LEURS GÉNÉALOGISTES
vcncc. V Armoriai la qualifie en effet ainsi : « Jeanne Tilhère, veuve de discret homme Bertrand Perrel, et fille de messire Pierre Tilhère, docteur et citoyen de la ville de Digne. » Le titre de messire semble ici étrangement accolé à ceux de docteur et de citoyen.
Si la généalogie des Riqueti présentée par l'abbé Robert n'avait contre elle que le témoignage de l'abbé de Mauvans, on pourrait hésiter d'autant plus que ce dernier se trompe incontestablement dans le détail des faits relatifs à Jean de Riqueti, qui fut premier consul à Marseille et se maria avec une Glandevès avant d'avoir acquis la terre de Mirabeau ; mais l'ouvrage de l'abbé Robert a été l'objet d'une protestation très-vive de la part du plus savant et du plus intègre des généalogistes officiels qui ont porté le nom ded'Hozier. Il existe à la Bibliothèque nationale un exemplaire du Nobiliaire de Provence, annoté de la main de Gharles-Pvené d'Hozier. L'abbé Robert est qualifié par lui (Y auteur vénal d'un mauvais ouvrage. Outre la dédicace au marquis Jean-Antoine, l'ouvrage en question contenait une seconde dédicace aux consuls et assesseurs de la ville d'Aix. Charles d'Hozier dit à ce sujet : « L'auteur a voulu faire d'un sac deux moutures en tirant encore quelque gratification des consuls et assesseurs; » et comme dans la dédicace au second marquis de Mirabeau l'abbé Robert disait : « Un autre élèverait bien haut la noblesse de votre
famille, » Charles d'Hozier écrit en marge : « Sur quels fondements élever cette ancienneté? » Enfin, le généalogiste officieux terminant sa dédicace au marquis Jean -Antoine par ces mots : « Le parfait attachement que j'ai pour votre maison, » Charles d'Hozier s'emporte et écrit en marge : « Le terme de maison est trop audessus du nom de Riqueti pour l'avoir avili si indignement. » C'est pourtant le neveu de ce même d'Hozier qui, trente-deux ans après la mort de son oncle, devenu à son tour juge d'armes, donnera aux prétentions des Riqueti une sorte de consécration officielle, en insérant dans le volume de l' Armoriai de France publié en 1764 un long article sur eux, préparé par le marquis de Mirabeau.
Dans cet article Louis d'Hozier se rencontre d'abord avec Nostradamus, en avertissant le lecteur « qu'on adopte d'ordinaire trop légèrement des origines étrangères pour donner plus de lustre aux familles qui n'en ont que de très-communes dans leur propre berceau; c'est, dit-il, ce qui a déterminé le juge d'armes à faire faire des recherches à Florence pour vérifier l'origine italienne des Riqueti. » En parlant ainsi, le juge d'armes ne dit pas la vérité; ce n'est pas lui qui a fait faire des recherches à Florence, c'est le marquis de Mirabeau, ainsi que cela résulte d'une lettre inédite de celui-ci à son frère, datée du 2 décembre 1780, à laquelle nous empruntons le passage
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suivant : « J'ai tiré de Florence dans le temps tous les livres cités (1) et des extraits des documents publics, et quoique le travail que fai fait faire à cet égard ne présente rien de bien lié, cependant j'ai retiré le décret de bannissement de nos pères et autres rescrits qui forment de valables présomptions et des mémoires plus clairs que n'en ont la plupart des maisons sur leurs commencements. »
C'est donc le marquis de Mirabeau qui a fait rédiger le travail que Louis d'Hozier nous présente comme le résultat de ses recherches personnelles ; les documents produits à l'appui de l'origine italienne des Riqueti, et que Y Armoriai déclare extraits des archives du palais de la ville de Florence, se composent, d'abord, d'un traité, à la date du 4 avril 1252, entre Hubert de Bandello, podestat, et Bonavie de Passignano, syndic, dans lequel, parmi ceux qui cautionnent, est nommé, dit d'Hozier, Ugolinus filins domini Azzi. Ce premier document ne signifie évidemment rien, attendu que le nom d'Azzo comme celui d'Ugolin est ici un prénom qui. ne s'applique pas plus aux Arrighetti qu'à n'importe quelle autre famille de Florence. Les deux autres pièces citées par Louis
(1) Ce sont ces mots, tous les livres cités, qui nous paraissent s'appliquer aux auteurs italiens cités parL'Hermite de Soliers, c'est-à-dire à Zazzera et à Paolo Mini, et qui nous donnent l'idée que le marquis de Mirabeau a dû vérifier les falsifications commises par ce généalogiste et en partie reproduites par l'abbé Robert.
d'Hozier ont plus d'importance ; aussi 'reproduisons-nous textuellement le passage de Y Armoriai qui les rapporte.
