EN ANGLETERRE ET EN ÉCOSSE
MRois grands faits dominent et expliquent les merveilleux procrès du catholicisme dans la Grande - Bretagne pendant les 90 premières années du xIx® siècle : l'émancipation des catholiques, le mouvement ritualiste et puséyste, et le rétablissement de la hiérarchie, en Angleterre d'abord, puis en Écosse.
Au commencement du xIxe siècle, comme je l'ai dit dans le chapitre précédent, les lois oppressives du passé subsistaient toujours ; mais le bon sens anglais, revenu à une appréciation plus saine, répugnait à les appliquer avec rivueur. Depuis la chute définitive des Stuarts, le catholicisme, débarrassé de ses accointances politiques, qui, lors même qu'elles sont parfaitement légitimes, le compromettent toujours, trouvait dans les pouvoirs publics un peu moins de haine, un peu plus de justice que par le passé,
Néanmoins, la situation était toujours très précaire, On se ferait aujourd'hui difficilement l'idée des préjugés véritablement insensés qui existaient alors dans un crand nombre d'e sprits, surtout contre les prêtres c: wholiques, en particulier les Jésuites, que les calomnies des ministres protestants avaient représentés au peuple comme des hommes d'une astuce excessivement dang reuse et d'une perversité inouie,
Un exemple à l'appui : il V à une trentaine d'années, une dame de l'aristocratie, avant été admise à une audience particulière de Pie IX, ne cessait de tenir les veux fixés sur la pantoutle du Pape ; à la fin, son secret lui cel Bappa Elle avait tant de fois entendu dire à ses ministres que le Pape est la bête prédite dans l'Apoca
lypse, qu'elle s'attendait à voir au Vicaire de Jésus-Cririsr des pieds de bouc. Le bon Pape eut la complaisance de se déchausser en souriant, pour lui montrer que son pied était conformé comme celui de tout le monde, Voilà où en était, où en est encore, surtout parmi le peuple, une partie de l'Angleterre, fanatisée par les déclamations de ses ministres.
La présence du clergé français, réfugié en grand nombre à Londres pendant la Révolution, la dignité de son attitude, la prédication muette de ses indéniables vert dissipèrent en partie ces préjugés vraiment incroyables. Plus tard, la noble conduite du Souverain Pontife, le Pape Pie VIT, résistant aux injonctions brutales de Napoléon, et subissant la spoliation de son pouvoir temporel plutôt que d'entrer à la suite de tous les monarques européens dans le système du blocus continental et de fermer à l'Angleterre les ports de son petit État, montra au vouvernement anglais qu'il ÿ avait dans le Vicaire de Jésus-Christ, impuissant et désarmé, plus de dignité, de justice et de vraie crandeur morale que dans tous les grands potentats de l'Europe, l'empereur de Russie, l'e mpereur d'Autriche, le roi de Prusse, pour ne nommer que Îles princi paux, qui tous, après avoir reçu l'argent de l'Angleterre pour combattre Napoléon, lui { mèrent leurs portes, et adhérèrent à la politique napoléonienne contre les Anglais. Deux ou trois ans avant l'événement, un membre de la chambre des Lords avait dit :
€ Je suis persuadé que le Pape VIT n'est qu'une misérable warionnette aux mains de l'usurpateur, et que, s'il lui commandait d'excom munier les Anglais, ce serait fait dès demain. »
0 na ne arm ar BEA ge ve 5
Savone et Fontainebleau furent la réponse du Pape à ces déclamations du fanatisme protestant.
Aussi, quand le congrès européen se réunit à Vienne, après la chute de l'homme qui, pendant quinze ans, avait fait trembler les rois sur leur trône, le Souverain Pontife, qui seul avait su tenir tête à l'oppresseur de l'Europe, se trouva tout naturellement entouré d'une aurétole universelle de respect. De son côté, le cardinal Go zalvi, son ministre, qui revenait, lui aussi, de la crande tribulation, et dont le tact politique, l'exquise distinction, l'esprit fin et délit, faisaient un des diplomates les L plus séduisants du con grès, conquit entièrement le duc de Wellington ; et, grâce en partie au concours du plénipotentiaireanglais, il put faire rendre à Pie VIl tous ses États, et jusqu'aux Légations que la Révolution française avait arrachces, en 1798, au malheureux Pie VI.
