Capita'e de la province de Maranhao, 459.884 kilomètres
nn Baie de Rio-de-Janeiro,
Les RR. PP, Capucins ont /rors préfectures
| apostoliques au Brésil : Rio-de-Janeiro, 26 rcli-
| gieux, Bahia, 13 religieux, et Pernambouc, 6
| religieux ; total 47 religieux Capucins, chargés
| d'évangéliser environ 500.000 sauvages, sur les-
| quels on compte actuellement 20.350 néophytes.
| [y a, dans les missions des Capucins, 29 églises cu chapelles et 26 écoles.
Les missions des Capucins au Brésil ressemblent beaucoup à celles des Franciscains ; mais leurs néophytes, plus rapprochés des côtes et de
| la vie civilisée, paraissent en général plus dociles et mieux disposés à recevoir l'Évangile. Voici,
de ces dix mois de courses apostoliques : 9 grandes missions, 4.090 Communions, 638 baptèmes, 309 mariages, 20 extrêmes-onctions, bénédiction de sept cimetières, plantation de one Croix gigantesques. Des députations venues de loin m'ont demandé plusieurs fois d'aller prècher des missions chez eux : Je manque de temps ne Ma pas permis d'accéder à leur désir,
» Rien de plus consolant que ces missions dans ces forêts, loin des villages. Je faisais abattre les arbres sur une vaste étendue, On élevait et on couvrait de feuilles de palmiers un hangar capable de contenir trois mille personnes, À côté on construisait une cabane, puis chacun
PRET EEE
bâtissait la sienne, En une semaine, on improvisait ainsi une ville de plusieurs milliers d'âmes, que je dirigeais avec le concours de plusieurs zélateurs. À quatre heures du matin, je faisais chanter l'office de la Sainte Vierge, que beaucoup d'Indiens savent en portugais ; puis je célébrais la messe, Après les instructions et le catéchisme, j'entendaisles confessions. Le silence n'était interrompu que par le chant des cantiques. La prédication finissait toujours par des larmes et des sanglots, des pécheurs scandaleux demandaient publiquement pardon. Impossible dedécrirel'émotion de la dernière allocution, après laquelle je bénissais et congédiais le peuple. Dès le lendemain, tous venaient, en pleurant et tenant en main leur croix de mission, implorer ma bénédiction et me dire adieu,
» Les exercices spirituels dans les villages m'ont apporté beaucoup moins de consolation.
Grâce à la présence des blancs, la plupart des Indiens de cette catégorie sont dépourvus de tout sens moral, et les mauvais empêchent les bons de pratiquer la religion (1). »
On comprend les difficultés que présente l'apostolat dans de pareilles conditions. Qu'est-ce qu'une dizaine de missionnaires, recevant quelques maigres subsides du gouvernement, pour une œuvre qui demanderait des centaines d'apôtres ?
villages chrétiens, bâtir des chapelles, ouvrir
Où trouver de quoi fonder des
des écoles sur une si vaste étendue de territoire ? Il y faudrait des millions, que l'État seul est en mesure de fournir : mais les préoccupations des gouvernements modernes sont ailleurs. Du reste, ces sauvages ressemblent beaucoup à ceux de l'Équateur, auxquels ils confinent. Ils ont toujours refusé de reconnaitre l'autorité du gouvernement brésilien, et se laissent difficilement aborder par les missionnaires. Perdus à l'ombre des grands bois, séparés les uns des autres par les nor:breux affluents de l'Amazone, qui couvrent le pays comme d'un réseau, ces Indiens sont restés jusqu'ici à peu près inaccessibles à l'action de la civilisation, Quand le missionnaire ä pu réussir, au prix de mille difficultés, à pénétrer au milieu d'une de ces tribus, il commence par réunir quelques Indiens mieux disposés, pour former une ÆA/dea où village chrétien, On
1, Lettre du Père Antonio de Reschio, Cap ucin (Missions cathoques).
334 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.
