DU SUD
vages demeurés paiens, Ils habitent au-delà des Cordillères des Andes, au milieu d'une immense plaine boisée de douze mille lieues carrées, qui confine : au nord, à la Colombie, à l'ouest, au Brésil, et au sud, au Pérou, Là, aux bords du Napo, du Maranon et des nombreux affluents de l'Amazone, vivent, à l'ombre des grands bois, une centaine de peuplades sauvages, qui se partagent en deux groupes : les Jivaros, belliqueux et farouches, sur lesquels jusqu'à présent l'apostolat catholique a échoué, et les Napos, plus dociles et plus doux, dont un grand nombre embrassérent, au siècle dernier, le christianisme.
En 1750, les Jésuites avaient déjà converti
Garcia Moréno,
soixante-quatorze de ces peuplades et comptaient 160.000 Indiens catholiques. Après leur expulsion, le gouverneur espagnol de Quito essaya de substituer aux religieux des prètres séculiers: mais il était à peu près impossible à ces prêtres, isolés et sans traditions, de s'imposer aux Indiens et de gouverner les Réductions. Des Domi.
nicains de Quito restèrent seuls chargés de l'ancienne mission de Canélos, fondée par eux au Xvie siècle, Puis survinrent la guerre de l'Indépendance et les bouleversements politiques qui, à l'Équateur comme dans les autres États de l'Amérique du Sud, tarirent la source des vocations et portèrent un coup mortel aux instituts
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vie sauvage, et ils retombèrent peu à peu dans les superstitions du pagranisme,
Les choses demeurèrent en cet état, à l'Équateur, jusqu'en 1850, époque où Garcia Moréno, après avoir triomphé des radicaux qui désolaient depuis trente ans le pays, fut porté au pouvoir, Son premier soin fut de rendre à l'Église sa liberté, en concluant avec Rome un concordat vraiment libéral et catholique : puis il rappela les Jésuites et s'appliqua, d'accord avec le délégat apostolique envoyé par Pie IX, à la réforme des autres Ordres religieux, Dès 1862, les Jésuites reprirent les missions du Napo, et un vicaire apostolique fut nommé pour diriger le travail des missionnaires,
Les Indiens, habitués depuis près d'un siecle à l'indépendance et livrés à tous les vices de la vie sauvase, accueillirent d'abord avec défiance leurs nouveaux apôtres. Ceux-ci trouvaient dès l'abord devant eux trois grands obstacles : la corruption des mœurs, l'ivrognerie et le commerce avec les blancs. Ce dernier obstacle était le plus fort. Les trafiquants de l'Équateur abu-
saient indignement de la simplicité ct de la
faiblesse des sauvages pour les rançonner.
Chaque année, pendant la belle saison, on les voyait s'abattre, comme autant d'oiseaux de proie, au milieu des forêts habitées par les In diens, Arrivés dans un village, ils commençaient par appeler le Cacique et lui demander le nombre des habitants. Sur sa réponse, ils déballaient leurs marchandises et les distribuaient à leur gré, sans s'inquiéter de la volonté des sauvages, fixant en même temps la quantité de poudre d'or qu'on devait leur livrer en échange, Inutile de protester et de refuser les objets dont on n'avait pas besoin, Il fallait s'exéeuter et payer cette carte forcée, ce qui réduisait les Indiens à une misère extrême,
Pour écayer un peu les victimes de leur ava rice, les marchands les enivratent, et leur vendaient méme de petites machines à distiller, afin
LL 328 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE, | É religieux, Sous la domination des radicaux, les | qu'ils pussent faire eux-mêmes leur cau-de vie, pi: couvents furent transformés en casernes, et les | et s'enivrer dans le cours de l'année, Grâce à f religieux, forcis de vivre côte à côte avec des ces relations avec les blancs, la corruption des 21 soldats grossiers, ou dispersés çà et là, perdirent | mœurs et l'ivrognerie étaient cxtrêmes parmi bientôt l'esprit de leur saint état, Les missions | les sauvages, Les missionnaires comprirent bienindiennes furent done complètement abandon tôt qu'il n'y avait rien à faire avec ces malheunées ; les pauvres Indiens, laissés à eux-mêmes, | reux perdus de vices, si l'on ne commençait par 1 désertèrent les Réductions pour retourner à la | couper le mal à la racine, en réglementant sévè. Le
rement le commerce avec les blancs, Sur leur rapport, Garcia Moréno rendit, en 1870, le décret suivant qui fit bondir tous les libéraux de l'Équa teur :
€ Considérant qu'il est impossible d'organiser un gouverne. ment civil parmi des peuplides encore sauvages, considérant d'autre part que, sans une autorité quelconque, la vie sociale est impossible, nous déléguons aux Pères missionnaires une portion de notre autorité sur les Indiens, Ils établiront un Cacique dans chaque centre de population et l'investiront du droit de maintenir l’ordre et d'administrer la justice, Les missionnaires pourront imposer des peines légères pour les délits ordinaires, bannir du territoire de la mission les perturbateur; in-orrigibles et envoyer à Quito les homicides, pour y être jugés. Dans chaque centre, on ouvrira, aux frais du gouvernement, une école qui sera obligatoire pour tous lis enfant: au dessous de douze ans. La vente forcée où À crédit est rigoureusement prohibée, ssus peine de confiscation des mar chandises et de l'interdiction du territoire indien, »
Enfin le d'-ret promettait aide et protection aux missionnaires, Cette dernitre clause n'était pas superflue, comme on va voir.