Ces bonnes relations entre le gouvernement anglais et le ministre de Sa Sainteté devaient porter d'autres fruits encore, En 1819, l ministère proposa, pour la premiére fois, à la Chambre des Commu nes, un bill qui relevait les catholiques des l capacités légales et x abrogeait le serment du £esf, C'était le début d'une lutte ardente, qui devait durer dix ans, entre l'équité et le fana tisme protestant. Cette fois le bill fut rejeté aux Communes, mais seulement à la majorité de deux voix. Présenté de nouveau à la session de IS21, il fut adopté à six voix de majorité ; mais il fut repoussé, comme on s'y attendait d'ailleurs, à la Chambre des Lords.
Cependant lé mouvement des conversions, presque insensible au début, s'accentuait de jour
en jour, Au commencement du règne de
Georges [TT (1760), le nombre des catholiques anglais s'élevait à peine à 60,000. En 1800, nous avons vu qu'il était déjà de 120,000, pour l'Angleterre et l'Écosse réunies. En 1821, un recensement officiel portait ce chiffre à 500,000. Les catholiques cessaient dès lors d'être une minorité infime, perdue au milieu de millions de protestants ; et, dans un pays comme l'Angleterre, où tout ce qui est fort est sûr de se voir respecté, l'opinion commençait à comprendre qu'il fallait leur faire place au soleil de la vie publique, et qu'on ne pouvait plus longtemps les traiter
comme une quantité ; négliweable.
L'Eglise d'Irlande, si fort opprimée, elle aussi, par l'oligarchie protestante, mais qui, plus fidèle que le reste de la Grande-Bretagne, avait su garder avec sa foi la hiérarchie catholique, vint, à cette époque, puissamment en aide à sa jeune sœur, l'Église renaissante d'Angleterre, Dieu venait de lui susciter un illustre défenseur, qui, sans jamais sortir de la stricte légalité, sans faire alliance, comme d'autres agitateurs, avec l'élément toujours suspect des sociétés secrètes, allait tenir haut et ferme, au milieu de l'Irlande pérsécutée, le VII. :
drapeau de la liberté politique et religieuse, Daniel O'Connell, né en 1775, entrait,en 1820, dans cette longue carrière de luttes et de souffrances qui devait aboutir à l'émancipation des catholiques, grâce à l'énergie de ses convictions,servie avec une habileté mer veilleuse,
Cest en 1823 que commença l'agitation irlan daise pour la revendication des droits trop long temps méconnus des catholiques. Deux ans plus tard, à la session de 182 s, le bill d'émancipation
fut présenté de nouveau aux Communes et réunit
tholiques 800, nous our l'Anun recen- 000. Les minorité le proteseterre, où respecté, d'il fallait blique, et ‘s traiter quantité
Irlande, née, elle ligarchie nais qui, e le reste 3retagne, r Avec sa ie catho- ‘ette Époment en ne sœur, aissante Dieu vesciter un Eur, qui, FEI de la é, sans comme tateurs, toujours ciétés senir haut nilieu de cutée, le à liberté I, né en : carrière aboutir l'énergie
eté mer
on irlan ‘Op longans plus icipation
et réunit
27 voix de majorité ; il fut repoussé à la Chambre des Lords.
