‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 391 sur 478 · IE · texte numérisé non relu

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et demi après leur arrivée, les missionnaires faisaient leur premier baptême d'adulte : en 1847, la Nouvelle-Calédonie était ér, ‘e en vicariat apostolique distinet ; et quand Mgr Douarre mourut, en 1853, il laissait après lui une mission solidement fondée : trois stations, deux à la Nouvelle-Calédonie, une dans l'ile des Pins, et près de 2,000 catholiques, Quelques mois avant sa mort, le bon évêque avait eu la joie de sauver la vie à tout un équipai:e français, naufragé sur ces côtes inhospitalières, où ils eussent infuilliblement été dévorés par les naturels, s'ils n'avaient reçu à la mission catholique la plus généreuse hospitalité,

Mgr Douarre venait de mourir, quand le contre-amiral Febvrier-Despointes fut envoyé par le gouvernement français pour prendre pos-

session de la Nouvelle-Calédonie, Il s': gissait

de gagner de vitesse nos rivaux les Anglais, qui avaient jeté leur dévolu sur cette ile, la perle des mers du Sud, D'après ses instructions, l'amiral devait commencer par s'entendre avec l'évêque et les missionnaires pour s'assurer que les Anglais n'avaient fait encore flotter leur pavillon sur aucun point de la côte, et, dans ce cas, prendre possession du pays au nom de la France, en évitant, autant que possible, de provoquer les résistances des sauvages. Dans ces conjonctures délicates, le P. Rougeyron, supé rieur par intérim de la mission, rendit les plus grands services, et c'est certainement à son intervention et au dévouement des missionnaires que la France doit cette belle colonie, Après avoir arboré à Balade le drapeau français (22 septembre 1853), l'amiral, sur les conseils du Père provicaire, partit en hâte pour faire la même opération à l'ile des Pins, annexe de la Nouvelle-Calédonie, à laquelle la rattache une ligne de brisants, 1 était temps de s'en assurer la possession, Quand il arriva dans la baie de Kunié, l'amiral français y trouva une corvette anglaise, le Z/érald, venue soi-disant pour faire lhydrographie des côtes, mais envoyée en réalité pour acheter l'ile des Pins; apres quoi le gouverneur de l'Australie devait avec une escadre prendre possession de la grande terre, Ces détails furent donnés à l'amiral par le missionnaire de l'ile des Pins, avec qui il s'était abouché sans perdre un instant, la nuit mème de son arrivée. Le Père ajouta que, sur ses conseils, le roi était

bien décidé à ne pas céder son ile aux Anglais, mais qu'il fallait se hâter de profiter de ces bonnes dispositions, de peur d'un revirement toujours possible de la part d'un sauvage, Dès le lendemain matin, le missionnaire alla trouver le roi, qui, pour échapper aux obsessions des Anglais, se tenait caché à l'intérieur de l'ile, et, son consentement obtenu en forme, le drapeau français fut hissé sur la maison des missionnaires, à la grande stupéfaction du commandant du //érald, qui, furieux d'avoir été joué par l'amiral français, dont il ne soupçonnait pas même la présence à bord, repartit pour Sydney, Le gouverneur de l'Australie, en apprenant qu'il s'était laissé devancer par les Français, reçut un tel coup qu'il mourut de colère et de chagrin (décembre 1853),

Ce furent encore les missionnaires qui, grâce à leur influence sur les chefs les 1 : féroces, prévinrent, pendant les premières unées de l'occupation, les révoltes, et facilitèrent à notre pays la tranquille possession de cette belle colonie, [ls en furent assez mal récompensés, comme on va le voir.

À l'ile des Pins, dans les iles Bélep, à l'ile Nou, où ils étaient seuls, ils tirent, en vingt ans, des populations anthropophages et plus féroces que celles de la Grande-Terre, des tribus toutes chrétiennes et laborieuses, Dans la Nouvelle Calédonie au contraire, la jalousie administrative, ayant pris ombrage de l'influence des missionnaires, s'est appliquée pendant longtemps, par tous les moyens dont elle dispose, à contrecarrer leur œuvre et à la ruiner, Il en est résulté que sur 50.000 indigènes, 40.000 sont encore paiens,

nullement ralliés à la France, et presqu'aussi

féroces qu'autrefois, comme l'a prouvé récemment la révolte de 1837, qui mit un instant en question la sécurité de la colonie,

Voici les graves réflexions qu'écrivait, au lendemain de l'insurrection, Mgr Vitte, alors vicaire apostolique £

€ Les Canaques se sont révoltés parce qu'ils » ne sont pas chrétiens, et s'ils ne sont pas » chrétiens, la faute n'en est ni aux mission > naires, ni même aux indigènes, mais à l'esprit >» impie et anti-chrétien d'un certain nombre de » colons et d'agents de l'autorité, C'est un fait >» acquis que les Calédoniens chrétiens sont res- >» tés fidèles à notre drapeau. »

