I. — MISSION DES ILES BAHAMAS
’ARCHIPEL des Bahamas, ou Lucayes, forme, L à l'entrée du golfe du Mexique, un groupe d'une vingtaine d'îles, p. rmi lesquelles l’île San- Salvador, qui fut la première terre où aborda Colomb. Politiquement, ces îles appartiennent à l'Angleterre. Sous le rapport religieux, elles firent d’abord partie du vicariat apostolique des Antilles ; de 1850 à 1886, elles furent placées sous la juridiction de l’évêque de Charleston ; à cette époque, elles furent rattachées à l’archidiocèse de New-York, dont elles font partie aujourd'hui. Un prêtre de l’archidiocèse fut envoyé pour prendre la direction de cette mission, qui ne compte encore qu’un nombre fort restreint de catholiques. Ils ont déjà été catalogués du reste parmi les fidèles faisant partie de l’archidiocèse de New-Vork. C'est pourquoi j'en fais simplement mention ici, pour mémoire, Quant aux églises, chapelles, écoles et autres œuvres de la mission des îles Bahamas, les renseignements précis me font complètement défaut à ce
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II. — PROVINCES ECCLÉ- SIASTIQUES DE SAINT- DOMINGUE ET DE PORT- AU-PRINCE,
ILE de Saint-Domingue, la plus belle de nos É. colonies des Antilles, s'émancipa de la mère-patrie, à la fin du dernier siècle, par suite de la révolte du fameux Toussaint-Louverture, révolte favorisée par les orages de la Révolution française et les longues guerres de l'Empire, qui nous firent perdre la plus grande partie de nos colonies, Au bout d’un siècle, ce malheureux pays n’a pu sortir de l’état d’anarchie dans lequel l’ont
plongé les révolutions.
Une première période de guerres civiles et de
déchirements intérieurs aboutit, en 1843, à la séparation de l’île en deux républiques indépendantes et ennemies : la république d'Haïti, au nord-ouest, et la république de Saint-Domingue, au sud-est,
Puis les noirs d'Haïti, fatigués probablement de la forme républicaine, voulurent se payer le luxe d’un empereur, et l’on vit monter sur le trône Sa Majesté Soulouque 1e, le rival ou le singe de Napoléon rer, Après lui, les noirs d'Haïti ont recommencé À jouer à la république, comme ils avaient joué À l'empire ; mais le second régime ne leur a pas mieux réussi que le premier.
Il serait aussi inutile que fastidieux d’énumérer ici toutes ces révolutions, qui éclatent périodiquement tous les quatre ou cinq ans, et ne permettent presque jamais au président de la république d'arriver paisiblement au terme de son mandat,
On voit que les noirs ont pris au sérieux le dogme moderne et laïque de la souveraineté du peuple, et qu'ils s'appliquent Consciencieusement à nous imiter en nous dépassant. Le résultat le plus net, c’est une anarchie politique, financière etreligieuse, dont nous ne pouvons pas même nous faire l’idée en Europe.
« Ces révolutions continuelles, écrivait dernièrement un missionnaire, ont fait retomber les noirs en plein paganisme. }
On comprend, en effet, qu’au milieu de ces guerres civiles et de ces bouleversements politiques, le catholicisme n’a pu que perdre ; d’autant qu'en s'émancipant de la France, les noirs ont gardé soigneusement toute l'organisation bureaucratique et les prétentions autoritaires de l'ancien régime. Depuis l’empereur Soulouque, de grotesque et sinistre mémoire, jusqu’au dernier noir élevé à la dignité de chef dé bureau, tous se croient le droit de régenter l'Eglise et de faire la leçon aux évêques, On a exilé les premiers Pasteurs, on a jeté sans motifs les prêtres en prison, on a confisqué les biens d'ée empêché ou gêné de toutes manières le recrute ment du sacerdoce, Il en est résulté que ce pays,
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autrefois tout catholique sous la domination française, est tombé dans une sorte de nihilisme religieux. La plupart des nègres d'Haïti ne sont plus catholiques que par le baptême et certaine: habitudes religieuses, mélées de beaucoup de Superstitions. :
Il est même arrivé ceci, qu'un certain nombre de noirs ont abandonr ‘ formellement le catholicisme et sont retournes Purement et simplement-au paganisme, Unissant les vices de la civilisation qu'ils nois ont empruntés, aux Superstitions et aux mœurs féroces de la sauvagerie, ils sont tombés, en quelque sorte, au dessous de leurs congénères d'Afrique. On trouve, dans l’île de Saint-Domingue, les horreurs du culte secret des Vaudoux, le sacrifice humain et l’anthropophagie. L'empereur Soulouque, bien qu'il ne manquât jamais d’assister en grande pompe à toutes les cérémonies du culte catholique, nourrissait dans son palais un serpent sacré, auquel, si l’on en croit le bruit public, il donnait à dévorer des enfants, En 1872, deux femmes et cinq hommes, traduits en jugement, avouèrent cyniquement qu'ils avaient tué et mangé, en quelques mois, vingt-trois personnes, Une mère, si l'on peut encore lui donner ce nom, fut condammée à mort Pour avoir dévoré, dans ces festins sacrilèges, huit de ses enfants. Voilà qui peint une civilisation !
