‹ Les missions anglicanes: Ouvrage précédé d'une lettre-preface de Mgr Le RoyChapitre 7 sur 24 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Le budget des missions anglicanes. — Sources auxquelles il s'alimente et réflexions qu'il suggère.

En employant les moyens que nous avons sommairement indiqués, la S. P. G.

et la G. M. S. réalisent des budgets considérables et qui, circonstance particulièrement à remarquer, vont toujours en augmentant.

Le revenu annuel de la S. P. G. pour Pannée 1898 est de 3, 808,875 francs. En comparant le compte rendu des finances de 1898, avec ceux de Tannée précédente, on constate une augmentation de 55,o5o francs.

Le budget de la G. M. S. est plus considérable et l'augmentation plus sensible.

Les comptes de la société pendant Tannée

1 898-1 899, établissent que son revenu s'est élevé à 9,621,575 francs, c'est-à-dire à 5oo,ooo francs de plus que Tannée 1897- 1898, à 750,000 francs de plus que l'année 1896-1897, et à i,25o,ooo francs de plus que les années qui avaient précédé l'année 1896-1897.

L'évêque de Liverpool, dans un discours prononcé aux fêtes du centenaire de la C. M. S., a fait remarquer que, dans Tannée où il est venu au monde, les revenus de la société ne s'élevaient encore annuellement qu'à la faible somme de 475,000.

Aussi a-t-il proclamé bien haut que TEglise anglicane doit « remercier et bénir Dieu de Textrême générosité à donner de l'argent pour la cause des missions qui distingue la seconde moitié de ce siècle. »

On a dû le remarquer déjà, mais il est nécessaire de le redire encore, toutes ces sommes immenses sortent non des caisses de TEtat, mais de la bourse des particuliers. Ce qui alimente ce budget des missions anglicanes ce sont des dons volontaires, des souscriptions qui se renouvellent librement chaque année, des quêtes,

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des ventes de charité, mille industries. Ce budget n'est pas seulement grossi par les livres sterlings des mylords, mais par le sou des ouvriers et des pauvres.

Ce n'est pas, il s'en faut, le budget total des associations protestantes pour les missions qui existent en Angleterre. L'association des tracts religieux par exemple, nous l'avons dit dans une note, a dépensé^ à elle seule, uniquement pour des tracts, 34,906,775 francs depuis sa fondation.

Ce n'est même pas là le budget de toutes les associations pour les missions qui appartiennent à l'Eglise anglicane. Nous n'avons rien dit du budget de la S. P. G. K.

Quant aux sectes innombrables qui fleurissent en Angleterre à côté de l'Eglise Etablie, et lui font concurrence, elles ont leur mission à part, leur association à part, leur budget à part.

Nous lisons dans les statistiques accréditées de Witaker que les sociétés anglicanes des missions étrangères ont fourni aux missions, dans la seule année i8g5, la somme de i3,6ob,8oo francs. Ce chiffre ne représente que les dons volontaires des

particuliers, et encore seulement les dons volontaires recueillis par les sociétés des missions étrangères qui appartiennent à l'Eglise anglicane. Dans cette année 1895, les sociétés qui appartiennent aux sectes dissidentes ont contribué à l'entretien de leurs propres missions pour la somme de 1 1,1 30,475 francs. Les sociétés appartenant à TEglise presbytérienne d'Ecosse et d'Irlande ont fourni à leurs missions 5,011,375 francs. D'autres sociétés n'appartenant à aucune secte ont apporté aux missions^ toujours dans le courant de cette même année 1895, une contribution de 4,605,475 francs (1).

Les sommes, représentées par les chiffres qu'on vient de lire, sortent uniquement de la Grande-Bretagne. Aux associations et aux œuvres que nous venons de nommer, il faudrait, pour être complet, en ajouter bien d'autres, surtout si l'on voulait faire connaître toutes celles qui se rattachent, nous ne disons pas aux sectes dissidentes, mais à l'Eglise anglicane, à la communion

(i) JVitakei's Ahnanachfor 1899, p. 246.

anglicane, dans toute l'étendue deTEmpire britannique, et particulièrement en Amérique. De septembre iSQy à septembre i8q8, les dons volontaires recueillis par Içs diverses sociétés protestantes d'Amérique en faveur des missions, s'élèvent à 490,990 dollars, dont 217,337 sont em* ployés aux missions de la Chine, du Japoti, THaïti et de la Grèce (1).

