‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 154 sur 478 · LA CORÉE · texte numérisé non relu

LA CORÉE

inaccessible à l'Europe, avait jeté la cour de Séoul dans l'inquiétude, I] parait qu'un instant le gouvernement coréen délibéra sérieusement de faire alliance avec la France et l'Angleterre, pour se débarrasser de ces étrangers suspects, Le vicaire apostolique fut appelé dans cette intention à la Capitale ; mais, dans l'intervalle, les dispositions du régent changèrent, le parti hostile aux Occidentaux l'emporta dans les conseils du prince, et l'on résolut l'extéermination en masse des chrétiens, en commençant par les missionnaires,

Le 8 mars 1866, Mgr Berneux, vicare apostolique, mourait pour la foi, en compagnie de MM, Beaulieu, Dorie et de Bretenières : Le 71 mars, c'était au tour de M, Pourthié, le provicaire de la mission, et de M. Petit-Nicolas ; enfin, le 30 mars, le jour du vendredi saint, un beau jour pour mourir, le coadjuteur, Mer Dave luy, complétait l'holocauste, en compagnie de MM.

Fluin et Aumaitre, Seuls, trois mis.

sionnaires, MM.

Le Vénérable Pierre Mauband, — 1 Rice l, Calais et

: Féron, avaient pu dérober leur tête au fer du bourreau, Au mois de juin, M, Ridel parvint, à travers mille périls, à passer en Chine, afin de faire connaitre le dé- Sastre de la mission : quant à MM. Calais et Féron, ils purent regagner Ja Chine seulement au mois de septembre suivant.

Après avoir frappé les pasteurs, la persécution S'acharna sur le troupeau, Une expédition mal concertée de l'amiral Roze, au mois de septembre, redoubla sa fureur. L'amiral s'étant retiré après avoir boemlardé un des ports du royaume, le

D er

régent jura d'exterminer tous les chrétiens, et, dans la mesure de ses forces, il ne tint que trop bien parole, Pendant plusieurs années, la malheureuse mission de Corée fut sous le pressoir ; toutes les chrétientés, sans exception, furent détruites, tous les chrétiens influents mis à mort. Quand les missionnaires “purent rentrer en Corée, en 1876, ils ne trouvèrent plus que des ruines,

Cest à Mgr Ridel qu'était réservé le périlleux honneur de recueillir la succession des martyrs. Le 5 juin 1870, jour de la Pentecôte, il fut sacré à Rome, en plein concile, par le cardinal de Bon nechose, archevêque de Rouen, en présence de

trente-six évêques, presque tous missionnaires,

et quelques-uns confesseurs de la foi. Les deux assistants étaient Mor Verrolles, ire aposto

lique de la Mantchourie, et Mer Petitjean, vicair apostolique du Japon. Ce fut e scène diune ds premiers âves de l'Église, et lorsque, à la fin de la cérémonie, le nou el évêque de Corée donna le baiser de paix à son frère du Japon, bien des cœurs furent émus et bien des veux se remplirent de larmes. À travers les espaces lointains on vit les deux Églises martyres, le Japon, la Corée, se donner la main et s'encoura ger mutue!lement à souffrir pour le Cririsr.

Le Vénérable Laurent Imbert, évèque de Capse, vicaire apostolique de la Corée, maäartyrisé en 1839.

À peine rentré en Corée, Mer Ridel fut pris de nouveau et retenu pendant cinq mois en prison (1878), On crut que l'Église de Corée

QUES AU XIX"me SIÈCLE,

Pa

——. en

allait compter un martyr de plus. Mais le gou vernement coréen commençait à réfléchir et à sc

Mgr Ridel, des Missions Étrangères de Paris, évêque de Philippopolis 7» partibus, vicaire apostolique de la Corée,

rendre compte de l'inutilité de ses barbaries. Après avoir tué trois évêques, neuf missionnaires européens et un prêtre indigène, après avoir fait périr dans les tortures des milliers de chrétiens, c était toujours à recommencer, On se décida à renvoyer honorablement l'évêque en Chine, M. Doucet, ayant été arrêté l'année suivante, fut reconduit également, L'ère des persécutions sanglantes était fermée, Après un siècle de souffrances, les fidèles, par leur invincible constance, avaient fini par décourager la cruauté des persécuteurs, C'est ce qui arrive presque tour jours en pareil cas.

Mgr Ridel, épuisé avant l'âge par de cruelles infirmités, ne put rentrer en Corée, et revint mourir en France, Son successeur, Mgr Blanc, prit d'une main ferme le gouvernail de la barque apostolique, Mais bientôt le mort vint inter rompre son apostolat, et Mer Mutel, un ancien missionnaire de Corée, continue aujourd hui l'œuvre des martyrs: tout fait espérer qu'il ne reverra pas les orages du passé.

