NORWÈGE
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ANS les Etats scandinaves, la position est D encore plus triste qu’en Angleterre, car il n'y à plus rien.
En 1536, un même jour vit jeter dans les fers tous les évêques du Danemark, et, avant la fin du XVIe siècle, le catholicisme était anéanti dans le royaume de saint Canut. Seuls, les étrangers pouvaient assister à la messe, dans les chapelles privées de leurs ambassadeurs, Plus de clergé, plus de hiérarchie, Au commencement du XIXe siècle, un des évêques de l'Allemagne du Nord était chargé de pourvoir aux besoins religieux d’une centaine de catholiques, épars dans tout le royaume, principalement dans le Sleswig- Holstein, Même situation navrante en Suède et en Norwège. On sait avec quelle cruauté Gustave Wasa et son fils Eric procédèrent, au xvie siècle, à l'extinction du catholicisme dans le royaume de saint Olaf : interdiction absolue de l’ancien culte, bannissement de tout catholique hors du royaume, peine de mort contre tout religieux, tout prêtre, trouvé dans le pays. Quand la petite-fille de Gustave Wasa, la reine Christine, éclairée sur la vérité du catholicisme, voudra revenir à la foi de ses pères, il faudra qu’elle commence par descendre du trône, et qu'elle prenne, comme le dernier de ses sujets, le chemin de l'exil.
Ces lois impitoyables subsistent encore au
commencement du XIXe siècle. Un seul adoucissement y a été apporté. En 1759, Gustave III a permis aux catholiques étrangers, domiciliés dans le pays, l'exercice public de leur culte ; Mais l’on a maintenu rigoureusement l'interdiction pour les indigènes d'embrasser le catholicisme, sous peine de l'exil et de la confiscation des biens, En 1800, nous trouvons une centaine de fidèles, Éparpillés à travers les deux royaumes de Suède
et de Norwège. En présence d'une pareille into- !
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à | lérance, le catholicisme, malgré son énergique vitalité, n'a pu se maintenir sur ces rivages désolés de la Baltique.
ANS l'Allemagne protestante du Nord, la
D situation est presque aussi triste. La plupart des principautés protestantes appliquent implacablement le fameux axiome cu traité de Westphalie : Cujus regio, hujus religio, ce qui veut dire que chaque contrée doit suivre aveuglément la religion de son £ti.e. En sorte qu’en moins d'un siècle, ca ver:a, sans que nos grands prôneurs de liberté réclament, un pays, la Prusse, Passer successivement, selon le caprice du mo: narque, du luthéranisme au calvinisme, pour s’en tenir, en fin de compte, au culte évangélique, c'est-à-dire À un accord impossible entre deux cultes et deux dogines qui hurlent de se voir accouplés, Mais que voulez vous ? C’est la volonté du prince ; il n’y a pas à discuter. Ce que l’on discute, c'est l’omnipotence doctrinale de Rome et la tyrannie sous laquelle elle courbe les esprits qui lui sont soumis !
Comme le catholicisme ne se prête pas facilement à ces compromis de doctrine, il en résulte que, dans la plupart des Etats de l'Allemagne, il est absolument proscrit, et que, dans ceux où l'on veut bien le tolérer, les princes l'ont fait entrer tout doucement dans les rouages administratifs, en le soumettant À “ne bureaucratie hostile et la plus tracassière qu'il y ait en Europe, ce qui n’est pas peu dire, Or, je ne crains pas d'affirmer que ce second mode de persécution est le plus dangereux pour l'Eglise, et je le prouve.
La sainte Eglise infaillible du CHRIST se compose néanmoins d'hommes faillibles, et plus ou moins accessibles aux tentations qui viennent de l'autorité civile. Toutes les âmes ne sont pas héroïquement trempées, et il est bien à craindre que, sous la pression continue du pouvoir, on n'arrive peu À peu à des compromis, disons le mot, à des lâchetés, cent fois plus redoutables pour l'Eglise que l'exil ou la mort ; Car la persécution sanglante honore le martyr en ranimant la foi des fidèles, au lieu que la persécution bureaucratique, hypocrite et sourde, déshonore souvent jusqu’à ses victimes.
Sous l’action persévérante de l'administration il se forme bientôt un épiscopat servile, un clergé bâtard, qui ne regarde plus du côté de Rome, Mais qui a les yeux fixés sur le moindre chef de bureau, pour savoir ce qu'il doit dire et ce qu'il doit faire,
C'est là, il faut bien le reconnaître, où en est venu, au commencement du XIXe siècle, le clergé catholique dans l'Allemagne du Nord, et même dans la majeure partie de l'Allemagne demeurée catholique, grâce à l'éducation joséphiste du
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ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES AU COMMENCEMENT DU XIX1me SIÈCLE. 19
clergé et à de mauvais choix épiscopaux. Fébronius vient de mourir, après une rétractation plus ou moins sincère ; mais le mal qu'il a fait à l'Eglise d'Allemagne ne sera pas encore guéri au bout d’un siècle, Sur les principaux sièges épiscopaux, nous voyons assis des prélats de famille princière, qui n'ont le plus souvent d'autre titre de vocation que leur naissance et l'influence politique de leurs parents. Qu'on se rappelle ici le congrès schismatique tenu à Ems, en 1787, par les quatre premiers dignitaires de l'Eglise d'Allemagne, dans l'intention hautement avouée de rompre avec Rome, et d'établir, sous le nom d'Eglise nationale, une sorte de protestantisme bâtard.
