‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 172 sur 478 · N° du 28 décembre · texte numérisé non relu

N° du 28 décembre

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Espérons que ces susceptibilités nationales sr calmeront, et que les catholiques des Éro- Unis, si inte ‘igents et si dévoués aux inte.6 de leur Eglise, apprécieront bientôt la ‘orce considérable que l'élément franco-canadien apporte chez eux au cathoiicisme, Tous alors, ralliés au pied de la croix, s'uniront pour lutter ensemble contre l'influence protestante, sur cette terre qui était encore, il y a un siècle, la citadelle du puritanisme (1),

Un troisième courant d'émigration arrive aux Etats-Unis de l'Allemagne. Pendant que les Irlandais s'établissent de préférence dans les grandes villes de l'Est : Boston, Baltimore, New- York, dont ils forment, à eux seuls, la moitié de la population ; pendant que les Franco-Canadiens s'installent dans les villes manufacturières des États voisins de Québec, dont ils constituent, à cette heure, presque toute 1» population ouvrière, l'Allemand, agriculteur et colon, s'enfonce dans les solitudes de l'Ouest, et peuple la Californie , le Minnesota, le Wisconsin, l'Towa, Ohio, l'Indiana et les rives du Mississipi, On time de Juatre-vingt à rent mille le nom re grants allemands que la misère, ju le désir d'échapper aux charges de la loi militaire, forcent, chaque année, à s'embarquer pour l'Amérique, Cela fait, en un siècle, près de dix millions d'émigrants allemands aux États-Unis, dont un tiers, au moins, appartiennent lique,

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à la religion catho.

Comme le Français, l'Allemand conserve toujours un culte filial pour la patrie absente, {1 aime À se grouper avec ses nationaux dans les mêmes villes, afin de s'entraider, au besoin, et de retrouver autour de lui une image lointaine du pays natal ; il aime à chanter en ‘hœur les vieux Lieds nationaux, à raviver entre compatriotes ses Souvenirs, et aussi ses haines, On l'a bien vu en 1870 : dans toutes les villes où ils dominent, Cincinnati, Chicago, Philadelphie, ils forcèrent les autorités à illuminer pour Sedan, m protestations indignées des Irland Mais ce chauvinisme étroit s'év

algré les ais, nos amis.

apore et disparait assez vire, Dès la seconde génération, le sentimental Allemand est complètement américanisé :

1. Sur l'émigration franco canadienne, fruits, dans les £tudes religieuses des R. P, Hamon, à xquels j' tembre 1890,

on consultera avec Jésuites, deux articles de ai beaucoup emprunté, — Août et sep.

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et corne ordinairement, il se trouve aux États Unis beaucoup mieux que “hez lui, il applique -yniquement le vieil axiorne des étudiants germaniques : #41 benè, ibi patria, la patrie est là où cn se trouve bien, On compte aux États-Unis environ wouse cents paroisses allemandes, sans Compter Gcs paroisses mixtes, dans lesquelles les Allemands se trouvent mélés avec d'autres, Ceia fait approximative. :nt au moins deux millions d'Allemands catholiques aux États-Unis. Comme importance numérique, ils viennent ;' ‘AC au … cond rang, après les Irlandais.

En dehors de ces trois courants principaux d'émigration : les frlandais, les Franco-Canadiens et les Allemands, il faut tenir compte des autres États catholiques: la France, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, la Suisse, la Pologne, qui concourent pour un chiffre beaucoup plus faible au total de l'émigration, Bien que le courant qui portait aux États-Unis ait Lien diminué d'intensité, et que le gouvernement fédéral se morttre, à bon droit, beaucoup moins facile, depuis quelque temps, à recevoir les étrangers, où peut encore évaluer de cent à cent cinguante mille le chiffre annuel des émigrants catholiques, 11 y aura encore longtemps de la place pour eux dans les solitudes inexplorées du Far- West,

Que devient cependant la race primitive, sous cette couche séculaire d'alluvions, arrachées à tous les rivages de l'Ancien-Monde ? Il faut recGnnaltre à ce peuple anglo-saxon une rare faculté d'absorption. A l'exception de la race française, et encore elle s'est vue à peu près américanisée à La Louisiane, le Yankee s'est assimilé très vite tous ces éléments étrangers, et, sans se confondre avec eux, leur a imposé sa langue, ses mœurs, ses institutions nationales, De ous ces éléments hétérogènes, par l'éducation, par la législation, ‘ande République a su former, en moins d'un siècle, un peuple qui est un, et qui se regarde, non sans apparence de raison, comme le premier peuple du monde : le peuple américain,

Ce n'est pas que l'orgueil puritain consente jamais à s'égaliser à ces races inférieures, qu'il méprise profondément : races de réveurs, de poètes, d'artistes, de chevaliers, qui n'entendent rien aux affaires, et qui ne trouveront pas leur place dans la saciété «!

