GK V. — BRÉSIL
E Brésil, qui couvre une étendue de pays 4 presque évale à toute l'Europe (8.237.218
kilomètres carrés), n'a Pourtant que 14.002,35
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habitants, sur lesquels 860.000 Indiens convertis et 1.200.000 sauvages demeurés païens.
Sous le rapport religieux, le Brésil forme une province ecclésiastique : archevêché, Bahia, avec onze suffragants, La population catholique totale est de 10 $00,000 âmes, Les douze diocèses du Brésil n'ont, à eux tous, que quinze cents paroisses, dont quelques-unes d'un étendue absolument disproportionnée, Ainsi dans le diocèse de Cuyaba, province de Matto-Grosso, il n'y a que vingt paroisses et vingt-six prêtres, pour un pays qui couvre 1.370.054 kilomètres carrés, trois fois l'étendue de la France, Le diocèse de Para, le plus vaste probablement du monde catholique, embrasse la province de Para et celle de l'Amazone, au total, 3.046.752 kilomètres carrés, le tiers de l'Europe, Pour desservir les 280.000 catholiques et les 600.000 sauvages païens, dispersés sur cet immense territoire, l'évêque de Para n'a que 80 prêtres séculiers et 15 missionnaires ! Cette pénurie effrayante de prêtres explique ce que je vais dire de la situation relicieuse du Brésil.
Comme dans presque tous les pays de langue portugaise, la situation religieuse au Brésil laisse beaucoup à désirer. La faute n'en est pas à l Église, mais aux gouvernements francs-maçons, héritiers des traditions de Pombal. Depuis un siècle et demi, le pouvoir civil, au Brésil, a tout fait pour corrompre le clergé en l'asservissant : il faut bien reconnaitre qu'il n'a que trop réussi, sauf d'honorables exceptions, et les évêques ont les mains liées pour réformer les abus,
On se rappelle ce qui arriva quand les évêques d'Olinda et de Para voulurent, il y a une vingtaine d'années, interdire aux francs-maçons de se méler de l'administration des confréries paroissiales, Traduits devant une prétendue cour de justice, composée de libres-penseurs, les deux confesseurs de la foi furent condamnés, de ce chef, à cinq ans de travaux forcés. Il est vrai que l'empereur dén Pedro, qui n'avait pas eu le courage de soutenir les deux prélats, eut au moins Fhumanité de commuer leur peine en cinq ans de forteresse, et qu'au bout de quelques mois il leur fit grâce entière ; mais le jeune et vaillant Mer Vital d'Oliveira, était empoisonné par l'ordre des
évêque d'Olinda, frappé de mort Loges, il vint mourir en France, et tous Îles
évéques du Brésil purent entrevoir le sort qui
IQUES AU XIXe SIÈCLE.
attendait ceux des premiers pasteurs qui voudraient faire leur devoir d'évêque.
Tels prêtres, tels troupeaux. La grande masse de la population brésilienne a conservé des habitudes religieuses ; mais, faute d'instruction, l'ignorance et la superstition ont remplacé la foi, et la vie chrétienne fait presque complètement défaut, Dans les grandes villes, en communication régulière avec l'Europe, le nombre des osrdivistes Va en augmentant de jour en jour, et l'on compte les jeunes gens qui ont fait leur première communion. Il y a quelques années, un journal de Bahia publiait des articles furibonis enter à la liberté de conscience des citoyens, en enseignant que Jésus-Curisr est le Messie, alors que le vrai et seul Messie est Auguste Comte, le fondateur en France du posilivisme. Voilà où en est arrivé un pays autrefois tout catholique !
contre les Jésuites, ct les accusait d'
Comme tous les méridionaux, les Brésiliens sont passionnés pour les cérémonies religieuses, l'éclat du culte, les chants, les illuminations, tout ce qui frappe les sens. C'est une religion tout extérieure, qui n'atteint pas jusqu'aux profondeurs de l'âme, et qui n'a qu'une action fort médiocre sur l'esprit et sur le cœur, C'est ce qui explique ce fait presque incroyable d'une nation toute catholique se laissant dominer sans résistance par les Sociétéss secrètes. Au Brésil, le franc-maçon se garde bien, comme il le fait chez nous, de s'éloigner de l'église ; tout au contraire il prétend y dominer et y faire la loi : il préside les confréries, fait célébrer des messes, organise des processions, C'est précisément à ce sujet que la lutte éclata avec les évêques d'Olinda et de Para,
Dans un pays éclairé, de pareilles prétentions seraient bien vite écrasées sous le ridicule ; mais dans un pays comme le Brésil, il en est tout autrement, Comme la question dogmatique ne préoceupe guère les esprits, comme la plupart des Brésiliens ignorent les condamnations du Souverain-Pontife, et que les autres les mépri sent, vous entendez de très honnêtes gens répéter que la franc-maçonnerie brésilienne est une œuvre de pilanthrophie, que l'Église a grand
tort de condamner.
