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» va Y sonores LES MISSIONS CATHOLIQUES
Dix-huit mois après ces lugubres événements,
un missionnaire écrivait de Rubaga :
€ Tous les jours, nous recevons de nouveaux
catéchumènes ; depuis un an, j'en ai inscrit huit cents comme ayant assisté au catéchisme, que nous leur faisons tous les matins, et ce nombre est de beaucoup dépassé par celui des catéchumènes qui n'y ont pas assisté, mais que nos néophytes instruisent chez eux, dans les districts éloignés. »
Le roi lui-même était revenu à de meilleurs sentiments, et avait rappelé près de lui les chrétiens.
Le nouveau chef de ses pagès, un chrétien fervent nommé Honorat, avait toute sa confiance, et Mouanga lui avait soumis un grand nombre de districts de son Honorat avait usé de son influ-
royaume.
ence pour placer beaucoup de chrétiens à la tête des villages.
Mais cette Église naissante n'était pas au bout de ses épreuves.
Après la persécution des paiens, elle allait éprouver la persécution des disciples de Mahomet.
Le soulèvement de Bushiri au Zanguebar, les succès des Mahdistes au Soudan,avaient surexcité l'orgueil des esclavagistes arabes résidant dans la région des Grands Lacs. En 1889, une intrigue de palais renversa le roi Mouanga, pour mettre à sa place son frère Karéma. Les négriers arabes saisirent l'occasion pour s'emparer du nouveau roi, le forcer à renvoyer tous ses conseillers chrétiens et à se faire circoncire,. En même temps,
+ — Mgr Livinhac, supérieur général de la Société des — + Missionn. ires d'Alger, premier vicaire apostolique du Victoria-Nyanza.
AU XIXme SIÈCLE.
ils se ruërent sur les missions catholiques et protestantes ; après un pillage complet et une captivité pleine d'angoisses, tous les missionnaires européens, sans distinction de confession religieuse, furent jetés dans une barque, et lancés, sans vivres et presque sans vêtements, sur le lac. À la suite d'une navigation accidentée d'un naufrage dans lequel ils faillirent périr, ils débarquèrent enfin dans le sud du lac, à la station florissante de Notre-Dame de Kamoga. Sous la directioi: des esclavagistes, l'Ouganda devenait un État musulman, fermé désormais à la propagande évangélique.
Mais Dieu veillait sur les destinées de cette Église, si jeune et déjà si éprouvée.
Le roi Mouanga s'était réfugié auprès des missionnaires établis dans le sud. Les cruautés de Karéma et des Arabes lefirent bientôt regretter de ses anciens sujets. Le nouveau roi avait fait brûler tous les princes et princesses de sang royal ; il s'était conduit d'une manière si atroce qu'il était devenu un objet d'horreur pour tout ce qui n'était pas musulman. Un parti puissant se forma bientôt dans l'Ouganda pour rappeler Mouanga.
Malheureusement, l'ancien roi ne pouvait mettre en ligne que trois cents fusils, et les esclavagistes, dont la cause était intimement unie à celle de l'usurpateur, disposaient de quinze cents hommes et de munitions en abondance,
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Craignant, dans des conditions si disproportionnées, “Vengager la lutte sur le continent, Mouanga se retira dans une ile appelée Sésé, tout près de la côte, et à 10 kilomètres environ de son ancienne capitale. Il y fut bientôt rejoint par plusieurs centaines de chrétiens, De là, il envoya trois barques, sous la conduite d'un de ces néophytes, pour prier les missionnaires, demeurant au sud, de lui apporter le secours moral de leur présence, ajoutant que, si on refusait sa demande, il renoncerait à la lutte, et se retirerait définitivement à la mission.
Après avoir consulté tous ses missionnaires, le vicaire apostolique lui envoya les PP, Lourdel ct Denoit, qui arrivèrent à Sésé le 14 septembre 1889. Ils furent reçus avec un enthousiasme incroyable par leurs anciens chrétiens ; pendant plusieurs semaines, les Pères furent occupés, jour et nuit, à entendre les confessions et à préparer de nombreux catéchumènes au baptême,
Dieu bénit visiblement les armes des chrétiens. Ils défirent complètement un convoi formé de deux bateaux à voiles, chargés de munitions, avec 150 hommes de renfort, envoyés par les Arabes pour ravitailler Karéma et ruiner * jamais la cause de Mouanga, Ce fut un nouveau Lépante, Chose incroyable et qui tient du prodige, la petite troupe chrétienne n'avait que quelques pirogues pour monter à l'abordage de deux gros vaisseaux, et, malgré une créle de balles, elle ne perdit que deux hommes, alors que cent cinquante musulmans périrent dans cette rencontre,
Enfin, le roi Mouanga était remonté sur le trône, et la tentative de faire de l'Ouganda an grand État musulman avait complètement avorté.
