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ments de 1392 et 4396. » Nous avons constaté, en effet, que les commissaires vérificateurs de la noblesse en 1668 acceptèrent en faveur des Riqueti des titres remontant à peu près jusque-là, ce qui infirme certainement la valeur des critiques de l'abbé Barcilon de Mauvans, dût-on admettre avec lui qu'Honoré Riqueti ait été maître d'écriture ou maître d'école en 1515 et qu'il ait plus ou moins dérogé. Pour une vanité aristocratique moins vorace que celle du futur tribun de la Révolution, ce serait déjà un assez beau lot qu'une noblesse remontant jusqu'en 1392, même sous la modeste forme d'un juge de Digne ou d'un jurisconsulte de Riez. Bien des gens s'en accommoderaient; mais il faut absolument à Mirabeau des guerriers à cottes d'armes, des juges officiers militaires et de grands-sénéchaux dès les temps les plus reculés. Or, il est certain qu'il n'y en a pas parmi les Riqueti jusqu'au xvne siècle. Le marquis le regrette comme son fils; mais au lieu d'en inventer comme lui, il prend quelquefois le parti de s'égayer un peu sur les premiers représentants de sa maison en France. Pour prouver, par exemple, à son frère le bailli que les Riqueti ont bien fait de s'établir à Marseille au xvie siècle, il lui écrit le 23 mai 1775 : « Sans cela, nous serions encore des barbets, » Le mot déplaît au bailli, qui répond le 6 juin : « Des barbets qui auraient su avoir le caractère de notre race auraient aussi bien fait des rois des
montagnes. » L'hypothèse du bailli n'a rien d'impossible, mais enfin ce n'est qu'une hypothèse, et le fait réel, c'est que les Riqueti, qu'ils soient Italiens d'origine ou Français, au lieu de commencer, comme le voulait Mirabeau, par épouser des princesses, ont commencé, de l'aveu même de son père, par être des barbets. Et, même après qu'ils sont devenus des marquis, le troisième d'entre eux qui a porté ce titre ne se fait pas illusion sur la nouveauté de son accession à la haute noblesse, car c'est encore le père de Mirabeau qui écrit au bailli, le 18 avril 1761 : « Je ne dois pas chercher à primer en Provence ni pour l'étendue des domaines, ni par des prétentions de naissance. Quatre ou cinq races vaines et exclusives ont tant répété concurremment qu'elles valaient mieux que les autres, qu'il ne faut point leur rien disputer. » Ceci donne à peu près la juste mesure du rang des Mirabeau en Provence, même au milieu du xviii6 siècle.
Si nous avons cru devoir discuter consciencieusement les principales questions que soulève la généalogie des Pùqueti, c'est d'abord parce que nous cherchons avant tout la vérité ; c'est aussi parce qu'il nous a paru intéressant de montrer comment, sous l'ancien régime, se produisaient, se développaient et se consolidaient dans une famille ces prétentions que Mirabeau appelle les jeux de la vanité humaine, tout en s'y livrant avec plus d'abandon qu'aucun de ses devanciers ;
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prétentions éternelles, car elles se retrouvent dans notre société égalitaire avec des variantes que les pages qui précèdent permettront peut-être de distinguer plus aisément ; c'est enfin parce que nous avons pensé qu'il n'était pas indifférent de vérifier si un homme extraordinaire dont le nom est pour jamais associé à un des plus grands événements de l'histoire de France, était Italien id'origine ou Français. Après tout ce que nous avons réuni d'arguments pour et contre, en suivant les Riqueti appelés Riquet à Seyne, à Digne et souvent encore à Marseille, jusqu'à l'époque trèstardive où le marquis de Mirabeau produit, en 1764, l'unique document qui les ferait Italiens, document douteux par lui-même, contrarié dans les énonciations et les dates par d'autres documents, et formellement contredit quant au fait du bannissement des gibelins par le témoignage de Machiavel et de Villani, il nous semble que l'origine française de Mirabeau est aussi probable que son origine italienne. Dans tous les cas, il paraît certain que cette origine est obscure, puisqu'on ne voit des Arrighetti figurer à Florence que cent ans après la date indiquée par le marquis de Mirabeau comme celle de leur bannissement, et puisque les armes de ces Arrighetti diffèrent très-notablement de celles adoptées par les Riqueti. Le principal argument que pourrait faire valoir, en faveur de l'origine italienne, non pas un généalogiste, mais un physiologiste, consiste
