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ils avaient tout à redouter du casse-tête des sauvages et de l'insalubrité du climat. Les premiers missionnaires n'allaient pas tarder à en faire l'épreuve,
Sacré à Rome, à la fin de :844, Mer Épalle s'embarqua le 2 janvier 1845, avec sept prêtres et six Frères de la Société de Marie. Il arriva à la fin de l'année dans sa lointaine mission, et débarqua à San-Christoval (archipel de Salomon), le 1° décembre. Le 12, il abordait à l'ile Isabelle, et le 17, il était frappé à ‘'improviste de deux coups de casse-tête par les sauvages. Transporté mourant sur le pont du navire, il expira deux jours après, en pardonnant à ses assassins et en priant pour eux. Le 20, son corps fut enseveli furtivement sur un ilot désert, ce peur que les cannibales ne vinssent le déterrer pour s'en repaitre,
Les missionnaires, demeurés orphelins par la mort de leur chef, retournérent à l'ile San-Christoval, mais ils ne purent s'y fixer : au mois de mars 1847, un des Pères mourait de misère et d'épuisement dans cette ile : un mois après, le 20 avril, deux Pères et un Frère étaient massacrés par les sauvages. Il fallut se résoudre à abandonner cette terre inhospitalière, où, dans l'espace de quinze mois, on n'avait pu faire un catéchumènt,
Sur ces entrefaites, le successeur de Mer Épalle, Mgr Colomb, était sacré à la baie des les par Mgr Pompalier, le 23 mai 1847. Il aborda dans son vicariat au mois d'août, et s'établit d'abord à Woodlarck, puis à l'ile Rook, située entre la Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Bretagne. Moins d'un an après son arrivée, il mourait de la fièvre à l'ile Rook, le 16 juillet 1848, et, quelques semaines après, un des missionnaires mourait de faim et de misère au même lieu.
La Société de Marie manquait d'ouvriers pour desservir les nombreuses iles qui lui étaient confiées, Elle se vit forcée de renoncer à envoyer de nouveaux missionnaires sur ces plages maudites, où ils succombaient les uns après Îles autres, san
icun profit pour les âmes.
€ Saint-Siège confia alors la mission aux prêtres du Séminaire des Missions Étrangères de Milan. En 1852, cinq prêtres et deux Frères furent envoyés, pour reprendre cette œuvre. Ils
ne furent pas plus heureux que leurs prédéces
eurs, L'insalubrité du climat, l'excès des priva-
tions et le meurtre d'un d'entre eux, massacré par les sauvages de Woodlarck, les forcèrent, au bout de quatre ans, à renoncer à une tâche ingrate et sans espérances, au moins pour le moment,
La mission de la Mélanésie resta donc abandonnée jusqu'en 1881. À cette époque, elle fut reprise, par ordre de Léon XIII, et donnée à une nouvelle Société de prêtres du Sacré-Cœur, établis depuis une vingtaine d'années à Issoudun (diocèse de Bourges). Cette fois les circonstances étaient plus favorables ; les navires de l'Europe avaient des rapports fréquents et réguliers avec ces rivages autrefois si redoutés et couverts aujourd'hui de résidents européens. Au contact de la civilisation, la férocité des naturels s'était adoucie, l'anthropophagie avait disparu ou se cachait au fond des forêts de l'intérieur. les missionnaires n'avaient plus guère à redouter que l’insalubrité du climat, et aussi la concurrence des protestants, établis depuis 1872 dans la Nouvelle-Guinée et dans la Nouvelle-Bretagne.