L'an 1267 et le 12 décembre 1268, il fut prononcé, dit d'Hozier, des décrets pour expulser et bannir des États de Florence ceux qui étaient soupçonnés de tenir encore de la faction des gibelins contre celles des guelfes, et dans l'état qui en fut dressé sont compris le Seigneur Azzo Arrighetty, Lapus (sic), GheUy, Gianni et Ugolinus frères, enfants d'Arrighetty, Azzuccius, films Gherardi Arrighetty, Bartolus nepos domini Azzi, et tous ceux qui en étaient procréés, omnes masculi desccndentes ,ex eis. De ces trois actes, communiqués et vérifiés en outre sur les lieux par l'abbé Octavien de Buonaccorsi et par le P. Soldani, bénédictin, ces deux savants hommes concluent qu'il n'y a aucun doute qu' Azzuccius Arrighelty, mort sur la fin du xme siècle, expulsé de sa patrie, ne soit le père de Pierre Arrighetty, dit depuis Riquety, mort vers le milieu du xive siècle dans la ville de Seyne, en Provence, où il s'était réfugié.
Il est facile de reconnaître que ce document a un air d'authenticité sans être cependant authentique. Il est tout à la fois plus complet et en même temps plus embrouillé que le passage déjà cité par nous, dans lequel le marquis de Mirabeau résumait et arrangeait cette pièce en rédigeant sa biographie de Jean-Antoine. On doit remarquer d'abord avec quelle réserve prudente le juge d'armes s'abstient de donner son opinion sur le rapport de paternité et de filiation, qu'on prétend établir ici, entre un des personnages désignés
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dans le document, c'est-à-dire Azzuccius, et un autre qui n'y est pas nommé, c'est-à-dire Pierre Riquet, ou Riqueti, le seul que nous connaissions positivement, d'après l'enquête de 1584, comme ayant été consul de la ville de Seyne en 1346. Ce n'est pas d'Hozier qui pense qu' Azzuccius doit être le père de Pierre , c'est l'abbé Buonaccorsi et le P . Soldaniqui, consultés apparemment par le marquis de Mirabeau, et ayant vérifié le document en question sur les lieux, ont conclu qu il n'y avait aucun doute qu.' Azzuccius n'ait été le père de Pierre. Gomment d'Hozier n'a-t-il pas demandé au marquis de Mirabeau de lui fournir au moins les motifs de cette conclusion de l'abbé Buonaccorsi et du P.. Soldani? La conclusion valait, en effet, la peine d être motivée, puisqu'elle ne ressort en rien des documents allégués. Cette assertion renverse, il est vrai, tout le système adopté par les ancêtres du marquis de Mirabeau, qui tous, on l'a vu, prétendent que c'est Pierre Ariqueti qui fut banni de Florence, et qui fut banni comme guelfe. Il s'agit aujourd'hui d un Azzuccius Arrighetti qui aurait été banni comme gibelin, et, en effet, la date du bannissement étant celle du triomphe du parti guelfe, ce bannissement ne peut porter que sur un gibelin; mais où est la preuve que cet Azzuccius, exilé en 1267 ou 1268, était le père de Pierre Riquet, consul à Seyne? Le marquis de Mirabeau, dans sa biographie de Jean-Antoine, ne voulant pas renoncer à faire
venir de Florence Pierre Riquet lui-même, prend le parti de dire qu'Azzuccius se retira en Provence avec son fils. Or, si Pierre avait seulement cinq ans, en 1267, quand il partit de Florence avec son pèreAzzuccius,il semble qu'il aurait été bien mûr, même pour des fonctions municipales, lorsqu'il fut élu consul à Seyne, le 26 janvier 1346, ainsi que cela est établi par le seul document positif qui témoigne de son existence, car il aurait eu quatrevingt-trois ou quatre-vingt-quatre ans.
