CHAPITRE IX
Comment le$ missionnaires de la Haute-Eglise entendent
Les membres de la Haute-Eglise prennent le nom de « catholiques ». Ils affirment qu'ils le sont, et ils s'efforcent de le prouver en empruntant au catholicisme une grande partie de ce qui fait sa force, sa gloire et sa beauté. Ils ne pouvaient manquer de lancer leurs missionnaires sur les traces des nôtres, de les former sur le modèle des nôtres. Rien peut-être n'est plus propre que cette formation à nous donner une idée de leurs efforts pour arriver à rivaliser avec nous sous le rapport des missions, et des apparences catholiques dont les missions anglicanes sont déjà revêtues et dont elles se revêtiront de plus en plus à l'avenir.
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Le Missionary Collège de Dorchester ressemble à un de nos grands séminaires ;
autant qu'un séminaire anglican peut ressembler à un séminaire catholique. Le supérieur, le Principal^ comme on dit en Angleterre, est un très digne ecclésiastique, le révérend Darwell Stone, un des ecclésiastiques les plus distingués, les plus instruits et les plus estimés de la Haute- Eglise. Les études durent trois ans. Elles comprennent l'Ecriture sainte, la théologie dogmatique, la théologie morale, l'apologétique, l'histoire de l'Eglise, Thébreu, le grec et le latin. Voici le règlement des exercices spirituels :
7 h. 20 Prime.
7 h. 3o Prière du matin.
8 h Sainte messe
9 h. i/4 Tierce.
I h. du soir. . . . Sexte.
4 h. 2b None.
6 h Prière du soir.
10 h Complies.
On pourra se former une idée de l'esprit qu'on s'efforce d'inspirer à ces futurs
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missionnaîrcs par le sermon que leur adressait, au mois de juillet 1898, à Toccasion de la fête annuelle du séminaire de Dorchester, le Père Pages, ancien missionnaire des Indes, supérieur de la Saciété de Saint Jean VEvangéliste.
Dans ce sermon, le Père Pages prend pour texte les versets 1 3 et 14 du chapitre XXI des Actes des Apôtres :
Nunc respondit Paulus et dixit : quiâ facitis fientes et affligentes cor meum ? Ego enim nonsolum alligari, sed et mort in Jérusalem paratus sum, propter nomen Do^ mini Jesu.
Et cum ei suadere non possemus^ quiewimus dicentes : Domini voluntas est.
Après avoir rappelé dans quelles circonstances le grand Apôtre prononça ces paroles, « ce récit, dit le prédicateur anglican, nous montre très bien ce qui constitue l'esprit d'un missionnaire. Nous devons d'abord avoir un but parfaitement clair.
Parfaitement claire était la mission de saint Paul. Quand le Seigneur lui apparut, il lui d it pourquoi il se montrait à lui.
L'apôtre comprit que le grand oeuvre de
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sa vie devait être de prêcher TEvangile.
'^ Malheur à moi si je ne prêche pas TEvan- 4k gilel... Je suis le débiteur des Grecs et ^ des barbares, des sages et des insensés...
<« Mon grand œuvre est devant mes yeux :
< c'est d'avancer le règne de mon Seigneur 4c et Sauveur Jésus-Christ, et de porter 4c tous les hommes à sa connaissance et à 4c son amour. »
< Son but était net et il y allait tout droit par les moyens les plus propres à l'atteindre. Si nous donnons à notre vie un but clair et défini, nous dirigeons de ce côté toutes les énergies de notre âme. Ce que nous poursuivons peut n'être que quelque bien misérable de ce monde ; ce peuvent être les richesses du ciel ; mais que ce soit une chose ou une autre, si vraiment nous avons un but, une fin, un dessein, tout ce qui est en nous nous sert de moyen pour l'atteindre. Nous nous faisons de tout un moyen, et nous faisons converger tous les moyens vers le but désiré.
Il importe grandement que ceux qui sont appelés à la vie de missionnaires aient une idée très claire et très nettement définie de
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ce qu'ils sont appelés à faire, de la vie qu'ils sont appelés à mener, du travail qu'ils sont appelés à accomplir. »
« En second lieu, le récit que vous venez d'entendre nous montre quel est le mobile qui doit nous pousser à poursuivre ce but.
