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LL COCHINCHINE. — MARTYRE DU VÉNÉRAR

indigènes témoins oculaires. et conservé à Paris,

LE MARCHAND ; d'après un tableau fait en Cochinchine par les dans la salle des Martyrs au séminaire des Missions Etrangères

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156 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

qui était venue, à la fin du dernier siècle, rétablir son père sur le trône; mais il n’était pas aussi facile de se débarrasser des missionnaires. Après avoir essayé inutilement de les retenir à la cour, en qualité d'interprètes, le tyran se décida enfin à lever le masque, et, le 6 janvier 1833, éclata, comme un coup de foudre, le premier édit de persécution générale,

L'ère des martyrs était ouverte, M. François- Isidore Gagelin, de la mission de Cochinchine, fut le premier de nos confrères qui descendit dans l'arène, Il fut condamné à mort et étranglé pour la foi, le 17 octobre 1833. Après lui, vinrent successivement MM. Marchand, pris à Saïgon, dans la citadelle, où les révoltés l'avaient enfermé avec eux ; il subit l'affreux supplice des cent plaies ou de la mort lente, le 30 novembre 1835 ; Cornay, du Tong-King occidental, coupé en morceaux, le 21 septembre 1837; Jaccard, provicaire de la mission de Cochinchine, détenu depuis cinq ans en prison, étranglé le 21 septembre 1838 ; Borie, vicaire apostolique du Tong-King occidental, mais non encore sacré, décapité le 24 novembre 1838 ; NN.SS,. Delgado et Hénarès, Dominicains, l’un vicaire apostolique, l’autre coadjuteur du Tong- King oriental, décapités avec le P. Fernandez, provicaire de la même mission, les 15 et 25 juin 1839; le P. Odorico, Franciscain (1835), et M. Delamotte (1839), tous deux missionnaires en Cocainchine, morts en prison ; sans parler de Mgr Havard, du Tong-King occidental, de MM. Candalh et Vial, de la Cochinchine, morts de faim et de misère dans les bois où la malice des persécuteurs les avait forcés de se réfugier. Total, en sept ans, quatre vicaires apostoliques, deux provicaires et sept missionnaires, morts des suites de l’édit de persécution.

Le clergé indigène et les fidèles avaient tenu à honneur de marcher sur les traces de leurs pasteurs. Au Tong-King et dans la Cochinchine, une vingtaine de prêtres et plusieurs centaines de chrétiens avaient courageusement versé leur sang pour la foi, € Qu'on frappe sans pitié, écrivait Minh-Mang à ses mandarins, qu'on torture, qu'on mette à mort ceux qui refusent de fouler aux pieds la croix. Qu'on sache que ce refus seul les constitue en état de rébellion. Qu'on prenne donc une hache, un sabre, un coutelas, tout ce qui se trouve sous la main, et qu’on extermine ces endurcis, sans qu’il en échappe un seul, }

Vains efforts ! La rage des persécuteurs devait être vaincue par le courage des martyrs. Quand Minh-Mang mourut, en 1841, le christianisme, qu'il s'était promis d’anéantir en Annam, était plus vivant que jamais, Loin de reculer, il avait progressé dans cette lutte implacabie, dont finalement il sortait vainqueur. De nouveaux missionnaires, plus nombreux qu’au temps de la paix, étaient accourus pour remplacer leurs frères, tombés glorieusement dans l'arène, et nos chrétiens avaient plutôt gagné que perdu à la

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augmenté, comme on va voir, mais encore ils étaient généralement devenus plus fervents et lus généreux, Ceux qui avaient succombé À ‘épreuve des tortures, s'empressaient d'ordinaire de venir, en pieurant, demander le pardon et la pénitence ; des indifférents, dont la tiédeur était un scandaie dans nos chrétientés, s'étaient réveillés au tonnerre de la persécution, et maintenant, ils étaient réguliers et fervents ; les patens euxmêmes, frappés de l'héroïsme déployé par les disciples du CHRIST, se présentaient au baptême en bien plus grand nombre qu’autrefois, Voici, en résumé, quelle était, en 1840, à la veille de la mort de Minh-Mang, la situation des missions annamites :

Tong-King oriental : 1 vicairé apostolique, 1 coadjuteur, g missionnaires, 41 prêtres indigènes, 160,000 cathoiques.

Tong-King occidental : 1 vicaire apostolique, 8 missionnaires, 76 prêtres indigènes, 180.000 catholiques.

Cochinchine : 1 vicaire apostolique, 1 coadjuteur, 10 missionnaires, 27 prêtres indigènes, 80.000 catholiques.

Total en 1840 : 3 vicaires apostoliques, 2 coadjuteurs, + missionnaires, 144 prêtres indigènes, 420,000 cathoiques.