élève des cabanes, on plante, on défriche un coin de l'immense forêt ; bientôt de nouveaux venus, attirés par les bienfaits d'une civilisation relative, viennent se joindre aux premiers. Au bout d'une dizaine d'années, si les défrichements ont réussi, si les sauvages païens ne se sont pas jetés sur la nouvelle chrétienté, si la terrible fièvre des bois n'a pas emporté le missionnaire et dispersé son petit troupeau, la nouvelle Réduction peut ître considérée comme fondée, et l'apôtre, s'arrachant aux larmes de ses néophytes, s'enfonce plus avant dans la forêt, pour recommencer ailleurs la même œuvre. Telle est la rude vie que mênent actuellement les religieux franciscains chargés des missions indiennes du Haut-Amazone,
Pour leur venir un peu en aide, Mgr l'évêque de Para, dont le vaste diocèse embrasse les deux provinces de Para et de l'Amazone, a eu, il y a quelques années, l'heureuse idée d'installer un navire, appelé / CAristophore, pour servir à l'évangélisation des tribus indiennes répandues sur les bords de l'Amazone et de ses centaines d'affluents, depuis Para jusqu'aux frontières de la Colombie, de l'Équateur et du Pérou. C'est conime une église ambulante, qui se transporte avec ses missionnaires au plus épais des forêts.
De leur côté, les RR. PP. Dominicains ont repris, depuis une dizaine d'années, leurs anciennes missions du Brésil. Is ont actuellement trois résidences dans la province de Goyaz- Goyaz, Ubéraba et Porto-Impériale, d'où ils envoient des missionnaires évangéliser les sauvages des environs. Dés religieuses du même ordre sont établies à Ubéraba et à Goyaz, où elles ont ouvert des pensionnats florissants. Dès leur arrivée au Brésil, les enfants de saint Dominique ont su conquérir les sympathies des populations. Espérons que les résultats de leur apostolat répondront aux promesses du début.
Quant aux RR. PP. Jésuites, avec ou sans les sympathies du gouvernement brésilien, ils ont repris courageusement leurs œuvres, tant de fois intérrompues par la méchanceté des hommes.
Is sont actuellement 157 religieux de la Compagnie de Jésus, 97 dans le Brésil septentrional et 60 dans les provinces méridionales (catalogue de 1883). Il y a quelques années, ils avaient, dans la ville de Pernambouc, un de ces magni-
fiques établissements d'éducation qui attirent
friche un nouveaux ivilisation niers, Au ichements > sont pas a terrible ssionnaire le Réducondée, et éophytes, ir recomlle est la religieux ennes du
r l'évêque rasse les ne, à eu, d'installer servir à épandues centaines tières de ou, C'est ransporte s forêts.
cains ont leurs aniellement Goyazd'où ils les saulu même oyaz, où ints, Dès nt Domies popuur aposit.
1 sans les ,ils ont it de fois 1lommes, la Comntrional atalogue avaient, magniattirent
—————— à D cameras
les enfants des meilleures familles, même de celles qui font profession de haïr les Jésuites, Les libéraux du Brésil n'ont PU Supporter une pareille insulte à la civilisation. Avec la complicité des autorités locales, ils se sont rués sur le collège, et ont jeté à la rue les meubles, les livres, les papiers des Révérends Pères, et les ont forcés ainsi à fermer leur maison, Ce sont là, comme on sait, les exploits ordinaires de nos grands prôneurs de liberté, Malgré cela, au Brésil comme partout, les Jésuites font le plus grand bien, et leurs ennemis savent à merveille qu'aucune iniquité ne découragera leur patience, En dehors de ces cinq instituts religieux, les Franciscains, les Capucins, les Dominicains, les Lazaristes et les Jésuites, on trouve encore au Brésil quelques missionnaires isolés, qui travail. lent directement sous l'autorité de Nos Sei.