Le roi écrivait à la fin de 880 au cardinal Lavigerie, pour lui demander l'envoi de nombreux missionnaires, afin d'amener son peuple à la foi chrétienne. Il n'est pas déraisonnable d'espérer que, d'ici à quelques années, il y aura, aux bords du Victoria Nyanza, un grand État chrétien de plusieurs millions d'âmes, d'où la foi rayonnera au loin dans les profondeurs de l'Afrique équatoriale,
Mais pour cela, il faut que l'Europe civilisée interdise absolument aux névriers arabes l'intérieur de l'Afrique, Comme l'écrivait récemment
Mgr Livinhac, les trafiquants arabes mettent tout en œuvre pour rendre les blancs odieux et les faire chasser de partout, Ils verront toujours dans le missionnaire un homme dangereux pour leur influence sur les populations de l'intérieur, influence qui est la source de leur forture, Vivant de la traite, les musulmans d'Afrique sont, qu'ils le veuillent ou non, les ennemis naturels du missionnaire, et leur triomphe serait la ruine du christianisme et de la vraie civilisation,
Espérons qu'en dépit de certains publicistes, qui osent préconiser ce qu'ils ne rougissent pas d'appeler /4 étvilisation des noirs Lar l'Islam, les nations européennes, qui ont fait si bon accueil à la croisade prêchée, sur l'ordre de Léon XIII, par Mgr Lavigerie contre l'esclavage, sauront faire leur devoir, et qu'elles refouleront dans les profondeurs du désert la civilisation musulmane et ses défenseurs : c'est le seul moyen de faire cesser les horreurs de la traite dans l'Afrique équatoriale, et de civiliser vraiment ces immenses territoires.
Voici quelle est la situation religieuse du vicariat du Victoria Nyanza :
Le vicariat s'étend tout autour du lac Victoria, véritable Méditerranée de l'Afrique équatoriale, Il embrasse plusieurs États : au nord du lac, la province égyptienne d'Émin- Pacha, qui est au pouvoir des Mahdistes, et dans laquelle sont comprises les deux stations abandonnées de Gondokoro et de Sainte-Croix, fondées autrefois par les missionnaires du Soudan : à l'ouest, l'Ouganda et les États tributaires ; au sud, les royaumes des Bukumbi et des Rouama. Les limites religieuses du vicariat sont : au nord, le vicariat du Soudan, à l'est, les vicariats des Gallas et du Zanguebar septentrior. 1, au sud, le vicariat de l'Ounyaniembé, à l'ouest, le vicariat du Congo belge. La population totale est de vingt cinq à trente millions d'habitants, sur lesquels on compte environ trois mille catho liques, et un nombre au moins égal de catéchumènes, Jusqu'ici la mission protestante n'a fait qu'un nombre tout à fait restreint de prosélytes,
L'Islam n'est guère représenté que par deux À trois cents trafiquants et nécriers arabes, sauf au nord, dans la province d'Emin-Pacha, où les Mahdistes dominent, La majorité de la population est done paienne.
spas amis 5 —.
Personnel : x vicaire apostolique. — 12 missionnaires d'Alger,
Œuvres : 3 stations principales : Sainte-Marie de Rubaga, |
dans l'Ouganda, Notre-Dame de Kamoga, chez les Bukumbis, et Ousambiro, dans le petit État des Rouama. — 2 églises ; 1 séminaire à Kamoga, 12 élèves.
4 orphelinats : environ 450 enfants rachetés de l’esclavage.
Quand j'écrivais ces lignes en 1890, je redoutais pour la mission de l'Ouganda les efforts des Arabes esclavagistes, C'était là que je croyais voir le danger. Bien que ne me faisant pas d'illusions sur les convoitises politiques de l'Angleterre et l'esprit sectaire des Révérends ministres de l'Église anglicane, j'aurais cru me rendre coupable de jugement téméraire et faire injure à ces messieurs, en supposant que la mission catholique pût être mitraillée et détruite par une autre mission qui se dit chrétienne. J'avais trop présumé de la modération de l'hérésie.
