‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 173 sur 478 · Etudes religieuses. Septembre 1890. = Re · texte numérisé non relu

Etudes religieuses. Septembre 1890. = Re

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L'ÉGLISE D La EVE rentes populations sur lesquelles s'exerce aux États-Unis le zèle de l'apôtre, ilne me reste plus qu'à parler des Noirs.

En 1850, le recensement décennal officiel portait à céng millions le chiffre des Noirs aux États-Unis, dont 3:206.425 esclaves, dans le Sud. En 1880, il n'y a plus un seul esclave sur le territoire de la République, et le chiffre total des hommes de couleur s'élève à 6.580,783. Je n'ai pas sous les yeux le recensement de 1890, mais il n'est pas douteux que le chiffre des Noirs ne s'élève actuellement à sept millions, et, peut-être, le dépasse,

Comme on le voit, c'est toute une population que l'avarice des Blancs arracha autr-fois à l'Afrique, et qui se trouve aujourd'hui sans patrie; car, en dépit de l'émancipation et des théories philanthropiques, le Noir ne sera jamais qu'un étranger pour le Yankee, On aurait paine en France à se faire l'idée de l'exclusivisme haurtain qui parque ici le nègre à l'écart, et lui interdit l'église, l'école, tous les lieux de réunion, et jusqu'aux voitures publiques. Il en était ainsi d'ailleurs avant l'émancipation. Si le planteur du Sud traitait le nègre comme un animal de rapport, pour lequel il gardait certains ménagements, dans son propre intérêt, le puritain du Nord, tout en déclamant contre l'esclavage, traitait le noir comme un pestiféré, et le maintenait inexorable-

richesse du pays, demeurent en friche ct les planteurs sent ruinés.

Que faire de ces multitudes désœuvrées, qu'au- Cun salaire, si rémunérateur qu'il soit, ne peut décider à travailler ? C'est là une question dont on se préoccupe à bon droit à Washington. On a parlé de les rapatrier en masse en Afrique. Mais quel pays voudra recevoir une pareille multitude d'émigrants, qui seraient d'ailleurs parfaitement incapables de se remettre aux usages de la vie africaine ?

D'autres proposent de les parquer, comme les Indiens, dans une réserve de quelques cents lieues carrées ; mais il est peu probable que ces sept millions de Noirs, déjà investis de droits politiques et grisés par les promesses qu'on leur a faites en les émancipant, se laissent faire. La solution chrétienne serait de faire cesser l'ostracisme qui tient le nègre à l'écart des Blancs, de l'élever peu à peu à la civilisation et au christianisme, et de l'introduire progressivement dans la société. Il parait bien douteux que l'égoïsme et l'orgueil de l'Anglo-Saxon s'y résignent jamais.

Au milieu de ces luttes de races, l'Église catholique, qui n'a jamais distingué entre Blancs et Noirs,entre hommes libres et esclaves, ne voyant en eux que des fils d'Adam et des rachetés du Curisr, s'efforce, dans la mesure de ses res-

ment en dehors de la société. |

Aujourd'hui, il n'y a pius d'esclaves aux États. | Unis, mais il y a une population de sept millions | d'âmes, dont le gouvernement fédéral ne sait que |

civilisation, constitue pour la grande République un fardeau et même un danger,

C'est là une des conséquences de ce crime social de l'esclavage, dont Grégoire XVI à dit, EA 1839, qu'il est € injurieux à la Rédemption et déshonorant pour le nom chrétien ». Ces grandes iniquités nationales se paient tôt ou tard. Emancipé sans préparation, le nègre des États- Unis paraic incapable de jouir de sa liberté et d'user raisonnablement des droits politiques qu'on lui a conférés à la légère,

Au milieu d'une société dont le travail est la grande loi sociale, le nègre refuse de travailler si ce n'est juste assez pour ne pas mourir de faim, Ces plantations de sucre, de café, de tabac, de coton, qui étaient l'orgueil du Sud et la

sources, de rapprocher d'elle ces multitudes sans pasteurs, qui sont en grand danger de tomber aux mains de l'hérésie. Ce n'est pas là une œuvre facile, Avant l'émancipation, le nègre était à peu près inabordable au missionnaire : sauf chez quelques planteurs chrétiens, qui faisaient instruire et baptiser leurs esclaves, la détestable avarice des maitres, même catholiques, s'opposait presque partout à ce que le prêtre approchât de ces malheureux, dont, une fois baptisés, il aurait fallu reconnaitre les droits et la dignité de chrétien, Il fut même longtemps admis, en principe, dans l'Eglise protestante, que le baptème est incompatible avec l'état d'esclave,

À l'émancipation, ces barrières furent renversées ; mais d'autres difficultés se manifestèrent : dans les premières années qui suivirent ce grand acte, le Noir, grisé de sa liberté reconquise, excité encore par les prédications fanatiques des politiciens, se plongea dans une véritable orgie de vengeance et de débauches. Il était, par le

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LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

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fait, plus inaccessible que jamais à la prédication de l'Évangile.

