‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme] (volume 2)Chapitre 426 sur 478 · XIX" SI · texte numérisé non relu

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ECLE, protectrice officielle des Lieux-Saints, ne pouvait évidemment laisser tomber ses droits en déshérence et se tenir à l'écart de la question orientale,

Telles sont les considérations religieuses et politiques qui décidèrent les premiers patrons de l'Œuvre des Ecoles d'Orient à se grouper, au courant de l'année 1855, dans le salon d’un membre de l'Institut, savant aussi connu qu'excellent chrétien, le baron Cauchy. On rencontrait, À ces premières réunions de l'œuvre, les hommes les plus distingués et les catholiques les plus illustres de l'époque : les comtes de Montalembert et de Falloux, le duc de Broglie, le maréchal Bosquet, qui venait de s’illustrer sous les murs de Sébastopol, le contre-amiral Matthieu, frère du cardinal-archevêque de Besançon, le général de Cotte, aide-de camp de l'empereur, MM. Wallon, Lenormand, Melchior de Voguë, de Saulcy, de Gabriac, Ozanam, qui n'avait plus que quelques mois à vivre, et le prince Gagarin,converti de l’orthodoxie moscovite, qui avait sacrifié le plus bel avenir pour embrasser la vérité, et qui cachait l'illustration de son nom sous les humbles livrées de la Compagnie de Jésus.

Comme on le voit, c'était toute une élite sociale et politique qui formait l'état-major de l’œuvre naissante. C'est que, par sa nature, l'Œuvre des Evoles d'Orient diffère profondément des Œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance. Celles-ci s'adressent à tous, et sont facilement comprises de tous, même des illettrés, Deux cris de détresse, venus l'un de l'Extrême-Orient, l'autre des Etats-Unis, avaient suff pour émouvoir les pieuses ouvrières de Lyon, et, de proche en proche, tous les fidèles catholiques ; les vagissements étouffés des enfants de la Chine avaient remué profondément par tout le monde chrétien le cœur des enfants et des mères, et c'est de là qu'étaient sorties les Œuvres de la Sainte-Enfance et de la Propagation de la Foi ; l'Œuvre des Ecoles d'Orient ne pouvait prétendre à cette diffusion universelle ; elle ne s'adressait guère qu'aux esprits cultivés, À ceux qui ont lu l'histoire, à ceux qui connaissent le passé et qui s'intéressent à l'avenir des chrétientés orientales, aux hommes qui ont abordé la question politique en même temps que la question religieuse, et qui sont ainsi en état de se rendre compte de la grandeur et des diffcultés de l'œuvre,

Au bout d'une année d'existence, M. Wallon, de l'Institut, qui avait été choisi comme secrétaire-général de l'Association, constatait, dans son rapport très intéressant, que, malgré le concours de tant d'esprits distingués, malgré les ressources fournies par une vente de charité, tenue par les dames de l'aristocratie parisienne, on n'avait recueilli qu'une somme totale de 16.000 francs, C'était un véritable avortement.

C'est alors que, comprenant la nécessité de l'action sacerdotale pour la direction d'une œuvre d'apostolat, les illustres laïques qui s'étaient faits ses patrons,s'adressèrent à l'abbé Lavigerie, alors professeur à la Sorbonne, pour lui en confier la direction, Dès lors, l'Œuvre des Ecoles d'Orient entra dans une phase féconde d'activité et de développement. Le jeune et zélé directeur parcourut la plupart des diocèses de France, pour faire connaître l’œuvre dont il était chargé et lui susciter de nombreux souscripteurs.

Bientôt une triste circonstance vint donner À l'œuvre une grave actualité et montrer les services qu'on était en droit d’en attendre,

En 1859, le vieux fanatisme musulman, froissé de voir la liberté religieuse accordée aux sujets chrétiens

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18 LES MISSICNS

XIXe SIÈCLE.

de la Porte, se réveilla tout à coup. Encouragés par la complicité avouée des fonctionnaires turcs et par les haines jalouses de l'Angleterre, les ennemis séculaires des Maronites, les Métualis et les Druses, se jetèrent sans provocation sur les paisibles habitants de la Montagne et en firent un affreux carnage. Plus de cent mille Maronites, échappés au massacre, des milliers de veuves et d'orphelins, sans asiles et mourant de faim, erraient dans les ports de la Méditerranée, et les agents des Sociétés bibliques accouraient de toutes parts pour acheter, au prix d'un morceau de pain, l'apostasie de ces malheureux.