Dans notre extrême désir d'arriver à une solution sur ce point, comme pour toutes les autres difficultés du sujet que nous avons entrepris de traiter, et convaincu par l'exemple même des falsifications, précédemment signalées, que la fraude est très-commune, surtout en matière généalogique, nous avons cherché à faire vérifier à Florence ce décret de bannissement que Louis d'Hozier, parlant d'après le marquis de Mirabeau, nous affirme, en 1764, être déposé aux archives du Palais. Nos efforts ayant été infructueux, nous devons au moins constater que l'assertion même de ce bannissement est en contradiction formelle avec le témoignage des deux historiens les plus autorisés, surtout pour cette période, des annales de Florence. Machiavel et Villani s'accordent tous deux pour affirmer qu'à cette date de 1267, qui fut celle du triomphe des guelfes, il n'y eut point de décret de bannissement porté contre les gibelins; que ceux-ci, apprenant l'approche d'un corps
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de troupes envoyé par Charles d'Anjou, allié des guelfes, quittèrent d'eux-mêmes Florence, et qu'ils y rentrèrent en 1280 (1). Nous devons constater également que le nom des Arrighetli ne figure dans aucune des listes assez nombreuses que donnent ces deux historiens des principales familles des deux partis, précisément à l'époque où, suivant Y Armoriai, les Arrighetti auraient été signalés dans le parti gibelin. On rencontre dans ces listes des Arrigucci et des Arrighi, mais point d'Arrighetti ; ce nom ne se trouve pas davantage ni dans le Nobiliaire florentin de Scipione Ammirato, ni dans le Nobiliaire italien déjà cité de Zazzera, ni dans l'ouvrage de Paolo Mini, ni dans celui de Litla. Le seul document où des Arrighetti soient indiqués comme assez notables à Florence est un Priorista, manuscrit de la Bibliothèque nationale, où l'on voit figurer onze Arrighetti qui ont été Successivement prieurs dans la corporation des charpentiers (2). Mais le premier d'entre eux, Giovanni Arrighetti, n'apparaît qu'en 1367, c'est-à-dire cent ans après l'époque où le document présenté par le marquis de Mirabeau. fait bannir de Florence toute la famille. Les armes de ces Arrighetti du
(1) Voir l'Histoire de Florence, de Machiavel, traduction Periès, t. I, p. 118. La même affirmation se retrouve dans Villani.
(2) C'est du moins ce qui nous semble résulter du mot legnaiuolo ajouté à leur nom. Cela ne veut pas dire qu'ils ne fussent pas nobles, cela signifie seulement qu'ils étaient à la tcte d'un des douze corps de métiers.
xive siècle sont très-différentes des armes décrites dans l'enquête de Seyne, en 1584, comme étant celles de Pierre Riqueti et adoptées par ses descendants. L'écu des Arrighetti florentins du xive siècle est semé de fleurs de lis sans nombre, traversé par une bande d'argent chargée de trois croix ou croisettes, tandis que les Riqueti- Mirabeau portent d'azur à la bande d'or surmontée d'une demi-fleur de lis et accompagnée en pointe de trois roses. Nous avons déjà constaté, d'après Charles d'Hozier, que les Arrighetti du xvne siècle, qui reconnurent les Riqueti-Mirabeau pour parents, portent à leur tour des armes qui ne sont ni celles des Mirabeau, ni celles des Arri^ ghetti florentins du xive siècle.