Le 1er septembre 1881, trois prêtres et deux Frères de la nouvelle Société s'embarquaient à Barcelone pour Manille, Leur Supérieur portait simplement le titre de préfet apostolique. Un des missionnaires devait se fixer à Port-Breton, dans la colonie libre de la Nouvelle-France, dont l'on s'occupait beaucoup alors, Mais c'était une colossale escroquerie, qui ne reposait sur rien et qui devait aboutir à une lamentable catastrophe pour les malheureux qui s'étaient laissé tromper par de fallacieuses promesses, En apprenant, à Manille, qu'il n'y avait rien à faire à Port-Breton, les missionnaires redescendirent à Batavia, d'où ils passèrent à Singapour, et de là en Australie, Ces différents contre-temps leur avaient fait perdre près d'une année, Enfin ils débarquèrent à Cooktown, au mois de juillet 1882,
Là ils attendaient une occasion pour se rendre dans leur mission, quand on leur télégraphia de Sydney qu'un capitaine français, M. Mercier, commandant le Chandernagor, s'offrait à les transporter gratuitement à la Nouvelle-Bretagne, Ils s'embarquèrent le 26 août, s'arrêtèrent n passant à Port-Breton, pour réciter un 2e profundis sur la tombe des malheureux colons
qu'ils devaient évangéliser, et débarquèrent le
29 septembre à Blanche-Baie (Nouvelle-Bretagne). [ls avaient mis plus d'un an pour se rendre de France dans leur lointaine mission.
Ils furent très bien accueillis des indigènes et, avec l'autorisation d'un chef, ils s'installèrent à Béridni ; mais ils reconnurent bientôt qu'ils auraient à lutter contre l'hostilité des protestants, déjà installés en maitres dans ces pariyes. Quelques mois après leur arrivée, un incendie, dû à la malveillance, et que l’on sut être l'œuvre d'un résident européen, réduisit en cendres tout ce qu'ils possédaient et jusqu'à leurs habits. I fallut revenir à Sydney, où les PP. Maristes reçurent les exilés dans leur procure avec la plus fraternelle hospitalité.
Au mois de mars 1884, le P. Navarre, Supérieur de la mission, rentra à Blanche-Baie avec quatre nouveaux missionnaires, et s'installa dans une situation meilleure que la première. Là, ils commencèrent par les enfants l'apostolat des sauvages qui les entouraient. Ils furent ravis de leur docilité, de leur assiduité à l'école, à la messe, au catéchisme, et virent bientôt, le dimanche, des auditoires de 150 et de 200 sauvages se réunir dans leur petite chapelle. Ils eurent aussi la consolation de baptiser deux adultes en danger de mort. C'était les prémices de la moisson.
L'évangélisation de la Nouvelle Bretagne était commencée; mais restait à entamer celle de la Nouvelle-Guinée, autrement importante, à cause de l'étendue de l'ile, qui compte près de 3.000.000 d'habitants.
Depuis plusieurs années, les Anglais, toujours pratiques, commençaient, sans faire de bruit, à s'installer sur toutes les côtes méridionales de la Nouvelle-Guinée, et. sur leurs pas, trois ministres protestants s'étaient déjà fixés à Port-Moresby, d'où ils envoyaient des /eachers, catéchistes indigènes, prendre position dans tous les villages, afin d'occuper la place avant que les missionnaires catholiques, dont ils savaient la venue prochaine, ne fussent arrivés, Dans ces conjonctures, le Saint-Siège pressa les missionnaires de se rendre à la Nouvelle-Guinée, pour ne pas se laisser trop devancer par leurs rivaux. Il fut décidé, en principe, qu'iis s'établiraient à Port Moresby, sur la côte méridionale, séparée de l'Australie par le détroit de Torrès,
Les missionnaires catholiques n'étaient pas
moins pressés que le Saint-Siège, et désiraient vivement se rendre le plus tôt possible à leur poste de combat. Laissant donc deux de ses confrères au milieu des sauvages de la Nouvelle- Bretagne, le P. Navarre partit au mois d'octobre 1884 pour Cooktown, et de là se rendit à Thursday-Island, dans le détroit de Torrès, I] n'était plus qu'à cinq jours de traversée de Port- Moresby.
