CHAPITRE VIII
Les missionnaires anglicans de la Haute-Eglise. — Divisions qui existent entre eux et les missionnaires de la Basse-Eglise.
D*autres missionnaires anglicans évangélisent à leur manière, outre les Indes occidentales, un grand nombre de contrées de l'Asie, de l'Afrique, de l'Australie et de l'Amérique. Ces missionnaires sont recrutés par la grande société Society for the propagation of the Gospel^ ou plus brièvement S. P. G. Or, cette société S. P. G., à laquelle plusieurs autres se rattachent, recrute ses missionnaires dans la Haute- Eglise.
Les missionnaires anglicans qui font partie de la Haute-Eglise se regardent comme prêtres, plusieurs même comme religieux, et ils prennent des allures de
prêtres et de religieux. lis entendent les confessions et donnent Tabsolution; ils disent la messe, ont la réserve du Saint Sacrement, portent le saint viatique aux malades ; au moins ils croient faire tout cela, et ils en observent les rites extérieurs. Ils honorent la sainte Vierge et les saints, prient pour les morts, et ils admettent et enseignent, en fait de doctrine, presque tout ce que nous admettons et enseignons nous-mêmes. Ils ont en horreur le nom de protestants, et ils prennent le nom de ca-tholiqiies. Du catholicisme les plus avancés d'entre eux ne rejettent guère que la papauté ; encore ne la rejettent-ils pas complètement. Suivant eux, le pape a droit à une certaine prééminence dans l'Eglise, et ils admettraient volontiers une papauté telle qu'ils la conçoivent, diminuée et amoindrie.
De tous les emprunts qu'ils ont faits au catholicisme, celui qui leur donne le plus de ressemblance avec nous et qui est le plus propre à dissimuler aux yeux de ceux qu'ils évangélisent leur schisme et leur hérésie, c'est Téclat et la beauté de notre
culte et de nos cérémonies. C'est au point que souvent, lorsqu'on assiste à leurs offices, on se croit dans une église catholique . Ce n'est pas tout encore.
Sur toutes les plages lointaines de l'Amérique, de l'Asie et de TAfrique, où la société S. P. G. les envoie, ces missionnaires de la Haute-Eglise portent avec une apparence de catholicisme une apparence d'apostolat. Ils ne sont pas des apôtres, puisqu'ils ne sont pas prêtres, mais ils ne sont pas non plus des marchands. Leur conviction, au moins pour la plupart, est qu'en se dévouant à l'œuvre des missions ils travaillent au bien de TEglise et servent les intérêts des âmes.
Ces missionnaires de la Haute-Eglise n'ont pas tous les mêmes principes, et le même Credo. Les missions qui sont confiées aux plus avancés d'entre eux sont celles des deux diocèses de Zanzibar et de Likoma, la mission de la Corée, les missions de Calcutta et de Poona dans l'Inde.
Les missionnaires de Calcutta forment une communauté. Ils n'admettent que des célibataires et ne leur accordent aucune ré-
tribution. Leurs frais de voyage et leur entretien sont à la charge de la mission. Rien de plus. Ils vivent en communauté dans une maison spacieuse, pourvue d'une bibliothèque de 5.000 volumes, exempts de grandes privations, mais astreints à un règlement. Voici ce règlement :
5 h. 1/2 matin . . Lever, oh Prime.
6 h. 1/4 La sainte messe.
7 h Petit déjeuner.
7 h. 1/2 Matines et tierce.
8 h. i'4 Méditation.
Midi Sexte.
Midi 1/4 Déjeuner.
3 h. soir None.
3 h. 1/4 Thé.
7 h Vêpres.
7 h. 1/2 Dîner.
9 h. 1/2 Compiles.
Le silence est de règle jusqu'à midi afin de favoriser la prière et Tétude.
Les missionnaires de Calcutta se recrutent autant que possible parmi les gradués d'Oxford. La mission porte le
nom de The Oxford Mission to Calcutta.
