‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 16 sur 478 · AMÉRIQUE DU SUD, MISSIONS DES INDIENS · texte numérisé non relu

AMÉRIQUE DU SUD, MISSIONS DES INDIENS

grande

ANS l'Amérique du Sud, la plus partie du pays est catholique, grâce au

zèle des religieux espagnols, qui, dès les premiers jours de la conquête, s'élancèrent sur les traces des aventuriers chercheurs d'or, non pour leur disputer leurs richesses, mais pour arracher les malheureux Indiens, leurs victimes, aux horreurs de l'esclavage, en même temps qu'aux ténèbres de l'idolâtrie, Néanmoins, dans l'intérieur du vaste continent, il y a encore bien des sauvages à atteindre et à convertir, Au sud, en dehors des pays déjà colonisés par l'Espagne et le Portugal, s'étendent, jusqu'à l'extrémité de la péninsule, les plaines sans fin de la Plata et de la Patagonie, Un demi-siècle auparavant, grâce aux travaux de la Compagnie de Jésus, l'évangélisation de ces peuplades sauvages faisait d'immenses progrès chaque année, Les célèbres Réductions du Paraguay ont fait l'admiration des protestants, et Voltaire, après les avoir violemment attaquées, leur à rendu justice dans une heure de bonne foi, où il s'est oublié jusqu'à dire que cette œuvre était € le triomphe de l'humanité, »

Mais, un jour, la jalousie de Leurs Majestés très catholiques et très fidèles, les rois d'Espagne et de Portugal, vint détruire, d'un trait de plume cette œuvre incomparable, disperser les pasteurs, renvoyer dans leurs forêts les sauvages déjà convertis et civilisés, De peur qu'on ne soit tenté de m'accuser d'exagération, je n'apporterai ici que des témoignages d'auteurs protestants et ennemis des Jésuites.

Southey, auteur d'un Voyage dans l'Amérique du Sud, écrivain très hostile au catholicisme. et par conséquent aux Jésuites, s'exprime ainsi Après avoir fait un tableau saisissant de ces

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hordes de sauvages, errant, avant leur conver sion, dans un état de nudité complète, et se repaissant même de chair humaine, il ajoute (") : € À la fin du xvue siècle, les Indiens de ces » Réductions formaient un peuple brave, indus » trieux, relativement policé, Un progrès consi- » dérable avait été réalisé dans les arts utiles et » dans les arts d'ornementation, Outre des char- > pentiers, des maçons et des forgerons, ils » avaient des tourneurs, des sculpteurs, des » peintres et des doreurs. Is étaient assez ver- » sés dans la mécanique pour établir des mou- » lins à manège, dans l'hydraulique pour élever

l'eau, afin d'arroser les terres et d'alimenter

les citernes publiques, Dans chaque Réduction, » la lecture, l'écriture, l'arithmétique, étaient des » connaissances universelles ; en outre, il y avait » des Indiens en état de lir: l'espagnol et le » latin, aussi bien que leur propre langue, »

En bon protestant, l'auteur s'en tent à constater le progrès matériel, mais on comprend que ce passage de l'anthropophagie à la vie civilisée n'a pu se faire sans amener un grand perfectionnement moral. Dans un rapport officiel au roi d'Espagne, l'évêque de Buenos-Ayres, assez peu favorable d'ailleurs aux Jésuites, écrivait en 1721: L'innocence des Indiens est si gran le, » que je ne crois pas qu'il se commette ui seul » péché mortel, dans ces Réductions, pendant le » cours d'une année, »

Ce témoignare du prélat catholique, qui paraitra sans doute empreint d'exagération au lecteur, est confirmé au fond par notre auteur protestant, lequel s'évertue à chercher de mauvaises raisons pour expliquer une pareille transfor mation morale : & Peu de vices, écrit-il sérieu- » sement, pouvaient exister dans de telles com » munautés ; l'avarice et l'ambition en étaient » exclues ; il y avait peu de place pour l'envie, » peu de motifs capables d'exciter la haine et la » méchanceté, » L'auteur oublie ici que la nature humaine se retrouve partout, avec ses faiblesses et ses misères, « L'ivrognerie, con- » tinue-t-il, était prévenue efficacement par la > prohibition des liqueurs fermentées ; la pureté » des mœurs résultait de l'esprit du monachisme, » car celui qui n'avait en quoi que ce soit péché » contre les lois de la modestie, était soul jugé » digne d'étre compté au nombre des serviteurs

1, Southey, tome 111, page 372

» de la Reine des vierges, Au fond le système » idolâtrique des Jésuites, uni aux précautions » les plus sévères de l'esprit monastique, faisait » toute la vertu des Indiens (), »

Laissons un moment de côté les explications ultra fantaisistes de l'auteur protestant, 1 résulte de ses aveux que les Indiens convertis, ces anthropophages de la veille, ces brutes qui avaient d'humain que la figure, et qui, en un siècle, avaient massacré et dépecé plus de 100 missionnaires, étaient devenus, sous la direction de leurs pères spirituels, des peuplades civilisées, d'où étaient bannies l'avarice, l'envie, l'ambition, la haine, la méchanceté, l'ivrognerie et la luxure. Ce témoignage nous suffit. Que ces vertus aient été le résultat du monachisme et du système tdolätrique des Jésuites, ou, pour parler en catholiques, qu'elles soient dues au zèle apostolique des Révérends Ptres et à la tendre dévotion qu'ils avaient su inspirer à leurs néophytes envers la très sainte Vierge, une si complète transformation morale n'en pataitra pas moins merveilleuse à qui connait la nature humaine,

Et ces magnifiques résultats ne se bornaient pas au Paraguay ; ils s'étendaient à toute l'Amérique du Sud. € Une chaine de missions, dit » encore Southey, était établie dans ce grand » continent ; celles des Espagnols de Quito se » reliaient à celles des Portugais de Para : les » missions de Orénoque communiquaient avec » celles du Rio-Névro : les missions des sau- » vages Moxos communiquaient avec celles des

» Chiquitos, les Chiquitos avec les Réductions » du Paraguay : de là les infatigables Jésuites » envoyaient leurs pionniers dans le Grand » Chaco, et parmi les tribus qui occupent les » vastes plaines au sud et à l'ouest de Buenos- » Avyres. S'ils n'avaient été interrompus dans » leur carrière par de; mesures aussi injustes > qu'impolitiques (c'est toujours l'auteur protes- » tant qui parle), il est probable qu'ils eussent

» complété la conversion et la civilisation de » toutes les tribus indiennes (°). »

Félas ils furent interrompus dans leur glorieuse carrière par la méchanceté et la sottise des gouvernements, € Plus d'un million d'In- » diens, écrit Sir Woodbine Parisch, autre 1. Southey, tome 111, page 842.

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