‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 354 sur 478 · Rev. Lang. Æ/s/oie de la Nouvelle-Galles, ch · texte numérisé non relu

Rev. Lang. Æ/s/oie de la Nouvelle-Galles, ch

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d'exterminer des populations qui, à l'arrivée des Anglais, montrèrent, on l'a reconnu, € les dispositions les plus amicales. »

À la place de l'élément indigène,exterminé sans pitié ou refoulé dans des déserts sans eaux, où il ne peut pas vivre, l'élément anglo-saxon s'est largement développé en Australie, En 1800, je l'ai dit, les Anglais étaient environ un millier; en 1820, ils étaient déjà 40.000 ; en 1850, 800.000 ; en 1870, 1.600.000 ; en 1890, ils sont 2.400.000 pour l'Australie seule, sans compter la Tasmanie et la Nouvelle-Zélande, Si la progression continue, et elle continuera, c'est par dizaines de millions qu'il faudra compter la population future des colonies anglaises de l'Australasie, et l'on assure que le pays peut facilement les nourrir.’

L'Australie a commencé par être la terre de l'or : en quatre-vingts ans, plus de sept milliards ont été extraits des entrailles de la terre, Aujourd'hui la fièvre de l'or est tombée, et depuis une quarantaine d'années les colons s'adonnent à l'élevage du bétail ; c'est par là que débute ordinairement la mise en "culture d'un pays. A cette heure, on compte, en Australie, 60.000.000 de moutons, 7.000.000 de bœufs, plusieurs millions de porcs et de chevaux. Mais déjà l'agriculture commence à réclamer pour elle ees milliers d'hectares abandonnés au pacage des troupeaux, et partout où l'on a voulu s'en donner la peine, ce sol, encore vierge, s'est couvert de moissons, qui promettent de récompenser largement le travail du cultivateur.

L'avenir de ce nouveau continent parait donc assuré, et peut-être est-il destiné à jouer un rôle prépondérant dans les complications de l'avenir. On se rappelle le passage mélancolique de Macaulay, dans lequel il représente le catholicisme florissant dans l'Australie et la Nouvelle-Zélande, alors que l'ancien monde aura suceombé sous les vices, et qu'un voyageur, parti de Melbourne ou de Nelson, s'arrêtera sous une arche à demi brisée du pont de Londres, pour dessi..cr les ruines de la cathédrale de Saint-Paul, Si la vieille Europe continue à faire divorce avec le christianisme, qui l'a faite ce qu'elle est, il pourra bien se faire que la prophétie de l'historien protestant se réalise avant qu'il soit longtemps. Qui pourrait dire jusqu'où nous fera descendre l'apostasie des nations européennes, gangrenées par le

luxe et l'amour des jouissances, en face de la barbarie sociale qui monte comme une marée irrésistible, et menace de tout emporter sous ses flots destrucieurs ?

En présence de ce nouveau monde qui surgit à l'horizon de l'histoire, il est bien permis de se demander avec anxiété ce qu'il sera, et s'il vaudra mieux que l'ancien, qui s'affaisse dans la décrépitude et dans l'abaissement des caractères, C'est ce que l'avenir seul nous dira ; mais il faut reconnaitre que les apparences présentes sont assez peu encourageantes : en Australie, comme dans la jeune Amérique, la soif de l'or, une spéculation effrénée, un égoïsme sans nom, l'agiotage élevé à l'état d'institution sociale, voilà les traits saillants qui frappent tout d'abord, et très vivement, l'observateur de ces jeunes s0ciétés, nées d'hier, et affichant déjà tous les vices de l'ancien monde, Les malheureux indigèries, traqués comme des bêtes fauves et jetés en p4ture aux chiens des colons (1), protestent par leur destruction systématique contre ces prétendus progrès de la civilisation, dont nous soinmes si fiers,

Au fond, ces peuples seront ce que les fera l'Église, la grande institutrice des nations modernes aussi bien que des anciennes. Malheureusement, en Australie comme à la Nouvelle- Zélande, le système employé est celui que ies loges maçonniques sont en train d'imposer à la vieille Europe : séparation de l'Église et de l'État, instruction gratuite, obligatoire et laïque. Je reconnais volontiers que ce système a moins d'inconvénients dans un pays sans histoire et sans traditions. [ci, la séparation n'est pas un divorce, puisque l'Église et l'État n'ont jamais été unis ; aussi, elle s'opère ordinairement à l'amiable, sans haines et sans déchirements : sous ce régime imparfait, si l'Église est privée du concours de l'État, au moins rlle n'est pas violentée et jouit de la liberté commune, ce qui lui permet de développer en paix ses œuvres, et de faire chaque jour de nouveaux progrès.

Voici ce que disait dernièrement sur ce sujet, à un voyageur français, un Australien protestant et libre-penseur :

€ Je viens de visiter l'Europe et l'Amérique. » En Angleterre, j'ai trouvé un peu de liberté,

1. Atrocité historique, qui s’est malheureusement réalisée plus d'une fois en Australie.

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» mais gâtée par un formalisme excessif. En » France, j'ai lu son nom inscrit sur vos monu- > ments, mais rien de plus ; vous autres, Fran- » ais, vous n'avez jamais rien compris à la » liberté! En Amérique, il y a bien la liberté, » mais avec excès ; là-bas, la vie et la propriété > ne sont pas suffisamment sauvegardées, et » chacun doit avoir son revolver et s'en servir » au besoin, pour se faire respecter, Le vrai » pays de la liberté, c'est l'Australie (1). » Hya certainement du vrai dans cette appréciation, légèrement empreinte de chauvinisme. D'après le voyageur en question, M. Michel, catholique fervent, la supériorité de l'Australien vient de ce qu'il ne conçoit pas la liberté sans le respect de Dieu et de la famille, En Australie et à la Nouvelle-Zélande, si l'État ne reconnait aucun culte chrétien, il les respecte tous ; le blasphème et le travail du dimanche sont rigoureusement punis par la loi ; les mœurs sont très efficacement protigées par de sages règlements de police, et le père de famille jouit de l'absolue liberté de disposer de ses biens et d'élever sa famille comme il l'entend : grâce à ce respect de Drev et des droits de la famille, la séparation de l'Église et de l'État perd une grande partie de ses inconvénients.

[l'en reste pourtant un certain nombre : l'école étant non confessionnelle, catholiques et protestants sont également lésés, puisqu'ils doivent, après avoir payé l'impôt pour les écoles publiques, s'imposer de lourds sacrifices pour entretenir leurs propres écoles, s'ils veulent que leurs enfants soient élevés dans la foi de leurs parents. Il y a là, pour un peuple qui se dit et qui se croit libéral, une injustice flagrante, En réalité, les libres-penseurs sont les seuls à bénéficier de ce système ; ils s'arrogent ainsi le droit, qu'ils refusent à toute confession religieuse, de puiser dans le budget commun pour soutenir leurs écoles, leurs orphelinats et leurs hôpitaux,

Au moins les : atholiques, et ceux des protestants qui tiennent encore à donner une éducation confessionnelle à leurs enfants, en sont quittes pour payer deux fois. L'État veut bien ne les gêner en rien dans leurs œuvres de charité et d'éducation, C'est un avantage très appréciable, quand on voit ce qui se passe ailleurs.

Au point de vue politique, l'Australie forme

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