dans le caractère fougueux et exubérant de cette race, qualifiée non sans raison par le marquis de Mirabeau une tempestive race. Il serait permis d'objecter à cela que nous ne connaissons guère les Riqueti antérieurs au xvme siècle que par les portraits que nous en fait celui d'entre eux qui avait peut-être le plus d'imagination, c'est-à-dire le marquis lui-même ; mais quand on connaît bien les Riqueti du xvme siècle on ne- peut guère se refuser à voir en eux les représentants d'une famille exceptionnelle par le mélange des dons de l'esprit avec les passions les plus ardentes et les caractères les plus excentriques. Ce fait suffirait-il pour démontrer l'origine italienne de la famille? Nous ne le pensons pas. On nous accordera bien qu'entre un type provençal et un type italien, il n'y a pas le diamètre de la terre, et si ce type provençal primitif a été souvent renforcé dans le même sens par des mariages, on comprendra qu'il ait pu aboutira Mirabeau, c'est-à-dire à un des hommes le plus étrangement organisés en bien et en mal qui aient jamais vécu. Le marquis, son père, aimait assez à analyser les modifications diverses introduites par les femmes dans le tempérament de sa race; il va sans dire que, pour lui, le sang des Riqueti était la principale source des qualités de cette race. « Je ne puis accuser, écrit-il,, le 7 juillet 1767, à son frère, ni les Glandevès, ni les Pontevès de nous avoir donné un certain
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génie fier, particulier, exubérant, mais toujours noble et probe et éloigné de grappillage, l'esprit de notre famille, en un mot, — qui vaut mieux que le leur, au dire de tous, et que j'ai souvent découvert le même dans des traces de nos vieux pères. » Il reconnaît pourtant plus d'une fois que sa mère, qui est une Castellane, a pu mitiger plus ou moins chez lui, et surtout chez son frère cadet le bailli, l'exubérance turbulente des Riqueti par l'influence d'un caractère à la fois impérieux, austère et méthodique; mais quand il s'agit d'expliquer le caractère de tous ses enfants à lui, il ne tarit pas sur le coup de marteau, il dit quelquefois le coup de hache, qu'ils ont reçu des Vassan par leur mère. Mirabeau, en effet, à ne parler que de lui, est incompréhensible pour qui ne connaît pas sa mère, et nous pouvons dire que, jusqu'ici, personne ne la connaît. En comparant l'organisation du père et de la mère, on arrive à se rendre compte du phénomène moral qu'offre le fils, sans qu'il soit besoin de recourir à l'explication arbitraire tirée du sang italien.
Après avoir étudié la question de l'origine des Riqueti et exposé sommairement les progrès de cette famille vers la notabilité à partir de la fin du xvie siècle, nous devons rappeler au lecteur que notre travail a spécialement pour objet l'étude des Mirabeau qui ont vécu au xvnr\ C'est, en effet, durant cette période que le nom est devenu historique, et ceux qui le portaient alors sont les seuls sur lesquels nous possédions assez de documents pour pouvoir espérer de les peindre avec vérité, soit que nous les laissions manifester eux-mêmes leur caractère , leurs idées , leurs sentiments , leurs passions, soit que nous ayons recours au
témoignage des hommes qui les ont le mieux connus.
Le grand-père de Mirabeau, le marquis Jean- Antoine, né le 26 novembre 1666, et dont la carrière active s'est écoulée en grande partie au xvne siècle, n'appartiendrait pas rigoureusement à notre sujet; si nous parlons de lui, c'est que nous sommes en mesure de rectifier ou de compléter sur quelques points, tout en le résumant, le récit développé et curieux de sa vie publié dans les Mémoires de Mirabeau, et qui nous a déjà servi pour notre discussion sur la généalogie des Riqueti. On sait maintenant que cette biographie, attribuée au petit-fils de Jean-Antoine, c'est-à-dire au futur tribun de la Constituante, par suite d'une erreur d'autant plus explicable que celui-ci s'en était déclaré l'auteur, est en réalité l'œuvre de son père, le marquis de Mirabeau, Y Ami des hommes.
Nous avons dit à quelle époque et dans quelle intention Mirabeau copia cet ouvrage , que son père lui avait prêté, dit-il, pour l'instruire. Nous avons reconnu déjà que le copiste a non-seulement supprimé un assez grand nombre de passages du manuscrit original, mais qu'il a parfois éclairci ou rectifié les irrégularités du style paternel. Il n'en serait pas moins très-injuste de lui faire honneur d'un travail qui contient Ce fort belles pages, et dans lequel, à vrai dire, il n'a rien mis du sien.
Du reste, comme les questions de plagiat ne se peuvent guère juger que sur des citations, nous commencerons par mettre en regard les deux rédactions du père et du fils pour trois passages seulement, que nous prenons, l'un au commencement, le second au milieu, et le troisième à la lin de la biographie de Jean-Antoine, et l'on verra comment Mirabeau démarque plus ou moins le texte paternel qu'il s'approprie, tout en le reproduisant d'ailleurs, au fond, très-servilement.