En 1827, bien que la loi qui excluait les catholiques des fonctions publiques ne fût pas encore abrogée, O'Connell se portait comme candidat à la Chambre des Communes; élu à une écrasante majorité, il se présenta à la Chambre, refusa, comme tout le monde s'y attendait, de prêter le serment du £es4, et fut déclaré indigne de siéger,
Mais cette victoire à la Pyrrhus allait achever de discréditer dans l'opinion publique le parti de l'intolérance, L'Irlande tout entière se pressait frémissante derrière l'homme providentiel qui menait si hardiment tous les catholiques de la Grande-Bretagne à l'assaut des lois surannées de Henri VIII et d'Élisabeth, En présence de ce mouvement devenu irrésistible, les Communes décrètent, en 1828, qu' @il est urgent de relever les catholiques des incapacités légales qui pèsent encore sur eux, » Enfin, au commencement de 1820, sir Robert Peel et le duc de Wellington, les deux premiers hommes d'État de l'Angleterre à cette époque, se rallient franchement au bill d'émancipation, et le font adopter dans les deux Chambres, Il y eut 178 voix de majorité aux Communes et 208 à la Chambre des Lords.
C'est le 13 avril 1829 qu'eut lieu ce grand acte de réparation nationale. Désormais les catholiques pouvaient, sans abjurer leur foi, aspirer aux charges publiques ; l'ostracisme odieux qui, depuis la seconde année du règne d'Élisabeth, pesait sur eux, était enfin levé, Un mois plus tard, le 15 mai 1820, l'homme que la reconnaissance de tous les catholiques saluait du titre de Libérateur, Daniel O'Connell, entrait, le front haut, à la Chambre des Communes, qui, depuis 200 ans, n'avait pas vu un seul catholique siéger sur ses bancs. [avait été le premier à la peine, il était juste qu'il fût le premier à l'honneur
Les résultats de cette grande victoire des catholiques furent plus considérables qu'on ne l'avait soupçonné tout d'abord, Jusque-là ils avaient vécu dans l'ombre, en mettant tous leurs soins à ne pas attirer sur eux l'attention presque toujours malveillante de leurs concitoyens protestants, [ls s'entouraient de tant de précautions et de mystère que c'est encore aujourd'hui un problème pour l'histoire de décider si tel ou tel des grands hommes de l'Angleterre était catho
lique ou protestant, On sait que la question se pose pour Shakespeare, le poète national des Anglais,
Même dans l'intimité de la famille, le doute existait partout à ce sujet,
{ Milord, disait un jour un Anglais protestant au vice-roi d'Irlande, est-ce que Milady n'est pas catholique ? »
« Mon cher Lord, répondit avec bonhomie le vice-roi, je vous avoue que je n'en sais rien. ile ne me l'a pas dit, et jamais je n'ai eu l'indélicatesse de le lui demander, »
On comprend ce que cette vie strictement murée des catholiques anglais devait ajouter de difficultés à l'œuvre de l'apostolat. Mais, après
Daniel O'Connell,
l'acte d'émancipation, ils ne tardèrent pas à s'affirmer ; ils sortirent tout joyeux des catacombes où les retenait, depuis trois siècles, l'into lérance protestante, et l'opinion publique, qui les avait si longtemps ignorés où méconnus, fut bien forcée de les voir à l'œuvre et de s'occuper d'eux.
Précisément à cette époque, la divine Providence leur ménageait un secours tout à fait inattendu au sein des Universités protestantes d'Oxfordet de Cambridge, Je veux parler du mouvement puséyste et ritualiste, qui devait
donner à l'Église romaine tant d'illustres convertis,
(1 Wa
Le mouvement puséyste commença en 1833, Il ne fut nullement dû, comme son nom semblerait l'indiquer, aux efforts exclusifs du docteur Pusev, pas plus qu'il ne représente, d'une manière adéquate, sa pensée personnelle. Le puséysme fut avant tout une réaction contre la décadence doctrinale de l'Église anglicane, et le défaut absolu d'autorité chez les pasteurs. En présence de l'anarchie qui divisait les esprits dans cette Église, en voyant, parmi ses pasteurs, les uns nier la nécessité du baptème, les autres mettre en doute l'inspiration des livres saints et la divinité de JésUs-CHRisr, tous, unanimement, rejeter le magistère de ses évêques, quelques hommes
de science et de foi, la
LE mms ve sn ï
besoin de réagir et de chercher, dans l'anti quité chrétienne mieux étudiée, une base s0 Hide aux dogmes, à la morale età la discipline.