En serrant de près cette question généalogique, on aboutit donc, comme dans presque toutes les discussions de ce genre, à l'incertitude. Il y avait en Provence beaucoup de Riquet,il y avait même, notamment àAix, des Riqueti ou Riquety, anoblis par l'achat d'une charge de secrétaire du roi, qui, tout en prenant Yi ou Yi grec, ne se prétendaient point Italiens, et que les Riqueti-Mirabeau ne reconnaissaient point pour parents. En revanche, ils avaient reconnu, à la date de 16G6, en cette qualité, une famille Riquet, originaire du Languedoc, jusqu'alors obscure, mais dont un membre venait de s'illustrer par la fameuse entreprise du Canal des deux mers. D'après la correspondance du marquis de Mirabeau avec son frère, cette recon-
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naissance aurait été un acte de pure complaisance de la part des Riqueti de Provence ; cependant, comme les Paquet du Languedoc, bientôt titrés, comtes et puis marquis de Garaman, avaient dépassé très-promplement les Mirabeau en opulence et en crédit à la cour, et comme ils se montraient obligeants pour ces derniers, ceux-ci se prêtent gracieusement à tous les certificats de parenté que leur demande , au xvin8 siècle , le comte de Garaman , et il en demande assez souvent, car malgré son crédit et sa fortune, il éprouve, pour faire recevoir ses fils cadets à Malte, des difficultés qu'il ne peut lever qu'en se prévalant des admissions dans l'ordre, obtenues habilement dès 1639 par Thomas de Riqueti. Il paraît même que la notabilité éclatante, mais trèsrécente, des Caraman dans la personne du célèbre ingénieur du canal de Languedoc rendait certains chevaliers de Malte très-rétifs à les accepter comme confrères, si l'on en juge par le passage suivant d'une lettre du bailli de Mirabeau au marquis, en date du 15 mai 1778 : « J'ai plaidé la cause de Caraman dans notre dernier chapitre, où j'admirais que tous nos anciens chevaliers, c'est-à-dire ceux dont les races sont anciennes, étaient de mon avis, tandis que d'autres osèrent objecter entre autres que Pierre-Paul avait été entrepreneur du canal de Languedoc, à quoi je répondis que je voudrais bien m'a voir appelé ustus et être un entrepreneur de cette espèce. »
Ceci n'empêche pas le marquis de Mirabeau, quand il n'est pas content des Garaman, d'écrire de temps en temps : « Je découvrirai le pot aux roses, » c'est-à-dire l'artifice au moyen duquel on avait soudé ces Riquet aux Riqueti de Provence. Ce mot explique aussi l'insistance assez prétentieuse de Mirabeau, dans ses Lettres de Vincennes, à déclarer que « les Riquet de Caraman ne sont pas plus Riquety que le Grand-Mogol (1). » Quoi qu'il en soit, les Garaman ayant été acceptés comme Riquèti par tous les généalogistes, peutêtre est-il permis de croire que les Riqueti à leur tour sont tout simplement des Riquet de France, qui se sont procuré des ancêtres à Florence en se rattachant aux Arrighetti de la même façon que les Riquet de Languedoc s'étaient rattachés à ceux de Provence. Il est certain que le marquis de Mirabeau, quoiqu'il tînt à son origine italienne, se laisse surprendre parfois en flagrant délit d'oubli absolu de ses illustres aïeux de Toscane. C'est ainsi que, dans sa biographie de Jean-Antoine, après avoir soutenu que le premier notable de sa race, le consul de Marseille au xvie siècle, n'avait point dérogé en faisant le commerce, il concluait par ces paroles : & Au resta, dans tout ceci, je ne
(1) Lettres écrites du donjon de Vincennes, l'e édition, t. IV, p. 134. — Dans un autre passage, Mirabeau se propose, dit-il, de faire un procès à M. de Caraman, pour lui faire quitter l'ï grec, de peur que, dans cent ans, le public ne prenne la branche entée pour la bonne, et réciproquement.
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prétends point faire une apologie d'antique dérogeance ; bien loin de là, j'ajouterai que le plus illustre de nos pères fut ce Jean de Riqueti, dont je parle ici. » L'assertion était parfaitement exacte, puisque Jean de Riqueti a sa place dans l'histoire des troubles de Marseille pendant les guerres de religion : on peut le dire plus notable que le marquis Jean-Antoine lui-même, car si nous connaissons ce dernier, c'est seulement par le récit, d'ailleurs très-curieux, que F Ami des hommes, copié par son fils, a laissé de sa vie. Il n'en est pas moins vrai qu'en écrivant la phrase que nous venons de citer, le marquis de Mirabeau faisait bon marché des Arrighetti de Florence. II avait, on s'en souvient, envoyé une copie de son manuscrit à son frère le bailli ; c'est celui-ci qui est choqué de l'omission, et qui, parmi les notes rectificatives adressées par lui au marquis, écrit celle-ci : « Après ces mots, Jean de Riqueti dont je parle ici, j'ajouterais : en France, et sauf peutêtre quelques-uns de ceux qui eurent les premières dignités de la République dont ils étaient originaires. » Le peut-être du bailli indiquait encore un reste d'incertitude. Le marquis de Mirabeau accepte la correction de son frère et la reproduit textuellement ; mais le fils n'aime pas ce peut-être ; et, dans sa copie, la double rédaction de son père et de son oncle est modifiée ainsi : « Jean de Riqueti fut le plus illustre de nos pères en France, et l'un des plus illustres de
