‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 18 sur 404 · MISSIONS D'ASIE E · texte numérisé non relu

MISSIONS D'ASIE E

RAVERSONS le Bosphore, Nous voici dans l'antique Asie, berceau du genre humain, Nos pieds vont fouler la terre bénie sur laquelle le

7%. CHRIST à laissé les vestiges de son sang. C'est de là qu'est partie la prédication évangélique. Mais, hélas ! que sont devenues tant d'illustres chrétientés, fondées, par les premiers disciples de JÉSUS-CiiRisT ? Églises vénérables de Jérusalem, d’Antiochc, de Smyrne et d'Ephèse qu'étes-vous devenues ? Le schisme, avec son orgueil implacable, vous a séparées de l'Eglise universelle du CHRIST, et maintenar’ le pied insolent du janissaire foule en pa: vos parvis ruinés.

Entraînées au ‘Xe siècle, un peu mali“ elles, dans le schisme de Photius, écrasées sous l'oppression musulmane, séparées de Rome par la difficulté des communications, trahies d’ailleurs par un clergé simoniaque et marié, ces malheureuses Eglises, en gardant à peu près intact le dépôt sacré de la foi, ont laissé se rompre depuis longtemps le lien qui les rattachait au centre de l'unité catholique.

Néanmoins, même aux premiers jours du schisme, la défection n’a pas été universelle, DIEU s'est gardé, dans la terre schismatique d'Israël, des adorateurs fidèles, qui tournent

. \ , | ur vers Rome. On voit, à cette époque, | art uccessivement au pied du trône aposto-

sionnaires ; maisen même temps, pour ménager

C'est donc un peu plus de 3.000.000 de catho. liques qui, dans l'Europe apostate, ont résisté Courageusement pour garder le dépôt de la foi, Honneur immortel à ces héroïques lébris de la

| vieille Eglise !

leur faiblesse et faciliter leur retour À l'unité, ils

veillent scigneusement à ce que personne ne

touche à leurs usages nationaux, à leurs rites, à | leurs anciennes liturgies,

D'un autre côté, les rois de France ont toujours tenu à honneur d'être auprès des gouvernements musulmans les protecteurs et les défenseurs officiels des Saints Lieux, Par leur ordre et sous leur sauvegarde, les humbles fils de saint François desservent les églises du Saint-Sépulcre, de Bethléem, de Nazareth et tous les lieux bénis où le CHRIST et sa Mère ont laissé des vestiges de leurs pas.

Mais il faut voir maintenant où en sont les choses au commencement du x1xe siècle, Le protectorat de la France est réduit à peu près à rien : la France du Directoire n’est plus digne de

monter la garde au tombeau du CtIRIST. Au contraire, la Russie schismatique, qui n'était pas aux Croisades, et qui n’a pas versé une goutte de sang pour la défense des Saints Lieux, cherche à se glisser dans nos sanctuaires, et défend avec âpreté les prétendus droits des Grecs, opprimés, dit-elle, par les Latins. Aucune puissance catholique ne s'oppose à ses prétentions exorbitantes, car le: vieilles monarchies ont bien autre chose à faire, en ce moment, que de s'occuper de ces querelles de moines. Quand on a proposé à Bonaparte, alors occupé au siège de Saini-Jeand’Acre, de faire au moins en touriste une excursion à Jérusalem, il a répondu, avec le dédain d’un fils de Voltaire, que Jérusalem n'entrait pas dans son plan d'opération, On voit que nous sommes loin de Charlemagne et de saint Louis.

Il faut lire dans Chateaubriand (/Zrinéraire de Paris à Jérusalem) a description de la tristesse

| et de l'abandon des Lieux Saints en 1800.

Quelques religieux franciscains sont les seuls gardiens catholiques du tombeau de JÉsus- CHRIST. À peine si, une fois en dix ans, ils voient le visage d’un compatriote ; car les temps de Pierre l'Hermite sont passés et la France a Oublié depuis longtemps le chemin des anciens pèlerinages,

Et ce qui rend plus cruelle la position des catholiques à Jérusalem, c'est la présence des Grecs schismatiques, ces adversaires irréconciliables de Rome. Chaque année, surtout à la fête de Pâques, on les voit affluer dans la ville

sainte ; l'or de la Russie et celui des banquiers

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ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES AU COMMENCEMENT DU XIXme SIÈCLE, 23

de Constantinople roulent entre leurs mains ; ils insultent à la détresse des catholiques, et ils prédisent le jour peu éloigné, ils l’espèrent, où ils finiront de les chasser de ces sanctuaires, rachetés autrefois au prix du sang le plus pur de l'Occident.

