CHAPITRE VII
Deux catégories de missionnaires anglicans. — Ce que sont les missionnaires de la Basse-Eglise. — Esprit ie prière qui anime les missionnaires anglicans.
Les missionnaires anglicans sont tous schismatiques et hérétiques, mais ils ne le sont pas tous de la même manière. Ils se divisent en deux grandes catégories :
ceux qui appartiennent à la Basse-Eglise et ceux qui font partie de la Haute-Eglise.
Les missionnaires anglicans qui appartiennent à la Basse-Eglise ne se regardent pas comme prêtres. En fait de croyance religieuse, ils s'en tiennent aux trente-neuf articles et en particulier à l'article aS, intitulé : Le souper du Seigneur :
La transsubstantiation du pain et du vin ne peut être prouvée par les saintes Ecritures : elle est contraire aux textes
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clairs de V Ecriture y elle détruit l'essence du sacrement^ et a donné lieu à de nom-' breuses superstitions,.. Dans la Cèwe, le corps du Christ est donné, reçu, mangé, mais seulement d'une manière divine et spirituelle, et le moyen par lequel le corps du Christ est reçu et mangé dans la Cène est la foi. D'après l'institution du Christ, on ne conservait pas, on ne portait pas, on n élevait pas et on n'adorait pas le sacre^ ment de V Eucharistie.
Se réglant sur Tarticle 3i, ils pensent que les sacrifices de messes n étaient que fables impies et illusions dangereuses.
Bien entendu, ils rejettent la confession.
En fait de sacrements, ils n'en admettent que deux : le baptême et la Cène ou souper du Seigneur, entendue selon Tarticle 28. Au sujet du baptême, ils ont souvent des idées et des manières de l'administrer telles qu'il est fort douteux qu'il soit valide. Lorsque quelqu'un baptisé par eux entre dans l'Eglise, on commence toujours par le baptiser de nouveau sous condition.
Ces missionnaires anglicans de la
Basse-Eglise regardent l^Eglise catholique comme la grande Babylone et la prostituée de TApocalypse, et le pape comme l'Antéchrist.
C*est à cette catégorie qu'appartiennent ces agents décorés du nom de missionnaires qui réalisent plus ou moins le type que nous ont si souvent décrit nos missionnaires catholiques et qui n'a rien d*imaginaire : des messieurs qui distribuent des Bibles, font un peu de ministère et beaucoup de commerce, décrient les missionnaires catholiques et leur suscitent des embarras, réunissent un certain nombre d'adeptes afin de pouvoir dire qu'ils remplissent les fonctions de pasteurs, et, eo somme» s'occupent beaucoup plus de leurs petites affaires que de celles de TEglise, et mettent leurs intérêts et ceux de leur famille bien au-dessus des intérêts des âmes.
Ce portrait n'est nullement chargé» si on le considère par rapport à un certain nombre de missionnaires anglicans. Nous ne prétendons pas que tous les missionnaires envoyés par la Basse-Eglise le réa-
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lisent. Nous disons seulement qu'un certain nombre le réalisent à des degrés divers, et que ceux-là appartiennent, au moins en général, à la Basse-Eglise.
Un des membres les plus avancés de la Haute-Eglise, peu suspect de partialité pour ces protestants de la vieille école qui, en tout temps, décrient les ritualistes et qui, en ce moment, les persécutent, nous écrivait à propos des missions anglicanes que sa position lui permet de bien connaître : « Il n'est que juste de dire que, parmi les missionnaires envoyés par la Church Missi&nary Society j un grand nombre sont des hommes nobles et sérieusement à leur affaire, 7/ is only fair to say ihat there are many missiojiaries of the C. M. S. jvho are earnest and noble men. »
Nous ne savons si le nombre des missionnaires Lojp Church qui méritent cet éloge est aussi grand que notre correspondant nous l'assure ; mais ce que nous n'hésitons pas à dire, c'est qu'il esc plus grand qu'on ne se l'imagine en France.
Ces missionnaires de la C. M. S. ont eu plusieurs fois, notamment dans leurs
missions d'Afrique en 1884^ à subir des persécutions au milieu desquelles ils ont déployé un véritable courage. Dans la persécution de 1884^ Tévêque Hanniogton fut massacré avec presque toute sa suite (i).
