VIIL — RÉPUBLIQUE ARGENTINE, URUGUAY ET PARAGUAY
N quittant les côtes du Pacifique pour ren-
trer dans le centre du continent, nous trouvons trois Etats : la République Argentine, l’'Uruguay et le Paraguay, qui furent, pendant plus d’un demi-siècle, le théâtre des pires exploits révolutionnaires. À la fin, le remède est sorti de l'excès même du mal, et ces pays, un peu pacifiés, ont commencé à panser leurs plaies et à essayer de tirer parti des immenses ressources d’un sol privilégié,
Ces trois Etats couvrent une superficie de 3.400.000 kilomètres carrés, pour une population totale de 4.300.000 habitants, sur lesquels on compte à peu près 2.009.000 d'Indiens. Sur ce dernier chiffre, il y a 1.500.000 catholiques et 500.000 païens,
Les Indiens catholiques de la Plata, du Grand. Chaco et des vastes Papas qui s'étendent des côtes de l'océan Atlantique aux montagnes des Andes, sont les restes des grandes Réductions que la Compagnie de Jésus avait formées au dernier siècle, Un naturaliste français distingué, M. Alcide d'Orbigny, qui a parcouru toute la contrée et visité longuement toutes ces peuplades, affirme dans son livre (1) qu'il trouva dans ces régions éloignées 94.177 sauvages païens contre 1.500.000 Indiens catholiques inviolablement attachés à leur foi, bien qu'ils soient souvent privés de missionnaires, ( 1ls poussent jusqu’au fanatisme l’attachement à la religion catholique, » écrit naïvement l’auteur, qui ne peut comprendre, en sa qualité de libre-penseur, que ce prétendu fanatisme est la preuve certaine de la vivacité de leur foi et l'indice d'une rare élévation morale, car, depuis un siècle et demi qu'on leur a enlevé leurs pasteurs, les occasions ne leur ont pas manqué pour leur faire délaisser la foi catholique ; mais tous les essais des ministres protestants pour acheter la conscience de ces malheureux abandonnés sont demeurés sans résultats.
Voici en quels termes le même auteur décrit la situation religieuse de ces Indiens :
€ Les Chiquitos, plus heureux que les autres » tribus rapprochées des centres européens, ont » tous vécu jusqu'ici dans les missions, sous » l'ancienne forme de gouvernement établie par
1 Voyage dans l'Amérique du Sud,
» les Jésuites. Ils ont tous persévéré dans la » pratique de la religion catholique, et rien » désormais ne pourrait les déterminer à retourner » à la vie des bois, Les autres Indiens qui ont été » forcés de se disperser, comme les Moxos et les » Indiens de Chaco, ont gardé, au moins autant » qu'ils l'ont pu, les usages que leur avaient » enseignés Îles missionnaires. Bien qu'ils soient » quelquefois plusieurs années sans voir un prêtre, » ils se réunissent le dimanche pour chanter les » anciens cantiques, et s’il se trouve parmi eux un » Indien qui sache lire, ils écoutent avec atten- » tion la lecture de quelques sermons de leurs >» anciens Pères. Les vieillards se transmettent » de génération en génération le souvenir de >» l'expulsion de leurs missionnaires en 1767, et » ils répètent à leurs enfants : € Ce sont eux qui » nous ont faits chrétiens et qui nous ont appris » à connaître DIEU. }
Ce souvenir persévérant au bout de plus d’un siècle, chez de pauvres sauvages refoulés au fond des bois, sans culte et sans prêtres, n’a-t-il pas quelque chose de vraiment touchant ? Aussi notre auteur, bien qu'incrédule, ne se défend pas d’en être vivement impressionné :
€ Jene me lasse pas, écrit-il, d'admirer les » résultats sans pareils obtenus par les Jésuites » sur les tribus les plus féroces et les plus abru- » ties du Nouveau-Monde. }
Puis il fait un parallèle saisissant de la situation sociale des Indiens sous leurs anciens et sous leurs nouveaux maîtres :
€ Du temps des Jésuites, une sévère moralité » était observée parmi les tribus converties : » leurs maît:es actuels donnent aux Indiens » l'exemple de l’inconduite et les jettent eux- » mêmes dans le vice. Les épidémies qui les » déciment aujourd'hui étaient inconnues du » temps des missionnaires, parce qu'elles étaient » tenues à distance par de vigoureuses dispo- » sitions sanitaires. Les Pères les soignaient dans » leurs maladies : aujourd’hui on les laisse » mourir comme les animaux des bois. Enfin à » la place des champs cultivés, des riches prairies » quientouraient leurs villages et nourrissaient » de nombreux troupeaux, le désert et la forêt » ont tout envahi, et la nature a repris dans ces » lieux désolés son aspect primitif. N'étaient les » ruines grandioses qu’on rencontre çà et là à » l'ombre des grands bois, on ne se douterait pas » qu'il y a un siècle, ce vaste pays était civilisé et » prospère. »
Le lecteur est prié de ne pas oublier que ces aveux ont échappé à la plume d'un libre-penseur,
Hélas ! les beaux jours du Paraguay sont bien passés ! Jusqu'à ces dernières années, les troubles politiques, la guerre civile et étrangère n'ont pas permis aux missionnaires de s'occuper sérieusement des missions indiennes, dans ces vastes régions du continent sud-américain., Puis les
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gouvernements révolutionnaires, le clergé séculier, très peu nombreux, avait bien de Îa peine à subvenir aux besoins spirituels des habitants des grandes villes, comme lAssomption, Buenos- Ayres, Corrientes et Montevidéo.
