LES MISSIONS DE L'INDO-CHINE
bardés et sa flotte détruite, en quelques heures. Il mourut de colère, à la suite de cette humiliation (547), | Avec Tu-Duc, fiis de Thieu-Tri, la persécution recommença implacable, Au Tong-King, MM.
Schæffler et Bonnard moururent successivement sous le glaive du bourreau (1e mai 1851, 1e mai 1852). Les édits de persécution se succédaient, comme aux jours sanglants de Minh-Mang ; la tête des missionnaires était mise À prix, 2,400 francs, et tout prêtre, européen ou indigène, devait être coupé en morceaux C'était une insulte à la France, un défi jeté à
MGR DUMOULIN-BORIE, des Missions Étrangères de Faris, martyrisé au Tong-King, le 24 novembre 1838.
la civilisation. Le gouvernement impérial, bien qu'il affectât, à cette époque, des tendances cléricales, ne se pressa pas de le relever. Ce ne fut qu'en 1856 qu'il envoya M. de Montigny en Cochinchine, pour proposer un traité de commerce, et incidemment traiter la question religieuse ; mais la mission Montigny, mal conçue et mal appuyée, ne réussit pas et n'eut d’autres résultats que de pousser au paroxysme les fureurs de la nersécution. Comme l’écrivait à ce sujet Mgr Retord, vicaire apostolique du Tong- King occidental, « les lemi-mesures et les vaines menaces ne font qu'aggraver notre situation et celle de nos chrétiens. Qu'on agisse avec vigueur,
158 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXe SIÈCLE.
ou qu'on nous abandonne à notre malheureux sort, »
C'est alors (1857) que Mgr Pellerin, vicaire apostolique de la Cochinchine septentrionale, voyant l'orage effrayable qui se déchaîinait sur l'Eglise annamite, crut devoir passer en France, pour exposer à l'empereur la situation critique des chrétiens et lui demander un secours sérieux, capable d'obtenir enfin la liberté religieuse aux missionnaires et à leurs néophytes, C'était son droit incontestable, quoi qu'on en ait dit, et i! y
M. PIERRE-FRANÇOIS NÉRON, des Missions Étrangères |
de Paris, martyrisé au Tong-King occidental, le 3 no: vembre 1860.
avait à cette intervention de la France une raison d'honneur et de justice, puisque c'était elle qui nous avait compromis par des démonstrations aussi généreuses qu'imprudentes. Devait-on nous laisser sans défense entre les griffes du tigre, après s'être donné le tort de l'exciter ? Nous
n'avions pas attenCu l'appui du pouvoir civil pour |
annoncer l'Evan, le aux infidèles ; nous n'en avions pas besoin ; je dirai plus, nous ne le désirions pas. Il y avait deux cents ans que nous travaillions en Chine, à Siam, à Annam ; nous avions
été persécutés bien des fois, et touiours nous | J
avions triomphé des persécuteurs par la patience et par la mort, Mais puisqu'on était venu gratui tement nous compromettre, sans que nous l'ayons demandé, n'était-il pas juste qu'on nous secoufût? Nos cinq cent mille chrétiens annamites devaient-ils être les victimes des généreuses intentions de nos compatriotes, et payer de leur sang le stérile intérêt qu'ils avaient inspiré ? L'empereur ne le crut pas, et l'expédition de Cochinchine fut résolue (1858), Comme l'Espagne a des missions au Tong-King, et que le sang de ses nationaux avait coulé à côté de celui des nôt-es, elle voulut prendre part à l'expédition,
Je ne ferai pas l'histoire de l'expédition de Cochinchine, qui dura quatre ans (septembre 1858, juin 1862), et fut menée d'une façon déplorable, Le traité de paix donnait à la France la colonie de Cochinchine, et promettait aux chrétiens la literté religieuse. L'expédition avait donc, au moins en partie, obtenu son but ; mais au prix de quels sacrifices |
Il faudrait l'éloquence et les larmes du Prophète pour redire les douleurs de l'Eglise annamite pendant L:s jours de deuil qui s'étendent de la prise du la Tourane au traité de 1862 :
Martyre des trois vicaires apostoliques du Tong-King central, Mgr Diaz (1857), Mgr Garcia (1858), Mgr Hermossilla (1861); martyre de NN. SS.,Ochoa, vicaire zpostolique du Tong- King central, et Cuenot, icaire apostolique de la Cochinchine orientale (1861) ; au total, cinq vicaires apostoliques mattyrisés en quatre ans, sans parler de Mgr Retord, vicaire apostolique du Tong-King occidental, mourant de privations dans les forêts (1858) ; martyre de MM. Néronet Vénard, du Tong-King occidental, et du P. d’Almato, provicaire du Tong-King central (1860- 1861); emprisonnement de M M, Charbonnier et Mathevon, pendant onze mois ; ils n'échappèrent à la mort que grâce à la signature du traité de paix ; martyre de 116 prêtres annamites, plus du tiers du clergé indigène, dans les neuf missions d'Annam ; destruction de quatre-vingts couverts de religieuses annamites, plus de cent moururent pour la foi ; ruine de tous nos séminaires ; arrestation de la plupart des élèves et de nos meilleurs catéchistes : presque tous furent martyrisés ; emprisonnement des notables de toutes les chrétientés, au nombre de dix mille environ ; plus de la moitié furent mis à mort pour la foi ; sac, incendie et pillage de deux mille chrétientés, dont les biens-fonds, rizières, maisons et jardins furent donnés aux païens du voisinage, Enfin, des frontières de l, Chine et du Cambodge, dispersion de nos cinq cent mille chrétiens au milieu des païens ; anéantissement de la famille chrétienne : le mari envoyé dans une province, la femme dans uüe autre, les enfants donnés à qui veut les prendre, Environ 40.000 chrétiens périrent, pendant l’année de la dispersion, par suite des rruvais traitements, de la faim, des misères indicibles
LH \ Er uils endurèr "+
AR an et DNS LATIN HSE s enCt ent, ceux qui surveécurent perüis » i
rent tout con À chré Héle A nos ( cutic œuvi juste rence gran créé, tés n celles naire préto ples, à plei les p encor de sa perdu Pour perdu Les p tir, Île docile qu'ils dit da reau f faisait En fluenc ment :
Autre prince plus d asile :
la sit France et nat blessé la clas:
implac compa sur no ceux q lettrés et à Après 1873, il sion dé Tong-k tale s'e:
français religieu en hair sauf de Dans
patience 1 gratuis l'ayons S sSecounamites néreuses de leur nspiré ?