La grande et belle mission de Poona dans rinde est dirigée par des clergjrmen appartenant à une sorte de congrégation religieuse : La Société de Saint^Jean rEvangéliste. On les appelle plus communément Les Pères de Coivley^ Cowley Fathers du nom de leur principale résidence, à Cowley , près d'Oxford. Ils ont des frères coadjuteurs ou frères lais. De Cowley, qui est leur maison mère, ils envoient des sujets dans différentes missions. Ils ont des missions à Boston dans les Etats-Unis, à Capetown en Afrique, à Bombay et à Poona dans les Indes, grande ville qui compte plus de 100.000 habitants indigènes parmi lesquels qb.ooo indous, et les autres mahométans pour la plupart. Dans toutes ces missions, et du reste dans toutes les missions dirigées par des clergytnen de la Haute-Eglise, un grand nombre sont attirés au christianisme par le culte et les cérémonies que ces clergytnen déploient dans toute leur beauté et dans toute leur splendeur. Ils l'emportent, sous ce rapport, sur nos missionnaires, parce qu'ils ont de plus belles
églises et de plus riches ornements. Grand'messes avec diacre et sous-diacre en chasuble et en dalmatique étincelantes d'or»
offices de toutes sortes, et surtout magnifiques processions toutes ruisselantes de lumière^ thuriféraires, acolyte s, longue file d*enfants et de jeunes gens en soutane rouge et en surplis^ forêt de bannières, etc., rien n'est omis de ce qui peut frapper les regards et séduire l'imagination. « Un grand nombre, disait Tévêque de Bombay dans un speech prononcé à Londres le i3 juin 1894* un grand nombre ont été amenés à se faire chrétiens en voyant comment nous comprenons le culte chrétien. >
Dans ces derniers temps l'anglicanisme, on le sait, a institué un certain nombre de congrégations religieuses de femmes. Plusieurs se dévouent aux missions. On trouve de ces religieuses anglicanes au Canada, dans rAfrique méridionale, et dans diverses parties des Indes, surtout dans les Indes occidentales. Bien entendu ces religieuses appartiennent à la Haute-Eglise.
Ce sont là des « abus > dont la Basse- Eglise gémit profondément. « Les mis-
sions d'Afrique, disait, dans son numéro du 20 avril 1899, ^English Churchman qui est un des principaux organes de la Basse-Eglise, les missions d'Afrique, si l'on excepte celles qui appartiennent à la C. M. S., présentent un caractère plus ou moins papiste. L'évêque actuel de Zanzibar et son archidiacre font partie de la société de la Sainte-Croix, la messe est célébrée à Zanzibar avec toutes les cérémonies romaines, et d'ordinaire on porte la chasuble, dans les missions, en administrant la Sainte Communion. >
Revenant sur ce point, dans son numéro du 12 octobre 1899, la même feuille dit encore :
< En fait de missions anglicanes, toute l'Afrique méridionale est entre les mains delà S. P. G., qui a probablement dépensé des centaines de millions de livres sterlings dans ce pays. Une des conséquences de ce fait c'est que VEnglish Chutxh Union s'est fortifiée dans l'Afrique méridionale, au moins parmi le clergé. »
Or, VEnglish Church Union^ dont Lord Halifax est le président, est composée de
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membres de la Haute- Eglise^ ou, comme on les appelle communément, des ritua* listes. La Basse-Eglise dont ïEnglisk Churchman s'efforce de servir les intérêts et d'éveiller la sollicitude par ses dénonciations, est désolée et effrayée de voir le ritualisme gagner chaque jour du terrain dans les missions et se répandre dans le monde entier.
De son côté la Haute-Eglise reproche aux missionnaires de la C. M. S., leur « théologie imparfaite, imperfect theo^ logy» leur tort de présenter « une foi chrétienne qui ne voit les choses que par un côté, et incomplète, one^sided and inadx'' qiiate Christian faith .»
C'est précisément cette théologie étroite qui est la cause de leurs succès, dit le Church Times. « Ces succès, ils les ont obtenus en dépit de leur théologie, ou peut-être à cause de leur théologie. Car il est incontestable que, jusqu'à un certain point, plus le théologien est étroit, plus le missionnaire est zélé. »
« Ces divergences, dit encore le Church Tîntes j ont produit dans certaines missions
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une rivalité malheureuse entre les missionnaires appartenant à diverses écoles : c'est au point que les indigènes distinguent les chrétiens de la S. P. G., et ceux de la C. M. S. (i). >
Le seul moyen de mettre un terme à ces divisions funestes est de travailler à ramener ces égarés de la Basse-Eglise et de la Haute-Eglise au centre de l'unité. Voilà pourquoi nous ne devons point nous lasser de réciter la belle prière à la sainte Vierge que Léon XIII a composée lui-même et qu'il nous engage à réciter :
< O bienheureuse Vierge Marie..., tournez vos regards vers r Angleterre..., intercédez pour nos frères séparés, afin qu'ils s'unissent avec nous dans le seul vrai Bercail^ au suprême Pasteur, le Vicaire de voire Fils sur la terre. Intercède pro fratribus dissident i bus ut nobiscum in unico vero Ovili adjungantur summo Pastori, F/cario in terris Filii tui (2). »
(i) The Church Times, 7 avril 1899, pp. 409 et 410. (2) Prière annexée à la Lettre apostolique de Léon XIII aux Anglais.