Que faisait donc, pendant ce temps, l'Eglise catholique? Hélas! depuis longtemps elle n’existait plus, à Saint-Domingue, que de nom. Plus d'évêques, quelques prêtres noirs, souvent aussi ignorants que leurs paroissiens ; d’autres prêtres venus d'Europe sans lettres testimoniales, voilà en quoi consistait le clergé haïtien, Un seul remède existait pour sauver cette Eglise en détresse, c'était de s'adresser à Rome, et le gouvernement d'Haïti y avait songé plus d’une fois, On avait entamé des négociations avec le Saint- Siège pour la conclusion d’un concordat, la première fois en 1824, puis en 1834, en 1836, en 1843. Les bouleversements politiques et les exigences des noirs n'avaient pas permis à ces premières négociations d'aboutir,
Enfin, en 1860, le président Geffrard eut l'honneur de conclure avec le Saint-Siège un concordat qui rétablissait, dans la partie occidentale de l'île, la religion catholique, à peu près détruite dans toute l'étendue de a République haïtienne. Ce concordat, assez semblable à celui qui nous régit en France, établissait pour la République d'Haïti la province ecclésiastique de Port-au-Prince avec quatre évêchés suffragants : les Gonaïves, les Cayes, le Cap-Haïtien et Portde-Paix. Malheureusement ce concordat ne fut jamais loyalement exécuté. Au bout de trente ans, on n'a pu encore obtenir que la nomination de deux titulaires ecclésiastiques sur cinq : l’archevêque de Port-au-Prince et l'évêque du Cap. Les autres sièges épiscopaux sont desservis jusqu'ici : les Gonaïves et les Cayes, par l’arche-
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230 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE,
vêque de Port-au-Prince ; Port de-Paix, par l'évêque du Cap.
Aussitôt après la conclusion du concordat, l'abbé du Cosquer, ecclésiastique français, qui avait beaucoup aidé aux négociations, fut envoyé à Haïti en qualité de délégué apostolique, pour faire exécuter la nouvelle convention. En 1863, il fut préconisé premier archevêque de Port-au- Prince. Tout était à créer, Le prélat se mit courageusement à l’œuvre, et commença par faire venir à Haïti plusieurs congrégations religieuses, pour suppléer au petit nombre des prêtres.
Les congrégations sont actuellement au nombre de cinq :
1° Les PP. du Saint-Esprit, qui ont dans la ville de Port-au-Prince un beau collège libre, qui compte près de 100 internes et 200 externes. Cet établissement d'éducation est incomparablement mieux tenu que le grand collège du gouvernement, qui coûte cependant des millions à l'Etat. Aussi, chaque année, les enfants des meilleures familles d'Haïti viennent y chercher l'instruction.
2° Les PP. de la Compagnie de Marie (B, Grignon de Monfort), qui prêchent des missions et desservent plusieurs paroisses dans le diocèse de Port-de-Paix.
3° Les Frères de l’Instruction chrétienne (Ploermel), qui ont 1.320 élèves dans leurs
4° Les Sœurs de Saint-Joseph de Clainy, qui tiennent un pensionnat florissant à Port-au- Prince : 140 internes et 360 externes, avec plus de 600 enfants dans les écoles de paroisses.
5° Les Filles de la Sagesse desservent un hôpital et ont aussi des écoles : 220 élèves.
