‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 174 sur 404 · US IRIS · texte numérisé non relu

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dans un pareil milieu. Au lieu du système des Etats-Unis, mettez celui du Canada. Vous auriez évité de pareils malheurs, et vous compteriez aujourd’hui, aux Etats-Unis, vingt millions de catholiques au lieu de huit. De nos jours encore, la situation religieuse, bien que fort améliorée, n'en reste pas moins assez précaire. Dans les Etats de l'Est, où la hiérarchie est organisée depuis longtemps, où les prêtres sont nombreux, les œuvres multiples, les émigrants catholiques trouveront désormais les secours nécessaires à la conservation de leur foi; mais il n’en est pas encore ainsi dans les territoires de l'Ouest, dans les dio-. cèses de fondation récente, où tout fait défaut : les hommes et les ressources nécessaires pour créer et soutenir les œuvres.

Certes, c'est une grande joie pour l'Eglise des Etats-Unis d’avoir pu, en un siècle, organiser fortement sa hiérarchie, resserrer ses cadres, établir solidement ses œuvres. Grâce à cette sage organisation, il est à espérer qu’on ne verra plus se renouveler les défections du passé ; mais ces millions d’âmes qui se sont perdues, et qu’un système plus chrétien eût sauvées, n’en sont pas moins une douleur amère au cœur de l'Eglise, Comme Rachel, la joie de voir se presser autour d'elle des fils nombreux et dévoués, ne peut la consoler entièrement de la perte de ceux qui étaient aussi ses enfants, et qui nc sont plus (1).

Pour bien saisir le développement du catholicisme américain, il ne sera pas sans intérêt d’étudier d’abord les divers éléments dont se compose la population des Etats-Unis, puisque c'est sur ces éléments que doit s'exercer le travail de l'apôtre.

Trois races, profondément distinctes et ennemies, concourent, dans des proportions fort inégales, à former la population des Etats-Unis : la race blanche, composée des anciens colons et des nouveaux émigrants arrivés dans le cours de ce siècle ; la race rouge, formée des tribus indiennes qui peuplaient autrefois le pays, et la race noire. introduite en Amérique par la traite et l'insatiable cupidité des blancs. Pour être complet, je devrais mentionner encore la race jaune, qui commence à se multiplier d'une façon inquiétante dans les ports de l'Ouest ; mais comme, au point de vue

religieux, le Chinois émigré en Amérique ne | , te]

forme encore qu'une quantité négligeable, nous le laisserons pour le moment de côté

[. Parlons d'abord des Peaux-Rouges, les anciens propriétaires du sol et les légitimes maftres du pays,

La grande République américaine ne s’est pas montrée plus généreuse que l'Angleterre à l'égard des Indiens. Le Vanke, utilitaire et pratique avant tout, n'a cessé, depuis plus d’un siècle, de refouler ces infortunés dans les profondeurs du désert ct de procéder systématiquement à leur extermination, Comme je tiens à ne pas être

1, Æt noluit consolarr, guia non sunt,

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accusé d’exagération, dans un sujet si grave et si triste, voici quelques témoignages empruntés à des auteurs américains et protestants :

Un voyageur, sir Charles Stuart Cochrane (1), commence par établir un parallèle entre la condi.

, tion des Indiens de l'Amérique du Sud, civilisés par le catholicisme, et ceux de l'Amérique du Nord, que le protestantisme a détruits : € Loin » d’avoir diminué, conclut-il, la population in- » dienne des sauvages qui habitent entre les tro- » piques a généralement augmenté d’une manière » considérable. Dans les missions catholiques, cet » acc::'issement est la règle, Au contraire, dans » les Etats-Unis, les Indiens diminuent rapide- » ment, au contact des blancs. À mesure que la » civilisation avance dans le pays, l’Indien est » refoulé en dehors de ses limites, »

— € Les Français, écrit de son côté Brad- » ford (2), n’oublièrent jamais que l'homme » rouge est un frère; c'est pourquoi ils le trai- » taient en homme ; le rude Saxon traite l’Indien > comme un chien, l'Américain égoïste ne tient > compte que de son intérêt à lui, »

Hélas! l'intérêt du Yankee était évidemment de s'emparer des terres des sauvages, trop faibles pour les défendre contre son égoïsme envahisseur. Voici en quels termes un des plus célèbres prédicateurs protestants de l'Union, le Rév. Beecher, appréciait la conduite de ses compatriotes :

.€ Notre nation est plus coupable que bien » d’autres ; sa manière d'agir avec les Indiens est » une honte, Tous les crimes imaginables ont été » commis contre eux : persécutions lentes, rup- » tures de traités, vol de terres (3). »

Ecoutons maintenant les plaintes des victimes elles-mêmes. Dans une assemblée générale des trious indiennes du Wisconsin, tenue en 1845, un vieux Sachem s'exprimait ainsi, au nom de toute sa nation : { On nous avait solennellement » promis de ne nous jamais déposséder des terres » nouvelles que nous Occupions, et voilà qu’à » peine installés, on veut déjà nous envoyer je ne » sais où, Mon frère le blanc, dis à notre grand- » père (le président de la République) que ses » enfants rouges demandent à faire une halte » plus longue avant d'entrer dans le sentier d’rn » nouvel exil. L'arbre qui est toujours trans- > planté ne peut prendre racine et périt bientôt, » Pourquoi aussi nous reprocher nos vices, que » vous avez vous-mêmes encouragés ? Pourquoi

» venir jusqu'à la porte de nos wiggams nous sé-

>» duire avec votre eau de feu ? Vous nous avez >'envoyé des ministres et des maîtres d'écoles,

» mais leur voix n’a pas plus d'autorité que la

» nôtre pour se faire entendre de nos jeunes

» gens. Nous voulons des Robes noires, des prè-

» tres catholiques. Ceux-là se feront écouter,

> soyez-en sûrs (4). »

1, Cochrane : Journal d'un séjour en Colombie, chap. 3. 2. Notes sur le Nord-Ouest.

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