Ces mauvaises dispositions n'arrétèrent pas le zèle des baptistes et des méthodistes. Ils s'emparèrent de ces multitudes sans pasteurs, et, sans même essayer la réforme de leurs mœurs, sans leur imposer aucune foi doctrinale, ils s'appliquèrent à surexciter leur sensibilité par de grossières jongleries : appel de l'Esprit, cris, chants, danses et contorsions démoniaques. « J'ai » assisté, écrit un ministre protestant, à quelques- > uns de ces services religieux, organisés pour

S. Ém. Mgr Mac-Closkey, Cardinal-archevêque de New-York,

» les Noirs : les uns se démenaient de diverses »> manières, se levaient soudainement, balan- » Çaient la tête, battaient des mains, dansaient > comme dans les anciens mystères du pagaÿ nisme; d'autres se prétendaient subitement envahis par l'Esprit, entraient en convulsions, se roulaient par terre, sautaient, écumaient, se tordaient en tire-bouchons. Toute l'assemblée me parut une maison de fous ; le bruit, le tumulte étaient horribles, »

Ces scènes hideuses, qui cachent peut-être plus d'une fois les réalités redoutables du satanisme,

voilà toute la religion de la plupart des Noirs, sous la direction des sectaires qui s'en sont emparés.

Plus de six mutons de Noirs professent, à l'heure actuelle, cet abject christianisme. Il est temps que le catholicisme vienne arracher les malheureux Noirs à ces ignominies, plus dangereuses et plus abrutissantes pour eux que leur ancien fétichisme.

Mais, pour une œuvre comme celle-là, il faut des hommes et des ressources. Dans l’état actuel de l'opinion, l'Égiise, qui respecte toutes les susceptibilités légitimes, ne peut songer encore à admettre les Noirs au bénéfice de la vie commune, Autant que possible, il leur faut des églises à eux, des prêtres à eux, des écoles, des collèges à eux.

Le séminaire anglais des Missions Étrangères de Mill-Hill envoie chaque année aux États- Unis un certain nombre de missionnaires, chargés de travailler spécialement à l'évangélisation des nègres. Ceux-ci ont des Frères et des Sœurs pour tenir leurs écoles ; partout où ils sont assez nombreux, on s'occupe de leur bâtir des chapelles, et d'organiser pour eux un service religieux, avec des instructions spéciales et appropriées à leurs besoins. C'est pour soutenir toutes ces œuvres que le dernier concile de Baltimore vient de prescrire une quête annuelle pour les Noirs. On estime communément à près de guatre-vingt mille le chiffre total des nègres catholiques aux États-Unis. La plupart font vraiment honneur à leur fi,

Là où le catholicisme a le plus de peine à

soutenir la lutte, c'est sur le terrain de l'enseignement, à cause des ressources inépuisables dont dispose l'hérésie. Chose remarquable, le nègre, qui, comme je l'ai dit, répugne absolument au travail des mains, se montre passionné pour le travail de l'esprit. Il sent que c'est pour lui le seul moyen de se réhabiliter et d'obtenir son entrée dans la société américaine. Voici quelle est, en 1800, la situation des écoles protestantes de nègres aux États-Unis :

19.000 écoles primaires, fréquentées par 1.100.000 enfants des deux sexes, maitresses

34 écoles normales ; maitres et

d'écoles ; 6.207 élèves.

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ATS-UNIS, 1800-1890. 279

46 établissements d'enseignement secondaire ; -

9.854 élèves, IL. — PROVINCE ECCLÉSIAS- 18 universités et collèges ; 4.486 élèves. TIQUE DE BALTIMORE.

23 Séminaires de théologie ; 1.260 élèves j 4 écoles de droit : 200 élèves.

3 écoles de médecine, 1 école de pharmacie ;

Statistique,

Archevêché : Baltimore, — 1 archevêque, 286 prêtres, 174 208 élèves. églises ou chapelles, 210.000 catholiques, Au total: 19.128 établissements d'éducation, Di rene x 31 prêtres, 62 églises ou qui donnent l'enseignement primaire, secondaire |; PE "es, 18.000 catholiques.