Quelle est au juste, en 1800, la situation numérique des catholiques dans l'Allemagne du Nord ? in mettant à part 5.000.000 de catholiques dans les évêchés des bords du Rhin, qui formeront bientôt la Prusse rhénane, et 1.200.000 dans la Silésie et la partie de la Pologne cédée à la Prusse, je crois qu’on s’écartera peu de la vérité en portant à 60.000 le nombre des catholiques allemands répandus dans les principautés protestantes, la Prusse héréditaire, le Wurtemberg, la Saxe, le Hanovre, le duché de Bade et les petites principautés, ce qui fait en tout 6.260.000 catholiques dans l'Allemagne du Nord, sur une population totale de 25.000.000,
L'heure approche où DIEU va réveiller de sa léthargie cette vieille Eglise d'Allemagne. Pendant quinze ans, ce malheureux pays va devenir le champ de bataille de l'Europe. Sous les pas des soldats de Napoléon, toutes les barrières tomberont, tous les cadres seront brisés, une certaine justice se fera, bon gré mal gré. Certes, nos soldats ne sont pas dévots, à cette heure de l’histoire, N'importe, ils serviront d'instruments, aux mains de la Providence, pour rétablir l’exercice public du culte catholique, en bien des endroits où il était proscrit depuis la Réforme. Tout l'état politique de l'Allemagne étant bouleversé, l'ancienne constitution germanique est par terre. C'est l'heure des restaurations et des réparations, Peu à peu, nous verrons cette noble Eglise d'Allemagne se relever de ses abaissements séculaires ; et quand, après la chute du colosse qui l'a démembrée, l'Allemagne politique essaiera de se reconstituer, elle trouvera devant elle l'Eglise catholique debout et débarrassée, au moins en partie, de ses fers. Avec ce minimum de liberté, le catholicisme fera dans l'Allemagne protestante des merveilles, Le jour n’est pas loin où l’un des plus illustres poètes de ce pays, Novalis, terminera une de ses odes par ce cri d'espérance : £x avant vers Rome ! et ce noble appel ne restera pas sans écho.
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E l'Allemagne du Nord, passons à la Hol-
17 lande ; nous y trouverons l'intolérance pro- |
testante, s'étalant avec impudence sur les ruines
du catholicisme. Un ministre anglican, impartial et modéré, le R, docteur Neale, a fait paraître, il y a quelques années, un travail intéressant sur la situation des catholiques hollandais en face de l'hérésie victorieuse ; avec une franchise qui l’honore, il reconnait que les calvinistes abusèrent impitoyablement de leur victoire. On n’a qu'à se rappeler ici les horreurs de toutes sortes commises, au XVIe siècle, par les Gueux : spoliation des riches églises, pillage des couvents, destruction insensée des objets d'art, vols, massacres, incendies, les martyrs de Gorcum, et tant d’autres pages sanglantes de l’histoire des calvinistes hollandais. La persécution ne s'arrêta que le jour où les Réformés virent leurs concitoyens catholiques si bien écrasés, qu'ils crurent pouvoir sans danger fermer les yeux sur ces misérables restes de l’ancienne Eglise,
Jl en résulte qu'au commencement de ce siècle, la situation des pauvres catholiques hollandais est encore lamentable. Forcés de se cacher de tout le monde, privés de toute influence politique, sevrés de toutes les manifestations extérieures du culte, leu- vie religieuse, comme celle des repris de justice, cherche à se dérober à tous les regards. Dans cet ouvrage, dont je viens de parler, le R. Neale fait une description saisissante de la messe catholique, telle qu'elle se célébrait encore en Hollande il y a moins d’un siècle,
Le lieu de la réunion, dans une grande ville comme Amsterdam, par exemple, est la chambre haute d’un cabaret borgne, « A l’Ecu d’or » ou € Au Soleil levant ». A limitation de ce qui se passe dans ces bouges infâmes, qui vivent de la clientèle exclusive des forçats en rupture de ban, la maison a tout un système de couloirs, de portes de dégagement, par où, en cas d’invasion de la force publique, les fidèles pourront s'échapper. Avant l'aurore, on les voit arriver, par petits groupes de deux ou trois ; un prêtre, souvent un vieux confesseur de la foi, qui a fait plus d’une fois connaissance avec les prisons, s’est déjà glissé dans la maison, sous un déguisement quelconque. Dès qu'il a revêtu les ornements sacrés, cinq à six béguines, religieuses vivant dans leur famille, viennent se ranger autour de l'autel. En cas d'alerte, chacune d'elles est chargée d'enlever et de faire disparaître quelqu'un des vases sacrés et des ornements du prêtre. Si la police, comme il arrive souvent, fait une irruption subite dans la maison, chacune se saisit à la hâte de l'objet particulier dont elle a la garde ; pendant que le
maître de l'auberge, pour gagner du temps, parlemente à la porte avec les agents, le célébrant s'est déjà glissé dans une cachette ménagée entre deux murs, les fidèles se sont échappés dans toutes les directions. La police en sera cette fois pour ses frais de déplacement.