Au fond, Garcia Moréno, éclairé par son sens chrétien, en revenait purement et simplement au système des Réductions : ce qu'il faudra toujours faire au début des missions indiennes, si l'on veut obtenir des résultats durables : mais rien de plus opposé aux idées modernes sur la séculari. sation du pouvoir, la grande conquête de 1780. On comprend l'exaspération des trafiquants, gênés dans leur honnête commerce, et les calomnies qu'ils vomirent contre les Péres Jésuites, transformés en oppresseurs des Indiens, En 1864, un parti de révolutionnaires, s'enfuyant au Pérou, traverstrent le Napo; ils se ruèrent sur la maison des missionnaires, qu'ils appelaient les complices du tyran, les enchaintrent, après les avoir accablis de mauvais traitements, pil lèrent la chapelle, volèrent les vases sacrts, et forcérent les religieux à les suivre au Pérou. Quelques années plus tard, les SAUVAGES EUX:
mêmes, égarés par les calomnies des marchands, mirent le feu à la mission, Mais Garcia Moréno ne se laissait pas facilement décourager, [envoya
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LES MISSIONS INDIENNES DE
une compagnie de soldats pour rétablir l'ordre dans la forêt, À partir de ce moment, les travaux des mis
sionnaires commencèrent à porter leurs fruits
une vingtaine de Réductions se formèrent, com. prenant environ 10,000 Indiens pratiques du christianisme d'humbles chapelles,
revenus aux : Partout s'élevèrent des écoles furent ouvertes pour l'instruction des jeunes Indiens, et l'œuvre parut un moment si avancée que, lorsqu'il fut frappé par le fer des assassins, le Président songeait à demander au Saint-Siège l'érection d'un se-
cond vicariat apostolique ; lui-même se promettait de descendre dans ces régions incon nues, pour apprécier par ses yeux le .. | besoins spiritucls et temporels des populations sauvages. Hélas !
avec le héros Catholique s'évanouirent en partie les espérances de l'apostolat : les trafiquants rentrèrent au Napo, chassèrent les Jésuites, dispersèrent
les Réductions, et
quelques mois le
travail de douze années.
Quelques religieux isolés parvinrent à
Maintenir au milieu des tribus errantes,
se mais lépourvus de tous moyens pour améliorer
le ort des Indiens et les arrac
her à la rapacité des blancs, leurs exploiteurs et leurs corrupteurs. Dans ces dernières années, les conservateurs
ctant revenus au pouvoir, les Jésuites ont pu
——————……— ÉQUATEUR (Amérique du Sudi, détruisirent en Couvent des Dominicains, à Quito
reprendre avec plus de succès leurs missions du Napo et le vicariat apostolique a été rétabli, De leur côté les Dominicains de Quito ont recom. mencé, au prix de bien des souffrances, leur ancienne mission de Canélos, parmi les Jivaros, Ces tribus, à l'ex eption des Indiens de Canélos, sont demeurées inaccessibles à tous les efforts de l'apostolat Belliqueux et cruels, vivant uniquement de pil.
lage, ces barbares semblent n'avoir aucune idée reli gieuse ;ÿ ce sont, dans la force du terme, les librespenseurs de la fo.
rêt, La tribu de C inélos, convertie par les Dominicains doouis deux
siècles ; sert de
barrière entre ces féroces sauvages et les tribus beaucoup plus paisibles des Napos. Puisse la nouvelle prifecture apostolique, érigée dernièrement sur le terri toire des Jivaros, amener peu à peu ; barbares, d'ailleurs intelligents, à la civilisation et au christianisme !
Les missions indiennes de l'Équateur comntont ac- ————— + tucllementenviron ; d'après une photographie, 12.000 neo} ïytes, 10.000 fndiens- Napos, sous la direction des Jésuites, «+ 200 Jivaros (Canélos), sous celle des Dominicains,