PRÉFACE
Une race nouvelle d'hommes a paru subitement au milieu de nous. î^ourrie de tout ce que l'impiété , la licence, l'esprit de révolte, avoient enfanté de plus monstrueux, on Ta vue s'armer contre le Ciel et inonder la terre des plus effroyables calamités : elle a fait retentir le Monde entier du xnoilibertéy et elle a courbé la France sous le joug le plus dur et le plus humiliant qui ait jamais pesé sur aucun peuple. Le mot égalité a été mêlé à toutes ses paroles , et on l'a vue exercer, au milieu de ses concitoyens, une puissance que n'eurent jamais, ni aucun des potentats qui régnent sur les nations asservies de l'Asie , ni aucun des chefs des tribus les plus
(vi) sauvages et les plus féroces des déserts de l'Airique : elle n'a cessé de parler du bonheur du peuple^ et jamais peuple ne l'ut plongé dans un abîme de malheurs, semblable à celui dans lequel elle a précipité le pays, qu'elle venoit , disoit-elle , affranchir de tous les maux.
Telleestcetteraced'hommesquenousnoui proposons de faire connoîiresous le nom de Missionnaires de gS, titre qu'ils ont pris euxmêmes, et qui leur appartient si l'on entend par ces mots des envoyés sortis du fond des abîmes infernaux pour la désolation du genre humain , des délégués de ces puissances qui n'ont d'autre mission que celle de nuire à la mer et à la terre , quibiis datiim est nocere terrœ et mari Quel contraste entre de tels hommes et ceux que la religion a envoyés dans tous les temps, et qu'elle envoie encore tous les jours vers leurs semblables! Ceux-ci, lorsque la nature humaine, boule-
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versée par les fureurs des révolutions , attend des secours et des consolations, arrivent au milieu de leurs semblables pour les éclairer , pour les consoler, pour les affranchir, non du pouvoir qui les protège , mais de la tyrannie des vices et des passions qui les oppriment ! Les uns prêchent la vertu et en établissent le règne moins encore par la force de leurs discours que par la persuasion de leurs exemples ; les autres déchaînent toutes les passions, et, par leurs discours comme par leurs exemples, érigent en verlus tous les crimes. Les uns exercent un ministère de douceur, et même en déployant la sévérité de la religion contre le vice , remplissent de joie le cœur vicieux qu'ils arrachent à son empire ; les autres ne marchent qu'entourés de bourreaux et de supplices. Les uns élèvent l'étendard de la Croix au milieu de leurs frères que les exemples de THomme-Dieu raniment et
consolent; les autres dressent des ccbafauds où ils font monter leurs semblables par rqilliers. Les uns célèbrent des fêles religieuses où ils conduisent les chr«ftiens en chantant des hymnes sacrés ; les autres célèbrent des fêtes de la Terreur y des fêtes de lEgalite^ des fêtes dites de la Raison, et qui sont le dernier degré du délire ; fêtes où les livres pieux, les tableaux, les images saintes, tous les signes religieux deviennent la proie des flammes , tandis que les inslrumens des^upplices sont portés en triomphe par les bourreaux eux-mêmes qui sont le principal ornement de ces horribles fêtes. Tel est le contraste que nous offrent les missionnaires de la religion et les missionnaires de Timpiété, les hommes apostoliques qui viennent au nom du Ciel , et les représentans eu mission , députés deFEhfer. Pour que rien ne manquât à ce contraste , il a fallu (et ce spectacle nous étoit réservé) , il a fallu que nous vissions le
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déchaînementcontre les unségaîer le dévouement à la causaKies autres ; et que les mêmes hommes nous révélassent en eux - mêmes les ennemis acharnés des missionnaires de la religion , et les patrons ardens des missionnaires de 93. '*
C'est de ces derniers que nous avons cru utile de retracer les œuvres et les missions pour bien établir la différence entre les uns et les autres.