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Il est malheureusement trop certain qu'en partouter, de 1860 à 1870, le catholicisme fut soumis dans la colonie à une véritable persécution. € Il s'agissait, dit encore Mer Vitte, de

le remplacer par le phalanstère et, plus tard,

par la loge maçonnique. Ruse et force, pro-

messes et menaces, terreur et cupidité, on na rien RARE pour ruiner le catholicisme au profit de la secte, et empêcher les indigènes d'écouter la voix du missionnaire. }

On alla jusqu'à dépraver systématiquement les sauvages pour les enlever à l'influence abhorrée de l'É glise, On comprend l'effet de pareilles excitations sur un peuple encore anthropophage ou arraché de la veille à la barbarie. Il y eut des milliers de défections, et plusieurs postes durent être abandonnés. En 1857 et 1859, les missionnaires, à l'instigation des autorités coloniales, furent chassés de Balade et de Puébo. € Moi pas chrétien, disaient les chefs, moi suis de la religion des soldats : boire, fumer et jurer:; ça beaucoup commode. » Les Pères furent suivis néanmoins d'une partie de leurs néophytes, et ils fondèrent auprès de Nouméa les deux Xédurtions, aujourd'hui si prospères, de Saint-L ouis et de la Conception. À Puébo, les missionnaires purent rentrer dès 1863, mais, le saint P. Villard ayant conquis entièrement par sa douceur la sympathie des même paliers, SOn succès excita la jalousie de et, sur l'ordre du gouverneur, il en 1867, à l'affection de ses néophytes. Le poste de Balade ne put être rouvert qu'en 1876. A cette époque, les missionnaires eurent la consolation de ramener tous les apostats.

sauvages , l'administration, fut arraché,

Si l'on veut juger des tracasseries administratives qui furent mises en œuvre pour décourager l'action des missionnaires, on n'a quà écrit à ce sujet un officier de

« Qui

relire ce qu'a navire, témoin impartial et désintéressé : le croirait ? sur cette grande terre perdue aux antipodes, ce qui a manqué tout à coup à la mission catholique, c'est un peu d'air et d’espace, un peu d'indépendance et de liberté.

Elle a vu s'élever devant elle une revendiquant,

puissance rivale, et jalouse,

avec l'inflexible rigueur de la force, les préro

ombrageuse

gatives de son autorité. Aux yeux du gouverneur, la mission portait atteinte à la liberté de

conscience et des cultes; elle représentait

l'Église envahissante, dont les empiètements devaient être combattus par les concordats et les articles organiques : prédications et culte, construction de chapelles et propagande religieuse, écoles de catéchistes et catécnuménats, tout dut passer au crible du pouvoir. Deux pauvres religieuses, qui croyaient pouvoir venir librement prodiguer à l'enfant du sauvage leurs soins évangéliques, n'ont pu ouvrir leur école qu'après s'être présentées devant la commission d'examen chargée de leur délivrer un brevet de capacité; et pourtant l'une d'elles, fille d'un officier supérieur de la marine, venait d'achever son éducation dans un des premiers pensionnats de France. Ce n'est pas avec un pareil formalisme qu'on civilise des anthropophages et qu'on en fait des travailleurs utiles et dévoués (1). »

Avec la chute du régime impérial finit la persécution. La mission catholique sortait de cette longue lutte vivante, mais gravement blessée. Un recensement dressé à cette époque par les missionnaires résumait ainsi la situation : dx stations à la Grande ‘ee, /rois dans les iles adjacentes : l'ile Nou, l'ile Bélep et l'ile des Pins, trois dans les Loyalty, total comptant encore 7.009 catholiques pratiquants et 1.036 catéchumènes, sur une population totale d'environ 50.000 âmes à la Nouvelle-Calédonie et 11.000 dans les Loyalty.

Depuis cette époque, l'arrivée de 6000 déportés de la Commune, latransportation de nombreux

seise stations,

forçats, et surtout le développement de la colonisation européenne, ont complètement modifié à la Nouvelle-Calédonie la tâche du missionnaire. Actuellement, la race indigène, qui, surtout depuis la grande révolte de 1877, es: décimée par la misère et le vice, a passé au second rang. Les colons européens, en majorité français. et les condamnés à la transportation, absorbent unt part importante des sollicitudes pastorales du prêtre, Comme dans toutes les colonies de formation récente, l'esprit public et les mœurs générales, d'abord assez mauvais, s'amélicrent lente- À Nouméa, le gouvernement, avec le concours généreux des colons, vient enfin de se décider à élever, au chef-lieu de la

ment chaque jour.

colonie, une église cathédrale, à la place du misérable

hangar où s'entassaient les Européens,

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