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C'était le jour de l'Adoration perpétuelle ; le Saint-Sacrement était exposé dans la pauvre grange où les catholiques avaient transporte leur culte, Tout à coup, vers les cinq heures du soir, un commissaire de police se présente, accompagné d'un serrurier, son indispensable acolyte, 11 s'agissait de rechercher des objets appartenant au culte, que le curé était accusé d'avoir détournés. Après avoir enlevé, à la sacristie, des burettes, une étole et quelques linges d'autel, l'homme de la police, avisant l'ostensoir (don personnel fait au curé de Chêne par la princesse Jérôme Bonaparte), fit signe à son aide de s'en emparer. Déjà le misérable approchait du Saint des saints ses mains graisseuses et sacrilèges ; un cri d'horreur éclata dans toute l'église ; le curé se précipite à l'autel, et jure qu'on le tuera avant de toucher au Saint-Sacrement. Hélas !'il fallut céder à la force. D'une main tremblante d'émotion, il détache de l'ostensoir le Corps de Notre-Seigneur ; Îles policiers jettent le vase sacré au fond de leur sacoche, et s'enfuient à Genève comme des voleurs, pendant que la population catholique, consternée d'un pareil attentat, répète en pleurant le Parce, Domine. Cette fois les argousins avaient été un peu loin ; le Conseil d'État de Genève leur donna raison, comme d'habitude; mais Île conseil fédéral demanda des explications, et les tyranneaux de Genève furent invités à mettre un peu plus de
délicatesse dans leurs procédés.
A quoi aboutirent finalement tant de violences? À rien. Prêtres et laiques, les catholiques gene vois furent invincibles dans leur héroïque résis tance, On à vu que pas un prètre du canton ne fit défection ; sur près de 48.000 catholiques, le: schisme n'a jamais pu recruter plus de 3.000 adhérents, et, depuis longtemps, les apostats n'avaient plus de catholique que le nom.
Quant au clergé st hismatique, malgré Îles larges subventions qu'il recoit de l'État, il véuete dans l'indifférence et le mépris public. Dès 1874, l'ex-Père Hyacinthe, trouvant lourde la domi nation du Conseil supérieur, lui qui n'avait pas pu porter le joug doux et aimable de l'obéissance religieuse, donnait bruyamment sa démission de
curé de Genève, € convaincu, par une expérience
suffisamment prolongée, que l'esprit qui prévaut dans le mouvement catholique libéral de Genève, n'est ni libéral en politique, ni catholique en religion. » Sa démission fut acceptée à l'unanimité, Les libres-penseurs de Genève l'avaient fait venir pour l'opposer à Mgr Mermillod ; le tour joué, on se débarrassait de lui avec un touchant empressement, Comme le lui avait prédit son ami Montalembert, le moine révolté était devenu le jouet de la plèbe incrédule, ludibrium vulgi.
Pendant ce temps les catholiques travaillaient courageusement à rétablir toutes leurs œuvres. Un comité de secours s'organisa pour subvenir aux besoins du culte, Chaque année, une souscription, qui dépassait 50.000 francs, pourvoyait à l'entretien des prêtres et aux dépenses du culte, Pour remplacer autant que possible les Congrégations expulsées, on recruta des maitres laïques, donnant l'enseignement catholique à 1200 enfants.
Il à fallu s'ingénier aussi pour remplacer Îles églises volées. À Genève, les catholiques ont le temple maçonnique, transformé en église du Sacré-Cœur : l'église Saint-Joseph, que Îles libéraux avaient mise en vente, et que Mgr Mermillod, avec son inépuisable charité, s'est empressé de racheter ; une chapelle en maçonnerie, qui tient lieu de la belle église de Notre- Dame, et l'église Saint-François de Sales, la seule qui n'ait pas été sp liée, parce qu'elle était la propriété d'une société anonyme. Dans la campagne, on à reconstruit deux églises en maconnerie ; On à arrangé en chapelles neuf granes où maisons particulières, et on à élevé neuf hangars provisoires. En somme, malgré la pauvreté et le dénuement de ces humbles chapelles, les catholiques y sont chez eux, €t partout le culte s'y célèbre avec décence. C'est la pauvreté et la ferveur de Bethléem.
Et pourtant, pour subvenir à tant de géné reux sacrifices, les catholiques genevois ne sont pas riches. La haute banque, le commerce, la grande industrie, sont aux mains jalouses des juifs et des protestants Un grand nombre de ces derniers font partie d'une asso ation se crète, dont tous les membres s'engagent à ne se servir d'aucun ouvrier où domestique catholiques, et à ne jamais acheter dans les magasins
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