notre race, dont quelques-uns possédèrent cependant les premières dignités de leur république. »
Tout en altérant le texte paternel dans le sens le plus favorable à ses ambitions aristocratiques, Mirabeau, à l'âge où il copie ce manuscrit, c'està-dire à trente-deux ans, professe déjà un certain dédain philosophique pour l'aristocratie considérée comme institution, et ce dédain se traduit quelquefois par des phrases qui jurent étrangement avec les phrases de son père et avec ses propres prétentions à lui. Le père, par exemple, après avoir parlé de l'incertitude de son origine en termes assez maladroits pour être atténués ou supprimés par son fils, après avoir dit : « De là jusqu'à Noé, d'où nous venons tous, il y aurait encore quelques mauvais pas à passer, » ajoutait : « En tout, nous fûmes nobles et voulûmes nous maintenir tels dans tous les temps, et, quoique la vanité soit bien commune, tous, à beaucoup près, n'eurent pas celle-là, surtout dans les temps où il n'était pas question d'acquérir la noblesse à prix d'argent. » Mirabeau intervient et rédige la fin de la phrase de la manière suivante : « Surtout aux siècles où la mode d'acquérir la noblesse à prix d'argent n'avait pas confondu toutes les nuances de la hiérarchie sociale et remplacé les inconvénients sans nombre de la noblesse héréditaire, invention bizarre et vraiment antisociale, par l'abjection de la noblesse
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achetée, vendue, commercée (1). » C'est là un des rares endroits où le copiste disparaît pour faire place au tribun, car le passage n'aurait pas été écrit par son père ; mais la correction est d'autant plus curieuse que partout ailleurs le comte, en copiant son père, force continuellement le texte au point de vue des préoccupations nobiliaires et remplace tous les termes de doute ou de modestie par des affirmations ou des superlatifs,
Lorsque le marquis, par exemple, exagère peutêtre un peu la situation des premiers et obscurs légistes qui se présentent dans ses . papiers de famille sous le nom de Riqueti ou de Riquet — les documents à cette époque, surtout en latin, se prêtent aisément à la confusion — lorsqu'il écrit qu'Antoine Riqueti, fils de Pierre, fut juge du palais des villes de Digne, de Marseille et de Tarascon, et juge en dernier ressort, Mirabeau, qui ne connaît ses ancêtres que d'après son père, n'hésite pas à amplifier encore en nous disant qu'Antoine fut juge-mage de la Province, que cette charge revenait à celle de grandsénéchal, et que le juge-mage était un officier militaire, ce qui devient complètement fantastique. Le marquis de Mirabeau sait beaucoup mieux à quoi s'en tenir, et c'est lui, en définitive,
(1) Mémoires de Mirabeau, t. Ier, p. 24. L'éditeur place ce passage en dehors du texte et sous ce titre : Note de Mirabeau. Dans la copie de celui-ci, ce passage fait partie du texte.
qui, dans l'occasion, rappelle à la modestie tous les siens, même son frère, quand celui-ci, avec beaucoup plus de candeur que son neveu, s'exagère aussi l'antique splendeur de sa maison. Un jour que le bailli se flattait d'obtenir enfin, entre autres papiers illustrant les premiers Riqueti, la preuve écrite de cette fondation de l'hôpital de Seyne attribuée à Pierre, et qui n'avait jamais été établie que sur des ouï-dire, le marquis lui répond le 7 juillet 1767 : « Prends garde aux fripons et aux menteurs. Nous avions à cet égard dans nos vieux papiers des portefeuilles de notaires qui, au fait et au prendre, étaient falsifiés. On me l'a fait voir et toucher, et cela m'a rebuté. Quant à l'homme envoyé par Garaman (1) dans le pays (Seyne), il trouva des Riquet, Ranquet, etc., qui avaient bien des dérogeances. Le fait est que nous étions de pauvres expatriés dont plusieurs faisaient comme ils pouvaient, mais toujours conservant notice de leur origine. »
On voit donc que, même quand il se préoccupe de sa noble extraction toscane, le marquis ne se dissimule pas la modeste situation des anciens Riqueti ou Riquet de Seyne et de Digne. Il dit pourtant dans la même lettre : « Nos actes sont bons depuis Antoine, dont nous avons des juge-
i {!) Une fois soudés aux Riqneti, les Riquet de Caraman s'intéressaient naturellement à ces recherches généalogiques. Aussi voit-on ici que le comte de Caraman envoyait à Seyne un homme pour cela.