On nous reprochera peut-être, comme on Ta déjà reproché à quelques écrivains qui nous ont précédé dans cette carrière, d'aller recueillir sur les écliafauds- le sang qui sert à souiller le ministère ( i ). Mais , malheur au ministère qui pourroit être souillé par le sang innocent ! Car cela prouveroit qu'il est l'allié ou le protecteur de ceux qui l'ont
(1) et Ce sang que M. de Castelbajac a recueilli sur les 3> échafauds sert à M. de Chateaubriand pour souiller le » ininis!ère. » {^Journal de Paiis du 29 juin 1819. )
versé. Malheur à ceux qui trouvent mauvais qu'on recueille sur les échafauds le sani^ innocent! Ce devoir pieux a été honorable dans tous les temps, et il ne peu! être blâmé que par des criminels sans remords; car ceux ra^me qui ouvrent leur âme à un tel sentiment sont les premiers à le manifester, et leur repentir public est leur premier acte d'expiation. Au surplus , nous ne recueillons pas le sang pour en souiller qui que ce soit ; nous recueillons la correspondance de ceux qui se sonti^oM///('.y eux-mêmes, moins encore en versant ce sang, qu'en célébrant leur propre férocité : ce double scandale leur appartient. Pour nous , nous n'ajouterons rien à ce qu'ils ont publié eux-mêmes avec ostentation; et, si Ton nous prêche \ union et l oublia nous répondrons qu'il faudroit que ceux qui ont besoin dHoubli consentissent à être oubliés au lieu de reparoîire avec tant d'éclat sur la scène politique. Si l'on veut que nous ou-
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blîions les missionnaires rcgicides , il faudroit donc que leurs patrons les oubliassent aussi, et que la tribune nationale n'ei\t pas retenti deux fois du bruit de ces pétitions dans lesquelles on n'a pas craint de comprendre les hommes qui ne se sont pas seulement souilr lés du sang de leur Roi (ce qui est sans doute une peccadille aux yeux de ces mêmes patrons ) , mais qui ont couvert la France entière d'échafauds : il faudroit enfin , pour oublier les missionnaires régicides, qu'après avoir entendu leurs défenseurs à la tribune nationale , on n'y vit pas arriver leur collègue et leur représentant, ce docteur du régicide , ce prédicateur de la croisade contre tous les Rois, cet homme-principe à la suite duquel sont venues et viendront toujours les conséquences , que des instrumens forcenés ne manqueront pas d'en tirer.
Voilà ce qui seroit nécessaire pour que les mots luîion et o//M' ne fussent pas une arme
(xij ) dont on se sert pour tout confondre , tout bouleverser, tout dissoudre, et ramener au milieu de la coni'usion universelle , les wmsionnaires de 98 , prêts à rentrer dans la carrière , et qui , après avoir remis le pied sur le sol qui les a rejetés, n'auront plus qu'un pas à faire pour s'élancer encore à la tribune naiionale , à l'exemple des Barrère et des Grégoire.
Si quelquechosepeut prévenir un tel retour, c'est sans contredit le tableau deswm/o«.ç que ces hommes ont remplies, et celui de la législation qu'ils nous ont donnée , lorsqu'ils ont exploité le malheureux peuple livré à leurs wsanglantes expériences. Tel est le but que nous nous sommes proposé en publiant cet ouvrage qui doit son origine aux pétitions des bannis.
ISous reprochera-t-on de nous exprimer sur le compte de ces hommes sans aucun ménagement , quelquefois même avec force
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et avec l'accent de rindignation ? Si Ton nous adressoit un tel reproche , nous y ferions une réponse aussi courte que péremptoire ; nous dirions que , s'il y a dans cet ouvrage , quelque chose de fort contre les personnes , ce n'est pas nous qui le disons , mais ellesrmêmes. Peut-on, en effet, rien imaginer de plus fort que les récits ofiiciels qu'on fait de tant d'abominations leurs propresauleurs? A ce double spectacle des crimes commis , et des crimes célébrés, convertis même en autant de belles actions par les criminels, si rindignation éclarte , qui oseroit la blâmer ? IS'avons-nous pas à craindre, au contraire, que l'expression de ce sentiment ne paroisse trop foible à la plupart des lecteurs, et qu'ils ne nous reprochent de n^voir pas répondu à ce qu'ils avoieut éprouvé les premiers , et d'une manière plus forte ? Nous ajouterons que ce sentiment, produit par la nature des choses, ne se mêle en nous à aucun motif
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de ressentiment contre les personnes. Nous n'avons eu ni pu avoir des relations avec aucunes d'elles; nous ne les connoissons ni n'en sommes connus^ et il nous est permis de dire (grâce à notre âge), que nous n'avons reçu d'elles ni bienfaits ni '\n]ures: Mi hiGalôcif Otlio , f^itellius\ nec bcneficio , nec injuria co' giùti. Nous n'avons donc aucun motif personnel de nous déclarer contre elles, et de nuire à qui (jue ce soit.
Si , maigre nos soins à ne recueillir que des pièces officielles , il s'est glissé quelque erreur dans notre travail, nous sommes prêts à la réparer à la première récla raation des personnes intéressées (i). Terminons par une observation : ou les avocats des missionnaires de 98 , bannis en i8i5, ne connoissent pas leurs cliens, et dans ce cas ils nous sauront gré de les
{(1) Nous les prions de nous l'adresser chez M. Le Normant , imprimeur de cet ouvrage.