Exaspérés du succès des catholiques, qui comptaient déjà plus de cinquante mille néophytes quand les protestants n'étaient encore qu'une poignée, voyant le roi Mouanga se préparer au baptême, et l'Ouganda sur le point de devenir un grand rcyaume catholique, les protestants ont comploté froidement, et mené à bonne fin, l'écrasement d'une mission rivale, qu'ils désespéraient de vaincre sur le terrain de la libre discussion. S'appuyant habilement sur les intérêts politiques de l'Angleterre, qui n'étaient pourtant pas en cause, puisqu'il y a dix ans que la France a refusé le protectorat de l'Ouganda, ils ont affecté, pour rendre odieux et suspects les catholiques, de les désigner sous le nom de parti français, ce qui est une calomnie. Selon leur habitude invariable, défiances et les haines entre protestants et catholiques. Au lieu de grouper leurs néophytes avec les nôtres, pour former un seul peuple et le défendre contre le; Arabes esclavagistes, qui sont le vrai danger de l'Afrique centrale, ils ont fait cause commune avec les fils de Mahomet, pour écraser les catholiques leurs frères.
ils ont suscité les
Pauvre cardinal Lavigerie, dont cette catastrophe a contristé les derniers jours et hâté la mort !
Il recommandait aux missionnaires de vivre en paix avec les protestants, en se plaçant sur
Er à ns ; V4 à 4 ONS CATHOLIQUES AU XIXM"e SIECLE.
le terrain commun du christianisme, pour réunir tous les efforts et toutes les bonnes volontés contre l'Islam. Il avait oublié le mot satanique de Luther écrivant aux princes de l'Allemagne : € Plutôt Turcs que papistes, »
Mais enfin, qui a commencé cette lutte fratricide? Car les misérables qui ont mitraillé les catholiques, essayent aujourd'hui de déshonorer leurs victimes en les transformant en agresseurs. J'écarte également le témoiznage des victimes et celui des hourreaux. Les Allemands protestants, désintéressés dans la querelle, ont déjà répondu : € Ce sont les protestants. » Un Anglais catholique, dont le chauvinisme et l'esprit de parti n'ont pas faussé le jugement, le R. Vaughan, frère de l'archevêque de Westminster, qui revient de là-bas, a publié dans L'Univers une longue et éloquente lettre pour mettre toute la responsabilité du côté des protestants. Et de fait, pourquoi les catholiques auraient-ils commencé, puisqu'ils étaient les plus forts, et qu'ils avaient le roi avec eux ? Qu'avaient-ils à craindre du prosélytisme des protestants, qui avaient échoué? Incontestablement ce sont les protestants, qui, après la restauration de Mouanga sur le trône, ont tenu à se séparer des catholiques, que leurs instructeurs spirituels leur avaient appris à détester comme pires que des païens. Ce sont eux qui, par leurs provocations continuelles, encouragées par la Compagnie Zast-Africa, ont rendu la lutte inévitable; si les catholiques, qui avaient le roi pour eux et qui étaient la majorité, avaient voulu écraser leurs concitoyens protestants, ils n'auraient pas attendu, pour entamer la lutte, que le lieutenant Lutgard, qui était absent de la capitale depuis trois mois, fût de retour avec les mitrailleuses.
Quant à l'avenir, je me refuse absolument à
désespérer du sort de cette belle Eglise de
l'Ouganda, qui, en dix ans, a déjà donné au Curisr des centaines de martyrs. Elle triomphera des iniquités de l'hérésie, comme elle à triomphé des fureurs du paganisme, Aujourd'hui les catholiques sont écrasés par une poignée de sectaires ; on les a dépouillés de tous leurs droits politiques, en les parquant, comme des lépreux, dans un coin du pays ; on les a mis au-dessous des paiens et des musulmans ; on s'est emparé du roi, pour gouverner sous son nom et faire
asseoir l'hérésie sur le trône, Ce sont là les
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procédés ordinaires de l'hérésie : ils ne lui réussiront pas mieux là qu'ailleurs. Laissez passer un demi-siècle : vous verrez l'opinion revenue au catholicisme et l'hérésie, déshonorée par les violences, perdra toute autorité sur les âmes, a — VICARIAT APOSTOLIQUE DU TANGANIKA ORIENTAL,
La mission du Tanganika, érigée comme celle du Victoria Nyanza en 1878, a connu, elle aussi,
de mauvais jours. Après avoir perdu en route leur supérieur, le Rév. P. Pascal, emporté, comme je l'ai dit, par la fièvre, les quatre missionnaires survivants arrivèrent, le 24 janvier 1870, à Oujiji, ville tout arabe, située sur la côte orientale du Tanganika. Comprenant qu'il y avait peu à faire dans une localité où les négriers arabes dominaient, les missionnaires s'empressèrent d'ouvrir, dès 1880, deux autres stations parmi les noirs païens, beaucoup plus accessibles à la prédication évangélique, l'une à Ouviri, au
AFRIQUE ÉQUATORIALE, — Vue d'Oujiji
nord du lac, et l'autre chez les Massangés, sur la côte occidentale,
Une catastrophe vint bientôt ruiner la station d'Ouviri. Les missionnaires avaient créé dans ce poste un vaste établissement, pour le rachat et l'éducation des enfants noirs arrachés à l'esclavage. Les négriers arabes, jaloux de leurs succès, ct voyant avec défiance la présence des missionnaires sur les rives du Tanganika, dont ils avaient fait le centre de leurs opérations
sur le lac Tanganika, d’après une photographie.