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LES MISSIONS INDIENNES DE
Je suis heureux de signaler un certain mouvement de réaction religieuse, qui date de vingt à trente ans, Prenant le mal à sa source, la formation défectueuse du clergé, les évêques ont confié aux fils de saint Vincent de Paul la direction de plusieurs séminaires, d'où sortiront désormais des prêtres instruits et pieux, Malheu-
reusement le nombre des ouvriers qui se présentent pour travailler à la vigne du Seigneur
est encore bien petit, puisque le séminaire de Rio, le plus important du Brésil, ne comptait encore, il y a quelques années, que dix-huit élèves. De concert avec les évêques, les Lazaristes ont organisé des retraites pastorales, qui exercent, chaque année, une heureuse influence sur l'esprit du clergé. Enfin ils ont ouvert plusieurs collèges, pour la formation chrétienne des jeunes gens du monde. Collèges et séminaires remédieront au grand mai de l'Église du Brésil, qui est l'ignorance, Il est donc permis désormais de concevoir quelques espe ‘ances pour la réforme du clergé et ja renaissance de la ce pays.
religion dans
Les Prêtres de l: Mission ne sont pas seulement professeurs a Srésil; dans un pays où les prêtres, et surtout les prêtres zélés, font défaut, ils ont dû se faire missionnaires pour évanvéliser ces populations abandonnées, Souvent ils voyagent vingt ou trente jours à cheval, au milieu de dangers et de privations de toutes sortes, afin d'aller, pendant quelques semaines, offrir les secours de leur minisière à des populations qui sont quelquefois des années entières avant de recevoir la visite du prêtre, Aidés des Sœurs de Saint-Vincent de Paul, qui s' ccupent de l'assistance des pauvres, de la tenue des hôpitaux et de l'instruction des jeunes filles, chose absolument nouvelle au Brésil, ils font connaitre et respecter partout le nom de Ja France, trop souvent compromis par les rares nationaux que l'étranger,
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nous enveyvons à
€ Vous vous croyez le premier peuple du monde, disait un jour un Brésilien à un voyageur français, parce que vous nous fournissez quelques cuisiniers qui savent préparer une sauce, et l'on se moque, avec raison, de votre fatuité, Heureusement que vous avez vos admirables mis-
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pour relever le prestige de votre
| Sionnaires, | patrie et faire aimer la France (1). »
Quant aux missions des sauvages, ruinées en grande partie, à la fin du dernier siècle, à la suite de l'expulsion des Jésuites, abandonnées complètement pendant la première moitié du XIXe siècle, elles n'ont été reprises que depuis 1860. Il ne reste plus guère à évangéliser que les tribus sauvages de l'intérieur, car la plupart des Indiens qui habitent le long des côtes de l'Océan ont été convertis depuis longtemps par les premiers apôtres du pays, les Auchiéta, les Nobréva, les Vieyra, qui, en moins de cinquante ans, Civilisèrent, au prix de nombreux martyrs, ces féroces sauvages, adorrés à l'anthropophagie et à tous les vices,
Les premiers missionn:res de la Compagnie de Jésus abordérent au résil en 1540.
€ Dès 1600, écrit Southey, sur une étendue » de plus de deux mille milles (environ 660 » lieues), toutes les peuplades de la côte du
» Brésil, aussi loin que s'étendaient les établis-
?sements portugais, étaient réunies en Réduc- > tions prospères, sous la direction des Jésui- ) tes (2), »
Au témoignage de Rankes, historien protestant, on comptait dans l'Amérique du Sud, au commencement du Xvne siècle : eng archevéchés, vingt-sept évéchés, quatre cents monastères, un nomore incalculable de paroisses, et des »r/lions d'Indiens convertis. Le spectacle de cet accrois sement prodigieux du catholicisme sugoérait à Macaulay , autre historien protestant, réflexion :
cette
€ Les acquisitions de l'Église romaine dans le » Nouveau-Monde ont compensé, et au-delà, ce » que le protestantisme lui à fait perdre dans > l'ancien (3). »
Quomodoe obscuratus est auri color optimus P Comment l'or a-t-il perdu son éclat ? Comment l'Église du Brésil, qui brillait d'une si vive splendeur, au bout de cinquante ans d'apostolat, est-
elle tombée dans le Mmarasme et l'obscurité ?