‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 237 sur 478 · LL — PROVINCE ECCLÉSIAS- TIQUE D'ALGER · texte numérisé non relu

LL — PROVINCE ECCLÉSIAS- TIQUE D'ALGER

É. E fut certainement un grand jour dans l'histoire du monde que celui où Hussein- Pacha, le dernier Dey d'Alger, mettant le comble à d'anciens outrages, souvent punis mais jamais vengés complètement, s'oublia jusqu'à frapper au visage le Consul de France (1828). Ce coup

d'éventail allait changer les destinées de l'Afrique musulmane, en émancipant les chrétiens d'un long esclavage de douze siècles. La patience du vieux peuple franc se révolta à la fin: mais en vengeant son injure nationale, il ne se doutait guère alors qu'il recommençait, à son insu et sans y penser, l'œuvre des Croisades : Gesta Dei per Francos.

De son côté, la vieille monarchie très chrétienne, au moment de descendre dans la tombe, allait s'immortaliser une dernière fois, en donnant à la France une belle colonie, et en ouvrant à l'Église une voie nouvelle pour l'évangélisation de l'Afrique, Malgré l'opposition anti-patriotique des députés de la gauche, le roi Charles X, méprisant également les menaces jalouses de l'Angleterre et les commérages des journaux à la solde des ennemis du trône, se résolut à détruire ce nid de pirates, qui défait depuis des siècles tous les efforts de la chrétienté, et qui avait résisté au bombardement de Duquesne, aussi bien qu'aux flottes de Charles-Quint.

Le 25 mai 1830, une armée de 30.000 hommes s'embarquait à Toulon pour l'Afrique : après plusieurs retards, amenés par les gros temps, elle débarquait, le 15 juin suivant, sur la côte de Sidi-Ferruch : le 10, elle livrait aux Arabes la sanglante bataille de Staouëli, qui fut une victoire ; enfin le 5 juillet, après un dernier combat aux portes d'Alger, le drapeau blanc fleurdelisé flottait victorieux au sommet de la Casbah. Ce devait être son dernier triomphe trois semaines plus tard le vieux roi, trahi plutôt que vaincu, l'emportaic avec lui en exil, et le léguait en mourant à son petit-fils, qui devait, à soixante ans de là, en fire un linceul d'honneur à la dynastie des Bourbons,

Alger était à nous : mais la monarchie constitutionnelle de Louis-Philippe montra d'abord tres peu d'empressement pour accepter le legs

glorieux de la monarchie légitime ; les préoccupations politiques et religieuses allaient ailleurs. Pendant les dix premières années, on piétina sur place, sans pouvoir se décider franchement à reculer ou à avancer, Cependant, le fanatisme religieux des Arabes nous suscitait, en la personne d'Abd-el-Kader, un adversaire redoutable, dont nos propres fautes et nos indécisions firent un moment le chef religieux et militaire de tout le pays.

Le gouvernement voltairien de l'époque avait cru faire merveille en affichant aux yeux des Arabes l'irréligion, et même en faisant des avances aux disciples de Mahomet, Dès les premiers jours de la conquête, les dix-sept aumôniers militaires qui avaient accompagné le corps d'expédition furent licenciés et renvoyés en France; pendant dix ans, l'Algérie fut à peu près fermée aux prêtres catholiques, et nos pauvres soldats furent condamnés à mourir sans secours religieux, On vit même des Français, croyant faire plaisir à l'administration, renier publiquement leur baptème et embrasser l'islamisme, Hs y gagnèrent le mépris public et l'aversion des musulmans eux-mêmes, assez intelligents pour comprendre que ces renégats n'étaient pas meilleurs mahométans que chrétiens. L'Arabe, chez qui le sentiment religieux est profondément développé, comme chez tous les Orientaux, résumait en ces termes méprisants son impression sur nos compatriotes : € Les Français sont des chiens, puisqu'ils ne prient jamais (1). » Voilà tout ce que nous avions gagné dans leur estime en affectant l'irréligion.

Enfin on se décida, au Ministère, à garder l'Algérie et à y faire venir des colons. Dès lors, il devenait indispensable d'y organiser ie culte catholique, Le roi signa, au mois d'août 1838, une ordonnance appelant au siège restauré de Julia Cesarea (Alger), Mgr Dupuch. de sainte et douloureuse mémoire, Tout était à créer :

mais le nouvel évéque d'Alcer était une de ces âmes apostoliques qui ne savent compter ni avec les difficultés, ni avec leurs propres sacri fices, Enfant, la Sœur Rosalie, qui l'avait à peu près élevé, disait de lui en souriant : € Si jamais il devient eveque, il vendra sa crosse et: SA mitre, » Évèque, ilne fit pas mentir l'horoscope : en arrivant dans son diocèse, il avait trouvé,

Page 1