AVANT-PROPOS
‘AN dernier, lorsque nous avons offert aux amateurs notre essai bibliographique sur les livres à figures véniliens des quinzième et seisième
en siècles’, nous disions, dans l’avantpropos, en parlant des Junta: « Ces édileurs — dont
le premier, Luc-Antonio Giunta, commença en 1489
PL
à imprimer à Venise des livres ornés de remarquables gravures au trait, — ont publié, dans les années
postérieures à 1500, de très nombreuses éditions
d'ouvrages religieux, notamment des Missels el des Bréviaires. Les Missels atleignent à un chiffre si
élevé (plus d'une centaine), que nous avons dû les
écarter de celte élude ; nous n’en avons décrit qu'une
1. — Bibliographie des livres à figures vénitiens de la fin du XVe siècle et du commencement du XVI (1469-1525); 8°, Paris, 1892.
Missale ord. Vallisumbrosæ, fol., 4 décembre 1503, L.-A. Giunta. — Encadrement de page
édition; ils méritent à eux seuls, un travail spécial. » Nous aurions pu ajouter que les autres ent dans cette catégorie d'ou-
imprimeurs de Venise ne fournissaient pas un moindre conti vrages. Nous sommes arrivé, en effet, à relever près de trois cents éditions différentes de Missels illustrés, produites par les presses vénitiennes, depuis 1481 jusqu'à 1600, — la fin du seizième siècle marquant le terme de nos recherches.
C'est ce travail que nous venons aujourd'hui présenter aux bibliophiles. Nous ne nous sé à une élude aussi exclusive
dissimulons pas que le premier reproche susceptible d'élre adres est celui d'une certaine monotonie. Qu'on nous laisse dire, cependant, que celte monotonie n’est qu'apparente. La similitude même des sujels traités par les illustrateurs de ces volumes nous permet, en effet, de suivre le développement de l'art de la gravure sur bois à Venise depuis ses commencements jusqu'à sa décadence ; elle rend plus facile, par des comparaisons répétées, l'appréciation des qualités et des défauts qui distinguent les Vénitiens des artistes étrangers
Jixés parmi eux et travaillant, concurremment avec eux, pour le compte des différents éditeurs.
du volume ; puis, sans transition, apparaissent des Missels renfermant, les uns deux bois seulement : l'Annonciation ef la Crucifixion, les autres une quantité indéterminée de vignettes, grandes et petites, auxquelles s'ajoutent les initiales ornées. Nous avons eu l’occasion, dans notre précédente étude, de constater qu'avant 1500 les bois sont, pour la plupart, au simple trait, un pelit nombre seulement relevés de hachures discrètes, lègères, qui leur donnent une saveur et un relief tout particuliers. Cette observation générale s'applique aux livres liturgiques dont nous nous occupons aujourd'hui, aussi bien qu'aux autres publications illustrées de Venise. À partir du début du seizième siècle, c'est la gravure ombrée qui prédomine, mise en œuvre dans des compositions de plus en plus compliquées — sinon mouvementées — à mesure qu'on approche de la fin du siècle. Nous n'aurons pas à faire ressortir, parmi ces nombreuses estampes, beaucoup d'œuvres absolument remarquables sous le rapport de la conception ou de la technique ; nous n'y rencontrons guère de tailleurs sur bois qui soient à la hauteur du graveur b et de son école, de F, de celui qui illustra le Fasciculus medicinæ de Kelham (1491), ni de l'auteur des charmantes vignettes de lOfficium beatæ virginis, 8°, 26 avril 1404, Hieronimo di Sancti. De celle infériorité nous avons déjà indiqué la raison : c’est qu'avec les progrès et la diffusion de l'imprimerie, la nécessité S'impose aux-édileurs de satisfaire, dans le plus bref délai possible, une clientèle qui s'accroît tous les jours. Les livres de piété, surtout, vont dans toutes les mains ; à côté du Missel in-folio, destiné à prendre place sur l'autel, pour le service divin, dans les églises el les chapelles des couvents, et dont la confection est ordinairement assez soignée, il faut produire le livre portatif, de petit format, d'un prix plus accessible aux clercs comme aux le ques, et dont le texte, pour le public peu ou point lettré, sera expliqué et commenté par l'image. La négligence qu'entraïne celle publication précipitée, activée encore par la concurrence, s'accuse alors
souvent dans tous les détails de la fabrication du livre: les vignettes, dessinées et gravées à la
hâle, distribuées lant bien que mal, fatiguées el empâtées par les nombreux tirages, ne donnent