QUE CENTRALE
seiller du roi, André Kagoua, un de ses meilleurs généraux, et Mathias Mouroumba , juge du | royaume, avaient averti le prince de ce qui se tramait contre lui. Katikiro, se voyant découvert, avait demandé grâce en pleurant, et, contre | les habitudes cruelles
de ses prédécesseurs, | Mouanga lui
avait pardonné, et l'avait même dans sa charge de premier ministre, | Ce qui était vraiment Pousser un peu loin l'indul. | gence, Katikiro avait juré de se venger, et il
tint parole, Les trois seigneurs chrétiens qui, en le dénonçant, avaient sauvé la vie du prince, reçurent en récompense la couronne du martyre, Joseph Mkasa fut la Première victime de Ja per- | Sécution. Il s'était attiré la | ministre : de plus,
sciller du roi,
conservé
haine du premier il s'était Permis, comme conde désapprouver le meurtre de in ; évidemment c'était un traitre, dont il fallait se défaire,
Arrivé au lieu du supplice, rien perdu de son calme h au bourreau :
l'évêque anglic:
Joseph, qui n'avait abituel, dit en souriant
€ Tu diras à Mouanga
de ma part qu'il m'a condamné injustement
* Mais que je lui pardonne téras que je lui conseille de se repentir, car, s'il ne se repent, il aura à plaider contre moi au tribunal de Dreu. »
Le bourreau, ayant tranché la tête du martyr et livré son corps aux flammes, fit la commission auprès du roi, qui affecta d'en rire :
esprit était frappé d'une terr [ fit tuer un autre individu, avec le plus grand soin victimes :
de bon cœur, Tu ajou
mais son eur superstitieuse.
ordonnant de mêler les cendres des deux
( Comment Pourra-t-on le
reconnaitre maintenant? disait-il en
ricanant, et comment
fera-t-il pour plaider contre moi au tribunal de Dieu ?
Après le supplice de son conseiller Mouanga fit mettre à mort un groupe de
pages chrétiens, dont le P:
intime, jeunes Lourdel retrace le martyre dans une page émue :
€ Me voici à la résidence royale : tout est de la mort. Je me
dirige vers les cours intérieures, d
calme, mais c'est le calm
ans lesquelles, à Ma grande surprise, on me laisse pénétrer sans la moindre difficulté. Mon étonnement est à son
comble, quand je vois nos chrétiens de la cour,
libres, aller tranquillement de côté et d'autre, comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé. Tout ce qu'on m'a raconté est-il donc une fable, ou suis-je le jouet d'un rêve? Hélas! non, Le bon Dieu a seulement voulu me réserver la triste consolation de voir de mes propres yeux enchainer mes chers enfants et de leur dire, du regard, un suprême adieu,
» Charles Louanga, chef du groupe des pages, est appelé le premier avec ses compagnons,
Le R. P, Lourdel, des Missiunnaires d'Alger,
supérieur de la mission de l'Ouganda
chrétiens comme lui, Ils sont accueillis par des huées, que domine la voix tonnante du roi. Il leur fait les reproches les plus amers sur leur religion, puis il dit : € Que ceux qui prient se rangent de ce côté. »
» Aussitôt Charles Louanga et Kizito, jeune catéchumène d'une fermeté de caractère tout à fait rare à son âge, se dir'vcent vers l'endroit désigné. Tous ceux de la troup jui sont chrétiens suivent leur ex nple. Circonstance touhante! Charles et Kizito étaient convenus,
LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
| pour s'encourager mutuellement et ne pas faiblir au moment décisif, de se tenir par la main.
» À un signe du roi, les bourreaux se jettent sur ces courageux confesseurs de la foi, les enlacent dans leurs grosses cordes, et les trainent brutalement en dehors de la cour. L'héroïque troupe s'arrête à quelques pas de moi, On a lié ensemble les jeunes gens de dix-huit à vingtcinq ans. Les enfants forment un autre faisceau, Ils sont tellement serrés qu'ils ne peuvent marcher qu'à grand'peine, à petits pas, et en se heurtant les uns aux autres. Je vois le petit Kizito rire d'une position si bizarre, le visage aussi serein que s'il eût joué avec ses camarades, Kizito est fils d'un des plus grands seigneurs du royaume. Plusieurs de ses frères ont de uis longtemps embrassé le christianisme, et se sont fait remarquer par leur courage et leur ferveur, Kizito est digne de ses ainés, Depuis longtemps il m'importunait pour recevoir le baptême, me disant que Mouanga ne tarderait pas à le tuer.