Un cri d'horreur et de pitié s'était élevé dans le monde chrétien à la première nouvelle de ces atrocités. La France, en particulier, comprenait qu'elle était intéressée à défendre et à secourir ses protégés. Elle envoya à Beyrouth un corps d'occupation, pour sauver ce qui restait des chrétiens de la Montagne et prévenir le retour de pareilles infamies.

Mais il ne suffisait pas d'arrêter l'effusion du sang ; il fallait venir au secours de ces milliers d'infortunés qui avaient tout perdu : demeures, bestiaux, fortunes, vêtements même, et à qui il ne restait que des haillons pour couvrir leur nudité, et pa: un morceau de pain pour apaiser leur faim.

L'abbé Lavigerie se montra à la hauteur des circonstances. Par ses soins, l'œuvre des Écoles d'Orient prit l'initiative d'un appel à la charité des catholiques, qui répondirent généreusement à ce cri de détresse. En quelques semaines, une somme de deux millions fut recueillie ; des vêtements, des provisions de toutes sortes, huit cents ornements sacrés, quatre cents calices encombrèrent bientôt les bureaux de l'œuvre, qui ressemblaient à un vaste bazar, L'abbé Lavigerie partit pour l'Orient, afin de présider à la distribution des secours, qui, avec les souscriptions du gouvernement français, dépassèrent bientôt la somme totale de quatre millions.

La lettre suivante des évêques orientaux, adressée au Souverain-Pontife, témoigna de leur reconnaissance pour l'œuvre qui, encore au berceau, les avait si généreusement assistés :

« Très Saint Père, Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, les patriarches et les évêques soussignés osent lui faire connaître, après les malheurs qui les ont accablés, ainsi que le peuple et le clergé confiés à leurs soins, les secours providentiels qu'ils ont reçus pour soulager leurs misères.

> Votre Sainteté avait daigné, avant tous les autres, malgré la triste situation où l'avaient réduite des attentats déplorables, nous envoyer une aumône sacrée. Toutes les nations catholiques ont suivi un si admirable exemple ; mais, parmi elles, la France a principalement droit, dans ces circonstances malheureuses, à notre reconnaissance éternelle. » C'est à cette nation généreuse, Très Saint Père, que nous devons d’avoir vu cesser le massacre des chrétiens : c'est à elle que nous devons d'exister encore, Sans la protection de se. soldats, peut-être ne trouverait-on plus un seul chrétien dans toute l'étendue de la Syrie.

y La France ne s'est pas contentée de nous protéger

contre les attaques des musulmans et des Druses ;

elle nous a sauvés encore des horreurs de la famine, du froid et de la nudité.

» Outre les secours considérables distribués par le

gouvernement français, une société charitable,

l'œuvre des Ecoles d'Orient, a ouvert une souscrip=

» tion publique, que les évêques de France et ceux des autres contrées catholiques ont hautement patronnée, et qui a déjà produit plus de deux millions de francs.

» Déjà, Très Saint Père, d'autres sommes très fortes

ont été employées par les charitables catholiques de

France et des autres contrées à fournir à nos pauvres

des vêtements «et des aliments, à reconstruire les

maisons ruinées, à recevoir une multitude d'orphelins, à rendre à nos églises, dépouillées de tout, les ornements qu'elles ont perdus.

» Toutes ces œuvres ont été accomplies sous nos

yeux par M. l'abbé Lavigerie, directeur général de

l'œuvre des Ecoles d'Orient et digne représentant du clergé de sa nation. C'est au péril de sa vie, qu'il

a exposée plus d'une fois, que ce respectable prêtre

a rempli la tâche admirable qu'il avait acceptée. Il

retourne maintenant dans sa patrie, après avoir dis-

tribué de ses mains plus d'un million, et assuré, par le moyen de plusieurs comités, la distribution de nouveaux secours pendant la saison d'hiver. Nous savons qu'il se rend auprès de Votre Sainteté pour lui rendre compte de ce qu'il a fait, mais nous

tenons nous-mêmes, Très Saint Père, à rendre à

Votre Sainteté un témoignage solennel des bienfaits

que nous avons reçus des catholiques de France et

de leur digne représentant. »

(Suivaient les signatures de trois patriarches et de quinze archevêques ou évêques des différents rites orientaux de la Syrie.)

