‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 234 sur 404 · VIE · texte numérisé non relu

VIE

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Plus tard, avec l'abandon des principes chrétiens, arrivèrent la décadence et la ruine. En 1821, à la voix du libérateur Bolivar, toutes les colonies espagnoles du Nouveau-Monde se soulèvent et proclament leur indépendance. Trois ans après, le Pérou et la Bolivie se séparent l’un de l’autre, pour former deux Etats distincts : la République du Pérou, à l'ouest ; la République de Bolivie, à l’est.

Depuis l'émancipation, ces deux Etats, et particulièrement le Pérou, n’ont cessé d’être la proie des politiciens et le jouet des révolutions, Enrichi par l'exploitation du guano et la vente du salpêtre, le Pérou n’a pas su résister à l'épreuve de la bonne fortune, Les Sociétés secrètes dominèrent bientôt dans tout le pays : de tous les points ce l'Amérique du Sud, on vit aborder au Pérou les aventuriers politiques, qui s'étaient fait chasser de leur pays, et chicun sait que ce fut dans les Loges de Lima jue fut décidé l'assassinat de Garcia Moréno, le catholique président de l'Equateur. Pendant que les politiciens, dans les Loges ct dans la rue, se disputaient le pouvoir, les mœurs publiques allaient se corrompant de jour

en jour, le clergé devenait scandaleux, la magis- |

trature vénale, le peuple passait sa vie aux courses de taureaux et aux combats de coqs.

Quoique le pays fût tout cathulique, puisque, sur 2.700.000 habitants, le Pérou compte à peine w# millier de dissidents, tous étrangers, la foi allait diminuant de plus en plus et l'immoralité faisait des progrès effrayants dans 1: masse de la population.

La Providence allait bientôt intervenir par des coups terribles. Dans sa dernière guerre avec le Chili, le pauvre Pérou a été si complètement écrasé qu’il est devenu un objet de pitié, même pour ses ennemis. Avec ses îles à guano, il a perdu le plus clair de ses revenus, 11 ne lui reste de sa fortune passée qu'une dette formidable et une administration désorganisée, Espérons que la leçon, quelque dure qu'elle ait été, sera profitable au peuple péruvien, En voyant où mènent les révolutions, la nation comprendra peut-être la nécessité de revenir aux principes chrétiens Gi ont fait longtemps sa prospérité, Des symptômes assez accentués de renaissance religieuse semblent indiquer que cet espoir ne sera pas trompé.

Les Indicr:s du Pérou étaient tous évangélisés depuis longtemps, il n'y a plus dans le pays de missions indiennes proprement dites, mais les RR, PP, Franciscains de l'Observance y ont conservé des collèges apostoliques qui relèvent de la Propagande,

La république de Bolivie a eu une existence Moins troublée que celle du Pérou. Perdu au mn .Une dalle marque encore, dans l'église de Lima, la place où la sainte était agenouillée quand Notre-Seigneur lui apparut et lui parla,

Saint-Dominique à |

milieu des Cordillères des Andes, ce pays, beaucoup plus pauvre que son voisin, a été généralement dédaigné par les politiciens, qui cherchent avant tout.dans la possession du pouvoir un moyen de vivre largement aux dépens du budget, La plupart des gouvernants sont donc restés catholiques et conservateurs, Il y a quelques années on a vu le président de la république, M. Pacheco au moment d'envoyer ses enfants étudier en Europe, faire, avec toute sa famille, un pèlerinage au célèbre sanctuaire de Notre-Dame de Copacabana, pour lui recommander leur voyage. L'année suivante, le même président convoqua tout son peuple à un pèlerinage national, Ii partit de La Paz, ville située à 140 lieues plus au sud, accompagné du vice-président de la république, du ministre d'Etat, de ses aides de camp, des officiers de l'état-major, des personnages les plus considérables ‘lu pays et d’une compagnie de soldats, Après une journée de voyage en bateau à vapeur, le pieux pèlerinage débarqua à quelque distance du sanctuaire, où il se rendit à pied le lendemain. La voie était ornée de deux cent cinguante arcs de triomphe. Le président, précédé le la musique militaire et escorté par la troupe, arriva dans l'après-midi au sanctuaire de Marie, Le lendemain, à la messe, il consacra sa famille et son peuple à la Très Sainte Vierge, et fit dor à l'image miraculeuse d’un riche manteau de drap d’or, que ses enfants avaient fait confec. tivnner en France. De pareilles manifestations honorent un pays et témoignent de s1 foi.