A ces dons volontaires s'ajoutent les subsides fournis par TEtat dans les Indes, où le gouvernement accorde une rétribution aux ministres des divers cultes. Pour les ministres de l'Eglise anglicane, en prenant la moyenne des six années 1876-7 à 1881-2, on constate que l'Etat leur alloue une rétribution annuelle de 120,738 roupies. La rétribution annuelle qu'il accorde aux presbytériens et aux Wesleyens réunis est de 1 1 ,040 roupies.

Quand on veut faire le total de toutes ces sommes, on s'embrouille et on s'y perd, et on éprouve malgré soi l'impression d'un gouffre sans fond.

(1) The Spîrit of Missions (revue publiée à New-York), may 1898, p. 247.

Devant ces millions qui tombent depuis près d'un siècle dans le gouflfre des missions anglicanes, on ne peut s'empêcher de se dire, et on s'est dit bien des fois : que ne feraient pas nos missionnaires avec de telles ressources 1 Que ne ferait pas TAngleterre pour les missions étrangères, si elle redevenait catholique ? (i) Cette pensée a été souvent exprimée. Elle se présente d'elle-même à une âme catholique.

Le mal est qu'on s'en tient là. Il faudrait aller plus loin. Pour que l'Angleterre redevînt catholique, il faudrait que tous les catholiques fervents se missent en devoir de prier pour sa conversion. En attendant, leur foi ne devrait-elle pas les porter, sinon à dépasser, du moins à égaler la générosité d'une nation protestante pour la grande œuvre des missions ? On parle sou* vent en France du budget énorme des

(i) On a calculé, et ce sont des anglicans qui ont fait ce calcul, que 30 livres sterlings, soit 750 francs, suffisent parfiaitement à l'entretien d'un missionnaire catholique, tandis qu'il faut ordinairement au moins 250 livres sterlings, c'est-à-dire 6,250 francs, pour entretenir uo missionnaire anglican et sa famille souvent fort nombreuse.

missions anglicanes» mais on oublie ou plutôt on ignore que ce budget est alimenté par les souscriptions des particuliers et par des dons volontaires, et l'on ne pense pas à se dire : si des protestants s'imposent de tels sacrifices pour les missions étrangères^ que ne doivent pas faire des catholiques !

Afin de faire toucher du doigt cette générosité trop peu connue des anglicans»

nous la montrerons peinte dans un tableau qui n'a qu'un seul défaut» celui de rester bien en deçà de la vérité. Cest la statistique officielle des dons faits par les fidèles de TEglise anglicane» non pas seulement pour les missions mais pour diverses œuvres religieuses dans le courant de l'année qui se termine à Pâques 1898, telle qu'elle est donnée officiellement par le chanoine Burnside dans YOfficial year book ofthe Church ofEngland. Que l'on veuille bien remarquer, pour comprendre toute la significatitm de ce document» que deux pour cent des paroisses anglicanes»

dont un certain nombre fort considérables, n'ont pas envoyé leurs comptes-rendus et

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n'y sont pas représentées. Que Ton tienne compte surtout de cette circonstance très importante, qu'il n'est fait, dans cette statistique^ aucune mention des sommes fournies par des associations considérables telles que Bible societjTj Religions tracts societyy London city missions, et les diverses associations pour les missions étran* gères et associations particulières d'œuvres de charité, ni bien entendu des allocations du gouvernement. Les dons particuliers dont il s'agit ici se répartissent de la manière suivante :

Les missions intérieures et les diverses œuvres qui s'y rattachent . . . 13,722,975 fr.

Missions étrangères. . . 28,245,675 fr.

Œuvres d'éducation. . . 2,487,685 fr.

Œuvres en faveur du clergé 4, 101,525 fr.

Œuvres philanthropiques, telles qu'orphelinats, pénitenciers, écoles industrielles, etc . . . . 10,615,075 fr.

Les fonds dont nous venons de parler

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sont ceux qui sont reçus et administrés par des comités centraux et des associations ou institutions diocésaines en vued'œuvres d'un intérêt général. Voici maintenant la statistique des fonds reçus et administrés par le clergé paroissial en vue d'œuvres locales, et provenant comme les précédents de dons volontaires.

Supplément d'appointements pour le clergé. . 19, 508,400 fr.

Pour les écoles élémentaires. . . ; 28,407,400 fr.

Pour les besoins divers

des paroisses 84,668,625 fr.

Dans ce tableau très incomplet de la charité anglicane, une assez belle part, on le voit, est faite aux missions étrangères.

