‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 15 sur 478 · ÉTAT DES MI · texte numérisé non relu

ÉTAT DES MI

$C ÉTATS-UNIS. be

Echo Raversoxs le Pacifique : nous arrivons sur une terre nouvelle, hier encore sauvage, et qui, demain

; peut-être, sera à la tête de la civilisation, Je veux parler de l'Amérique du nord, et plus particulièrement de ces colonies anglaises, émancipées en 1800 depuis quinze ans à peine, et qui s'appellent déjà les États-Unis,

Avant l'émancipation, les lois oppressives de la mère-patrie contre les catholiques étaient appliquées avec rigueur par le fanatisme protestant, Aussi, en 1800, le nombre des enfants de l'Église romaine s'élevait à peine à 30.000, au milieu de plus de 2.600.000 de protestants, Ajou tons à ce chiffre 6.000 Indiens convertis, faible

tes des magnifiques congrégations, que la compagnie de Jésus avait formées parmi les tribus sauvages du nord de l'Amérique, Depuis la suppression de la Compagnie, ces infortunés sont abandonnés comme des brebis sans pasteurs. À peine si, à de longs intervalles, ils voient arriver quelque robe noire dans les solitudes où les refoule de plus en plus l'égoisrae féroce de

l'Anglo-Saxon, C'est que les prêtres sont encore

bien rares aux États-Unis. On en compte, sur

tout cet immense territoire, une vingtaine, perdus à d'énormes distances les uns des autres. Ces prêtres naguère encore n'avaient pas même d'évêque ; ils relevaient du vicaire apostolique de Londres, Pas d'églises sur toute l'étendue du territoire, hormis quelques misérables chapelles en bois ; pas de séminaires, pas de collèges, pas d'écoles. € On ne saurait, écrivait quelques années après Mme Seton ('), se faire une idée

1. Protestante convertie, fondatrice et première Supérieure des Sœurs de Charité aux États-Unis.

de l'état d'abaissement où était alors réduit le catholicisme dans ces contrées, »

Quand survint la guerre de l'indépendance, il se trouva que le chef de cette grande entreprise, Washington, était un protestant à idées vraiment libérales. Grâce à son influence, dès ses premières séances, le Congrès décréta la liberté religieuse, et, pour répondre aux désirs des États, le Pape Pie VT créa, le 6 novembre 1789, le siège épiscopal de Baltimore, donnant ainsi à cette jeune Église un gage de perpétuité,

Vers le même temps, un célèbre ministre du pays, M. Thayer, se convertissait à Rome, à l'occasion des miracles qui se multipliaient sur la tombe à peine fermée d'un pauvre mendiant français, que l'Église devait, un siècle plus tard, élever sur les autels, saint Benoit Labre, Cette conversion, bientôt suivie de la réception du sacerdoce, ouvrait la liste glorieuse des nombreux clergymen qui devaient, au cours du xIXE siècle, préférer à leurs riches bénéfices dans l'Église protestante la pauvreté et les privations du missionnaire catholique.

On vit aussi, vers la même époque, arriver quelques-uns de nos prêtres chassés par la Révolution. Les vénérables Sulpiciens fondèrent, à Baltimore, un séminaire, qui fut la première pépinière sacerdotale de la République Américaine, En 1793, Mgr Caroll, premier évèque de Baltimore, avait la joie d'imposer les mains au premier prêtre originaire des États-Unis. De leur côté, les confesseurs de la foi venus de France allaient, par leurs travaux apostoliques et l'exemple de leur vie, donner une vive impulsion à la prédication évangélique, dans ces contrées lointaines. Bien que le pays fût de langue anglaise, on a remarqué que, dans les premières années du xIX£ siècle, la plupart des évêques et des missionnaires vinrent de France,

Citons seulement quelques noms, pour rap-

peler au moins le souvenir de ces premiers apôtres des États-Unis,

Parmi les évêques : Mgr Maréchal, troisième évêque de Baltimore; Mgr de Cheverus, premier évêque de Boston, mort archevêque de Bordeaux ; Mgr Flaget, premier évêque de Bardstown, et son coadjuteur Mgr David; Myr Dubourg, deuxième évêque de la Nouvelle Orléans, mort archevêque de Besançon ; Myr Bruté, premier évêque de Vincennes ; Mgr Loras, premier évêque de Dubuque ; Mgr Poirier, premier évêque de Roseau,

Parmi les prêtres : M. Nagot, Sulpicien, pre mier supérieur du séminaire de Baltimore, qui arriva En 1791, en compagnie de MM, Leva doux, Teissier et Garnier (ce dernier retourna en France, et mourut supérieur général de la Société de Saint Sulpice) ; les deux frères Badin, d'Orléans : l'ainé, Théodore Badin, vicaire général de Mgr Flaget ; le cadet, Vincent Badin, missionnaire chez les sauvages : Antoine Blanc, de Lyon, fondateur de la mission des Natchitoches, et, en 1833, troisième évêque de la Nou velle-Orléans ; Antoine Kolman, de Strasbourg, fondateur du célèbre collège de Georgetown ; Gabriel Richard, de Saintes, fondateur de la mission des Ilinois , il fut le premier ét jusqu'ici le seul prêtre catholique élu membre du Congrès,

Je pourrais citer bien d'autres noms de mis sionnaires français, car la liste se continue jusqu'à nos jours ; mais en voilà bien assez pour constater que la jeune Église des États-Unis doit à notre vieille Église de France ses premiers apôtres, de méme que la liberté américaine doit à la valeur de Lafayette et de ses compagnons d'armes, d'avoir pu, à une heure bien critique de son histoire, constituer solidement son indépen dance, maloré la jalousie et les efforts de l'An gleterre. Puissent les deux Églises et les deux nations se souvenir toujours des liens qui les unissent ! Quelquefois les peuples sont oublieux et ingrats ; mais l'Église n'oublie pas les services

rendus, parce qu'elle à la mémoire du cœur.

