‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 180 sur 404 · Études religieuses. Septembre · texte numérisé non relu

Études religieuses. Septembre

il faudrait modifier profondément l'esprit public, et bouleverser toutes les institutions politiques du pays.

Pour terminer cet aperçu général des différentes populations sur lesquelles s'exerce aux États-Unis le zèle de l'apôtre, il ne me reste plus qu’à parler des Noirs,

En 1850, le recensement décennal officiel portait à cg millions le chiffre des Noirs aux

tats-Unis, dont 3.206.425 esclaves dans le Sud, En 1880, il n’y a plus un seul esclave sur le territoire de la République, et le chiffre total des hommes de couleur s'élive à 6.580.783. Je n'ai pas sous les j'eux le recensement de 1890, mais iln'est pas douteux que le chiffre des Noirs ne s'élève actuellement à seps millions, ct, peut-être le dépasse. .

Comme on le voit, c'est toute une population que l’avarice des Blancs arracha autrefois à l'Afrique, et qui se trouve aujourd'hui sans patrie ; car, en dépit de l'émancipation et des théories philanthropiques, le Noir ne sera jamais qu'un étranger pour le Yankee. On aurait peine en France à se faire l'idée de l'exclusivisme hautain qui parque ici le nègre à l'écart, et lui interdit l'église, l'école, tous les lieux de réunion, et jusqu'aux voitures publiques. Ilen était ainsi d'ailleurs avant l'émancipation. Si le planteur du Sud traitait le nègre comme un animal de rapport, pour lequel il gardait certains ménagements, dans son propre intérêt, le puritain du Nord, tout en déclamant contre l'esclavage, traitait le noir comme un pestiféré, et ie maintenait inexorablement en dehors de la société,

Aujourd'hui, il n’y a plus d'esclaves aux États- Unis, mais il y a une population de sep{ millions d'âmes, dont le gouvernement fédéral ne sait que faire, et qui, demeurant parquée en dehors de la civilisation, constitue pour la grande République un fardeau et même un danger.

C'esi là une des conséquences de ce crime social de l'esclavage, dont Grégoire XVI a dit, en 1839, qu'il est € injurieux à la Rédemption et déshonorant pour le nom chrétien ». Ces grandes iniquités nationales se paient tôt ou tard. Emancipé sans préparation, le nègre des États-Unis paraît incapable de jouir de sa liberté et d’user raisonnablement des droits politiques qu’on lui a conférés à la légère.

Au milieu d'une société dont letravail est la grande loi sociale, le nègre refuse de travailler, sice n'est juste assez pour ng pas mourir de faim. Ces plantations de sucre, de café, de tabac, de cnton, qui étaient l’orgueil du Sud et la richesse du pays, demeurent en friche et les planteurs sont ruinés.

Que faire de ces Multitudes désœuvrées, qu'aucun salaire, si rémunérateur qu'il soit, ne peut décider à travailler ? C’est là une question dont on se préoccupe à bon droit à Washington. On a parlé de les rapatrier en masse en Afrique, Mais

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africaine ?

D'autres proposent de les Parquer, comme les Indiens, dans une réserve de quelques cents lieues carrées ; mais il est peu probable que ces sept millions de Noirs, déjà investis de droits politiques et grisés par les Promesses qu'on leur | d'une fois les réalités red a faites en les émancipant, se laissent faire. La solution chrétienne serait de faire cesser l'ostracisme qui tient le Noir À l'écart des Blancs, de l'élever peu à peu à la civilisation et au christia.nisme, et de l'introduire progressivement dans la société, Il paraît bien douteux que l'égoïsme

et l'orgueil de l'Anglo-Saxon s'y résignent jamais,

Au milieu de ces luttes de races,

l'Église catholique, qui n'a jamais distingué entre Blancs et Noirs, entre hommes libres et esclaves, ne voyant en eux que des fils d'Adam et des rachetés du CHKIST, s'efforce, dans la mesure de ses ress®rces, de rapprocher d'elle ces multitudes sans pasteurs, qui sont en grand danger de tomber aux mains de l’hérésie, Ce n’est pas là une œuvre facile, Avant l'émancipation, le nègre était à peu près inabordable au missionnaire : sauf chez quelques planteurs chrétiens qui faisaient instruire et baptiser leurs esclaves, la détestable avarice des maîtres, même catholiques, s’opposait Presque partout à ce que le prêtre approchât de ces malheureux, dont, une fois baptisés, il aurait fallu reconnaître les droits et la dignité de chrétiens, Il fut même longtemps admis en principe, dans l'Eglise protestante, que le baptême est incompatible avec l’état d’esclave.

À l'émancipation, ces barrières furent renversées ; mais d’autres difficultés se manifestèrent : dans les premières années qui suivirent ce grand acte, le Noir, grisé de sa liberté reconquise, vxcité encore par les prédications fanatiques des politiciens, se plongea dans une véritable orgie de vengeances et de débauches, I] était, par le fait, plus inaccessible que jamais à Ja prédication de l'Evangile,

Ces mauvaises dispositions n’arrétèrent pas le zèle des baptistes et des méthodistes. Ils s'emparèrent de ces multitudes sans pasteurs, et, sans même essayer la réforme de leurs mœurs, sans leur imposer aucune loi doctrinale, ils s’appli- Quèrent à Surexciter leur sensibi!ité par de grossières jongleries : appel de l'esprit, cris, Chants, danses et contorsions démoniaques. € J'ai » assisté, écrit un ministre Protestant, à quelques-

uns de ces services religieux, organisés pour » les Noirs : les uns se démenaient de diverses ? manières, se levaient soudainement, balan- ) Çaient Ja tête, battaient des mains, dansaient |

“omme dans jes anciens mystères du paga- Missions Catholiques

» se roulaient par terre,

> tumulte étaient horribles. )

Ces scènes hideuses, qui cachent peut-être plus

emparés,

Plus de six millions de Noirs professent, À l'heure actüelle, cet abject christianisme. 11 est teraps que le catholicisme vienne arracher les

SON ÉM. MGR MacC-CLOSKEY, Cardinal-archevêque de New-York,

malheureux Noirs à ces ignominies, plus dangereuses et plus abrutissantes Pour eux que leur ancien fétichisme.

ais, pour une œuvre comme celle-là, il faut des hommes et des ressources. Dans l'état actuel de l'opinion, l'Eglise, qui respecte toutes les susceptibilités légitimes, ne peut songer encore À admettre les Noirs au bénéfice de la vie commune, Autant que possible, il leur faut des églises à eux, des Prêtres à eux, des écoles, des collèges à eux.

Le séminaire anglais des Missions Etrangères de Mill-Hill envoie chaque année aux Etats- Unis un certain nombre de missionnaires chargés de travailler Spécialement à l'évangélisation des nègres. Ceux-ci ont des Frèreset des Sœurs Pour tenir leurs écoles ; Partout où ils sont assez nombreux, on s'occupe de leur bâtir des cha-

———— » nisme ; d'autres se prétendaient subitement » envahis par l'Esprit, entraient en convulsions, sautaient, écumaient, > se tordaient en tire-bouchons, Toute l'assem- » blée me parut une maison de fous ; le bruit, le

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outables du Satanisme, voilà toute la religion de la plupart des Noirs, Sous la direction des sectaires qui s'en sont

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