Le docteur Pusey et le docteur Newman se mirent à la tête de cette cénéreuse croisade, qui avait pris pour devise :
Îl faut en revenir à l'Eglise primitive ; là seulement est la vraie doctrine et la pure m0 rale de Jésus-Christ.
Mais il arriva c
plupart professeurs ou | ‘re élèves de FUniversité :
d'Oxford, sentirent le ;
qu'on n'avait pas prévu
d'abord. En fouillant les profondeurs de l'antiquité chrétienne, on ne tarda pas à rencontrer le tuf catholique sous les décombres ET les s( ories entassées par ] hérésie, À partir de la fin de 1833, les hommes éminents qui s'étaient mis à la téte du mouvement publièrent le résultat de leurs doctes ret her hes, sous la forme de /racfs, ou traités pour le temps présent,
On y discutait toutes les questions controversées alors : le jeûne, la confession auriculaire, s saints, le
la prière pour l morts, le culte de
sacrihice de la messe, le célibat ecclé siastique,
l'autorité de l'Église: et sur chacun de ces
Son Ém, le Cardinal Mann, mm fs
points, fidèles à la méthode qu'ils s'étaient imposée, les rédacteurs allaient chercher leurs preuves, non dans le raisonnement particulier, selon le système ordinaire des protestants, mais dans l'antiquité chrétienne et dans la tradition, consciencieusement interrogées,
Or, à la stupéfaction des lecteurs qui s'arrachaient ces traités, à la surprise même des savants professeurs qui avaient entrepris ces recherches sur toutes Îles questions controversées entre catholiques et protestants, il se trouva que la tidiron et les saints Pères parlaient identiquemes -omme l'Église romaine,
On comprend effet d'une pareille révélation sur les esprits intellicents et sur les cœurs droits, Eh quoi ! cette vieille Église de Rome, qu'on accusait d'idolàtrie, elle avait pour elle le témoignage de l'antiquité ! Sur tous les points en litige, les Pères apostoliques, les Irénée, les Chr, sostome, les Basile, les Grévoire, les Augustin, étaient aussi papistes que le dernier vicaire
de Londres !
On avait remonté jusqu'à la source pour découvrir li vraie doctrine et la pure morale du CHRIST, et l'on se trouvait inopinément en présence du grandfleuve catholique.
On aurait peine aujourd'hui à se représenter lintérét passionné qui, pendant plusieurs années, Sattacha à ces controverses, surtout parmi les ministres ét les membres les plus sérieux de l'Eglise anglicane, Les résultats ne se firent pas attendre, L'Eglise établie était convaincue d'avoir altéré profondément les dogmes du christianisme, Parmi ses pasteurs, ceux que des préjugés sec üures tenaient obstinément éloiunés du catholi cisme, se laissérent glisser peu à peu sur la pente désolée du rationalisme, et s'abandonnèrent a un scepticisme découragé ; mais tout ce que
l'Église anglicane renfermait alors de plus pieux
ent impos preuves,
selon le ais dans
ion, CONS-
ui s'arraéme des épris ces ‘ontroverse trouva parlaient révélation ts intelliles cœurs oi! cette de Rome, t d'idolàpour elle : de l'antous Îles tige, les iques, les hrysosto- , les Gré- \ugustin , papistes 2 vicaire On avait squ'à la déc: uvrir rine et la UCHRIST, “ait inopiésence du itholique.
présenter s années, parmi les rieux de firent pas ue d'avoir tianisme, uves sec fl catholi u sur la onnèrent IE Ce que
lus pieux
et de plus distingué, les Spencer, les Newman, les Faber, les Palmer, les Mannine, les Marshall, les Ward, les Capes, les Talbot, les Wilberfore, pour ne nommer que les plus connus, abandonnérent leurs riches bénéfices, et, foulant généreusement aux pieds toutes les considérations d'amitié, d'avenir, de famille, se convertirent au
catholicisme, Dans les cinq années (1841-1846) qui furent les plus fécondes du mouvement puséyste, on compta jusqu'à 60 ministres qui renoncèrent à l'Église établie pour entrer dans la véritable Église de Jisus-Crrisr.