Mais là l'attendaient des difficultés imprévues. Le gouvernement anglais, qui se montre généralement favorable à nos missionnaires dans les vieilles colonies où son pouvoir est incontesté, voyait avec défiance des missionnaires français s'établir dans un territoire qu'il prétend bien faire sien, mais sur lequel il n'a encore aucui droit positivement reconnu par l'Europe. On essaya d'abord d'effrayer les missionnaires, en leur exagérant l'insalubrité du climat et la méchanceté des naturels. Quand on vit que la crainte ne pouvait les retenir, on employa des moyens plus efficaces : défense fut faite aux capitaines de les embarquer, et aucun vaisseau ne consentit à les transporter à la Nouvelle- Guinée,
Voyant qu'ils ne pouvaient triompher pour le moment de la malice des hommes, les missionnaires employèrent leurs loisirs forcés en fondant, à Thursday-fsland, une station catholique, destinée à devenir comme la porte de leurs missions. Ils avaient trouvé, à leur arrivée, environ qua. rante Tagals catholiques, enchantés de voir des prêtres, dont ils étaient privés depuis longtemps. Le P, Navarre acheta un terrain, qu'on lui fit payer au poids de l'or, y éleva une chapelle, bâtit une résidence pour les Pères, ft venir de France des Sœurs de sa Congrégation pour tenir les écoles, et aujourd'hui la station de Thursday est la plus forissante de la mission.
Cependant, au bout de six mois, le P, Navarre, en voyant qu'il n'était pas plus avancé qu'au premier jour, avait tout remis aux mains de Dieu : € J'ai fait ce que j'ai pu, disait-il ; à Dieu maintenant äeviser, » Son pieux espoir ne fut pas trompé. Au mois d'avril 1885, un capitaine protestant, reconnaissant des soins que les missionnaires d'Australie lui avaient prodigués dans une grave maladie, vint mettre son bateau à sa disposition, pour le transporter, lui et ses confrères, à la Nouvelle-Guinée, On juge
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facilement avec quelle joie cette proposition inespérée fut reçue,
Le 18 juin 1885, tout était prêt pour l'embarquement, quand les Anglais essayèrent de s'y opposer. Cette fois, l'injustice était trop criante : les prêtres catholiques avaient un bateau : ils ne demandaient rien au gouvernement anglais ; ils passèrent outre à la défense et on n'osa pas les arrêter.
Enfin, après tant de traverses et de retards, ils jetèrent l'ancre, le 30 juin, en face de l'ile Yule ; je lendemain, ils descendirent à terre, et donnèrent à la baie où ils avaient abordé le nom de Port-Léon,
Ils étaient enfin à la Nouvelle-Guinée !
Ils n'étaient pourtant pas encore au terme de leurs
épreuves, Trois mois après, les protestants les faisaient expulser, par ordre de Son Excellence le général-gouverneur des colonies britanniques dans la Nouvelle -Gui-
nce, [Is revinrent à Thursday, se firent rendre
justice, et, au mois de février 1886, ilsrentraient
dans leur poste, où ils ne furent plus depuis inquiétés.
Désormais, la mission pouvait être considérée comme fondée, En 1887, le P. Navarre fut nommé vicaire apostolique de la Mélanésie et administrateur apostolique de la Micronésie, Il renouait ainsi la chaine brisée depuis 1848 par la mort de Mer Colomb, et devenait le troisième vicaire apostolique de la mission,
Jusqu'ici les missionnaires n'ont eu qu'à se
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ÉANIE, 1800-1890. 539
louer de la confiance et de la docilité des sauvages, qu'on leur avait représentés comme si terribles, Mais ils sentent qu'ils ont tout à redouter de la jalousie des #eachers protestants, qu'ils trouvent répandus partout pour semer contre eux la défiance et contrecarrer leur œuvre, Néanmoins, forts du secours de Dieu et de l'affection de leurs sauvages, les missionnaires ne s'en effrayent pas beaucoup, et il semble bien que, sur ces terres encore vierges, l'avenir est à eux.
Pour faciliter l'action de l'apostolat, le Saint- Siège vient tout récemment (1€ mai 1889) de partager en deux le vicariat unique de la Mélanésie : le vicariat apostolique de la Nouvelle-Guinée et le vicariatapostolique de la Nouvelle- Bretagne, dont le nom, à la demande de l'Allemagne, vient d'être changé en celui de Nouvelle - Poméranie, (1890).
Are, ns {4 vicaire apostolique de la Nouvelle-G uinée, d’après une photographie.
ÎT. — ViCARIAT APOSTOLIQUE DE LA NOUVELLE-