gneurs les évêques. Un de ces missionnaires, l'abbé Guidez, de retour en France, après plusieurs années d'apostolat, a publié dans un journal catholique (Ze Monde, n° du 30 juillet 1864) ses impressions sur la situation religieuse du Brésil, N'oublions pas que cette situation s'est beaucoup améliorée depuis, comme je l'ai dit. € Il y a cent ans, la religion était florissante > dans toute l'Amérique méridionale, depuis le » fleuve des Amazones jusqu'au Rio de la Plata, » Dans les villes du littoral, les églises, couvents » et autres établissements religieux étaient aussi » riches, aussi nombreux, aussi fréquentés qu'en » aucun lieu du monde, A l'intérieur, surtout » dans les grandes provinces de Bahia et de » Pernambouc, la foi avait jeté de si profondes » racines que, même après un siècle d'abandon, >» quelques peuplades sont mieux instruites » encore €t plus morales que certaines contrées » de l'Europe, Mais les fureurs du philosophisme » et du ‘ansénisme vinrent se ruer sur les mis- > sionnaires qui avaient créé cette œunx re et >» seuls étaient capables de la maintenir. L'ex- » pulsion des Jésuites de toutes les possessions » espagnoles et portugaises fut peut-être le crime » le plus affreux que le monde ait vu dépuis la » mort du Curisr. Les conséquences en ont » été terribles ;: ce n'est jamais impunément que » les hommes détruisent une des plus belles > œuvres de D'Ev, » Aujourd'hui au Brésil, dans toutes les villes
» du littoral, règne une profonde ignorance
é —— <> — LES MISSIONS INDIENNES DE L'
| » religieuse, et par suite une immoralité déplo- | » rable, Le clergé, sauf quelques exceptions trop | » rares, est notoirement scandaleux. [1 en est de | » même des Ordres religieux, qui subsistent | > Encore dans les villes. Bien des fois les Sou- | » verains Pontifes, les nonces, les évêques ont | > tenté de remédier au mal ; mais leur action a » été entravée par les habitudes tyranniques » que le joséphisme et le pombalisme inspirent > encore au Souvernement,.
» Quel serait l'unique remède à tant de maux ? » Un seul, la liberté de l'Église, Quelques évé- » ques luttent de toutes leurs forces pour l'obte- > nir, mais en vain, Le gouvernement act, el est » aveugle ; il croit que le commerce et que vues » tronçons de chemins de fer font la prosprité > du royaume; mais tout homme éclairé voit > que cet empire si jeune tombe déjà en déca- » dence ; tout y croule, malgré les fausses appa- > rences de prospérité matérielle.
» Si, dans les villes, il y à peu de religion
» pratique, surtout parmi les hautes classes, > dans l'intérieur la foi est encore vive, et les » populations ne demanderaient pas mieux que » d'avoir des missionnaires, Quand un d'entre ? EUX traverse le pays, il est bien accueilli et » obtient de consolants résultats. Malheureu- » sement les hommes font défaut ; aussi les » missions indiennes sont entièrement abandon- > nées, ou laissées au zèle de quelque prêtre » européen isolé et sans secours (1). »
Cette appréciation, peut-être un peu pessimiste, mais profondément loyale d'un ancien missionnaire au Brésil, nous dépeint la situation religieuse telle qu'elle était il y a trente ans. Il est facile de voir, Par ce que j'ai dit plus haut, qu'elle s'est grandement améliorée depuis. Les évêques ont repris Courage pour travailler à la réforme du clergé ; au contact des religieux venus d'Europe les anciens Ordres ont secoué leur torpeur, et sont redescendus dans le champ clos de l'apostolat : les missions indiennes, demeurées si longtemps à l'abandon, ont été reprises et comptent aujourd'hui une centaine d'apôtres, qui forment à la vie chrétienne 00.000 néophytes, sans parler des 800.000 Indiens convertis depuis trois siècles et demeurés fidèles, en dépit de l'abandon dans 1. Extrait d'une lettre sur l'état actuel de l'Amérique méridionale, par M. l'abbé Guidez, missionnaire apostolique (juillet 1864)
ET AU Ten
ph ORNE eh
i3 + ë @is 4:
in
kr
lequel on les a si longtemps laissés : ce sont là des symptômes de renaissance, qui font bien augurer de l'avenir de l'Église du Brésil.