L'Église d'Annam venait de faire vaillamment ses preuves. Grégoire XVI, attentif à ses combats, envoya au clergé et aux fidèles une lettre encyclique pour les féliciter de leur constance. I] commença aussi à multiplier les centres de mission, afin de rendre plus immédiate et plus efficace l'action de l’apostolat. La mission unique de Cochinchine fut donc divisée successivement en quatre vicariats apostoliques : Cochinchine orientale et Cochincnine occidentale (1844), Cochinchine septentrionale, détachée de l'orientale (1850), Cambodge et Laos, détaché de la Cochinchine occidentale (1848). Le Tong-King occidental fut partagé de son côté en deux vicariats : Tong-King occidental et méridional (1846) ; le Tong-King central fut détaché de l'oriental (1848), en 1883, le Tong-King septentrional fut érigé à son tour en vicariat distinct, enfin en 1894 fut érigé le vicariat apostolique du Haut To:g- King, détaché de l'occidental.

Les Missions annamites se partagent donc aujourd’hui en dix vicariats apostoliques :

Cochinchine septentrionale, Cochinchine orientale, Cochinchine occidentale, Cambodge et Laos : Missions Etrangères.

Tong-King occidental, Tong-King méridional, Haut- Tong-King: Missions Etrangères

Tong-King oriental, Tong-King central, Tong-King septentrional : Dominicains.

Sous le règne de Thieu-Tri, fils et successeur de Minh-Mang, il y eut un moment d’accalmie dans la persécution. Plusieurs martyrs indigènes eurent encore l'honneur de confesser la foi, mais le sang des missionnaires fut épargné. Dans le cours des années 1841-1842, ils étaient pourtant cinq, condamnés à mort, dans les prisons de

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King occidental, Miche et Duclos, de la Cochinchine. Qui pouvait donc retarder indéfiniment leui triomphe ? Les prisons regorgeaient de confesseurs, le rotin et les tenailles fonctionnaient chaque jour dans les prétoires, Pourquoi seul laissait-on chômer le glaive du bourreau ? Etait-ce humanité de la part de Thieu-Tri? Non. Sa Majesté Annamite avait peur: voilà tout. Elle avait entendu gronder, aux portes de la Chine, le canon des barbares d'Occident, et elle craignait, en versant le sang des missionnaires, que la France ne vint un jour ou l’autre lui en demander compte,

C'est ce qui arriva,

Au commencement de l'année 1843, la corvette l'Æéroïne entrait dans les eaux de Tourane, Le commandant Lévêque, ayant appris qu'il y avait alors, dans les prisons de Hué, cinq missionnaires français condamnés à mort, prit sur lui de les réclamer, bien qu'il n'eût pas d'instructions de son gouvernement. Après avoir essayé de nier, le roi, très effrayé, se décida à lâcher sa proie. Le 19 mars 1843, les cinq confesseurs de la foi, reçus avec les honneurs militaires par le commandant Lévêque, à la tête de son état-major, montaient à bord de l'Æéroïne, au milieu de l'étonnement des païens et de la joie des chrétiens. C'était une première apparition de la France, intervenant, au nom de sa civilisation et de sa foi, pour la délivrance de ses nationaux. Le gouvernement annamite se fût épargné bien des déboïes, s’il avait su profiter de la leçon.

Cependant le succès de cette première intervention, toute pacifique, avait attiré l'attention du gouvernement et du public français sur ces contrées lointaines. Deux des pieux confesseurs de la foi, MM. Galy et Charrier, ayant été ramenés en France, il se fit autour d'eux un certain concours ; l'opinion publique commença à s'émouvoir en France, Certes, le gouvernement de Louis-Philippe était peu disposé à se créer des

difficultés pour soutenir les missionnaires, Ce. |

pendant, il ne pouvait rester complètement indifférent aux tortures et à la mort de ses nationaux. Les journaux voltairiens du temps euxmêmes protestaient contre cet abandon, au nom de l'honneur national,

Aussi, l’année suivante, 1844, Mgr Lefebvre, vicaire apostolique de la Cochinchine occidentale, ayant été pris et condamné à mort, le contre. amiral Cécile, commandant de nos forces navales dans les mers de Chine, exigea et obtint qu'il lui fût remis. Dès lors le roi d'Annam comprit qu'il était surveillé, Naturellement, ce contrôle l'irrita, et il essaya de s'en débarrasser par une perfidie,

En 1847, le commandant Lapierre vint, au nom du gouvernement français, demander offciellement la sécurité de ses nationaux et la liberté religieuse pour les chrétiens. Thieu-Tri essaya de l'attirer, lui et ses officiers, dans un Suet-apens, En représailles, i: vit ses forts bom-

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