Depuis, ce mouvement, bien qu'un peu ralenti, a continué, et si l'on vélait compter aujourd'hui
E———————— Son Ém. le Cardinal Newman
tous les transfuges de l'Église anglicane qui
l'ont quittée pour se faire catholiques, on arri vérait à plus de 1200,
Un grand nombre de ces illustres transfuges de l'Eglise anglicane embrassérent le sacerdoce et devinrent, en Angleterre, Jes colonnes
de l'Eglise catholique, Les deux plus en vue étaient.
il y à quelques années, les cardinaux Mannine
et Newman, Le cardinal Newman, savant Orato rie. s'occupait de vastes recherches, qui s'adressaient surtout à l'élite de la société angiaise : le cardinal Manning, archevèque de Westminster, était à la tête du nouvel épiscopat ; tous deux ctuent environnés du respect universel, et Îles protestants les premiers se montraient fiers de
la haute situation qu'ils occupaient dans le pays.
ea Te
30 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXr": SIÈCLE.
Il y a quelques années, les deux cardinaux furent admis aux grandes réceptions de la cour, et l'aristocratie anglaise, si dédaigneuse d'habitude, leur ouvrit ses rangs avec un empressement qui to oigne que nous sommes loin des temps de Henri VILL et d'Élisabeth.
Le docteur Pusey n'eut pas le bonheur de suivre ses nobles amis jusqu'au bout. Après avoir pris, en 1833, la tête du mouvement, il les abandonna tous, les uns après les autres, sur le chemin de Rome, et, cherchant un compromis impossible à trouver entre l'erreur et la vérité, il essaya de former un parti mitoyen qui ne fût ni l'anglicanisme, ni le catholicisme, qui répudiât à peu près tout de l'Église officielle, excepté le nom, qui adoptât à peu près tout de l'Église romaine, hormis l'autorité infaillible, sans laquelle elle ne serait rien,
C'est de ce compromis et de cet effort malheureux pour devenir catholiques, tout en restant protestants, qu'est né Île ritualisme, Un certain nombre de membres de l'Église établie, ayant romaine sont
reconnu que les rites de l'Égli évidemment d'origine apostolique, erurent qu'il suffisait de reprendre les formes extérieures du catholicisme pour avoir le droit de se dire catholiques, tout en évitant de rompre avec l'Église anglicane, On vit done, à la grande indignation des vieux protestants, reparaitre dans certaines églises les vêtements liturgiques, les cierges, l'encens, l'autel, le tabernacle et jusqu'au confessionnal. Naturellement, les protestations éclatèrent : les évéques anglicans essayèrent, sans y parvenir, de ramener leur clergé à l'observation pure et simple du rituel d'Élisabeth. Anathématisés par leurs supérieurs ecclésiastiques, abandonnés d'une partie de leur troupeau, repousés par l'Église catholique, les ritualistes se trouvèrent bientôt dans une situation fort difficile, Plusieurs se décidèrent à faire le dernier pas vers Rome ; mais les autres, moins logiques, oubliant que, selon la parole du Maitre, toute branche qui n'est pas intimement unie au cep mystique demeure stérile, continuèrent sans mission, sans ordination légitime, à jouer à la petite chapelle, À l'époque du concile du Vatican, un grand nombre de ces derniers écrivirent au Souverain Porufe, demandant leur admission dans l'auguste Assemblée, comme membres et pasteurs légi
uitimes de l'Eglise catholique anglicanc . Le
cardinal Patrizzi leur répondit, au nom de Pie IX, en les exhortant à faire le dernier pas, et à entrer franchement dans l'Église catholique, en dehors de laquelle il ne peut y avoir que de misérables contrefaçon, de l'unique Société établie par TÉSUS-CHRIST.