Quant à la société laïque, il semble bien que ses dispositions ne se sont guère améliorées. C'est toujours la même religion, tout extérieure, la même ignorance, le même engouement pour les idées modernes. A cette société, engourdie dans la mollesse et le bien-être matériel, il fallait un coup de foudre pour la réveiller de son apathie, C'est fait, et les prévisions les plus pessimistes sont devenues de l'histoire,
Le 15 novembre 1889, une révolution fermentée par les Sociétés secrètes a renversé Don Pedro du trône, et, deux jours après, l'empereur
Don Pedro.
s'embarquait pour l'Europe, où il venait mourir en exil.
Certes, si jamais monarque réalisa l'idéal d'un souverain constitutionnel «€ qui règne et ne souverne pas », c'était bien l'empereur du Brésil; catholique pratiquant, en son particulier, il avait toujours, comme souverain, sacrifié la foi aux exigences de la libre-pensée. Prince doux, poli, libéral, très zéké pour les sciences et le progrès moderne, il allait au-devant de tous les désirs de la démocratie, affranchissait les esclaves, favorisait les juifs, et faisait toutes les avances possibles à la franc-maçonnerie. Dernièrement encore, il avait empêché de publier dans l'empire l'encyclique de Léon XIIT contre les Sociétés secrètes, en refusant son f/acet impérial à la bulle du Pape. Que pouvait-on lui demander de plus ? Sous son règne, la franc maçonnerie était
devenue une véritable puissance, qui comptait, au moment de la révolution, £rois cent quatrevinot.dix loges et des milliers d'adhérents. On les rencontrait partout : dans les Ministères, dans les Chambres, dans la Magistrature, dans l'Enseignement, à l'Armée, à la Cour et jusqu'auprès du prince. Comment les sociétés secrètes n'ont-elles pas eu la patience d'attendre la mort du prince? Mas que peut-on espérer des ennemis de Dieu et de la société ? Le vieil empereur du Brésil a fait la dure expérience de leur ingratitude, et quelque imméritée qu'ait été sa chute, on est bien forcé de reconnaitre qu'après tout il a recueilli ce qu'il avait semé!
Une nouvelle république des États-Unis du Brésil s'est empressée de montrer ce que l'Église catholique peut attendre d'elle, en proclamant la séparation de l'Église et de l'État. C'est la per sécution à bref délai, car, chez les races latines, c'est toujours là que vient aboutir, et très vite,
le fameux principe de la séparation, Eh bien, soit ! Persécutez, si le cœur vous en dit : ce sera,
je l'espère, le salut de l'Église du Brésil. La persécution la forcera à sortir de sa léthargie ; elle nous débarrassera des hommes de scandale : elle brisera nécessairement avec les traditions surannées de Pombal et de Joseph IT ; elle ouvrira les yeux aux laïques chrétiens, et, grâce à Dieu, il y en a encore au Brésil : elle les décidera à prendre parti, à choisir entre Jésus et Bélial, Le résultat mérite bien d'être acheté au prix de quelques souffrances. Purifiée au feu de la persécution, l'Église du Brésil, délivrée des liens qui la garrottaient à l'État, reprendra sa dignité et recommencera le cours interrompu de ses victoires sur le paganisme et l'incrédulité,
SL VI. — PÉROU ET BOLIVIE. bp
I E Pérou et la Bolivie, qui mesurent }
ensemble trois millions quatre cent mille
kilomètres carrés, près de sept fois la superficie de la France, formaient, avant l'arrivée des Espagnols (1525), le vaste empire des Incas, dont les gigantesques ruines couvrent encore, à l'heure actuelle, d'immenses territoires devenus déserts. Sous les coups de Pizarre, assisté de trois cents soldats, l'empire des Incas s'écroula en quelques mois, et fut remplacé par la vice-
comptait, t{ quatrerents. On linistères, ture, dans ir et jussociétés l'attendre n espérer ? Le vieil rience de qu'ait été itre qu'a- 16 | -Unis du e l'Église lamant la st la per s latines, très vite, Eh bien, ; CE sera, résil, La éthargie ; scandale ; traditions elle ou- , grâce à décidera t Bélial, * au prix eu de la des liens a dignité a de ses té,