L'œuvre des Ecoles d'Orient avait obtenu ses lettres de grande naturalisation, et elle prenait rang, immédiatement après les œuvres de la Propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, parmi les œuvres destinées à former le budget de l’Apostolat catholique. Chaque année, avec de modestes offrandes d'un franc, elle réunit une somme moyenne de 200.000 fr. qu'elle partage entre près de 500 écoles, dans lesquelles plus de 40.000 jeunes Orientaux sont instruits par environ 1200 religieux et religieuses, en grande majorité de nationalité française.

Il faut avouer que c'est encore bien peu, surtout en présence des millions dont disposent le schisme et l'hérésie. L'œuvre des Ecoles d'Orient est encore trop peu connue et mériterait, par l'importance des résultats déjà obtenus, d'attirer un plus grand nombre de souscripteurs :

Léon XIII, dont on connaît la sainte partialité pour ces vieilles Eglises orientales, dont il espère et prépare, avec des délicatesses de père, le retour à l'unité, a manfesté, à plusieurs reprises, son désir de voir l'œuvre des Ecoles d'Orient prendre un plus rapide essor, afin de multiplier ses bienfaits et de répandre l'enseignement catholique parmi un plus grand nombre d'Orientaux. Voici ce qu'il écrivait, à ce sujet, dans l'encyclique du 3 décembre 1880, en faveur de la Propagation de la Foi :

€ Il importe «ie s'employer de tous ses efforts à pro-

curer aux adolescents de l'Orient une saine doctrine,

Par ce moyen, la lumière évangélique se répandra

plus facilement dans ces contrées, et un grand

nombre parviendront à connaître DIEU et à l’adorer, ainsi que son CHRIST qu'il a envoyé parmi nous...

C'est pourquoi nous avons la confiance que tous

ceux qui se font un honneur du titre de chrétien,

ne manqueront pas de s’employer à une œuvre de piété qui nous tient tant au cœur, et qu'ils ne souffriront pas que leur zèle à propager le règne de

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» JÉSUS-CHRIST soit surpassé par l'ardeur de ceux » qui travaillent à étendre la domination du prince » des tenèbres, »

Dans deux lettres spéciales, adressées le 19 mars 1881 et le 10 avril 1882 au directeur de l'œuvre, le Vicaire de JÉSUS-CHRIST l’exhorte € À promouvoir de » plus en plus la charité catholique en faveur de » l'Orient, pour que les résultats déjà obtenus ne » soient pas rendus stériles par le manque de res: » sources. » — € J'ai la confiance, ajoute Sa Sain- > teté, que la charité des fidèles ne vous fera pas » défaut, excités à vous veniren aide par les pieuses » exhortations de leurs évêques. »

Placé à la tête de l'Eglise universelle, il'uminé de l'Esprit d'en haut, le Vicaire de JÉSUS-CHRIST aperçoit dans l'avenir des événements qui nous échappent encore. I voit l'Orient s'ébranler de toutes parts, pour sortir de son apathie séculaire et entrer dans le grand courant de la civilisation occidentale : il voit l'empire turc se dissoudre et toutes les nationalités chrétiennes : Grecs, Roumains, Serbes, Bulgares, Arméniens, Chaldéens, Maronites, Syriens et Cophtes, s'agiter sourdement pour secouer le joug sous lequel elles furent si longtemps écrasées ; il voit le schisme moscovite et le protestantisme anglais faire les derniers efforts pour attirer à eux ces populations, toutes prêtes à se livrer à quiconque se chargera de les instruire et de les défendre ; il voit le mouvement, chaque jour plus prononcé, qui ramène les schismatiques de l'Orient à l'unité, mouvement qui n’a besoin que de notre concours pour aboutir aux plus magnifiques résultats. Comme le disait, il y a une trentaine d'années, le P. Gagarin, dans la chaire de Notre-Dame des Victoires : « Il faut hâter, par nos prières et nos aumônes, » le jour béni où, les ténèbres de l'ignorance étant dis- » sipées, les préventions évanouies, l'Orient et l'Occi- » dent se donneront le baiser de paix. »