: l'avenir Pour lui, homme positif

avant tout, et pas du tout sentimental, ces émi-

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grants, qui lui arrivent de toutes les parties du monde, sont une force matérielie, un facteur puissant, destiné à enrichir ceux qui sauront l'utiliser; ce sont des bras pour le travail, dont il entend bien rester la tête. C'est à ce titre seul ment qu'il les accucille et les emploie.

Sous le rapport religieux, qu'y a-t-il à attendre de l'Américain natif ?

Cette question me rappelle ce joli mot de Louis Veuillot (1): « En Amérique, le catholi- » cisme existe à l'état de fanfarste de la liberté > humaine, et c'est la fantaisie pour laquelle la > liberté américaine se sent le moins de goût. » Le grand publiciste catholique éprouva toujours beaucoup d'éloignement pour le système religieux des États-Unis, qui cadre mal avec ses théories absolues. Il est certain que, livré au culte des intérêts matériels, l'Américain attache assez peu d'importance aux choses de l'invisible ; il n'est pas impie, sauf exception, il fréquente, le dimanche, quelqu'un des nombreux temples qui pullulent dans les villes de l'Union ; mais il n'a pas généralement de convictions fortes, et il passe facilement d'une Eglise à une autre, On sert, * mon avis, bien sévère, si on lui en faisait un crhue, Le spectacle de la multiplicité des sectes, de leurs contradictions, de leurs perpétuelles variations, l'a jeté, de bonne heure, et sans qu'il y ait de sa faute, dans l'indifférence religieuse, :

Mais la magnifique unité de l'Église catholique, au milieu de la divergence des sectes rivales, n'est pas sans agir sur son esprit naturellement réfléchi; la gravité et la pompe de nos cérémonies, l'accent convaincu de la prédication, l'attirenc souvent dans nos égl' es, et il y laisse beaucoup de ses préjugés. Pour les esprits droits et les âmes de bonne volonté, le catholicisme, qui était regardé, il y a cent ans, comme une superstition à peine supérieure aux absurdités du fétichisme, apparait aujourd'hui entouré d'une auréole de force et de respect. L'Américain, toujours porté à s'incliner devant ce qui réussit, n'a pu voir sans surprise le spectacle merveilleux de cette Eglise, organisant sa hiérarchie, multipliant ses œuvres, et, sans aucun secours du pouvoir civil, passant sans efforts du dernier rang au premier, Ce grand spectacle nous a valu, dans toutes les classes de la société américaine,

1 Le Parfum de Rome, — Livr. IX. mie

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LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.

de nombreux retours, qui ont compensé, en partie, les défections du passé.

Le P. Hamon, dans un travail dont j'ai parlé plus haut, écrit ces lignes désolantes (1): € Re- » tranché dans son orgueil, son dédain et son » scepticisme, l'Américain, en règle générale, ne > se convertit pas, }

Ce mot me parait bien sévère. Sans doute, le mouvement des conversions au catholicisme est moins accentué qu'en Angleterre, mais il existe, et tout fait espérer qu'il augmentera encore,

Cependant, ces succès même du catholicisme ont réveillé contre lui les haines de l'hérésie. Au commencement du siècle, le catholicisme était considéré comme si peu de chose, qu'on trouvait plus expédient d'en rire que de s'en alarmer. Ces dispositions négatives se modifièrent, À mesure

que l'Église des États-Unis révéla sa force.

Dans les vieux centres puritains de l'Est, le fanatisme s'organisa : des collèges catholiques, des églises furent livrés aux flammes, et les tribunaux refusèrent toute justice aux victimes de ces attentats; à Boston, dans le nuit du 11 août 1834, des incendiaires se portèrent au couvent des Ursulines, qui avaient alors soixante pensionnaires, appartenant la plupart à des familles protestantes : on mit le feu au couvent, on pilla et on démolit la chapelle, on profana les saintes hosties ; ce fut une orgie de sacrilèges et de haines.

Heureusement le bon sens et l'esprit vraiment libéral de la population firent promptement justice de ces honteuses violences, L'Américain veut sincèrement la liberté, pour lui d'abord, et ensuite pour les autres ; il a la sagesse de comprendre que tous les droits sont solidaires, et qu'avant d'exiger qu'on respecte son droit, il doit commencer par respecter celui des autres,

Aussi, bien que le fanatisme n'ait nullement désarmé, bien qu'il y ait aux États-Unis de nombreuses sociétés secrètes, dans lesquelles on complote, comme chez nous, la mort de l'Église ct l'écrasement du catholicisme, tant que cet esprit libéral subsistera chez le peuple américain, la persécution est peu à redouter, Pour y arriver, il faudrait modifier profondément l'esprit public, et bouleverser toutes les institutions politiques du pays.

Pour terminer cet aperçu général des diffé-

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