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LE MARQUIS DE MIBABEAU ET LES INTENDANTS

res appartenant en général à des familles récemment anoblies par Tachât d'une charge dans le corps des maîtres des requêtes, que le marquis de Mirabeau appelle le corps des passe- par tout, pourvus de subdélégués qu'ils nommaient euxmêmes et qui dépendaient d'eux, assez distingués d'ordinaire par un talent d'affaires, une dextérité, une souplesse qui manquaient à la noblesse provinciale, poussés d'ailleurs à tout envahir par le dédain jaloux et malavisé dont ils étaient l'objet de la part des classes supérieures, ne tardèrent pas à écarter ou à paralyser toutes les influences locales, y compris même celle du gouverneur de la province. Dans la première moitié du dix-huitième siècle, d'Argenson écrivait déjà :

t Les intendants sont devenus les vrais gouverneurs des provinces L'autorité des gouverneurs est devenue à rien ; ce titre ne couvre plus qu'un vain nom et se réduit à une pension tirée sur le trésor royal (1). » Le même auteur nous apprend que l'autorité des notables, aussi bien que celle des municipalités ou autres corps élus, a disparu, pour ne laisser subsister que celle des intendants, subdélégués, commissaires des guerres, ingénieurs pour les chemins, inspecteurs pour les manufactures, t tout cela, dit d'Argenson, est amovible à volonté. »

(1) Considérations sur le Gouvernement de la France, page» 168, 187.

Le système d'administration centralisée, que la Révolution devait emprunter à l'ancien régime, en le développant, triomphait donc déjà partout, et néanmoins l'esprit d'opposition au pouvoir des Intendants se maintenait encore parmi la noblesse avec une singulière vivacité si l'on en juge par les appréciations dont ils sont l'objet dans le Testament politique du marquis de Mirabeau. Celui-ci recommande à ses successeurs de n'oublier jamais : que le premier devoir d'un seigneur est d'entretenir une guerre sourde et cachée contre les préposés de la cour, et il rédige contre eux un plan de campagne plus ou moins astucieux, dont nous reproduirons quelques passages qui nous semblent curieux, comme expression des sentiments d'un aristocrate du dix-huitième siècle à l'égard d'un Intendant.

Les préposés de la cour, écrit le marquis en 1717, sont les Intendants, sorte de magistrature informe et monstrueuse, à laquelle on obéit aujourd'hui cependant sans contradiction dans les provinces et contre laquelle il serait inutile et nuisible de se roidir directement ; mais il faut éviter aussi de se laisser éblouir par l'apparence de crédit que ces gens-là (1) semblent avoir. Ils n'en ont aucun pour la plupart, tout ce qui a quelque crédit décidé et quelque agrément à Paris n'en veut point sortir à présent pour les plus grandes places en province ; cet aveuglement ira sans doute toujours en augmentant ; ce-

(1) Dans ses lettres particulières, il qualifie habituellement les Intendants « ces espèces-là. »

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