Rév. Hives, La vie sur les plages du l'acrfique, ch
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volontairement à son évêque pour être le pasteur spirituel et le consolateur de ces abandonnés, Ce fut, dans toutes les iles Sandwich, en Amérique, et jusqu'en Angleterre, une explosion d'enthousiasme, lorsqu'au mois de mai 1873, le P. Damien alla s'enfermer au milieu des lépreux de Molokaï, avec la prévision à peu près sûre de gagner leur affreuse maladie, € Nous avons » dit souvent, écrivait un des journaux protes- » tants du pays, que les pauvres lépreux ce » Molokaï offraient à l'héroïsme chrétien une
Le R. P. Damien Deveuster, des Sacrés-Cœurs, missionnaire à la léproserie de Molokai (iles Sandwich).
» belle et noble occasion de s'exercer. Nous > sommes heureux de dire aujourd'hui que Île » héros est trouvé... Le P. Damien a été laissé » au milieu des lépreux sans logement, sans » argent, sans vêtements, sans autres ressources
> enfin que celles qu'ont pu lui offrir les lépreux.
> Nous n'avons pas à nous préoccuper des opi- > nions théologiques de cet homme. Il est cer- > tainement un héros chrétien, »
€ Voilà vraiment l'esprit du Cukist, disait un » autre journal, voilà un amour de l'humanité
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LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.
inexplicable à l'intelligence, voilà Xavier pé-
nétrant dans les replis de la misère humaine,
voilà un héros qui se précipite dans l'abime béant pour sauver un peuple ; son œuvre est au-desus de toutes les œuvres de charité, »
Bientôt les encouragements et les secours matériels arrivèrent de tous côtés au pauvre missionnaire, qui avait été laissé dans l'ile sans même avoir un toit pour s'abriter, si bien que, pendant les premières semaines, il dormait en plein air, sous un vaste pandarus, qui ombrageait la place publique du village de Kalawoo, où il était descendu. Tout était à faire au milieu de ces huit cents lépreux, qui, séparés pour toujours de la société civilisée, se consolaient de leur exil en s'abandonnant aux plus honteux désordres. Naturellement, le bon Père s'occupa d'abord de ramener à Dieu les catholiques, et il leur éleva successivement deux chapelles, une à Kalawoo, où il résidait, et l'autre au village de Kalaupapa, où, dès 1874, un de ses confrères vint le rejoindre. Mais il partagea toujours intégralement, et sans distinction de croyances, entre catholiques et protestants, les secours matériels qui lui furent envoyés. Parmi les généreux bienfaiteurs du saint prêtre, il faut citer au premier rang le Rév. Chapman, vicar anglican de l'église de Saint-Luc, à Londres, qui lui envoya, à diverses reprises, 2,645 livres sterling (65.625 francs), en se recommandant à ses prières, et un riche banquier protestant d'Honolulu, qui fit élever à Kalaupapa, pour les filles et les femmes lépreuses, un asile-hôpital, dont le gouvernement confia la direction aux Sœurs du Tiers-Ordre de Saint-François.
Au bout de douze ans de ce rude apostolat, en 1885, le bon P. Damien ressentit les premiers symptômes de la lèpre ; il accepta joyeusement le dénouement prévu dès le premier jour, et quand il mourut de la mort des saints, le 15 avril 1888, il laissait derrière lui son œuvre, solidement établie, aux mains de deux prêtres et de six religieuses hospitalières.
Le bon Père fut enterré au milieu de ses enfants, sous l'arbre qui lui avait servi d'abri quand il débarqua dans l'ile. Dès que la nouvelle de sa mort eut traversé l'Océan, il se forma à Londres un comité, sous la présidence du prince de Galles; son Ém. le cardinal Manning, l'archevêque anglican de Cantorbéry, l'évêque de Londres, le
Rév. Chapman, et d'autres illustrations, en faisaient partie, On résolut d'élever un monument funèbre sur la tombe du P. Damien, et d'ouvrir, à Londres, un Institut médical pour soigner les personnes atteintes de la lèpre, et étudier les moyens de guérir cette terrible maladie,
En France, Mgr Perraud fit à l'Académie, aux applaudissements de tous, l'éloge du saint prâtre qui, sorti d'une Congrégation française, est allé aux antipodes faire admirer, des ennemis mêmes de notre foi, le dévouement du missionnaire et l'héroïque générosité du caractère français.