Bien que la situation ne soit encore rien moins que sûre, les Sœurs de Saint-Paul de Chartres

PAS 4

] x Er = —…— mme 4, du SL o . 5 | LE JAPON ET LA CORÉE, 1800-1891, 245 Î — = nn mn mage —@——————— er nn, le gou | ont eu le courage de venir, sur l'appel du vicaire divers traités, la question religieuse a été sciems | , , . . , À + . ” retàs | apostolique, s'établir sur ce sol encore humide | ment laissée de côté, En apparence, rien n'est du sang des martyrs. Puisse leur généreuse | changé aux anciennes lois et le christianisme | confiance n'être pas trompée | reste proscrit, mais la présence des représentants | du monde chrétien à Séoul est une garantie ” Voici quelle est, au 1 Janvier 1801, la situa- contre le retour des persécutions sanglantes. tion de la mission de Corée : La paix religieuse semble donc acquise en is . — fait, sinon en droit : mais en même temps, la Personnel : 1 vicaire apostolique, 24 mission- 3 : ses pr 1 à. k : rs TRS : porte est ouverte à la propagande protestante et <> | naures, 10 catéchistes indigènes, 6 Sœurs de 2: e ë É * et russe, Fasse le Ciel que nos confrères, en pré- Î se * € , re . , | * : ee A sence des difficultés nouvelles qui les attendent | (Œuvres : 304 petites chrétientés, $ églises ou - = ee | = . Peut-être, n'aient jamais à regretter les persécuchapelles, 19.01 3 catholiques, : x 21 Fe =. tons sanglantes du passé !

I Séminaire, 20 élèves, 32 petites écoles, 359 à ! \ élèves, Statistique comparée des missions du Japon | F : ass six »Q fllac | 2 orphelinats, 106 garçons et 278 filles, 1 hos ct de Corée, pice de vieillards, 20 pENsionnaires, se , . rl ? d > | La Corée s'est vue forcée de sortir de cet En 1800 1850 1891 isolement séculaire dans lequel elle avait juré de | Missions du Japon < $ 44.505 cath. s'enfermer, Elle a conclu des traités de commerce | Mission de Corée 6.000 12.000 19.015 cath, 4. » i = ee + avec les grands États de l'Occident, Dans ces l'otal : 6.000 12.0co 63.520 cath, | | vêque de | la Corée, | | rbaries, | nnaires | voir fait |

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ES missions catholiques de l'Amérique Anglaise s'étendent de l'Océan glacial arctique aux Grands Lacs, et de l'Atlantique au Pacifique, Ces vastes régions, à l'exception de l'Alaska, cédée en 1867 par la Russie aux Etats-Unis, sont sous la domination politique de l'Angleterre, et forment une fédération de colonie 's, connue sous le: nom générique de Dominion. Les huit États qui envoient chaque année des députés siéveant all congrès d'Ottawa, sont : la province toute française de Québec, l'Ontario, la Nouvelle Écosse, le Nouveau-Brunswick, l'ile du Prince Édouard, le Manitoba, la Colombie britannique etle territoire de la baie d'Hudson.

En dehors de ces huit États, les missions de l'Amérique du Nord embrassent encore l'ile anolaise de Terre-Neuve et la petite colonie française de Saint-Pierre et Miquelon, seul reste des immenses territoires que la France avait autrefois découverts ét colonisés dans le Nord le l'Amérique. Par le traité d'Utrecht, en 1713, nous avons dû céder à l'Angleterre l'Acadie (le Nouveau-Brunswick actuel) et Terre-Neuve: un demi-siècle plus tard, la lâche incurie de Louis XV et la trahison payée d'un ministre pensionné de l'Angleterre, le comte de Choiseul, nous faisaient perdre le Canada, aux applaudissements des philosophes, heureux, dans leur intelligent patriotisme, de voir l'abaissement de la France catholique =tA quoi bon, écrivait Voltaire, leur coryphée, se chamailler pour quelques méchants arpents de neige ? » Les quelques arpents de neige que nos beaux esprits

de Paris dédaignaient, sont devenus un des

plus beaux fleurons de la couronne coloniale de l'Angleterre ; ils représentent 8.933.000 kilom, carrés, et comptent, à l'heure actuelle, plus de 4.000.000 d'habitants !

Heureusement, si l'influence politique de la France a succombé dans l'Amérique du Nord, malgré les efforts héroiques de Montcalm et d'une poignée de soldats abandonnés à euxmêmes, la race française, cette vieille race qu'on dit impropre à la colonisation, et qui, dans la mère-patrie, s'étiole, en effet, et parait frappée de décadence, s'est admirablement développée au Canada, au point de balancer l'expansion, si vivace cependant, de la race anglo-saxonne, Sans avoir reçu de la mère-patrie, au cours de ce siècle, aucun appoint sérieux par l'émigration (r), avec ses seules forces et par l'accroissement naturel des naissances, elle s'est multipliée dans des proportions absolument inattendues. En 1760, la France abandonnait à l'Angleterre 63.000 colons ; ils étaient déjà 120.000 en 1880. Aujourd'hui, sans parler de sept à huit cent mille qui sont passés aux États-Unis, on compte 1.200.000 f'ranco-canadiens, qui ont gardé leur foi, leurs mœurs, leur langue et l'indestructible amour de la patrie française, Dans un siècle, si ce mouvement continue dans les mêmes propordons, il y aura, dans l'Amérique du Nord, un peuple de vingt millions d'âmes, peuple français et catholique, ayant notre foi, parlant notre langue, et nous regardant comme ses frères,