J'eus l'honneur, à cette époque, de voir le docteur Pusey. Il vint, en 1869, passer quelques jours à l'évêché d'Orléans, où il fut accueilli par la plus respectueuse sympathie, Quelques jours après son départ, ua membre du clergé orléanais demandait à Mgr Dupanloup ce qu'il pensait de ce personnage, Le prélat, mettant le doigt sur son front, se contenta de répondre d'un air de commisération profonde : intricatus, mplicatus !
[semble bien que ce sera le jugement définitif de l'histoire sur cet homme extraordinaire, Doué incontestablement d'une intelligence supérieure au service d'un noble cœur, il manquait pourtant de netteté dans les idées ; une certaine étroitesse de vues, un certain embrouillement d'esprit, pour parler comme l'évêque d'Orléans, l'empêchèrent toujours de voir les conséquences logiques des prémisses qu'il avait posées lui-même et firent avorter de magnifiques espérances, Cet homme, qui avait fait entrer dans l'Église catholique des milliers de convertis, mourut protestant, comme il avait vécu. Aussi Pie IX le comparait finement à une cloche qui, placée sur le seuil du temple, appelle les fidèles à l'église, mais n'y entre pas. Espérons qu'au dernier jour, tant d'âmes qu'il a contribué à mettre dans la bonne voie auront plaidé victorieusement sa cause au tribunal de l'éternelle miséricorde, et qu'après s'être dit et cru faussement catholique pendant toute sa vie, il aura reconnu, aux pieds du Souverain Juge, qu'il appartenait réellement par sa bonne foi, qui parait indéniable, à l'âme de cette Église unique qu'il a cherchée si longtemps, et dont d'invincibles préjugés l'ont tenu jusqu'à la fin extérieurement séparé,
Ce grand ébranlement dans l'Église anglicane devait amener, à la suite des pasteurs, de nombreuses conversions parmi les simples fidèles, C'est ce qui eut lieu en eflet. Depuis le début du mouvement puséyste, chaque année vit, surtout dans l'aristocratie, de nombreux retours réjouir le cœur de la vraie Église. Il serait trop long de donner ici la liste de ces milliers de convertis.
Pour faire connaitre le résultat général, il suffira
ePieIX, tà entrer in dehors aisérables ablie par
Le voir le ‘quelques ueilli par jues jours orléanais ensait de doigt sur in air de plicatus !
t définitif ire, Doué upérieure - pourtant étroitesse prit, pour péchèrent iques des et firent t homme, lique des it, comme finement lu temple, entre pas.
des qu'il a jé auront ibunal de tre dit et ite Sa VIe, rain Juge, ie foi, qui se unique
d'invinfin exté-
anglicane , de nom- :s fidèles, . début du it, surtout rs réjouir p long de convertis.
il suffira
de lire qu'ily a aujourd'hui bien peu de familles ce à Gentry qui n'aient quelques-uns au moins de leurs membres catholiques,
En 1880, l'aristocratie anglaise comptait dans ses rangs : 38 pairs catholiques, 24 lords, 6 membres du conseil privé, le vice-roi des Indes, les gouverneurs de Hong-Kong, de Singapour et de Maurice, 22 baronnets, 55 membres de la Chambre des Communes, sans parler d'un grand nonbre d'officiers supérieurs, de mi igistrats, de publicistes, d'hommes éminents dans. toutes les positions.