tion de Espagne sang de lui des ition,
tion de ptembre n déplorance la x chrén avait t ; mais
du Proe annatendent )2 :
jues du gr Garrtyre de | Tongue de la al, cinq tre ans, stolique ivations Néron et P, d’AI- | (1860nnier et ppèrent raité de plus du nissions ouvents Jururent ; arres- »s meiltyrisés ; es chréplus de oi ; sac, tés, dont 1s furent les fronrsion de ieu des ‘tienne :
me dans veut les nt, penes meuidicibles t perdis
rent leurs champs, leurs maisons, leurs bestiaux, tout ce qu'ils possédaient,
Voilà ce qu'a coûté à nos missions d'Annam la conquête de la Cochinchine !
Au moins, au prix de pareils sacrifices, nos chrétiens ont-ils enfin obtenu la liberté religieuse? Hélas !
À Saïgon et dans la colonie, la présence de nos compatriotes nous met à l'abri de la persécution et nous permet de développer en paix nos œuvres, C'est là un résultat sérieux, dont il est juste de tenir compte. Malheureusement l'indiffé. rence religieuse et les mauvais exemples de la grande majorité de la population européenne ont créé, à la propagation de l'Evangile, des difficultés nouvelles et plus redoutables peut-être que celles du passé, Sans doute, le sang des missionnaires et celui des fidèles ne coule plus dans les prétoires ; mais l'imm 2ralité, les mauvais exermples, le goût des plaisirs faciles, l'impiété coulent à plein bord au milieu des populations, éloignant
les païens et scandalisant les chrétiens. C'est | encore, pour beaucoup d'entre nous, un problème |
de savoir si, finalement, la religion a gagné ou perdu ici, à la présence de nos compatriotes, l'our moi, je suis de ceux qui pensent qu'elle a perdu et qu'elle perd tous les jours, à ce contact, Les païens sont devenus plus difficiles à conver..
tir, les chrétiens sont moins fervents, moins |
dociles, plus exposés à des tentations délicates qu'ils ne soupçonnaient même pas, Comme je l'ai dit dans un autre ouvrage, si le glaive du bourreau faisait de nos vierges des martyres, il n'en faisait pas des prostituées. 1ntelligenti pauca.
En dehors de la colonie la question de l'influence néfaste des Européens est trop clairement résolue par les malheurs de nos chrétientés. Autrefois le catholicisme, même proscrit par le prince, avait les sympathies des populations, et, plus d'une fois, les missionnaires avaient trouvé asile auprès des païens honnêtes. Aujourd'hui, la situation est bien changée, La présence des Français à Saïgon, les accroissements successifs et naturels de leur puissance en Annam, ont blessé au cœur l'orgueil national, surtout parmi la classe intelligente et lettrée. De là, des haines implacables, qui, ne pouvant s'assouvir sur nos compatriotes, sont retomk:ts de tout leur poids sur nos malheureux chrétiens. Pour se venger de ceux qu'ils appellent Zs Français du dedans, les lettrés annamites ont eu récours aux massacres ct à l'extermination en masse des néophytes.
Après s'être essayé en détail, en 1867, 1869 et 1873, ils ont procédé en grand, n 1885, à l'occasion de la prise de Hué et de l'expédition du Tong-King. Le vicariat de la Cochinchine crientale s'est vu à peu près anéanti : 8 missionnaires lrençais, 7 prêtres indigènes, 60 catéchistes 270 religieuses et 24.000 chrétiens ont été massacrés, en haine de la France ; toutes les chrétientés, sauf deux, ont été ruinées.
Dars la Cochinchine septentrionale, le désastre