On peut porter à 6.000 le ch.ffre des catholiliques latins vivant, à cette époqus, dans les Echelles du Levant, sous la juridiction du vicaire apostolique de l'Asie Mineure, qui réside à Alep, ousous celle du Révérendissime Père Custode des Saints Lieux.

Il y a encore, à Bagdad, ur. évêque latin de Babylone, qui est le délégué apostolique du Saint-Siège auprès des évêques des différents rites répandus dans la Chaldée, la Mésopotamie et la Perse ; mais depuis plusieurs années le siège est vacant.

Enfin, il y a un patriarche latin de Jérusalem et un patriarche latin d'Antioche qui résident à Rome, et, depuis plusieurs siècles, n'exercent plus aucune juridiction dans le Levant. Comme le patriarche latir de Constantinopie, ils jouissent de titres purement honorifiques, qui rappellent l'ancienne organisation et les gloires du passé.

Quant aux Églises des divers rites unis, voici quelle était, en 1 leur situation :

Rite arménien. — En dehors des 10.000 Arméniens unis résidant en Turquie, il y a, dans l'Asie Mineure, environ 80.000 fidèles de ce rite, répandus principalement dans l’île de Chypre, la Syrie, la Géorgie et au pied du Caucase. Ces deux derniers groupes vont devenir bientôt les sujets de la Russie, qui, en moins d'un demisiècle, les enlèvera à l'union, et les réduira presque tous à l’apostasie, ou les forcera à l'exil. Les Arméniens unis ont un patriarche de Cilicie, qui réside au mont Liban, dans le couvent de Bzommar, Ils possèdent, à Venise, une école célèbre, où, sous la direction des moines Méchitaristes, se forment les membres les plus distingués de leur clergé. Ils ont aussi plusieurs maisons en Europe, principalement à Rome, où ils célèbrent les offices selon leur rite.

Rite maronite. — Les fidèles de ce rite forment la plus grande agglomération catholique qui existe dans le Levant, et aussi, sans contestation, la plus fervente. Ils sont répandus, au nombre d'environ 250.000, dans les montagues du Liban et le long des côtes de la Méditerranée. Ils sont sous la juridiction d'un patriarche et de 12 évéques. Outre le clergé séculier, composé d’environ 400 prêtres, ils ont 48 couvents de religieux.

Rite grec melchite. — Vs comptent environ 10.000 fidèles, desservis par une centaine de prêtres séculiers et des religieux appartenant à l'ordre de saint Basile. On les trouve principaiement dans les îles de l’Archipel et les Echelles. Comme ïils n'ont pas encore de patriarche et d'évêque reconnus par la Porte, ils sont, au temporel, sous la juridiction du patriarche schisma-

tique de leur nation, ce qui rend leur situation fort précaire.

Rite syriague. — Ce rite compte environ 10.000 fidèles, en Syrie, dans le Diarbékir et la Perse, Ils ont un archevêque résidant à Antioche, et trois évêques, à Damas, Mossoul et Alep.

Rite chaldéen. — Le patriarche réside à Mossoul ; il a sous sa juridiction deux archevêques et huit évêques, pour environ 25.000 fidèles, qui habitent dans la Chaldée, la Mésopotamie, le Kurdistan et la Perse, Il y a de r'1s, dans l'Inde, une Église Chaldéenne florissante ; mais comme, au moment de son retour à l'unité, les Chaldéens de Mossoul étaient encore schismatiques, les Souverains Pontifes l'ont confiée d'abord aux Portugais de Goa, et plus tard aux vicaires apostoliques envoyés par la Propagande.

Rite copte, — Les fidèles de ce rite sont répandus principalement en Égypte. Je me contente de les signaler ici pour mémoire ; nous les retrouverons en parlant de l'Afrique.

ss * * En résumant ces différents chiffres, nous trouvons pour la population catholique de l'Asie

Mineure, un 1800 :

Rite latin . Fr 6,000 catho!,

Rite arménien , . . . 80.000 } Rite muroniig , , . , 250,000 }»

Rite grec-melchite, . . 10,000 } Rite syriaque, . , . . 10.000 } Rite chaldéen . . . . 25.006 }

Rite copte. Pour iném. .

