AVANT-PROPOS III
plus l'impression d'art qui se dégage des gravures sur bois de la période antérieure ; si nous pouvions employer celte expression, nous dirions volontiers que c'est de l'imagerie commerciale bien plutôt que de l'illustration artistique. Toutefois, nous tenons à le répéter, malgré des défectuosilés trop fréquentes, celte quantité considérable d'estampes n'est pas sans offrir un
grand intérêt, grâce à la variété de l'interprétation s'exerçant sur des sujets identiques.
Le premier Missel illustré que nous ayons à signaler est un Missale Romanum, 4°, imprimé, le 20 décembre 1481, par Octaviano Scoto; la Crucifixion dont il est orné est des plus médiocres. Parmi les meilleures qui aient été données avant 1500, soit pour l'originalité de la composition, soit pour la finesse de la taille, nous citerons : la Crucifixion d’un Missale Romanum, 0°, 1400, J.-B. Sessa, exécutée dans le style allemand; — celle d'un Missale Romanum, &, 1 décembre 1493, Herzog de Landoïa;' vignette très soignée, relevée de légères hachures traitées avec une grande finesse; — celle d'un Missale Romanum (glagolitice), 4°, Francesco Bindoni et Mafeo Pc
ni; l'ouvrage est de 1528, mais la gravure avait été publiée déjà dans le
Processionarium ordinis Fratrum Predicatorum, 4°, 1494, Emeric de Spir
; bien que manquant un peu de finesse, elle rappelle, par sa facture, exclusivement au trait, les plus jolies gravures des premiers tailleurs sur bois vénitiens; — la Crucifixion du Missale Romanum, @, 37 janvier 1497, Simon Bevilaqua, copie de la précédente, de qualité égale et n'en différant que par de petits détails; — enfin, la Crucifixion du Missale Romanum, fo/io, 29 mai 1499, Georges Arrivabene ; la plus belle et la plus importante de cette période, la première où nous voyions le personnage de Madeleine avec la S* Vierge et S' Jean au pied de la croix de Jésus. — Afin
de ne pas anticiper sur notre étude, nous bornerons là ces remarques préliminaires.
ANS celle quantité de gravures, nous avons relevé quelques monogrammes que nous n'avions pas encore rencontrés ; mais nous n'avons pas êlé plus heureux que dans notre précédent ouvrage quant aux attributions qu'il convient d'en
Jaire. Nous avons déjà dit que ces signatures ne sont pour nous que des
marques individuelles de tailleurs sur bois ou des marques d'ateliers de gravure; nous mainlenons ici notre affirmation.
Le graveur qui signe \a est peul-être le plus habile que nous rencontrions dans les Missels vénitiens. C'est à lui que sont dus une certaine partie des bois du Missale Romanum,
Oo
&, 30 juillet 15
6, Bernardino Stagnino. Il grave, soit au trait simple (Ovide, 1497 ; Crucifixion du Missale Romanum &°, 1560, Hieronimo Scoto), soit dans la manière ombrée, éédilées dans plusieurs autres ouvrages de piélé, furent copiées par différents graveurs, dont nous allons
parler, el dont aucun ne possède ni la dexlérité ni le savoir-faire de l'original.
comme les estampes du Missel Stagnino que nous venons de citer. Ces vicnettes. £ £ ;
Les diverses signalures de Zoan Andrea’, ‘3a.,.3.À, JA, apparaissent assez souvent dans les Missels. Le premier de ces monogrammes, notamment, figure au bas d'une Annoncia-
üon qu’on voil répélée presque une vinglaine de fois dans la série des Missels de L.-A. Giunta.
1.— Ilest bien entendu qu'il ne s'agit pas ici du graveur sur cuivre, copiste de Mantegna. (Cf. Zoan Andrea et ses homonymes, par le Duc de Rivoli et Charles Ephrussi. — Gagette des Beaux-Arts, mai et septembre 1891).
Ce Zoan Andrea, qui a travaillé surtout de 1515 à 1525, est un artiste très inég l’Annoncation que nous venons de mentionner, entre autres, accuse un talent assez consciencieux, d'autres vignettes dénotent un travail de manœuvre, sans aucune finesse dans les physionomies
res, sans aucun soin dans les détails, sans aucun effet d'ensemble.
el les extrémités des personn
Les deux monogrammes JM:F el MATHEVS-F. nous représentent le même graveur. La première de ces signatures se Lit au bas d'une Annonciation, /a seconde sir une Crucifixion du Missale Romanum, 4°, 1549, Johannes Gryphius; loules deux copiées sur des gravures du Missale Romanum, folio, 3 décembre 1513, Gregorius de Gregoriis. Ce Matheus n'est donc qu'un copiste, de talent médiocre, au faire très relâché el bien inférieur à l'original.
ale Romanum 4°, avril 1561, Joannes Varis-
Celui qui signe Mao (Crucifixion du M F fecit
ion du Missale Romanum &, 20 novembre 1501, L.-A. Giunta),
cus ; copiée sur la Crucifn west pas, à notre avis, le même que le précédent. Nous connaissons de lui des gravures originales, par exemple, dans le Dione, Historico delle guerre e fatti de Romani /Zopino, 1533). Mais, le plus souvent, il est également copisle ; nous pouvons indiquer, comme sorti de sa main,
l'encadrement du titre de l'Oronte gigante de leximio poeta antonino lenio salentino {Aurelio
Pincio Venelo, novembre 153r)° ; — le bloc du bas, signé à droile marmio r., est la copie d'une
vignette d'encadrement du livre de Paris de Puteo, Duello : libro de Re, Imperatori, elc. (152
Signé EVSTACHIVS*.
VGO, que nous supposons étre Ugo da Carpis. a fait pour certains Missels des copies de vignetles de wà, qui se retrouvent également dans des Bréviaires, sans parler d'autres gravures, lelles qu'une Annonciation copiée aussi sur celle du Missale Romanum 8°, 30 juillet 1506, Slagnino.
Les trois monogrammes LA, ff, ie nous paraissent appartenir au même graveur, que
vant (t. V, p. 62) donne comme élant L.-A. Giunta. La dernière marque, que nous avons
Pas.
prise sur un bloc d'encadrement de page d'un Missale Urgellinæ sedis, folo, 15 jan-
wier 1509, Bernardinus de Tridino, n'est pas absolument identique à celle que reproduit
rd à la similitude de la taille, nous croyons que ce bois doit
Passavant; mais cependant, eu être attribué au même artiste.
Quant au monogramme L, que nous ne rencontrons que Sur de peliles vignelles peu importantes, faut-ily voir, comme le fait Passavant, une autre signature de L.-A. Giunta ? Il est assez difficile de trancher celle question. Toujours est-il que celle signalure se trouve
dans de nombreux ouvrages, où le tailleur sur bois se révèle supérieur à ce qu'il paraît
étre dans les Missels ; mais, comme c'élait un artiste en somme peu élevé, se prélant aux copies
rettes de
comme aux compositions originales, il n’est pas surprenant qu'il ait gravé ces vi, médiocre valeur.
Du même genre sont les petits bois signés de l’initiale c, avec plus d'habilelé et plus de
finesse dans la taille. Ce graveur — dont nous avons déjà parlé$ — a travaillé à l'illustration 1. — In casa de Aurelio Pincio, Veneto, ad instatia de Christoforo dito Stampon libraro e copagni. Ne li ani de
Signor, 1531, del mese de Nouëbrio.