Mais ce qui montre mieux que tout le reste que ces missionnaires anglicans, sans être des prêtres et sans avoir reçu aucune mission divine, ne sont pas cependant, en général, de simples résidents à l'étranger travaillant pour le compte de certaines agences, c'est leur conviction par eux souvent exprimée et visiblement sincère que leur œuvre est avant tout une œuvre de prière, une œuvre surnaturelle dont le succès dépend principalement de la prière.
Cette conviction est celle des anglicans à quelque parti de l'Eglise anglicane qu*ils appartiennent. « Le premier devoir de l'Eglise, dit la Commission chargée d'étudier les questions relatives aux missions
(i) Kous renvoyons ceux qui désireraient être plas a.iiplcment renseignés sur ce sujet à Touvrage de M. Eugène Stock : Hi<U^ry cif tbc C, Af. 5., vol. III, p. 410- 4t<.
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dans la Conférence de Lambeth, en juillet 1899, où siégeaient 194 évêques, le premier devoir de TEglise c'est la prière, The Jirst duty of the Church is interces" sion* »
a La cause des missions, dit encore cette même Commission, est la cause de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Que notre but, et ce sera aussi notre gloire, soit d'être d'humbles instruments pour réaliser au loin les desseins pleins d'amour de notre Père céleste dans l'humilité d'esprit, l'esprit de prière pour obtenir ses divines bénédictions, et la confiance dans les promesses d'en Haut. Portons ainsi l'Evangile de la grâce de Dieu aux âmes que nous aimons. »
Nous avons parlé d'une fédération de 40 associations du jeune clergé Junior Clergy Association^ assez récente et comprenant déjà 3,000 membres. Un des buts de ces associations est de former une ligue de prières pour le bien et le succès des missions. Ce sont avant tout des associations de prières. Ceux qui en font partie attachent une telle importance à la prière
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qu'ils ont composé des litanies en faveur des missions pour lesquelles ils ont obtenu l'approbation de l'archevêque de Cantorbéry. Ils récitent ces litanies.
Quand les missionnaires anglicans écrivent à leurs amis d'Europe — et ceux de la C. M. S. comme les autres — ce n'est pas seulement de l'argent qu'ils leur demandent, ce sont aussi des prières. 11 y a peu de temps, un des missionnaires de la C. M. S., le Révérend Welchman, terminait ainsi une de ses lettres écrites de l'île de Ceylan : « Je demande à tous ceux qui liront cette lettre de prier avec ferveur pour notre œuvre. Les circonstances au milieu desquelles elle se trouve sont pleines de difficultés^ et nous qui sommes engagés dans ces difficultés, nous sentons vivement le besoin d'une grâce d'en haut tout à fait spéciale» non seulement pour nous^ mais pour nos collaborateurs et pour nos chrétiens exposés à de si nombreuses tentations et ayant si peu de facilités pour bien vivre. »
Aux yeux de la C. M. S., l'œuvre qu'elle poursuit repose sur la prière comme
sur son principal soutien. La prière est son grand pivot. La dernière des règles de cette Société, celle qui couronne toutes les autres, est ainsi conçue :
« On recommande à chacun des membres de la Société de prier le Très-Haut de répandre ses bénédictions sur ses œuvres, dans la conviction pleine et entière que, s'il ne « nous prévient dans toutes nos actions de ses faveurs les plus précieuses, et s'il ne nous donne une continuelle assistance », la société ne peut raisonnablement espérer de rencontrer des sujets possédant l'esprit requis et doués des qualités voulues pour être missionnaires, ou bien s'attendre à voir leurs efforts couronnés de succès ».
Les réunions des comités de cette société, et il en est de même pour les réunions des comités de la S.P.G.K. et de la S.P.G., ces réunions ne sont pas seulement des réunions d'hommes d'affaires, mais aussi des réunions de prières. Toutes les séances doivent être précédées et suivies de prières déterminées, dont la formule se trouve reproduite dans tous les rapports de la so-
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ciété. Les prières qui précèdent chaque séance sont très longues : nous nous bornerons à en citer ici quelques passages.