L'action de l'apostolat catholique ne se restreint pas à l'aristocratie ; mais il faut reconnaitre que jusqu'ici elle a eu moins d'influence sur le reste de la nation, La grande AL (12,500,000,) demeure par routine attachée l'Église officielle ; une autre fraction i es (près de 16,000,000,) se partage entre les sectes dissidentes, qui, d'après le WAitaker's almanak de 1882, s'élèvent à 174 dans la Grande-Bretagne. La plus importante de ces sociétés Séparées est celle des Presbytériens, qui sont 80,000 en Angle terre et 1,650,000 en Écosse, où ils forment l'É glise établie,
Pour résumer les progrès numériques du catholicisme en Angleterre, voici, de vingt ans en vingt ans, les chiffres de la population catho-
lique. Ils sont e mpruntés aux documents officiels.
En 1800 : Angleterre 90.000 catholiq.
Écosse 30.000 »
Total , 120.000 »
En 1820 : Angleterre 450.000 > Écosse 50.000 »
Total . 300.000 »
En 1840 : Angleterre 800.000 »
Ecosse : 100.000 »
Total . 900.000 »
En 1860 : Angleterre. 1.100.000 ) Ecosse 220.000 »
Total . 1.320.000 ) En 1880 : Angleterre . 1.300.000 »
Ecc JSSC 20.000 »
Total . 1.620.000 > En 1890 : Angleterre 1.352.278 Ù Écosse 338.643 »
ÆEotal. 690.921 »
En le catholicisme vient en ce moment le second « \ importance be immédiatement après l'Église officielle, Grâce à sa forte hiérarchie et au mouvement continu des conversions, qui, année moyenne, s'élèvent à plus de 10.000, on peut espérer qu'à la fin du xixe siècle l'Église comptera env iron 2,000.000 de fidèles,
Le progrès des œuvres a suivi tout naturellement l'accroissement numérique, On se rappelle qu'au commencement du siècle, l'Angleterre et l'Écosse réunies comptaient à peine 60 chapelles, absolument indignes de la majesté divine, A mesure que les fidèles se mult: ipliaient, on a élevé de nouveaux temples. Avec le concours dévoué de l'aristocratie catholique, qui s'est montrée d'une générosité sans limites, le sol de la Grande. Bretagne s'est couvert d'une splendide floraison d'édifices religieux, qui ne le cédent en rien à ceux du Moyen-Age ; exemple, la pro-cathédrale le Westminster, qui a coûté à elle seule plusieurs millions. En 1880, il y avait, en
Angleterre, 1259 églises ou chapelles, et 305 en Écosse, Ce nombre s'accroit rapidement chaque année, En 1800, il est de :
Angleterre 1.324 églises ou chapelles, Écosse , . 304 » > Total. 1,628 » »
Et ces églises sont bien aux catholiques ; elles ont été élevées avec leurs sacrifices volontaires et leurs offrandes. L'État, qui n'a pas dépensé un centime pour leur construction, serait mal venu à en réclamer la propriété et à en garder la clef, comme on dit que cela se fait dans certains pays catholiques.
À côté de l'église, est l'école, presque aussi nécessaire pour la formation re ligieuse des nouvelles générations, En 1800, il n'y avait rien, se € rappulle,
on hormis deux ou trois maisons d'éducation sur le continent, que la Révolution française supprima,
En 1840, l'É glise comptait déjà dans la Grande-Bretagne neuf collèges exclusivement catholiques, les uns, sous la direction des vicaires apostoliques, les autres, confiés aux Bénédictins, Dominicains, Jésuites,
En 1880, il y avait en Angleterre 2 3 collèges catholiques et 4 en Écosse : total 27 établissements d'enseignement secondaire, sans parler de V00 école 5s de paroisse S, donn: int l'e nseigne-
ment primaire à 118,000 € nfants.
Depuis, grâce à l'expulsion des Jésuites et à la fermeture de leurs collèges en France, ce nombre à encore augmenté, et c'est de l'Angle terre protestante que la France catholique reçoit aujourd'hui des leçons de libéralisme, Au re janvier 1890, on trouve :
séminaires, Élèv, collèges, Anglet, Écosse, 5 V 100
Total,
pensionn, élèv. éc.parls été, Anglet, 112 Ecosse.
Total.