Pendant près de trente ans, la République du Paraguay en particulier fit schisme complet et ferma sa porte aux envoyés du Saint-Siège. C’est seulement en 1880 que le Nonce apostolique, Mgr di Pietro, par vint, à force d’habileté et de prudence, à faire renouer les relations avec Rome et mit fin au schisme. Il découvrit, au sein des forêts vierges, un prétre zélé et instruit, que DIEU semblait avoir gardé en réserve pour la restauration de cette malheureuse Eglise. Il le fit monter sur le siège épiscopal de l’Assomption. Il était temps de venir au secours de l'Eglise du F:raguay : dix ans plus tard, elle n’avait plus de clergé.
Pour une population d’un million trois cent mille âmes, il ne lui restait plus, en 1888, que vingt - quatre prêtres, tous âgés et infirmes, à l’exception de trois.
Voilà l'état où les révolutions politiques avaient réduit un peuple tout catholique. Un des premiers soins du
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Les Lazaristes, aidés des Sœurs de Charité, et les Salésiens de dem Bosco, assistés des Sœurs de Marie-Auxiliatrice, s'occupent spécialement, dans la République Argentine, des émigrés fiançais et italiens qui peuplent le pays. Ces colons sont déjà au nombre de plus de 300.000, et, chaque année, un grand nombre accourent, à l'appel du gouvernement de Buenos-Ayres, pour peupler les Pampas. Que deviendraient ces
NN
Dom Bosco
nouvel évêque fut Fondateur et Supérieur général des Missionnaires de Saint-François de Sales de Turin
d'ouvrir, dans la ville de l’'Assomption, un séminaire, qu’il confia aux Lazaristes ; il appela en même temps les Sœurs de Charité pour prendre soin des malades et des pauvres, * + *
Si la situation religieuse n’en vint jamais à une pareille extrémité dans la République Argentine et dans l’Uruguay, elle n'en resta pas moins longtemps très précaire, Ce n’est guère que depuis
üñe quinzaine d'années que les Ordres religieux,
longtemps bannis, ont pu reprendre leurs œuvres,
malheureux exilés s'ils ne trouvaient pas, en arrivant dans leur patrie d'adoption, un prêtre de leur pays, l'église et l’école ? Ils perdraient bien vite la foi,
Les Franciscains, de leur côté, sont chargés spécialement des missions indiennes du Grand Chaco. Ils ont dans la République Argentine trois collèges apostoliques relevant de la Propagande ; ce sont :
Le collège de Rio-Quarto, 12 missions, 22 religieux ; le collège de Salta, 2 missions, 35 religieux ; le collège de San-Lorenzo, 6 missions, 35 religieux. Plus 2 couvents ;
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260 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.
Corrientes, 12 religieux, Jujui, 7 religieux, Total : 20 missions desservies par 111 Franciscains, qui prennent soin de 50 000 Indiens catholiques.
Restent environ 1.450.000 Indiens catholiques qui n'ont pas encore de missionnaires, Que DIEU prenne enfin en pitié tant de brebis sans pasteurs, exposées au danger prochain de perdre la foi, si on ne vient à leur secours |!