mesurent ent mille superficie ivée des es Incas, encore, à devenus ssisté de s'écroula
la vice-
royauté espagnole du Pérou, fondée, il faut bien l'avouer, au prix de sanglantes cruautés, L'Église s'interposa, autant qu'elle le put, entre les bourreaux et les victimes ; elle prêcha aux uns la modération dans l'usage de la victoire, aux autres celle fit entrevoir les compensations de l'avenir, en leur enseignant les mystères de la foi chrétienne,
Ce ne fut pas œuvre facile. Les temps héroïques des premiers découvreurs de mondes étaient passés. Exaspérés par les cruautés et les exactions des nombreux aventuriers accourus d'Espagne pour s'abattre sur leur pays, les Indiens du Pérou firent longtemps résistance à l'action de l'apostolat, Volontiers ils auraient dit aux premiers prédicateurs de l'Évangile, comme ce vieux cacique dont parle l'histoire : € S'il ya
des Espagnols dans ce beau Ciel que vous nous » prêchez, nous ne tenons pas à y aller, car ils > sont trop méchants. » Plus de cent religieux Franciscains, Dominicains, Jésuites, furent mis à mort, au début, par les Indiens, qui les enveloppaient dans la haine qu'ils portaient aux conquérants espagnols. Mais là comme partout, le sang des martyrs produisit des fruits de vie, et, au bout d'un siècle, tous les Indiens du Pérou étaient conquis à la foi chrétienne, Alors com mença, pour ce pays, une ère de ferveur et de prospérité religieuse, La sainteté, cet épanouissement complet du christianisme, se développa ur ce sol encore vierge. Qu'il me suffise de rappeler ici trois noms restés populaires dans toute la contrée : saint François Solano, l'apôtre des Indiens, saint Turibe, archevêque de Lima,
et cette fleur exquise du Nouveau-Monde, que Notre-Seigneur Jésus-Curisr, dans les joies de l'extase, appelait la rose de son cœur. sainte Rose de Lima, du Tiers-Ordre de Saint-Dominique (1).
Plus tard, avec l'abandon des principes chrétiens, arrivèrent la décadence et la ruine. En 1821, à la voix du libérateur Bolivar, toutes les colonies espagnoles du Nouveau-Monde se soulèvent et proclament leur indépendance, Trois
1. 4 — Aosa de mi corason, io te quero por mi spoza (Rose de mon cœur, je te demande pour mon épouse).
» — Je suis votre esclave, à Roi d’éternelle majesté ; je suis, et je serai toujours À vous, » répondit la sainte.
Une dalle marque encore, dans l'église de Saint: Dominique à Lima, la place où la sainte était agenouillée quand Notre- Seigneur lui apparut et lui parla.
Missions catholiques.
dx À
| ans après, le Pérou et la Bolivie se séparent l'un | de l'autre, pour former deux États c stincts : la | République du Pérou, à l'ouest ; la République | de Bolivie, à l'est.
Depuis l'émancipation, ces deux États, et par- | ticulièrement le Pérou, n'ont cessé d'être la proie des politiciens et le jouet des révolutions. Enrichi par l'exploitation du guano et la vente du salpêtre, le Pérou n'a pas su résister à l'épreuve de la bonne fortune. Les Sociétés secrètes dominèrent bientôt dans tout le pays ; de tous les
Sainte Rose de Lima,
points de l'Amérique du Sud, on vit aborder au Pérou les aventuriers politiques, qui s'étaient fait chasser de leur pays, et chacun sait que ce fut dans les Loges de Lima que fut décidé l'assassinat de Garcia Moréno, le catholique président de l'Équateur. Pendant que les politiciens, dans les Loges et dans la rue, se disputaient le pouvoir les mœurs publiques allaient se corrompant de jour en jour, le clergé devenait scandaleux, la magistrature vénale, le peuple passait sa vie aux courses de taureaux et aux combats de coqs. Quoique le pays fût tout catholiq:
à Î j Ë sl
XIX"e SIÈCLE.
