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» dronit, dans la nouvelle Université aui s'ouvre » aujourd'hui, à fortifier le Pays par leur nombre, » à l'éclairer par leur sagesse, et à le défendre, » s'il est besoin, par leur valeur. »
Ces spectacles Consolants, qu'on ne voit plus guère dans notre vieille Europe, reposent un peu des iniquités et des luttes quotidiennes qu'on a sous les yeux. ,.; montrent la vitalité du cathol:-
LE CARDINAL GIBBONS, archevêque ce Baliimore,
cisme,qui s'accommode à toutes les constitutions, qui accepte, sans arrière-pensée, toutes les formes de gouvernement, ne demandant au Pouvoir, quel qu'il soit, Monarchie ou République, Césarisme ou Démocratie, que la protection du droit commun et la liberté de se dévouer au salut des âmes.
Ce grand exemple du catholicisme américain s'épanouissant au soleil de la liberté commune à tous, a suvent servi d’argument à nos libéraux, pour défendre leur fameuse maxime de l'£o/ise libre dans l'Etat libre, Ici, en effet, disent-ils,
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domine, sans conteste, le principe moderne de la séparation d2 l'Eglise et de l'Etat. La République des États-Unis ne reconnaît aucun culte, n’en subventionne aucun, et laisse chacun développer librement son action, dans les limites, fort larges d’ailleurs, de la constitution fédérale, Les magnifiques progrès du catholicisme aux États- Unis ne prouvent ils pas que ce régime de la séparation, dont les catholiques d'Europe s’effrayent si fort, est la meilleure solution des rapports à établir entre l'Eglise et l'État ?
J'aurais là- ‘essus quelques observations à présenter. En premier lieu, ceux qui prônent si fort le système américain oublient que les États-Unis ne sont pas du tout dans la même situation que les États catholiques en Europe. Formés d’une agglomération d'émigrants appartenant à toutes les dénominations religieuses, ils n’ont jamais eu chez eux de religion d'Etat proprement dite, Dans cette situation, il est rationnel que, voulant donner à tous leurs administrés une égale liberté de conscience, ils aient pris le parti de ne favoriser aucun culte aux dépens des autres et de les ignorer tous également. L'iripartialité leur faisait un devoir d'agir ainsi.
Il n'en est pas du tout de même dans les différents États de l’Europe catholique : là, il y a des droits acquis, des traditions religieuses, qui remontent au berceau même de la nation. Les peuples ont une religion d’État ; ils sont, si l'on veut me passer le mot, catholiques de naissance; c'est l'Église qui a présidé à leur développement et qui les a faits ce qu'ils sont. ( Les évêques ont fait la France comme les abeilles font leur ruche », écrivait, au dernier siècle, l’impie Gibbon. Fouler aux pieds ces traditions nationales, faire semblant, par une fiction de droit, d'ignorer la religion de l’immense majorité du pays, la confondre avec toutes les autres dénominations religieuses dans une indifférence commune, ce n'est plus de l’impartialité, c’est de l’apostasie,
En second lieu, il faut remarquer que si la République américaine n’est spécialement ni catholique, ni protestante, en revanche, elle n’est ni libre-penseuse, ni athée. Elle a conservé soigneusement les grandes lignes du Christianisme, et elle tient la main à les faire respecter. Partout, malgré les exigences d’une industrie bien plus considérable que la nôtre, la loi du repos dominicai est inviolablement gardée ; les séances du Congrès s'ouvrent par la prière, et un chapelain d'office, quelquefois un prêtre catholique, est désigné pour cette fonction ; chaque année, dans son message au pays, le Président indique un jour d’actions de grâces, pour remercier la Providence des faveurs qu'elle a accordées à la grande
République ; dans les calamités nationales, un |
jour de jeûne et d’expiation est fixé, pour apaiser
le Ciel et désarmer la colère de DIEU, En un |
mot, la République des États-Unis est restée
chrétienne, et elle se montre généralement favo- |
LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE,
gieuse : elle fait respecter, dans ses tribunaux, les règlements intérieurs des différentes communautés et les laisse chacune s’administrer librement ; elle tolère nos conciles provinciaux, nos mectings, nos écoles, nos congrégations religieuses ; au lieu de les grever d'impôts iniques et absolument disproportionnés, elle décharge des contributions or : naires tous nos établissements de charité, estimant, à bon droit, qu'ils soulagent la société du poids des malheureux qu'ils assistent gratuitement ; au jour du Centenaire, on vit les premières autorités de la République s'associer à la joie des catholiques et faire publiquement des vœux pour le développement pacifique de leurs œuvres. C'est donc la séparation, si l’on veut, mais la séparation sans la haine, la séparation qui laisse subsister, entre les deux puissances, la confiance et l'estime,
Est-ce ainsi que la séparation se présente chez nous ? On serait vraiment trop naïf de le croire. Pour nos politiciens, la séparation de l’Église et de l'État signifie tout uniment la main-mise de l'Etat sur l'Eglise et l’écrasement du catholicisme. On cornmencera par supprimer le budget des cultes, cette dette des spoliations du passé ; on confisquera les églises et les presbytères ; puis, quand le catholicisme n'aura plus un temple pour célébrer son culte, plus une maison pour abriter ses prêtres, on fera contre lui des lois d'exception pour l'empêcher de se relever ; on lui refusera le droit d'acquérir et de posséder ; on l’écrasera d'impôts de main-morte ; on fermera ses écoles, on expulsera ses religieux, on enverra ses prêtres à la caserne, on en viendra peut-être à interdire ses réunions et à lui refuser jusqu’au droit d'exister. Voilà comme on entend ordinairement dans, la vieille Europe, la séparation entre l'Église et l'État. Il faut reconnaître que nous sommes loin du système américain,
Mais en dehors des abus dont le système peut devenir l'occas on, aux mains des ennemis de l'Eglise, doctrinalement que vaut-il en lui-même ? Est-il vrai, comme on l'entend répéter tous les jours, que la séparation est le dernier mot des rapports à établir entre l'Église et l'État ? Les condamnations du Sy/abus ne permettent plus à un catholique de le dire.