Jer ippelle, une fois, avoir été obligé, pour me « rrasser de ses importunités, de le prendre entre mes bras et de le faire passer par la fenêtre, En n, le voyant si ardent, si bien disposé, je lui
avais promis dernièrement de le baptiser dans un mois. Mais le bon Dieu avait décidé que cette âme d'élite serait régénérée dans son propre sang, }
Le P. Lourdel ne put assister au martyre de es héroïques enfants ; mais des témoins oculaires ont fait le récit de leur mort, dont les détails rappellent les pages les plus’suaves des annales de la primitive Église,
Le chef des pages chrétiens, Charles Li uanga, fut séparé de ses compagnons. Pour faire montre de zèle, le bourreau avait prié le roi de le lui livrer, promettant de le torturer de la bonne manière, [1 le brûla donc lentement, en commen-
çant par les pieds. En attisant le feu, lui disait :
€ — Allons, que Dieu vienne et te retire du
brasier ! »
Le martyr lui répondit : € Pauvre insensé ! tu ne sais pas ce que tu dis. En ce moment, c'est comme une eau rafraichissante que tu verses sur mon corps ; mais, pour’ toi, le Dieu que tu
longtemps
k … À se Ce . mn À PNR à LES MISSIONS DE L'AFRIQUE CENTRALE, 1800-1890, 449
e pas faiblir | insultes te plongera un jour dans le véritable patience que leur tour fût arrivé. «4 Ne vous main, | feu, » tourmentez pas, leur criaient les bourreaux ;
x se jettent | On conduisit les autres Pages, au nombre de | nous VOUS réservons pour terminer la fête, si
la foi, les | trente-quatre, sur une colline qui s'élève en face toutefois vous persistez dans Votre entétement,
les traînent de la station catholique de Sainte-Marie de | car sis US renoncez à votre religion, vous serez L'héroïque Rubaga. Dans le nombre. il Y avait trois jeunes | pargnés, »
. On a lié enfants encore simples catéchumènes, qui exci- Les jeunes pages se montrèrent inébranlables,
it à vingt- taient la pitié des bourreaux, Jamais encore, | et les bourreaux prirent sur eux de les reconduire
re faisceau, dans l'Ouganda, on n'avait vu torturer des en prison, Diet voulait se réserver ces trois % uvent mar- | enfants d'un âge aussi tendre. Les bourreaux témoins oculaires de l'héroïque holocauste des
, et en se leur dirent : | trente et un pages de Mouanga,
is le petit € — Déclarez simplement que vous ne prierez ”
le visage | plus, et on vous accordera votre grâce, » +
camarades, | € — Non, répondirent les enfants ; nous ne Au premier bruit de ces tragiques événements, igneurs du | cesserons de prier, tant que nous vivrons, » | Mgr Livinhac, qui se trouvait alors à Notre-
nt deouis | On les mit à l'écart, espérant que Ja vue du | Dame de Kamoga, au sud du lac, accourut à
et se sont | supplice de leurs camarades les aménerait à | Rubaga, Pour essayer de fléchir le roi, Mais il
ir ferveur, |
ptême, me à le tuer.
bligé, pour le prendre ‘la fenêtre, posé, je lui tiser dans écidé que son propre
artyre de s oculaires étails rapnnales de
Louanga, re montre de le lui la bonne commeneu, lui
retire du
sensé : tu ent, c'est u verses
U que tu
apostasier, Une grande quantité de roseaux
avaient été coupés d'avance ; On en fit de gros fagots, au milieu desquels on enferma chacun des patients, Un des trois enfants qu'on voulait épargner, voyant qu'on ne
le liait pas comme les autres, s
mit à pleurer en disant :
€— Où donc est mon fagot à moi? Tous en ont ; moi aussi je veux le mien, »
Pour l'apaiser, les bourr aux le lièrent dans un fagot, mais ils le mirent à l'écart, aiusi que les deux autres,
Les fagots terminés, on les plaça les uns à côté des autres, les pieds des
dans le même sens. Parmi ces
victimes tournés trente et:un martyrs, se trouvait le propre fils du bourreau en chef. Le malheureux père, pour épargner à son enfant les tortures du feu, ordonna de lui assé-
ner d'abord un fort coup de bâton sur la nuc ue,
Le petit cadavre fut remis ensuite dans son fagot, et replacé auprès des corps de ses camarades,
Après cette première exécution, on mit enfin le feu aux fagots, en commençant par les pieds, afin de faire souffrir plus longtemps les patients, et aussi dans l'espoir qu'aux premicres atteintes de la flamme, quelques-uns demanderaient grâce Mais les martyrs n'ouvrirent la réciter des Prières, Au bout d'une demi-heure, tout était fini, et l'Église naissante de l'Ouganda comptait trente et un Martyrs de plus,
Les trois jeunes enfants épargner contemplaient les +
bouche que pour
qu'on avait voulu restes fumants de
leurs petits camarades, et attendaient avec im-
Missions catholi ques.
ne put rien obtenir.
€ Durant le mois que j'ai passé à Sa de Rubaga, écrivait le prélat, au mois 1886, un grand nombre de néophytes
inte-Marie de juillet n'ont pas
craint de s'exposer au danger de mort pour venir me Voir, et j'ai pu donner la confirmation à quatre-vingt-dix-sept des mieux préparés. I]
m est arrivé de me le
ver quatre et cinq fois dans
la même nuit, pour recevoir quelqu'un de ces chers visiteurs. Je ne saurais dire combien j'ai
été touché des merveilleux effets que produits dans ces chrétiens d'un jour,
la grâce à Le] Ils voient
la cruelle mort qui les menace, avec ce courage calme que donne une foi inébranlable, « Les > bourreaux, disent-ils, tuent le Corps, mais ils > ne peuvent tuer l'âme : ils font souffrir durant » quelques moments, mais l'âme leur échappe et » s'en va chez le bon Dev, qui la rend éternel-
» lement heureuse, »
> Bon nombre nous demandent si n'est pas une sorte d'apostasie, et s'il pas mieux d'aller se déclarer chrétien
se cacher ne serait devant le
roi. Au dire des habitants, le nombre des victimes
dépasse la centaine, La force d'âme montrée au milieu des plus cruels su fait croire aux Ptuens, comme aux siècles du christianisme, que nous
qu'ils ont pplices, à premiers ivons un
philtre mystérieux, qui rend les tortures douces
et fait mépriser la mort. »
Comme toujours, le sang des Martyrs allait devenir une semence de nouveaux chrétiens.
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