puisque sur 2,700,000 habitants le Pérou compte à peine #n millier de dissidents, tous étrangers, la foi allait diminuant de plus en plus et l'immoralité faisait des progrès effrayants dans la masse de la population,
La Providence allait bientôt intervenir par des coups terribles. Dans sa dernière guerre avec le Chili, le pauvre Pérou a été si complètement écrasé qu'il est devenu un objet de pitié, même pour ses ennemis, Avec ses iles à guano, il a perdu le plus clair de ses revenus, Il ne lui reste de sa fortune passée qu'une dette formidable et une administration désorganisée, Espérons que la leçon, quelque dure qu'elle ait été, sera profitable au peuple péruvien, E voyant où mènent les révolutions, la nation comprendra peut-être la nécessité de revenir aux principes chrétiens qui ont fait longtemps sa prospérité. Des symptômes assez accentués de renaissance religieuse semblent indiquer que cet espoir ne sera pas trompé,
Les Indiens du Pérou étant tous évangélisés depuis longtemps, il n'y a plus dans le pays de missions indiennes proprement dites, mais les RR. PF, Franciscains de l'Observance y ont conservé des collèges apostoliques qui relèvent de la Propagande,
La république de Bolivie à eu une existence moins troublée que celle du Pérou. Perdu au milieu des Cordillères des Andes, ce pays, beaucoup plus pauvre que son voisin, a été géné ralement dédaigné par les politiciens, qui cherchent avant tout dans la possession du pouvoir un moyen de vivre largement aux dépens du budget. La plupart des gouvernants sont done restés catholiques et conservateurs. I] y à quelques années, on a vu le président de la république, M. Pacheco, au moment d'envoyer ses enfants étudier en Europe, faire, avec toute la famille, un pèlerinage au célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Copacabana, pour lui recom mander leur voyage. L'année suivante, le même président convoqua tout son peuple à un pélerinage national. Il partit de La Paz, ville située à 140 lieues plus au sud, accompagné du viceprésident de la république, du ministre d'État. de ses aides de camp, des officiers de l'état-major,
des personnages les plus considérables du pays et d'une compagnie de soldats, Après une journée de voyage en bateau À vapeur, le pieux pélerinage débarqua à quelque distance du sanctuaire, où il se rendit à pied le lendemain, La voie était ornée de deux cent cinquante arcs de triomphe, Le président, précédé de la musique militaire et escorté par la troupe, arriva dans l'après-midi au sanctuaire de Marie, Le lendemain, à la messe, il consacra sa famille et son peuple à la Très Sainte Vierge, et fit don à l'image miraculeuse d'un riche manteau de drap d'or,que ses enfants avaient fait confectionner en France, De pareilles manifestations honorent un pays et témoignent de sa foi,
La population totale de la Bolivie est de 2.325.000 habitants, sur lesquels on compte 2.300.000 catholiques, ce qui donne 25.000 sauvages demeurés paiens,
On compte environ 810.000 Indiens catholiques dans le Pérou et la Bolivie réunis. Malgré les révolutions et les folies de leurs gouvernants, ces Indiens sont demeurés très fidèles à la foi prêchée par leurs premiers apôtres, Le sentiment religieux, est plus développé chez eux que dans nimporte quelle autre partie de l'Amérique.
Malheureusement, le manque d'instruction l'a fait trop souvent dégénérer en superstition, Aux fêtes de l'Église, aux processions, surtout à celle de la Fête-Diev, on voit l'Indien, revêtu de toutes sortes d'oripeaux, danser devant le dais, apostropher le Saint-Sacrement, et se livrer à toute une série de manifestations ridicules, que sa simplicité peut seule excuser : puis il quitte brusquement le cortège, pour aller se rafraichir au cabaret, et de libations en libations, il arrive qu'en rentrant à l'église, il est ordinairement en état complet d'ivresse, Ce sont là des abus regrettables, qu'on a grand tort de tolérer, mais qui du reste n'atteignent pas la foi de ce bon peuple.
