M- JOLIVET, SYLVIE, LÉONARD
(Il a son babil déchiré, il n’a pas de chapeau, enfin sa toilette est dans le plus graud désordre. )
LÉONARD , à Duteil qui vient de le heurter .
Vous ne m'avez pas fait le moindre mal.
{ri pari.) C’est un nouveau système que je
veux adopter... je serai toujours content...
on me battra, je rirai... on me volera, je rirai... enfin, je Veux devenir un vrai Démocrite !
SYLVIE. Ali ! mon Dieu ! monsieur Léonard, dans quel état vous voilà !
LÉONARD. Je ne sais pourquoi vous vous affectez d’une chose qui ne me fait aucune peine... une chose qui m'est même fort agréable. . .
Sylvie. Mais, qui vous a arrangé ainsi?
léonard. Le concierge du ministre...
un fat, avec lequel je me suis colleté, ayant pour témoins son chien et sa femme qui ont pris son parti... Comme c’est petit de la part de cet animai!.. (le chien) de se mêler à la conversation que j’avais avec cet énorme manant... (le concierge). Mais, je ne leur en veux nullement à aucune de ces trois créatures... et je compte même , toutes les fois que je les rencontrerai, leur ôter mon chapeau, quand j’en aurai un...
Je n’en veux plus à personne au monde...
je suis sur ce globe pour souffrir... Eh bien ! je me résigne.
M”* jolivet, à part. Cette indifférence ’n’cst pas naturelle... (Haut.) Monsieut Léonard, nous avons des excuses à vous faire.
léonard. Des excuses... à moi? je n’en veux pas... vous m’avez fait beaucoup de mal, c’est vrai!., mais c’est une conséuence du rôle que je joue sur la terre...
e suis né victime... je dois être victime !
Sylvie, à elle— même. Est-ce que le chagrin l’aurait rendu fou?
léonard, qui a entendu. Je ne suis pas fou!., mais j'ai l’espoir de devenir imbécile... c’est là le but de tous mes voeux...
parce qu'alors. . . soit que je fasse des ronds dans l’eau... soit que j’attrape des mouches... soit que je me livre à la culture des légumes... je sciai parfaitement insensible aux turpitudes de ce monde !
SYLVIE. Pauvre monsieur Léonard!., je conçois votre chagrin. Eh bien ! permettez-moi de vous faite oublier toutes vos tribulations.
Léonard. Vous, Sylvie?
M" 1 ' jolivet. Oui, mon ami... ma fille a etc injuste envers vous... et moi aussi.
Sylvie. Et si l’offre de ma main peut vous faire oublier...
Léonard. Quoi! je pourrais?.. Ah!., oh!., de l’air.'.. de l’air !.. j’étouffe...
*t m * jolivet. Ab! mon Dieu!
Léonard. Ce n’est rien... c’est la joie...
c’est comme un individu qui aurait été long-tcms oublié dans un tiroir... et qui est délivré... on est suffoqué...
LF MAGASIN ÏUÉATRAL.
SYLVIE. Remettez-vous.
léonard. Gava tout-à-fait bien... tout mon intérieur a repris sa place... Maintenant , vous pouvez nie dire pourquoi ce matin?...
Sylvie. Vous le saurez plus tard... Dites-moi plu lût voiis-inèuie quelle était cette lettre que votis attendiez?
LÉONARD, line lettre de mon directeur, à qui j'ai demandé une gratification. ..
Est-ce que vous l’avez reçue?
SYLVIE. Du tout.
LÉONARD. Il en est bien capable, le chiche qu’il est!... mais , c’est égal... je deviens votre mari . j’qi une bonne place...
je défie le destin! ( On tnlrml un grand tumulte de t uic tltins U fond. ) Qu'est-ce que c’est que ça?
•'Julien parait au fond.)