Le R. docteur Neale, qui nous fait ce triste tableau de la situation des catholiques hollandais en 1800, termine sa narration par la description
de quelques-unes de ces catacombes du XIX®
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siècle, qu'il a visitées avec une respectucuse curiosité, et qui subsistent encore çà et là, à l'état de souvenirs, témoignages vivants de l'intolérance
calviniste, Et voilà les hommes qui n'ont pas
maine |!
Il va sans dire que la hiérarchie catholique en Hollande a été brisée par la Réforme. Au coutraire, les calvinistes ont favorisé de toutes leurs forces les jansénistes, dans lesquels ils voient,
non sans raison, des frères qui n'ont plus qu'un pas à faire pour être la protection avouée du £ouvernement, nous trouvons, en 1800, cette Eglise en pleine décadence.
Voici, d'après les documents officiels, quelle était, à cette époque, la situation du jansénisme en Hollande,
A Utrecht fidèles,
À Harlem : 1 évêque, 24 curés, 2.038 fidèles,
A Deventer : 1 évêque, qui remplit en même temps les fonctions de curé dans l'archidiocèse d'Utrecht, car il n’a pas de troupeau.
Total pour toute l'Eglise janséniste de Hol-
: archevêque, 24 curés, 2,520
lande :
1 archevêque, 2 évêques, 48 curés, 4.958 fidèles. C'est peu.
Quant aux vrais catholiques, à cause du mystère dont ils sont forcés de s'entourer, on ne trouve leur nombre indiqué nulle part dans les documents officiels de cette époque ; mais en consultant les statistiques postérieures, en tenant compte des accroissements qui ont dû se produire, on peut très approximativement fixer leur nombre, en 1800, à 350.000 catholiques, contre 1.200.000 protestants,
Comme le gouvernement hollandais ne supporte sur son territoire aucun évêque catholique, cette chrétienté désolée est sous la juridiction d'un simple prélat, le chargé d’affaires du Saint- Siège à La Haye; ce prélat a, au-dessous de lui, 8 archiprêtres, qui ont à leur tour la surveillance de 50 à 6o curés chacun, Le nombre des paroisses catholiques s'élève au total de 463.
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1 de la Hollande nous redescendons en Suisse, S nous rencontrons encore la persécution, au moins dans une partie du pays.
Plusieurs canto:s sont catholiques : ce sont les cinq cantons de Lucerne, d'Uri, de Schwitz, d'Unterwald et de Zug, avec le Valais, qui, par leur résistance à la tyrannie, ont formé, au xve siècle, le premier noyau de la Confédération helvétique. On peut, au point de vue religieux, leur | adjoindre les deux cantons de Soleure et de Fribourg, où les protestants ne form2nt qu'une
minorité imperceptible, La population catholique |
assez d'anathèmes contre la tyrannie de l'Église Ro-
à eux, Néanmoins, malgré
totale de ces huit cantons s'élève à environ 350.000 âmes, qui jouissent pleinement de la liberté religieuse.
Six autres cantons : Appenzell, les Grisons, St-G: 1, Giaris, Argovie et Thurgovie sont mixtes ; la population catholique y est de 190.000 fidèles, contre 220.000 protestants, — Depuis les luttes sanglantes du xvre siècle, l'apaisement s’est fait entre les deux partis. Les catholiques ont gardé leurs communautés religieuses, la libre administration de leurs églises ; et pour les questions confessionnelles, il a été sagement établi qu'elles seraient décidées exclusivement par les membres de chaque confession,
Enfir, il y a quatre cantons qui sont entièrement protestants : Berne, Bâle, Zurich et Schaffouse, auxquels il faut ajouter la principauté de Neu: chatel et les villes libres de Genève et de Lausanne, qui ne font pas encore partie de la Confédération. Là, les protestants sont chez eux ; ils ont le nombre, 800.000 protestants, contre une minorité imperceptible de 2,000 catholiques ; ils ont la richesse, l'influence politique, la prépondérance à la diète fédérale. A l'exception de Lucerne, ils occupent toutes les grandes villes de la Suisse, et ils profitent de cette situation privilégiée pour proscrire impitoyablement chez eux l'exercice public du culte catholique. C’est seulement dans les premières années du XIXC siècle que les premiers prêtres romains pourront se glisser furtivement à Berne, à Bâle, à Neuchâtel, à Lausanne, à Genève, pour y célébrer la messe et administrer les sacrements aux rares catholiques qui habitent au milieu des protestants.
Voici, en résumé, la situation religieuse de la Suisse en 1800 :
Cantons catholiques :