Total, envt +, , 381,000 catho!, qui représentent tou rites, toutes les anciennes Eglises de l'Asie M neure, Le nombre des schismatiques s'élève à environ 8.009.000 pour les différents rites.

SK ARABIE. bp:

U sortir de l'Asie Mineure, nous tombons,

selon l'expression de l'Écriture, x terra deserta, et invia, et inaguosa, une terre stérile, sans chemins et sans eau, La Péninsule arabique, gardienne du berceau de Mahomet et de sa tombe, le Turkestan, l'Afghanistan, d'où sont sortis les dominateurs actuels de l'Orient, sont comme les sanctuaires fermés de l’islamisme, A l'exception de quelques couvents schismatiques dans les environs du Sinaï, les fils de Mahomet ne tolèrent pas dans ce pays la présence d'un seul chrétien ; à plus forte raison ils en excluent le prêtre. Au moral comme au physique, c'est .: désert, avec son aridité morne et sa désolation silencieuse : c'est la montagne maudite de Gelboé ; jamais la rosée du ciel n’y descend. Passons vite, en demandant à DIEU de répandre enfin la pluie fécondame de ses grâces sur ces régions

désolées, où plis ue 12.000.090 d’âmes sont plon- | gées dans les ténèbres et l'ombre de ia mort,

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OUS arrivons dans l'Inde, le premier théàtre des exploits apostoliques de saint François Xavier, de cet homme extraordinaire que la voix reconnaissante de l'Église a salué depuis longtemps du titre glorieux d'Apôtre des Indes. Là encore, il nous faut constater le tort immense qu'a fait à l’apostolai la suppression de la Compagnie de Jésus. Au commencement du XIX£ siècle, quarante ans après leur expulsion, on est encore loin d’avoir assez d'ouvriers pour les remplacer et continuer leurs œuvres, Aussi ce peuple infortuné reste abandonné, en beaucoup d'endroits, comme un troupeau sans pasteur,

Grâce à la complicité payée de Choiseul, et à l'incurable légèreté de notre caractère national, l'influence française est désormais perdue dans les Indes, où, malgré les efforts héroïques des Dupleix, des Bussy, des Lally-Tollendal, nous ne possédons plus que deux où trois misérables comptoirs. Le protestantisme anglais espère bien qu'avec l'influence française, c'en est fait en mêiie temps de l'influence catholique. Profitant habilement des vides qui se sont faits dans les rangs de lapostolat, il lance sur cette terre, qu'il veut faire sienne, une armée de prédicants, L'Angleterre en fait ses agents politiques ; elle les protège exclusivement et leur prodigue les millions pour acketer les consciences catholiques,

Queiles sont, en 1800, en face de l'hérésie, les forces de l'Église romaine? Un archevêque à Goa, avec des suffragants à Cochin, à Cranganore ct à Méliapour. Mais, depuis trente ans, ces sièges épiscopaux restent vacants et sont administrés par des vicaires généraux. Quant au clergé goanais, composé presque exclusivement de métis et d’Indiens des dernières castes, il est devenu peu à peu l'opprobre du catholicisme dans les Indes,

En dehors des sièges épiscopaux portugais, nous trouvons, dans l’Inde, quatre missions af Jstoliques :

Au nord, la mission d'Agra, administrée par des Capucins italiens : elle compte environ 5,000 fidèles, mais 15 n'ont pas encore d'évêque, à cause de l'opposition du Portugal,

Au centre, la mission de Pondichéry, comprenant les anciennes r 'ssijons des Jésuites, le Maduré, le Maissour, le Coimbatour ét une partie du Canara, C'est la Société des Missions Etrangères de France qui travaille dans cette mission. Un évêque et cinq missionnaires pour subvenir aux besoins religieux d'environ 42.000 fidèles, que c'est peu !

Au sud de la péninsule, nous trouvons le vicariat apostolique de Vérapoly, qui est administré par les Carmes : il compte environ 80.000 fidèles, appartenant par moitics à peu près égales au rite latin et au rite chaldéen,

; EMONÉARE À rest le lona das à Enfin, en remontant à l'ouc it, ic long des côtes,

la mission de Bombay compte environ 8.000 catholiques, administrés aussi par les Carmes.