commerciales, excitèrent contre eux les populations voisines, qui se ruèrent à l'improviste sur l'orphelinat et massacrèrent les deux Pères Déniaud et Augier, avec l'auxiliaire Dhoop (1881). Les survivants se réfugièrent, avec leurs enfants, chez les Massangés, de l'autre côté du lac, et fondèrent la station de Kibanga.
La mission du Tanganika, d'abord aussi étendue que celle du Victoria Nyanza, a subi plusieurs démembrements, qui l'ont ramenée à des
etre
dr
LIQUES AU XIXe SIÈCL
proportions plus restreintes, Un décret du 30 décembre 1886 en a détaché la partie nord, pour former le vicariat de l'Ounyaniembé, et toute la côte ouest, qui est devenue le vicariat du Tanganika occidental, En 1889, un autre décret en détacha toute la partie sud, pour former la mission du lac Nyassa.
Le 24 août 1887, une scène bien touchante avait lieu à l'orphelinat de Saint-Joseph de
Le R. P. Déniaud, de la Société des Missionnaires d'Alger, supérieur de la mission du ‘’angar 1, massacré dans l'Ouroundi,
Kipalapala, situé à peu près à moitié route entre le Victoria Nyanza et le Tanganika Mgr Livinhac, vicaire apostolique du Victoria, venait donner la consécration épiscopale à Mgr Charbonnier, premier vicaire apostolique du Tanganika oriental. L'un s'arrachait d'auprès des martyrs de lOuganda, dont le sang fumait encore ; l'autre faisait deux cents lieues à travers des forêts pleines de dangers, pour venir recevoir, dans une pauvre chapelle, au milieu de quelques noirs arrachés à l'esclavage du démon
et à celui des hommes, la plénitude du sacerdoce catholique, C'était, depuis les jours du Cénacle, le premier sacre d'évêque qui eût eu lieu dans les régions perdues de l'Afrique équatoriale, Les deux pontifes mêlaient leurs larmes à l'huile des onctions sacrées, et les noirs, accourus de toutes parts à ce spectacle si nouveau pour eux, ne pouvaient, malgré la sainteté du lieu et de la scène, retenir leurs exclamations d enthousiasme, à la vue des magnificences de la liturgie catholique.
Actuellement, la mission du Tanganika oriental, réduite à la côte est du lac, se compose de trois postes principaux : Ouijiji, où des médecins arabes chrétiens, sortis de l'Institut apostolique de Malte, ont ouvert un hôpital, et s'efforcent, par l'exercice de la charité, de répandre l'influence chrétienne au milieu d'une population envahie et déjà gangrenée par l'Islam ; Karéma, station importante, fondée, il y a quelques années, par les officiers belges de l'État du Congo, et cédée par eux aux Missionnaires d'Alger ; et Lavigerie.Ville, au sud du lac.
Après les premières difficultés du début, l'influence des missionnaires commence à s'affermir et à se répandre sur toute la côte orientale du Tanganika, et les populations noires établies sur le terrain de la mission ou dans les environs, montrent les meilleures dispositions à s'instruire. Le chiffre total des baptisés s'élève aux environs de quatre cents, mais de nombreux catéchumènes se préparent à devenir les enfants de Dieu et de l'Église,
Le vicariat du Tanganika oriental à pour limites : au nord, le vicariat du Victoria-N yanza; à l'est, ceiui de l'Ounyaniembé et la préfecture du Zanguebar méridional ; au sud, la mission de Nyassa ; à l'ouest, le vicariat du Tanganika occidental,
Personnel : x vicaire apostolique, ro missionnaires.
Œuvres : 3 stations principales, $ stations secondaires. — 2 églises.
2 orphelinats : 180 enfants.
2 hôpitaux avec dispensaires.
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