Néanmoins la charité des particuliers pourrait se tourner d'un autre côté et les missions tomberaient. Les 194 évêques anglicans réunis au mois de juillet 1897 au palais de Lambeth ont fait tout ce qui était en leur pouvoir, non seulement pour prévenir cette éventualité qui est peu à craindre, mais pour enflammer davantage

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encore le zèle qui entretient cette œuvre des missions, qu'ils regardent comme l'œuvre capitale de l'anglicanisme, et même comme l'œuvre qui tient la clef de l'avenir religieux du monde. « Nous remarquons, disent les membres de la commission des missions, nous remarquons que, malgré tout, le zèle déployé dans cette cause est un enthousiasme qui demeure le partage d'un petit nombre, et qu'il reste encore à amener TEglise à reconnaître que la réalisation de la grande mission d^enseigner toutes les nations confiée par Notre-Seigneur à ses apôtres, entre comme un élément nécessaire et perpétuel dans la vie spirituelle du corps de TEglise, et aussi de chacun de ses membres. Notre responsabilité en cette matière est très grande et elle s'accroît chaque jour quand nous considérons ce fait terrible, qu'il existe encore un si grand nombre de nos semblables à qui la lumière de l'Evangile n'est point parvenue. On a pris jusqu'ici si peu d'intérêt à Tévangélisation de la race juive I D'un autre côté, on a fait systématiquement si peu d'efforts pour gagner i

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Jésus-Christ les sectateurs de l'Islam! Et cependant les essais qu'on a tentés sont encourageants, et les facilités qui nous sont données en ce moment, surtout dans les Indes, sont uniques. C'est une chose frappante que le grand nombre de points sur lesquels les Eglises de notre communion sont en contact avec les nations infidèles. Comment ne pas sentir les responsabilités de l'Empire britannique dans les Indes, et dans son nouveau protectorat en Afrique? Comment n'être pas ému à la vue des champs immenses où la moisson paraît mûre : la Chine, où l'influence de l'Occident prend chaque jour un accroissement nouveau et est chaque jour mieux accueillie, et qui, on en peut juger à de certains signes, n'a pas été arrosée en vain du sang des martyrs; le Japon, où l'indépendance caractéristique de ce peuple fait croire qu'une crise dans l'histoire de l'Eglise est imminente! »

Ces appels des évêques anglicans, des missionnaires anglicans, sont entendus.

Tandis que des catholiques, même parmi ceux qui pratiquent leur religion et fré-

quentent les sacrements, restent sourds aux cris de détresse poussés par nos missionnaires, des protestants jettent, sans compter, dans la caisse déjà si bien fournie des missions anglicanes de» dons de plus en plus généreux pour aider leurs ministres à étendre le règne de Jésus-Christ, ne se doutant pas que c'est le règne du «schisme et de Thérésie qu'ils contribuent ainsi à dilater.

Cette idée qu'ont eue les évêques aDgli.

cans d'adresser un appel collectif et pressant à tous les membres de leur communion en faveur des missions étrangères»

méritait d'être signalée. Il était bon surtout de faire connaître cette autre idée, tout anglaise, de créer en aussi grand nombre que possible des associations secondaires destinées à aider les grandes associations à atteindre leur bu^ en leur procurant des adhésions et des sympathies et en grossissant leur budget. Chacune de ces associations et de ces œuvres, soit principales, soit secondaires^ fournit son contingent de ressources^ ou du moins pro* voque des dons. Ce sont comme autant de

ruisseaux, souvent très larges en euxmêmes, qui en se réunissant forment un grand fleuve, non seulement un grand fleuve d'or, mais un grand fleuve d*œuvres.

Oui d'œuvres, et encore d'œuvres conçues, organisées, dirigées par des hommes qui sont souvent des hommes de mérite, et dont plusieurs même ont une haute valeur intellectuelle et une haute valeur morale. Nous parlerons de ces hommes en catholique, mais, dussions-nous être taxé d'anglomanie et de partialité pour les protestants, en catholique qui, tout en voyant très bien, comme tous les catholiques le voient, qu'ils sont dans le schisme et Thérésie, n'en est pas moins décidé à leur rendre une pleine et entière justice. Car ce qui nous frappe dans cette œuvre des missions anglicanes, ce ne sont pas les livres sterlings, les dollars et les roupies qu'elle absorbe, ce sont les qualités d'intelligence et de cœur qui s'y déploient, les énergies qui s'y consument, et les trésors de vertu et en particulier de dévouement qui s'y accumulent et qui vont toujours en croissant. De tout cela nous sommes bien

résolu à ne rien exagérer, mais aussi à ne rien diminuer et à ne rien taire ; non pas que nous puissions tout dire : outre que nous ne savons pas tout, les détails deviendraient vite fastidieux, s'ils se multipliaient outre mesure. D'ailleurs, ils ne sont pas nécessaires : quelques traits généraux suffiront pour former une rapide, mais fidèle esquisse.

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