Non, il n'est pas bon que l’âme soit séparée du corps, parce que DIEU les a faits l’un pour l’autre. En instituant la société chrétienne, JÉSUS- CHRIST a voulu que l'Eglise et l’État vivent en harmonie et se prêtent un mutuel concours,
Qu'on accepte la séparation, comme un pis-
| aller, là où les progrès du rationalisme*ont rendu
cette situation nécessaire, c'est fort permis. Mieux vaut certainement la séparation à l'amiable que le système qui consiste à n'user des Concordats passés avec Rome que pour asservir hypocritement l'Eglise, en lui enlevant peu à peu toutes ses libertés. Quand deux conjoints ne peuvent plus se supporter, l'Eglise autorise parfois la
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pas moins vrai que, dans la société civile comme
dans la société familiale, c’est l'union des âmes
et des volontés qui est de droit commun ; la séparation n'est jamais qu’un expédient, une nécessité douloureuse, qu'il faut subir quelquefois, pour éviter un mal plus grave, mais qui a toujours de nombreux inconvénients, ne füût-ce qu’au regard des enfants.
D'ailleurs, voyons ce fameux système à l'œuvre,
tel qu'il fonctionne aux États-Unis. Est-il vrai. ment si avantageux au catholicisme qu'on le dit ? ,;e me permets très fort d'en douter. Il est vrai, les chiffres qu'on a produits, à l’occasion du Centenaire, font une vive impression sur l'esprit ; mais il est bien permis de les examiner de près. oi l'Église catholique compte aujourd'hui aux États-Unis huit millions de fidèles, il faut songer à l'appoint considérable fourni par l'émigration ; sur plus de quarante millions d'émigrants que la grande République a reçus dans son sein au cours de ce siècle, ce n’est certainement pas exagérer de porter à vingt millions le chiffre des émigrants catholiques, Irlandais, Canadiens, Allemands et autres. Ces vingt millions de catholiques, que sont-ils devenus ? Un grand nombre, hélas! se sont noyés et perdus dans l'indifférence et l’'apostasie,
Voici ce qu'écrivait autrefois À ce sujet Mgr
England, premier évêque de Charleston (1):
€ Il me paraît bien clairement démontré qu'au » lieu d’avoir à se réjouir de l’accroisseme it du » nombre de ses fidèles aux États-Unis, la religion » n'a que trop de raisons de déplorer les pertes » immenses qu’elle a faites. Ce n’est pas que je » nie cependant l'augmentation du chiffre des » catholiques ; on ne peut pas davartage mettre » en doute l'accroissement du nombre des évé- » ques et des prêtres, la construction des églises, » l'ouverture de nouveaux collèges, la fondation » de maisons religieuses et l'amélioration des » écoles. Aussi la question n’est pas de savoir si » le nombre des catholiques a augmenté, si des » églises ont été bâties, si des établissements ont » cté fondés ; la question est celle-ci : n'y a-t-il > pas eu perte réelle et une perte très grande, » par suite de l'absence d’un clergé assez nom- » breux et du long temps qu'il a fallu mettre à > faire ce qu'on a fait? Il n’est que trop clair » que cette question doit être résolue par l’affir- » mative, }
Le vénérable prélat assigne six causes À ces déplorables défections : 1° l'affluence des catholiques émigrant dans un pays où rien n'avait été préparé pour les mettre en état d'accomplir leurs devoirs religieux ; 2° le manque d’établissements d'éducation pour leurs enfants, alors qu'ils trouvaient partout, à leur porte, l'école protestante ; 30 la déplorable situation des pauvres et des orphelins catholiques, presque tous les ctablissements de charité étant alors aux mains |
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des protestants : 4° l'absence d’un clergé assez
nombreux, assez familiarisé avec la langue, les mœurs et les institutions sociales du pays ; 50 le défaut d'entente entre les émigrants, appartenant à différentes nationalités, ayant chacun leur langue, leurs usages, leurs intérêts séparés ; 6° enfin, l’activité et les ressources pécuniaires des diverses sociétés. protestantes, divisées sur tout, sauf sur la nécessité de faire la guerre à l'Eglise catholique.
À ces différentes causes d’apostasie, Mgr le coadjuteur de Phiiadelphie en adjoignait, vers la même époque, une septième, tirée précisément des institutions religieuses du pays (1) : « Les » défections proprement dites sont rares, mais il » est bien grand le nombre des enfants qui ne » professent pas la foi catholique de leurs pa- >» rents. L'esprit d'indépendance, qui est ici com-