La population totale de la Bolivie est de 2.325.000 habitants, sur lesquels on compte 2.300.000 catholiques, ce qui donne 25.000 sauvages demeurés païens.

On compte environ 810.000 Indiens catholiques dans le Pérou et la Bolivie réunis. Malgré les révolutions et les folies de leurs gouvernants, ces Indiens sont de.seurés très fidèles à la foi prèchée par leurs premiers apôtres, Le sentiment religieux est plus développé chez eux que dans n'importe quelle autre partie de l'Amérique. Malheureusement, le manque d'instruction l'a fait trop souve it dégénérer en superstition, Aux fêtes de l'Eglise, aux processions, surtout à ce''e de la Fête-Dieu, on voit l’Indien, revêtu de toutes sortes d'oripeaux, danser devant le dais, 2postropher le Saint-Sacrement, et se livrer à toute une série de manifestations ridicules, que sa simplicité peut seule excuser ; puis il quitte brusquement le cortège, pour aller se rafraîchir au cabaret, et de libations en libations, il arrive qu'en rentrant à l'église, il est ordinairement en état complet d'ivresse. Ce sont là ces abus regrettables, qu'on a grand tort de tolérer, mais qui du reste n’atteignent pas la foi de ce bon peuple.

Après le culte du Saint-Sacrement, la dévo-

256 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

tion la plus chère à l’Indien est le culte de la Très Sainte Vierge Marie, et surtout le pèlerinage de Notre-Dame de Copacabana, où l'on accourt de toute l'Amérique du Sud, bien que le voyage soit très pénible, car il faut traverser, avant d'arriver au sanctuaire, les défilés les plus dangereux des Andes. C’est une dévotion vraiment nationale, et, grâce à la sévérité des religieux qui ont la garde du sanctuaire, tout s'y passe sans aucun désordre. L’Indien paraît alors vraiment transformé : préparé par la confession et par des pénitences qui font partie de la tradition locale, il n'avance qu’à genoux, même en gravissant les escaliers du temple, et ne se permet pas un seul mot, pas la moindre excentricité On voit par là ce qu'il serait facile d'obtenir de lui, si on prenait le soin de l’instruire. Malheureusement, au Pérou, comme dans le reste de l'Amérique du Sud, c’est l'instruction qui fait le plus défaut au peuple et le zèle aux pasteurs.

Voici, sur les Indiens catholiques du Pérou et de la Bolivie, le jugement d'un Anglais protestant :

€ J'ai beaucoup vécu paini ces Indiens, j'ai eu » les meilleures occasions d'étudier leur caractère, » et j'aiété très favorablement impressionné. On » n'entend jamais parler parmi eux de crimes » considérables. Leur politesse est bien remar- » quable, et est certainement inspirée par un » sentiment religieux, car c’est toujours par un » Ave Maria qu'ils saluent ceux qu'ils rencon- » trent. Des voyageurs superficiels les ont accusés » d’ignorance, mais il n’y eut jamais de plus » grande erreur. Leur adresse pour sculpter, pour » faire tous les ouvrages de menuiserie, de pein- » ture et de broderie, les tissus qu’ils fabriquent » avec la laine de la vigogne, la poésie vraiment » touchante de leurs chants, répondent à la » calomnie, Beaucoup d’Indiens sont devenus >» très riches, par des entreprises importantes et » bien conduites ; d’autres sont arrivés aux postes » les plus élevés de l'État. C'est ainsi qu? le » général Castella, indien d’origine, homme doué » de grands talents militaires, d’une énergie et » d’une intrépidité peu communes, fut président » de la République, de 1858 à 1862(1). »

Comparezmaintenantle sortque l’Anglo-Saxon a fait aux Peaux-Rouges de Amérique du Nord, et dites de quel côté sont l'humanité et la vraie civilisation.

€ Ces faits, écrivait le docteur Prichard (2), » honorent, il faut en convenir, l'Eglise catho- » lique romaine, et jettent, par comparaison, » une ombre épaisse sur l’histoire du Protestan- » tisme. }

Oui, seule, l'Eglise catholique, la Mère des nations rachetées par le CHRIST, a fait ce miracle, déclaré impossible en ethnographie : christianiser

1, Markham, À éravers le Pérou et l'Inde, ch. 6.

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