Pour saint Paul, ce mobile était évidemment son amour et sa fidélité envers le Seigneur Jésus. Il dit qu'il était prêt non seulement à être enchaîné, mais à mourir pour le nom du Seigneur Jésus. D'autres passages de ses épîtres nous le montrent mû par la même divine passion : Tamour du Christ. « L'amour du Christ nous presse. » Grâce à ce puissant mobile de son amour et de sa fidélité envers son Seigneur, il était capable de surmonter toutes les oppositions, d'où qu'elles vinssent, et quelque fortes, et de quelque nature qu'elles pussent être. Il passait pardessus tous les obstacles et toutes les ma« chinations de ses ennemis, et, ce qui était plus difficile, les lamentations de ses amis. Quand quelqu'un est réellement prêt à vivre et à mourir pour Notre-Seigneur Jésus-Christ, ce n'est pas seulement de la
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part des puissances du monde qu'il rencontre de l'opposition, mais de la part de ses amis, dans sa propre maison. Ces amis devraient confirmer dans sa résolution quiconque veut se dévouer au service de Dieu, mais leurs indignes craintes et leur amour terrestre les portent à chercher à le détourner de son dessein. De ces amis étaient les disciples même de saint Paul.
Ils cherchaient « au nom de TEsprit- Saint »y à lui persuader de ne pas aller à Jérusalem. Ils mettaient sur sa route tous les obstacles en leur pouvoir. Ils ne pouvaient se faire à la pensée de ses souffrances et de sa mort. Mais son saint enthousiasme, son amour et sa fidélité envers Jésus-Christ le rendirent capable de surmonter tous les obstacles, et il se hâta d'aller à Jérusalem pour y subir, comme son Maître, les épreuves qui l'y attendaient. »
« Mais nous ne devons pas nous imaginer que cet esprit d'amour, de dévouement et de généreux sacrifice ait été le privilège exclusif de saint Paul. Tous les disciples, tous les apôtres de Notre-Sei-
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gneuFy à Texception du traître Judas, furent animés de ce même amour et de cette même fidélité envers la personne de leur divin Maître. Ils ne se bornèrent pas à déclarer qu*ils étaient prêts à endurer pour lui la prison et la mort; ils les endurèrent. Il est vrai que dans la première ardeur de leur dévouement ils allaient dans leurs résolutions au delà de ce que leurs forces leur permettaient alors d'accomplir. Mais leurs résolutions étaient sincères. Dans la suite, quand ils eurent fait des progrès dans cette connaissance et dans cet amour, et dans la puissance de TEsprit-Saint, ils furent capables de souffrir et de mourir pour leur divin Maître, et pour lui ils souffrirent et ils moururent. C'est là le trait caractéristique de tous les grands missionnaires de TEglise... Tel est l'esprit qui doit animer nos missionnaires. Il doit accompagner ceux qui partent, il doit remplir nos séminaires des missions. Il est bien difficile que l'on soit animé de cet esprit, si l'on n'y a été formé dans un séminaire.
Il faut qu'il ait présidé à la formation, sans quoi il est peu probable qu'il se déve-
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loppe au milieu des difficultés et des persécutions qu'on rencontre [au milieu du ministère des missions. Qu'il soit fort dans la jeunesse, et il deviendra encore plus fort dans l'âge mûr. Tel est l'esprit que nous devons chercher, et que nous devons développer dans nos séminaires des missions. »
Pour mieux faire saisir sa pensée, le prédicateur parle de la salle des Martyrs du séminaire des Missions étrangères à Paris.