On comprend qu’en présence d’une pareille pénurie d'ouvriers apostoliques, l’hérésie, appuyée de toute l'influence politique de l'Angleterre, eut beau jeu pour séduire nos malheureux néophytes. On voit, à la fin du dernier siècle, des chrétientés de vingt mille âmes passer aux protestants ; et s'il faut s'étonner ici de quelque chose, c'est que la perversion n'ait pas été universelle, et qu'il soit resté un nombre relativement considérable de brebis fidèles.

À la mort de saint François Xavier, on comptait dans l'Inde 350.000 catholiques : au cours du Xvite siècle, les catalogues des Jésuites portent leur nombre à 2 500.000 ; mais, en 1800, ce chiffre est redescendu au-dessous d'un demimillion, et se décompose ainsi :

Goa et missions portugaises 300.000 cathol,.

Ceylan (confié aux Portugais). 40.000 } MISSION AD A — — 5.000 } Mission de Pondichéry. , 42.000 } Vicariat apost. de Vérapoly 80.000 } Mission de Bombay . , 8.000 }»

Total pour l'Inde entière , , , . , 475.000 cathol.

& INDo-CHINE. D

E l'Inde nous passons dans l’Indo-Chine,

ct nous trouvons d'abord le royaume de Birmanie. Cette mission, fondée en 1722 par des Barnabites italiens, a eu d'assez b aux commencements ; mais, vers 1750, des guerres acharnées entre les rois d'Ava, de Pégu et de Siam, l'ont à peu près anéantic, Puis la Révolution française, portée par nos armées en Italie, a bouleversé toutes les institutions religieuses, et le dernier supérieur de la mission, mort en 1704, n'a pu ètre remplacé. Je crois qu'en portant à 5.000 le nombre des catholiques résidant en ce Pays, au commencement de ce siècle, on approchera de très près de la vérité.

En redescendant le long de la côte occidentale, nous trouvons le royaume de Siam. Cette mission est une des premières qui furent confites à la Société des Missions Etrangères de Paris : elle est une de celles qui ont le plus trompé jusqu'ici les efforts de son zèle, Ce vicariat comprend le royaume de Siam, le Laos, et les tribus sauvages qui habitent les forêts de la presqu'ile de Malacca, Il se compose, en 1800, d'environ 3.600 chrétiens, sous la direction d’un vicaire apostolique et de trois missionnaires. La persécution des rois de Siam, des guerres prolongtes, ct, par-dessus tout, la froide obstination du bouddhisme, ont fait avorter les riches espérances que cette mission offrit à son début, alors que le roi de Siam envoyait des ambassadeurs à Louis XIV.

Tout au sud de la presqu'ile, nous trouvons la ville de Malacca, illustrée par le séjour qu'y fit saint {françois Xavier. Il y à, à Malacca, un

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ÉTAT DES MISSIONS CATHOLIQUES AU COMMENCEMENT DU XIXe SIÈCLE. 25

siège épiscopal qui relève de Goa ; mais le clergé portugais ne s'occupe nullement d'évangéliser les infidèles, et il borne les efforts de son zèle à l'administration d'environ 2.000 Portugais et métis, qui habitent dans la ville de Malacca ou aux environs.

Remontons maintenant à l'est, le long des côtes de Chine : nous entrons dans le royaume d'Annam, formé de la Cochinchine et du Tong- King. Une persécution prolongée, qui dure à peu près sans interruption depuis le commencement de l'évangélisation, désole ces belles chrétientés, qui comptent plus de 300.000 catholiques. Depuis vingt ans, la guerre civile est venue joindre ses dévastations aux ruines de la persécution, Le vicaire apostolique de la Cochinchine, l'illustre Pigneau de Béhaine, évêque d’Adran, vient de mourir (octobre 1799), après avoir négocié entre la France et l’Annam un traité d'alliance qui permettra au roi Gia-Long de remonter sur le trône de ses ancêtres et de pacifier le pays. Grâce à ses services, l'Église annamite va respirer en paix pendant un quart de siècle ; mais, pour le moment, elle sort à peine des catacombes.

Voici quelle était la situation en 1800 :

Cochinchine : 1 vic. ap, 5 mis., 15 pr. indig., 50.00nch, Tong-King occid. : 1 » 6 » 63 » 120.000 } Ton-King orient. : I » 4 » AI » 140.000 Total p'lAnnam: 3 D 15 » 119 » 310.000 }

Résumant tous ces chiffres, nous trouvons pour

l’'Indo-Chine :

BirMANIGs +, 5 + à + $.000 chrétiens.

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