Après le culte du Saint-Sacrement, la dévo tion la plus chère à l'Indien est le culte de la Très Sainte Vierge Marie, et surtout le pèle rinage de Notre-Dame de Copacabana, où l'on accourt de toute l'Amérique du Sud, bien que le voyage soit très pénible, car il faut traverser.
s du pays ne journée pèlerinage uaire, où il était ornée mphe, Le tilitaire et ès-midi au la messe, à la Très iraculeuse es enfants le pareilles | imoignent
ie est de n compte 000 sau-
ns Catho- | s. Maloré vérnants, à la foi sentiment que dans \mérique, | iction l'a tion, Aux ut à celle evêtu de t le dais, livrer à ales, que il quitte rafraichir il arrive ‘ment en des abus rer, mais
ce bon
la dévo te de la le pèle Le où l'on °n que le
raverser,
LES MISSIONS INDIENNES DE
avant d'arriver au sanctuaire, les défilés les plus dangereux des Andes, C'est une dévotion vraiment nationale, et, grâce à la sévérité des religieux qui ont la garde du sanctumire, tout s'y passe sans aucun désordre, L'Indien parait alors vraiment transformé : préparé par la confession et par des pénitences qui font partie de la tradition locale, il n'avance qu'à genoux, même en gravissant les escaliers du temple, et ne se permet pas un seul mot, pas la moindre excentricité, On voit par là ce qu'il serait facile d'obtenir de lui, si on prenait le soin de l'instruire, Malheureusement, au Pérou, comme dans le reste de l'Amérique du Sud, c'est l'instruction qui fait le plus défaut au peuple et le zèle aux pasteurs,
Voici, sur les Indiens catholiques du Pérou et de la Bolivie, le jugement d'un Anglais protestant :
€ J'ai beaucoup vécu parmi ces Indiens, j'ai » eu les meilleures occasions d'étudier leur carac- » tère, et j'ai été très favorablement impres- » sionné, On n'entend jamais parler parmi eux » de crimes considérables, Leur politesse est » bien remarquable, et est certainement inspirée » par un sentiment religieux, car c'est toujours » par un Ave Maria qu'ils saluent ceux qu'ils > rencontrent, Des voyageurs superficiels les » ont accusés d'inorance, mais il n y eut jamais » de plus grande erreur. Leur adresse pour » sculpter, pour faire tous les ouvrages de me- > nuiserie, de péinture et de broderie, les tissus » qu'ils fabriquent avec la laine de la vigogne, la » poésie vraiment touchante de leurs chants, » répondent à la calomnie. Beaucoup d'Indiens » sont devenus très riches, par des entreprises » importantes et bien conduites ; d'autres sont
arrivés aux postes les plus élevés de l'État » C'est ainsi que le général Castella, indien d'o-
rigine, homme doué de grands talents mili-
taires, d'une énergie et d'une intrépidité peu > communes, fut président de la République, de » 1858 à 1862 (1). »
Comparez maintenant le sort que l'Anglo- Saxon à fait aux Peaux Rouges de l'Amérique du Nord, et dites de quel côté sont l'humanité et la vraie civilisation.
€ Ces faits, écrivait le docteur Prichard (2), » honorent, il faut en convenir, l'Église catho-
ï. Markham, À vruvers le Pérou et l'Inde, ch, 6. 2. Prichard, Æis'oire naturel'e te l'homme, section 46.
» lique romaine, et jettent, par comparaison, » une ombre épaisse sur l'histoire du Protes- > tantisme, ÿ
Oui, seule, l'Église catholique, la mère des nations rachetées par le Cris, a fait ce miracle, déclaré impossible en ethnographie: christianiser l'homme rouge, le faire remonter, peu à peu et sans secousses, de sa barbarie et de son abjection à la vie civilisée. Près de dix millions d'Indiens catholiques encore subsistants dans
AMÉR IQUE du SUD, — Chef indien en costume de gala, D'après un dessin envoyé par un missionnaire.
l'Amérique du Sud, malgré les défaillances des pasteurs et les fautes des gouvernements, sont l'éternel honneur du catholicisme et témoignent de sa supériorité sur toutes les autres contrefaçons du christianisme.
Il y a encore, en Bolivie, vingl-cing à trente mille sauvages à convertir, Ils sont évangélisés par les RR. PP. Franciscains, qui ont dans le Pays quatre collèges apostoliques :
Tarija, — 7 missions 13 missionnaires, 1,683 Indiens catholiques, 5.979 paiens,
Re R
d, Cr »