Se = a EC CANADA. 4

/ U nord des Etats { his , CESE-Uune (erre L \ demeurée catholique et française, en dépit

de la conquête,

Je veux parler du Canada, que l'ineurie de Louis XV et la complicité de Choiseul, le pen: sionné de l'Angleterre, ont laissé tomber, en 1703, aux mains de nos rivaux, Les Anglais essayèrent d'abord d'appliquer aux 63,000 Franco-Canadiens demeurés dans la colonie, leur législation religieuse ; mais,en présence de cette population frémissante encore des derniers efforts de la lutte, on comprit vite, à Londres, qu'il serait plus facile de s'attacher les Canadiens en leur donnant la liberté religieuse, qu'en leur appliquant les lois oppressives de la métropole, Dix ans après la conquête, les catholiques canadiens se virent donc à peu près émancipés.

Malgré les efforts des nombreux ministres protestants qui vinrent s'abattre sur cette terre catholique et française, les fidèles formaient, au commencement du XxIX€ siècle, une agglomération compacte et fervente de 120,000 âmes, sous la juridiction de l'évêque de Québec, assisté d'un nombre malheureusement trop restreint de prêtres,

Quelques belles églises, à Montréal et à Québec, attestaient l'ancienne générosité de la France : les Sulpiciens avaient un séminaire florissant à Montréal, mais le grand collège de Québec avait été fermé après la ruine de la Compagnie de Jésus, Quant aux célèbres missions des Jésuites chez les Froquois, les Hurons et les Sioux, elles demeuraient abandonnées pour le moment, à cause du manque de missionnaires,

En dehors de ces deux grandes agglomérations, les États-Unis, qui fondent leur indé pendance, et le Canada, resté sous la domination anglaise, il n'y à plus, dans l'Amérique du nord, que quelques groupes isolés, qui viendront s'absorber dans la grande république de Washington, ou qui tomberont aux mains de l'Angleterre : telle la Louisiane, terre catholique et française, qu'un caprice de Bonaparte, alors premier consul, vendra comme une simple ferme aux à ats-Unis,.

Elle compte environ 25.000 catholiques. Du temps que le pays appartenait à l'Espagne, un évéché avait été établi à la Nouvelle-Orléans : mais li Révolution française à chassé l'évêque, qui n'a pas été remplacé.

I y à encore le Texas, qui appartient au Mexique et compté environ 8.000 catholiques

assez pou fervents, L'anarchie désolera CE pays,

‘urie de le pen:

iber, en Anglais )0 F'ranie, leur de cette rs efforts qu'il seiens en ‘en leur tropole, US Canités,

ainistres te terre ient, au wulomé- O âmes, +, assisté

reint de

al et à é de la minaire lèce de e de la res mis- Hurons données mission-

veloméur indé aination lu nord, nt s'abhington, re : telle e, qu'un sul, vents- Unis, is, Du une, un Jrléans ;

rat éque,

ient au holiques

‘€ pays,

jusqu'au jour où il entrera dans l'union américaine,

A l'ouest, sur la côte du Pacifique, on trouve la Californie, qui n'est pas encore le pays de l'or, mais où de pauvres religieux franciscains ont réuni environ 30,000 Indiens convertis en Réductions florissantes, Leur œuvre sera com. plètement anéantie, au cours du siècle, par l'invasion des Yankees, qui détruisent sans pitié toutes les tribus indiennes existant sur leur territoire,

[ faut encore tenir compte d'environ 17,000 catholiques qui sont répandus au nord du Ca nada, le long de la baie d'Hudson, dans l'Acadie ou Nouvelle Écosse, et dans l'ile de Terre.

Neuve, Toutes ces po-ulations formeront plus tard le Pomirion du canada,

Axs l'Amérique du centre, nous trouvons peu de pays de mission proprement dits, L'Espagne catholique, quelles qu'aient été d'ailleurs les iniquités de la conquête, à depuis longtemps implanté la foi à Cuba, au Mexique, et dans tous les territoires sur lesquels eile a fait flotter son drapeau. Ilen est de même dans nos colonies françaises des Antilles et de la Guyane; de sorte que nous n'avons à nous occuper que des contrées tombées aux mains de l'Angleterre et de la Hollande,

Dans les Antilles anglaises, la Trinité, la Grenade, la Dominique, la majorité de la population étant catholique, le gouvernement anglais à jugé expédient, comme au Canada, de ne pas appliquer aux colons les lois oppressives de la métro pole, Les catholiques, au nombre de 150.000, y jouissent donc d'une certaine liberté, aussi bien que dans la Guyane anglaise, qui compte environ 8.000 catholiques,

Malheureusement l'élément nègre, qui est le plus nombreux dans ces colonies, offre bien moins de résistance que les Franco-Canadiens au prosélytisme protestant, Le petit nombre de missionnaires, l'absence de ressources pour clever des évlises et entretenir des écoles, laissent le champ libre aux eflorts des Socictés bibliques, pour arracher à l'Église catholique des multi. tudes d'enfants,

Dans la Guyane hollandaise et dans l'ile de Curaçao, la situation est encore pire, car le fanatisme calviniste opprime de toutes les façons une faible minorité catholique, qui compte environ 6.000 fidèles, à peu près abandonnés, sans pasteur et sans instruction religieuse,

On compte encore quelques catholiques dans les Antilles danoises,

Page 1