d'école originaire de Digne, qui épouse en 1515 la fille d'un tailleur de Marseille, serait bien le père de Jean, c'est-à-dire du premier PJqueti qui prit le nom de Mirabeau, il faudrait reconnaître que les Riqueti auraient singulièrement dérogé dans sa personne depuis le temps où, suivant Mirabeau, le plus ancien d'entre eux épousait une fille de la maison des comtes de Provence. Ce qui est incontestable, c'est que la femme d'Honoré Riqueti n'était pas plus authentique comme fille d'un seigneur que la femme de Pierre comme princesse, car le marquis de Mirabeau, qui renonce à la princesse, n'a pu faire accepter la femme d'Honoré par le plus complaisant des d'Hozier ni avec le nom ni avec la qualité que lui donne le Nobiliaire de Pro-

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