C'est là, au milieu des tristesses et des hontes de l'heure présente, un spectacle bien capable de consoler notre patriotisme ; c'est aussi, ne crai

1. Depuis 1800, le Canada a reçu de neuf à dix mille émigrants francais,

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gnons pas de le reconnaitre, la vérification de l'oracle des saints Livres: « C'est la justice qui élève les nations, »

Pourquoi le peuple canadien à til prospéré d'une manière si étonnante ? Parce qu'il est resté chrétien, Depuis un siècle, la France, apostasiant sa vieille foi et s'abandonnant aux révolutions, est tombée au point où nous la voyons, Non seulement elle a perdu ses anciennes frontières, mais, ce qui est plus irréparable, el: est minée par un mal intérieur qui la tue : plus de stabilité politique, dix à quinze révolutions en cent ans, des divisions irrécohciliables, a haine sociale entre patrons et ouvriers, une poignée de sectaires et de juifs Cosmopolites faisant la loi à ce beau pays, l'affaissement universel des âmes,

limmoralité, l'amour de l'or et des plaisirs devenu l'unique but de la vie, et Pour mettre le comble à tant d'abaissements, une stérilité systématique et voulue, qui va, si elle ne s'arrête pas, et elle grandit au contraire tous les jours, amener la dépopulation du Pays Et nous faire tomber au rang des puissances de troisième ordre,

Des sophistes ont bien osé dire que la race française est épuisée et n'a plus la force de se reproduire, Mais VOYEZ cette même race française au Canada : privée, pendant un demi siècle, de toute influence politique, tenue sous la main d'une puissance rivale et jalouse, elle s'est multipliée comme les Hébreux de la terre de Gessen sous l'oppression des Pharaons. Là-bas, les familles de quinze, de vingt, de vingt-cinq enfants ne sont pas rares. S'il n'en est plus de même chez nous, ce n'est pas, comme on l'a prétendu, que la race soit épuisée, c'est que l'amour du luxe e+ l'égoisme des jouissances ne veulent pas s'imposer les sacrifices nécessaires pour élever une nombreuse famille ; en un mot, c'est parce qu'on nest plus chrétien.

Le catholicisme s'est développé dans l'Amé.

rique du Nord plus rapidement encore que l'influence française, grâce à l'appoint de l'émigration irlandaise, venant demander à ce sol nouveau la liberté religieuse et le pain quotidien que l'Angleterre refuse, dans leur patrie, aux enfants de saint Patrice, Les sièges épiscopaux se sont multipliés sur les bords du Saint-Laurent ct dans toute l'étendue du Dominion ; partout des évlises se sont élevées, des écoles se sont ouvertes ; toutes les œuvres de la vie catholique

se sont Épanouies, avec la neutralité générale- | ment bienveillante, depuis 1840, du £ou verne- | ment britannique, Sans doute, ici comme partout, l'Église reste militante ct trouve à lutter : les haines coalisées des orangistes et des francsmaçons, les intrigues des politiciens, ont mis plus d'une fois en péril la paix confessionnelle. Mais, Pour vaincre, le catholicisme n'a besoin, finalement, que de la liberté : et cette liberté, le libé: ralisme vrai du gouvernement anglais la lui a généralement accordée jusqu'ici, C'est ce qui lui a permis de faire, en un siècle, dans ces vastes régions de l'Amérique du Nord,

LES

Montcalm,

les progrès remarquables, qu'on peut constater en jetant les yeux sur le tableau suivant, dont

tous les chiffres sont EMpruntés aux documents officiels.

Il y avait dans l'Amérique anglaise :

En 1800: 1 évêque, 1 vicaire apostolique, 6o prêtres, ? églises ou chapelles, 1 37.000 catholiques.

En 1820 : 1 archevêque, $ vicaires apostoliques, 302 prêtres, ? églises ou chapelles, 5 40.000 catholiques,

En 1840 : 1 archevêque, 3 évêques, 3 vicaires apostoliques, 470 prêtres, 415 églises ou chapelles, 822.000 catholiques.

En 1870: 2 archevèques, 17 évêques, 3 vicaires aposto-

liques, 1 préfet, 1.391 prêtres, 1.224 églises ou chapelles,

nan np,

248 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE,

En 1890 : 7 archevèques, 18 évêques, 3 vicaires aposto. | La population totale étant de 4.324.810 âmes, 7 1 Il F \

liques, 3 préfets, 2.397 prêtres, 2.152 églises ou chapelles, la proportion des catholiques est presque de

2.088.561 catholiques. moitié ; il est certain qu'à la fin du siècle elle

NE

CANADA. — Cathédrale de Québec, mm

dépassera la moitié. C'est là un résultat dont il [ faut maintenant étudier en détail chacun

nous est permis d'être fiers, comme catholiq des provinces ecclésia tiques de l'Amérique an et comme Français, laise,

10 âmes, sque de ècle elle

hacun

que an

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