En même temps qu'il faisait appel au dévouement des congrégations religieuses, le nouvel archevêque de Port-au-Prince, pour assurer le recrutement de son clergé et remédier à la disette des vocations, ouvrit à Pont-Château (diocèse de Nantes) un séminaire, sous la direction des PP. de la Congrégation de Marie. Selon qu’il était convenu dans le concordat, le gouvernement haïtien consentit à y entretenir un certain nombre de bourses.
Mais bientôt de nouveaux bouleversements politiques vinrent arrêter et compromettre cette renaissance religieuse. En 1865, une révolution appelait au pouvoir le président Salnave, et la persécution recommençait avec lui. En vertu du fameux principe de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, principe queles noirs appliquent à leur manière, on rompit officiellement tout rapport avec le clergé, on supprima les bourses du séminaire, on expulsa ou l’on jeta en prison un certain nombre de prêtres ; puis, de sa propre autorité, le président destitua l'archevêque, dont la tête fut mise à prix, et qui fut forcé de se réfugier à Rome, où il mourut de chagrin, en 1869.
Le Pape nomma alors pour le remplacer son |
vicaire général, Mgr Guilloux, vicaire apos-
tolique, administrateur de l’archidiocèse. Mais le président refusa de le reconnaître en cette qualité, et la persécution continua.
Une révolution avait placé Salnave à la tête de la République ; une révolutioi. le renversa en 1869, et le nouveau gouvernement commença par montrer des dispositions moins hostiles, Mgr Guilloux fut reconnu en qualité d’archevêque de Port-au-Prince, et l’on promit d'appliquer loyalement le concordat de 1860.
Un des premiers soins de Mgr Guilloux fut d'entreprendre la visite pastorale de son vaste diocèse,
Je donne le résumé de cette visite, d’après une lettre du prélat, écrite en 1872. On y trouvera la peinture de la situation religieuse d'Haïti à cette époque, Sur une population totale de 897.000 âmes que comptait alors Haïti, on trouvait à peine 40.000 catholiques (moins du vingtième) qui fussent mariés à l'église et qui remplissent leurs devoirs religieux. La cause de cette situation vraiment lamentable est le manque absolu d'instruction et la pénurie effrayante de prêtres. Les paroisses comptent en général quinze à vingt mille âmes, sur une étendue de trente à quarante lieues en tous sens. Encore les prêtres sont en si petit nombre, que plusieurs postes demeurent sans titulaires et sont desservis par le curé voisin. On compte en tout, pour les trois diocèses de Port-au-Prince, des Gonaïves et des Cayes, soixante prêtres ; mais comme un certain nombre de ces prêtres sont employés dans l’enseignement, on arrive à la proportion vraiment incroyable d’un seul prêtre pour quinze à vingt mille catholiques. De cette pénurie inouïe de prêtres, s’ensuivent deux résultats aussi désastreux l’un que l’autre : le premier qu'un grand nombre de ces prêtres, la plupart venus de France, s’épuisent avant l'heure dans un travail disproportionné aux forces humaines, surtout sous un climat aussi meurtrier que celui des Antilles, et succombent à la fleur de leur âge, avant d’avoir pu rendre beaucoup de services ; le second, c'est que les fidèles croupissent dans l'ignorance de la religion, vivent sans aucune pratique, et meurent presque toujours sans avoir reçu les derniers sacrements. Dans le seul dic de Port-au-Prince, Mgr Guilloux estimait :
chaque année, plus de cinq mille enfants moissonnés par la mort avant d'avoir rec baptême.
Du reste, dans cette tournée pastorale qui dura deux mois, l'archevêque fut un peu dédommagé de ses fatigues et de ses tristesses en voyant l’empressement des fidèles à se précipiter sur ses pas. On lui apportait de vingt et de trente lieues les malades qu’on déposait au bord de la route pour qu'il pût les confesser et leur donner la confirmation. Dans ces deux mois, l’archevêque de Port-au-Prince confirma 10.761 personnes, bénit des centaines de mariages, entendit des milliers de confessions, Partout on l'accueil-
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Comme le nouveau gouvernement d'Haïti ne se pressait nullement, malgré ses promesses, de rendre leurs bourses aux séminaristes, le prélat, d'accord avec son clergé, résolut de rouvrir, aux frais de la mission, le séminaire de Pont-Chàteau, fermé depuis 1868, Dès 1874, on comptait vingt-huit élèves ecclésiastiques dans cette pépi-
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