Wheeling. — 1 évêque, 34 prêtres, 70 églises ou chapelles, 20.585 catholiques

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et supérieur à 1.122.014 enfants noirs.

On comprend l'influence que doit exercer sur la population noire une telle profusion d'écoles de tous les degrés, d'où l'on voit sorur chaque année une légion de ‘prédicants, de professeurs, | de médecins, d'hommes de lois, d'artistes, Hélas ! toutes ces sources du savoir sont empoisonnées |

Quelles sont maintenant les forces de l'Église romaine ?

90 écoles de paroisses, fréquentées par environ 15.000 enfants.

1 Séminaire de théologie ; 1 pensionnat de jeunes filles,

Que c'est peu, pour soutenir là lutte sur le terrain si disputé de l'enseignement !

V. Après cet aperçu général des différents éléments dont se compose la population catholique de l'Union, on se fera parfaitement l'idée des progrès que le catholicisme à faits aux États- Unis, au cours du XIXe siècle, en jetant les yeux sur le tableau suivant :

En 1800: 1 évêque, 30 prêtres, ? églises ou chapelles, 36.000 catholiques.

Y Zn 1820 : 1 archevêque, 6 évêques, 150 prêtres, ? églises ou À chapelles, 400.000 catholiques. Mgr Lynch, évêque de Charleston. En 1840 : 1 archevêque, 15 évêques, 505 prêtres, 456 églises ou chapelles, 1.250.000 catholiques : Charleston, — r évêque, r9 prêtres, 26 églises ou chapelles, En 1870 :7 archevêques, 46 évêques, 8 vicaires apostoliques,

: 10.000 catholiques.

3 630 prêtres, 4.170 églises ou chapelles, 4.713.600 catho- Vicariat apostolique : Caroline du Nord. — x vicaire aposliques,

tolique, 16 prêtres, 26 églises ou chapelles, 2.700 catho- Fa liques. 4

En 1890 : 13 archevêques, 65 évêques, 5 vicaires apostoliques,

1 préfet, 7.664 prêtres, 9.056 églises ou chapelles, 7.939.278 | Evéchés : Savannah. — à évêque, 23 prêtres, 65 églises ou catholiques,

chapelles, 23.000 catholiques,

| Wilmingtor. — 1 évêque, 23 prêtres, 33 églises ou chapelles, Voyons maintenant en détail le développement | 18.000 catholiques. : de chacune des provinces ecclésiastiques de | Saint-Augustin. — 1 évêque, 17 prêtres, 26 églises ou cha:

l'Uni pelles, 10.200 catholiques.

on | Total: r archevêque, 6 évêques, 1 vicaire apostolique, 453 4 prêtres, 482 églises ou chapelles, 314.485 catholiques,

La province ecclésiastique de Baltimore a

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sept suffragants, et comprend le Maryland, la Virginie, les deux Carolines, la Georgie, la Delaware, et la majeure partie de la Floride. Le protestantisme domine en inaître dans la plupart de ces États, qui, comme je l'ai dit plus haut, faisaient, sauf la Floride, partie de la Nouvelle- Angleterre, La proportion générale des catholiques est d'un sur vingt-scpt.

L. Archevéché de Baltimore. L'archidiocèse de Baltimore est pour les États-Unis ce que Québec est pour le Canada; c'est l'Église-Mère, d'où sont sortis tous les autres diocèses de l'Union. Érigé en 1780, il fut élevé en 1808 à la dignité de Métropole, par la création de quatre évêchés suffragants : Boston, New-York, Philadelphie et Bardstown. Après avoir embrassé tout le territoire de la République, il comprend aujourd'hui la plus grande partie du Maryland et un district

Ÿ de la Colombie, avec la ville de Washington, qui est le siège du gouvernement fédéral, L'archevêque actuel, Mgr Gibbons, est le second prélat américain décoré de la pourpre romaine ; le premier fut Mgr Mac-Closkey, archevêque défunt de New-York.

La population catholique du diocèse est de 210.000 âmes, sur 820.000 habitants, plus du quart.

Il. Ævéché de Richmond. Ce diocèse, détaché

“Ÿ en 1820, de celui de Baltimore, embrassait

d'abord les deux États de Virginie et de Geor-

gie. Aujourd'hui, il est restreint à la Virginie

orientale, et compte 18.000 catholiques, sur

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