Et maintenant, sans vouloir rien enlever au noble sacrifice du KR. P. Damien, me sera-t-il permis de dire que j'ai toujours été un peu surpris, je l'avoue, de l'enthousiasme extraordinaire que son dévouement a suscité ? On aurait tort, à mon avis, d'oublier que ce fut toujours l'honneur de l'Église catholique de se dévouer, et de dévouer la vie de ses prêtres au service des pauvres, des abandonnés, des pestiférés, de tous ceux dont le monde s'éloigne avec horreur. Au moyen-âge, quand les Croisés rapportèrent d'Orient cet horrible mal de la lèpre, qui donc a couvert l'Europe chrétienne de Lazarets? Qui a institué cet Ordre touchant des Chevaliers de Saint-Lazare, dont le Grand-Maitre, pour mieux compatir aux mau. le ses frères, devait toujours être un lépreux ? Et de nos jours encore, ce que le P. Damien à fait aux iles Sandwich, les Dominicains le font à Cocorite, les Jésuites à Madagascar ; un de nos confrères, enlevé depuis par la mort, vient de l'essayer au Japon. C'est ce que font plus ou moins tous les missionnaires, toutes les religieuses que les hasards du saint ministère mettent en contact avec les lépreux, si nombreux, hélas ! dans tout l'Orient,
Dans un hôpital annamite, dont j'étais chargé, j'ai vu des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, des religieuses françaises, panser chaque jour, matin et soir, les plaies hideuses d'une douzaine de lépreux, et je n'ai éprouvé, en voyant cela, aucun sentiment d'étonnement ; la chose me paraissait toute simple et toute naturelle, Je comprends que des protestants, mariés et pères de famille, s'abstiennent volontiers de pareilles œuvres ; mais s'ils savaient mieux ce qu'est le prêtre catholique, la religieuse catholique, ils
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auraient été, je crois, moins surpris d'un dévouement incontestable, sans doute, mais qui, grâce à Dieu, n'a jamais été à l'état d'exception dans l'Église. Ceci soit dit sans rien vouloir enlever à l'auréole qui environne le nom vénéré du R. P. Damien, mais j'ai souvent pensé que le bon Père, qui fit avec tant de simplicité le sacrifice de sa vie, a dû sourire plus d'une fois de l'enthousiasme extraordinaire que soulevait un acte qui dut lui paraître tout naturel de la part d'un missionnaire catholique,
En 1881, Mgr Maigret demanda à la Sacrée- Congrégation de lui accorder un coadjuteur, et dès qu'il l'eut sacré, il lui remit la direction du vicariat apostolique, et ne songea plus qu'à se préparer saintement à la mort,
À cette occasion, le nouvel évêque fut reçu en audience solennelle par la régente (1), qui, bien qu'anglicane zélée, profita de la circonstance pour décerner à Mgr Maigret la croix de Grand- Officier, et au Père Damien celle de Chevalier de l'Ordre de Kalakaua. « Jamais, écrivait la » Gaselle de Hawaï, ces décorations n'ont été > plus dignement et plus justement accordées. » Pour le vieil évêque d'Arathie, cet honneur » lui arrive au moment où il termine sa longue » et honorable carrière. Comme prêtre et comme » évêque, il s'est acquis, non seulement la véné- » ration, mais l'amour de tous ceux qui l'ont > connu, Pour le P, Damien, il reçoit ce titre » d'honneur comme prix d'un dévouement dont » bien peu d'hommes seraient capables, A notre » avis, l'œuvre de ce saint prêtre est une des » plus admirables qu'on puisse entreprendre, }
On voit par ces extraits, que j'ai multipliés à dessein, combien l'opinion publique est revenue aux missionnaires catholiques.
L'année suivante, 1882, Mer Maigret s'en alla recevoir la récompense de ses quarante-six ans d'apostolat. L'exilé de 1837 fut visité sur son lit de mort par le roi et la reine, qui se firent représenter aux obsèques du prélat.
Son successeur s'appliqua surtout à développer l'œuvre des écoles. En 1883, il appela aux iles Sandwich les Petits-Frères de Marie, qui ouvrirent à Honolulu le collège de Saint-Louis de Gonzague, qui compta bientôt 100 élèves.
Deux autres écoles furent ouvertes plus tard