Qui peut calculer l'importance qu’aurait dans le monde chrétien le retour en masse de l'Orient à l’unité romaine? Ces soixante-dix millions de schismatiques rentrant au bercail, ce serait le renouvellement de la joie du monde. A ce grand spectacle, il n'est pas douteux que toutes les âmes qui, dans le sein du protestantisme, ont gardé la foi aux grands dogmes du christianisme et qui sont déjà ébranlées, viendraient, elles aussi, se joindre à nous ; les ennemis de l'Eglise, dont la haine est aujourd’hui si active et si vivace, seraient confondus et la Révolution vaincue : la Russie, au lieu d’être, comme aujourd'hui, la grande menace de l'avenir, deviendrait, une fois catholique, le plus ferme appui de la civilisation chrétienne. Quelles merveilleuses perspectives, dont la réalisation est peutêtre réservée au XXe siècle ! C'est à nous de comprendre les vues providentielles, de concourir aux désirs du Souverain-Pontife, et de hâter, par la multiplication de l'école, cet heureux jour, dans lequel tous les peuples chrétiens, abjurant enfin leurs divisions séculaires, ne formeront plus qu'un seul troupeau, sous la direction de l’unique pasteur, le Vicaire de Jésus- CHRIST,

SL 1V. — ŒUVRE APOSTOLIQUE. Sp

"ŒUVRE Apostolique, sous le patronage des Saintes Femmes de l'Evangile, prit naissance en 1838, à Orléans, au foyer d'une humble et fervente

chrétienne Mlle Duchesne, de pieuse et douce mémoire, qui lui a consacré sa vie.

Comme toutes les œuvres de DIEU, l'œuvre commença bien petitement, dans le silence d'une vie toute dévouée aux bonnes œuvres, dans l'obscurité des travaux à l'aiguille des premières associées, que la fondatrice sut grouper dans son modeste salon, pour s'occuper de fournir aux missionnaires les ornements sacrés, les linges d'autel, les vêtements à leur usage personnel,

Mlle Duchesne avait renoncé, dès sa vingtième année, au mariage, pour se consacrer uniquement dans sa famille à la pratique des bonnes œuvres.

Un missionnaire de la Congrégation de Picpus qu'elle avait connu, avant son départ pour l'Océanie, lui écrivit un jour pour lui exposer ses trisiesses, en voyant la nudité de ses néophytes et la pauvreté des ornements qui servaient à la célébration du culte.

Ce fut l’étincelle qui alluma, dans ce cœur bien préparé, la sainte flamme de la charité apostolique. Non contente de consacrer à cette œuvre son temps ct sa fortune, elle sut y intéresser sa généreuse famille et les membres de cette société orléanaise, qui s'est toujours montrée empressée à accueillir et à seconder toute bonne œuvre.

Bientôt un ouvrci: s'ouvrit, sous la direction de la pieuse fondatrice, et, chaque semaine, des dames de toutes les classes de la société s'y réunirent, pour travailler en commun. Dès cette première année 1838, un envoi bien modeste put être fait aux missions : il se composait d'un ornement complet et de linges d’autel.

En quelques années, ce petit grain de sénevé allait grandir au-delà des espérances des premières associées. Approuvée par le Souverain-Pontife, qui voulut recevoir la fondatrice et lui prodigua ses plus abondantes bénédictions, l'Œuvre Apostolique, dont le centre avait dû bientôt être transporté à Paris, s'épanouit rapidement par toute la France, au moyen d'ateliers de charité ouverts dans les principales villes. Déjà, au bout de trente ans, en 1868, l'œuvre était établie dans 32 villes ; aujourd’hui, elle a des ateliers dans 52 villes de France, et à Paris seul, elle compte :2 ouvroirs. Chaque année, elle a son exposition particulière dans les diocèses, et son exposition générale, au mois de mai, à Paris.

Quand Mile Duchesne mourut, après avoir consacré à cette œuvre quarante ans de sa vie, elle eut la consolation d’être visitée et bénie, sur son lit de mort, par Mgr Guibert, cardinal-archevêque de Paris, et de se savoir escortée dans l'éternité par les prières et le souvenir reconnaissant de milliers d'évêques et de prêtresmissionnaires, dont l'œuvre fondée par elle est venue soulager la glorieuse pauvreté,

En 1888, date cinquantenaire de la création de l'Œuvre Apostolique, elle a fait passer aux missions

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