Il dit que l'Eglise anglicane a eu, tout récemment, dans l'Ouganda, ses martyrs, elle aussi, et il ajoute :
< Allons de l'avant, et ayons bon courage. Mettons sous nos yeux la vie des apôtres et des nobles martyrs des anciens temps et des temps présents, comme une inspiration qui nous porte à nous efforcer de nous pénétrer de leur esprit dans toute la mesure de notre pouvoir. Nous ne devons pas nous persuader que nous y sommes déjà parvenus. Un des traits de ces grands hommes que l'on pourrait regarder comme un de leurs traits caractéristiques, c'est qu'ils ne se doutaient nulle-
ment de leur grandeur. lis étaient grands, et ils se croyaient petits. Pour nous, c'est le contraire. Nous sommes souvent sujets à nous croire capables de ceci et de cela, faute de connaître notre petitesse. Commençons par considérer combien nous sommes pauvres et insignifiants, combien nos séminaires des missions ont fait peu de chose encore. Considérons cela non par découragement^ mais au contraire pour nous encourager. On voit que nous commençons. Nous essayons de nous rappeler cet amour et cette fidélité que nous devons à Notre-Seigneur, afin qu'il nous inspire un esprit de sacrifice. Tenons nos regards levés humblement vers les hommes qui ont souffert et qui sont morts pour Jésus- Christ. Marchons humblement sur leurs traces avec une profonde humilité, mais en même temps avec la ferme conviction que la puissance qui leur fut donnée n'est pas une puissance qui se soit perdue, mais une puissance qui vit encore et qui vivra jusqu'au jour où le Seigneur Jésus viendra dans sa gloire. Dans notre séminaire de Dorchester nous devons travailler à établir
peu à peu une tradition de nobles sacrifices. Peut-être quelque jour aurons nous aussi notre salle des Martyrs. >
Le passage le plus saillant du sermon du révérend Pages est celui où il peint le mouvement croissant de zèle qui, depuis un certain nombre d'années, entraîne une partie du clergé anglican vers les missions étrangères. « Notre Eglise d'Angleterre, dit-ily n'a pas encore mis en exercice toute sa puissance et toute sa force. Mais vous qui étudiez son histoire, considérez que la renaissance qui s'est opérée en elle il y a déjà bien des années s^accentue chaque jour davantage, et qu'il y a dans notre Eglise un accroissement de ferveur, et que le nombre de ceux qui se dévouent aux missions est plus grand qu'il n'était il y a quelques années^ et que les nouveaux missionnaires sont animés d'un plus grand esprit de sacrifice. »
Ce ne sont point là des embellissements oratoires. C'est la pure vérité. Depuis quelques années, il s'est produit, au sein de l'anglicanisme, une marée montante d'esprit de sacrifice en vue des missions,
d'aspirations généreuses et désintéressées à étendre le règne de Notre-Seigneur, et de zèle pour sauver des âmes; Le vent soujfHe du côté des missions, et ce vent vient de la Haute-Eglise. Ce n'est pas seulement vers les missions qu*il pousse une partie du jeune clergé anglican, c'est vers les missions entreprises dans Tesprii que le révérend Pages, et non moins que lui, le révérend Darwell Stone, principal du séminaire de Dorchester, s'efforcent d'inculquer aux futurs missionnaires.
Cet esprit, il s'en faut que les missionnaires anglicans même parmi ceux qui appartiennent à la Haute-Eglise, en soient tous animés. Un certain nombre de cler* gymen portés sur les statistiques comme missionnaires sont de jeunes ecclésiastiques anglicans qui, mus par le goût des voyages et des aventures qui est très fréquent chez les Anglais, s'en vont exercer, pendant quelques années, leur ministère dans les colonies au milieu de leurs com* patriotes, et reviennent dans leur île bien aimée après avoir vu un peu de pays et acquis un peu d'expérience. D'autres, tout
en se consacrant aux missions proprement dites, c'est-à-dire auprès des infidèles, pour leur vie entière, ne s'y rendent qu'après s'être assurés qu'ils y trouveront la sécurité et le confortable.
Il n'y a pas à comparer ces missions aux nôtres. Personne n'y songe. Les missionnaires de la Haute-Eglise aperçoivent très bien, on peut s'en rendre compte par les passages du sermon que nous venons de citer, la distance qui les sépare de nous, et ils avisent aux moyens à prendre pour arriver à la franchir. N'est-ce pas déjà là un fait immense et absolument nouveau ?