« La moisson est vraiment grande et les ouvriers peu nombreux 1 O vous qui êtes le Maître de cette moisson, envoyez-lui donc des ouvriers ! Remplissez de votre esprit ceux que vous avez déjà envoyés. Rendezles propres à prêcher fidèlement et hardiment parmi les gentils les insondables richesses du Christ. Gardez-les des pièges du monde, de la chair et du démofi; préservezles de tout mal, et rendez-les habiles i gagner des âmes... »
a Ayez pitié de ces idolâtres aveugles que le dieu de ce monde retient dans un cruel esclavage. Eloignez-les des idoles, afin qu'ils servent le vrai Dieu vivant... »
(( O Dieu qui aimez ceux qui donnent de grand cœur, répandez vos grâces les plus abondantes sur ceux qui aident généreusement de leur bien l'œuvre qui a pour but de faire connaître votre nom... »
Des formules de prières spéciales également très longues et très belles doivent
être récitées avant les réunions du comité de correspondance qui a pour objet, nous l'avons vu, de recruter, de former et de diriger les missionnaires. Ces prières sont vraiment touchantes, et, si ce n'était trop long, nous voudrions pouvoir les citer intégralement. Qu'on nous permette du moins d'en donner un court extrait.
ce Nous vous conjurons spécialement, ô Père plein de miséricorde, d'abaisser vos regards sur nos frères les missionnaires. Faites que nos cœurs se rapprochent d'eux de plus en plus, et pendant qu'ils portent leur fardeau dans les pays étrangers, accordez-nous la grâce de les aider et de les secourir ici, dans notre pays, par nos sympathies et nos prières. Bénissez toute lettre qui leur est adressée de cette maison, et tous nos rapports avec eux.
Nous vous demandons pour eux que vous les remplissiez de votre esprit. Mettez en eux les sentiments mêmes qui animaient Notre-Seigneur Jésus-Christ. Qu'ils ne perdent jamais leur premier amour. Elevez-les au-dessus des soucis de ce monde.
Aidez-les à se renoncer eux-mêmes, et à
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tout souffrir pour faire des élus... Revêtezles d'humilité. Enseignez^eur à vivre en paix les uns avec les autres^ et avec tous les hommes... b
Des hommes qui s'efforcent d'entrer dans ces sentiments ne sont pas des courtiers. Une association qui s'applique à former ces sentiments dans ceux qui la représentent, à les développer et à les conserver en eux, et qui les demande pour eux au ciel, n'est pas une simple agence.
Représenter sous de pareils traits les missionnaires anglicans, même ceux de la Basse-Eglise, et les associations qui les soutiennent ne serait pas seulement manquer de justice, ce serait mal servir les intérêts des âmes et ceux de la sainte Eglise.
Sur ce point comme sur tous les autres, les idées fausses que nous nous formons ne peuvent que nuire à nous-mêmes et à la cause de la vérité.
Un grand nombre d'anglicans vivent et meurent dans la bonne foi. Il ne faut pas craindre de le reconnaître et de le publier.
« II est un point, dit le cardinal Vaughan dans la belle lettre que nous publions en
partie dans notre appendice, il est un point qu'on ne saurait trop se mettre dans l'esprit et sur lequel on ne saurait trop se former des idées nettes. C'est que ceux qui ont été élevés dans le protestantisme anglais — que ce soit le protestantisme des Dissidents, ou celui qui s'appelle anglican et même « catholique » — ne ressemblent pas aux hérétiques et aux schismatiques du XVI* siècle. Ils se trouvent hors de Tunité de l'Eglise sans qu'il y ait aucune faute de leur part. Ils sont là où ils sont parce qu'ils ont été déshérités. Ils ont été élevés dans une atmosphère de préjugés traditionnels contre l'Eglise de Rome. Ils sont aussi sincères dans leur erreur et peut-être dans leur persécution de l'Eglise que l'était saint Paul quand, a ne respirant que massacre et carnage contre les disciples du Seigneur », il se rendait à Damas en toute hâte. »
« II est impossible de connaître ces hommes et ces femmes appartenant au rang des simples fidèles et une foule de leur clergymen sans être frappé des preuves de leur ferveur, de leur bonne foi, de leur
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